Encylopédie  

 

 

OPÉRA DE VERSAILLES

 

 

 

 

Opéra de Versailles, intérieur de la salle avec, au centre, la loge royale

 

 

 

Opéra du Château de Versailles

 

La construction de l'opéra, depuis longtemps prévue, sans cesse différée, fut confiée à Jacques-Ange Gabriel dès 1753 et achevée en 1770, pour le mariage du dauphin et de Marie-Antoinette. Il est situé à l'extrémité de l'aile nord du château. La salle, édifiée en bois, comprend un premier balcon décoré de bas-reliefs et de médaillons ; au-dessus, les loges royales, grillées, puis un autre étage de loges rythmé par une colonnade dorique. Toute la sculpture ornementale est due à Pajou. De plan ovale, il est, pour des raisons acoustiques, entièrement fait de bois, peint en faux marbre, sculpté et doré.

 

 

 

 

 

 

 

A sa mort, Louis XIV n'avait pas terminé entièrement les constructions de Versailles qui avait une ménagerie, mais pas de théâtre. Il avait choisi pour y bâtir l'opéra un vaste quadrilatère situé à l'extrémité septentrionale du château, auprès des réservoirs, mais les travaux avaient à peine été commencés. Il appartenait à Louis XV de parachever l'œuvre de son arrière-grand-père. En fait, il se contenta d'abord des installations provisoires qui avaient été la règle au dix-septième siècle. Au milieu du siècle encore, pour les deux mariages du Dauphin en 1745 et 1747, on rebâtit dans le manège de la grande écurie le théâtre où triomphe Rameau, avec la Princesse de Navarre dont Voltaire a écrit les paroles, les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour qui valent au musicien les félicitations particulières de Louis XV. Construit en matériaux légers, « le théâtre des écuries » dura près de sept ans. Mais l'incendie de la grande écurie le 3 septembre 1751 entraîna sa disparition.

Les projets ne manquèrent pas pour doter Versailles d'un théâtre de comédie. Mais là encore, on reste dans le provisoire, en conservant à la comédie l'étroit espace que lui a assigné Louis XIV, le passage qui permet de communiquer du fond de la cour des princes au parterre du Midi. Dans cette petite salle de 13 mètres sur 8, on réussissait à entasser environ 350 personnes, spectateurs et danseurs. « On est confondu de voir réunis tant d'éclat et tant de gêne, de si grandes dépenses pour les spectacles et si peu pour construire une salle digne de Versailles. » Louis XV s'en préoccupait cependant, faisait des plans, étudiait ceux d'Ange-Jacques Gabriel qui, âgé de soixante-dix ans, était contraint de réussir pour sa réputation même et se trouvait parfois retardé par son désir de perfection, tandis que le Roi laissait mûrir le grand projet, sans manifester une volonté précise. En fin de compte, Gabriel, rejetant les fioritures rocaille, impose son propre style et quelque quatre-vingts ans après Mansart, termine, le long des réservoirs, le château de pierre de Louis XIV par une des plus majestueuses façades qui se puisse voir.

Il fut aidé, on pourrait presque dire poussé, par Arnoult le machiniste des Menus, sorte d'ingénieur, de mécanicien, de menuisier et d'artiste qui a déjà installé le théâtre démontable de l'escalier des ambassadeurs, lui-même en mauvais état et démoli. L'importance accordée aux machines dans les opéras de l'époque, la nécessité d'installer dans les dessous de la salle des batteries de treuils afin de transformer pour les grands bals de la cour salle et scène en une seule, mais gigantesque salle, rendent son intervention naturelle et nécessaire. Pendant deux années, toute cette partie du château redevient un vaste chantier et connaît une activité presque égale à celle du règne précédent. En 1769, au moment où les travaux tirent à leur fin, deux cent cinquante maçons sont encore au travail. Les comptes font apparaître des milliers de livres dépensés en chandelles, en huile, en terrines de suif pour l'éclairage des travaux l'hiver, la nuit ou tout à la fin dans la salle devenue obscure.

La salle est construite en bois pour son acoustique et par raison d'économie. On a recours à un ébéniste, un des meilleurs du temps, Louis Delanois, aux sculpteurs sur bois Guibert et Rousseau chargés de tout ce qui est pur ornement, à Pajou qui habille la salle d'une multitude de médaillons, de bas-reliefs, de figures qui l'animent. Il ne sera jamais complètement payé.

Louis XV s'intéresse personnellement à son opéra, en apportant à son action ce goût pour l'architecture et l'art décoratif qui lui est propre. Il en connaît bien les plans pour avoir travaillé avec Gabriel et on a établi pour lui une maquette de la future salle qu'il vint étudier à l'hôtel des Menus en juillet 1769. Il décide de renoncer à la grande loge d'apparat, à la hauteur des secondes et troisièmes loges. Il opte pour trois petites loges grillées, discrètes et confortables, ouvrant à volonté sur le balcon des secondes loges. En mars 1770, il vient dans la salle, donne ses indications pour l'emplacement des lustres et s'informe des essais de voix. L'opéra est enfin inauguré le 16 mai 1770 par le festin royal donné à l'occasion du mariage du dauphin, le futur Louis XVI, avec l'archiduchesse Marie-Antoinette. Le plancher relevé à hauteur de la scène porte la gigantesque table du festin, où brille la vaisselle d'or repolie pour cette occasion. Tout au fond, un salon de musique avec un orchestre de quatre-vingts musiciens.

« Jamais, écrit M. Verlet, la monarchie française qu'une vingtaine d'années sépare de sa chute, n'a été entourée d'un luxe aussi grand et aussi raffiné. » Le cortège royal, venant du grand appartement, est parti du salon d'Hercule et a suivi la longue galerie dite galerie de la chapelle, qu'éclairent des girandoles de cristal posées sur les anciens guéridons de la grande galerie. Le 17 mai, représentation du Persée de Lully. Le 19, après montage sur la scène d'un salon bleu et argent, bal paré où le dauphin et la dauphine dansent le premier menuet. Le 24, représentation d'Athalie, avec une musique nouvelle de Gossec et une mise en scène somptueuse ; le 26, nouvelle représentation de Persée, le 9 juin Castor et Pollux de Rameau, le 20 Tancrède de Voltaire et un grand ballet gothique, la Tour Enchantée, avec plusieurs chars attelés de vrais chevaux, le 14 juillet Sémiramis de Voltaire et une comédie de Poisson, l'Impromptu de campagne. L'année suivante, le mariage du comte de Provence et en 1773 le mariage du comte d'Artois développent un programme analogue. L'opéra de Versailles, bleu et or, vert et or, est dit « la plus belle salle qu'on n'eût jamais vue en Europe », mais elle ne peut être utilisée qu'exceptionnellement. L'éclairage, à lui seul, est ruineux. Il exige plus de trois mille bougies, sans parler des réverbères, ni des lampes optiques à miroirs.

L'opéra de Versailles, devenu la salle des séances du Sénat, de la Commune à la rentrée du gouvernement à Paris, a été restauré avec infiniment de goût et d'érudition par l'architecte du palais M. Japy.

(Pierre Gaxotte, Louis XV, 1980)

 

 

 

 

 

projet pour l'opéra de Versailles, atelier d'Ange-Jacques Gabriel, lavis et aquarelle

 

 

 

Inauguration de l'opéra de Versailles par le festin royal donné en l'honneur du mariage du dauphin, futur Louis XVI, avec Marie-Antoinette, le 16 mai 1770. Dessin au lavis de Jean-Michel Moreau le Jeune.

 

 

 

 

 

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