Eugénie BUFFET

 

 

 

Eugénie BUFFET

 

chanteuse française

(Tlemcen, Oran, Algérie française, 26 novembre 1866 Paris 13e, 10 mars 1934*)

 

 

 

 

Eugénie Buffet [photo H. Manuel]

 

 

 

Fille d'un soldat que ses blessures firent mourir, en 1872, à l'hôpital militaire d'Oran, Eugénie Buffet avait une âme virile. enthousiaste d'action, inaccessible au découragement. D'une enfance très dure, elle se libéra en chantant. Un instant, si jeune qu'elle fût, elle parut sur la scène ; mais la chanson l'attirait : elle s'y consacra tout entière. La chanson, pour elle, devenait un monde infiniment variable d'expressions et d'animations : non la chanson banale et qui se borne à amuser, mais la chanson, gaie ou triste, heureuse ou tragique, qui réconforte, qui fait penser, qui fait vivre. Après Alger et Tunis, Marseille applaudit cette jeune femme au verbe sonore, à la diction mordante, au visage rayonnant. Paris, le Paris du général Boulanger, le Montmartre d'Aristide Bruant, lui fit des triomphes. Elle devint, sur les scènes, dans les cabarets, dans les cours et la rue, surtout, une sorte de reine populaire, au cœur débordant de sympathie, de bonté, de simplicité dévouée. C'est sur elle que Richepin écrivit, en 1897, ces lignes caractéristiques : « Pour ma gloire de poète, je ne souhaiterais qu'une chose, c'est d'écrire beaucoup de chansons naïves et profondes dont elle pût répandre la belle aumône, sans en dire l'auteur, dans cette étrange et affreuse forêt parisienne où les bêtes de proie et les bêtes immondes ont besoin de pleurer parfois, en écoutant pleurer leur âme avec celle du rossignol ! » La guerre allait donner une auréole à cette espèce d'apostolat. On n'oubliera jamais la diseuse de chansons qui se prodiguait au chevet des blessés, dans les camps, dans les hôpitaux, qui quêtait parmi les rues pour les pauvres, que rien ne lassait, et dont les chaleureux accents étaient comme imprégnés de tendresse. Soixante ans de chansons ! Le Gouvernement en voulut consacrer le souvenir, l'an dernier, par la croix de la Légion d'honneur. Il n'y eut qu'une voix pour l'approuver. Lorsque la « cigale nationale » se fut éteinte... à l'hôpital de la Pitié (quel nom prédestiné !), devant le porche de l'église Saint-Gervais, le 14 mars, six discours lui firent un émouvant adieu : les « Croix de Feu », le Conseil municipal, les Chansonniers... tous voulaient déclarer, à leur façon, qu'Eugénie Buffet avait bien mérité du cœur de la patrie.

  

(Henri de Curzon, Larousse Mensuel Illustré, août 1934)

 

 

 

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