POLIN

 

 

 

Pierre Paul MARSALÈS dit POLIN

 

chanteur comique et acteur de théâtre français

(Paris 9e, 13 août 1863* La Frette-sur-Seine, Seine-et-Oise [auj. Val-d'Oise], 03 juin 1927*)

 

 

 

 

Polin [photo H. Manuel]

 

 

 

Polin avait commencé par être élève à la Manufacture des Gobelins. Après un début au concert de la Pépinière, puis à celui du Point-du-Jour, il entra pour cinq ans à l'Eden-Concert, et ensuite à l'Alcazar d'été. Le succès remporté par lui dans Champignol malgré lui, aux Nouveautés, en 1892, faillit un moment lui faire abandonner le café-concert. Il y revint pourtant au bout de six mois, payant un dédit de quinze mille francs, acceptant un nouvel engagement à l'Alcazar d'été, doublé d'un autre à la Scala pour la saison d'hiver. Ce fut le moment de sa grande popularité.

Polin avait créé un genre : celui du « tourlourou », du troupier naïf en culotte rouge à basanes, avec sa petite veste toujours trop courte, son petit képi qui avait déjà passé sur plusieurs têtes, tortillant un mouchoir à carreaux entre ses doigts maladroits, pour mieux se donner l'air embarrassé. Le troupier de Polin, unique en son type, malgré ses nombreux imitateurs, se distinguait pourtant de tous par ses qualités charmantes, symbolisant le pioupiou provincial de la France après 1870, — troupier au verbe patoisant, fleurant bon le bon air du pâturage.

Bonhomme, finaud et pudique, sachant esquiver le mot scabreux sans perdre une intention, n'insistant jamais plus qu'il ne faut sur un effet, avec un art tout en nuances, servi par une voix ni trop forte ni trop étendue, mais d'une extrême souplesse, Polin ne lassait jamais son public qui lui réclamait chaque soir une dizaine de chansons, lesquelles, lancées par lui, ne tardaient pas à devenir populaires.

Ce furent, tour à tour : la Boiteuse, la Grosse Julie, l'Anatomie du conscrit, J'ai un p'tit bien, Adoré de ces demoiselles, Vas-y Mélina, Mademoiselle Rose, Ma Tonkinoise, l'Amour ça n' dure qu'un jour, Philomène, Ça fait plaisir, Bidasse a des galons, l'Automobile du Colon, Quand un soldat rencontre une belle fille, etc. Ce n'était pas seulement des grosses farces de la chambrée dont il parlait, mais aussi du pays natal, de la payse, des rêves du soldat devant les belles dames.

La guerre de 1914 vint, et le pantalon garance fut remplacé par la culote bleu-horizon, avec les molletières mais Polin avait compris que le « tourlourou » ne pouvait plus faire rire, au moment où son héroïsme faisait pleurer. Dès lors, il aborda plus franchement le théâtre, où il avait déjà récolté le succès dans Champignol, puis au Palais-Royal dans Chéri (1898), et au Théâtre-Michel dans la Bonne Maison et les Deux visages (1912). On le vit ensuite dans A la française (Gymnase, 1915). A la Comédie-Française même, au cours de représentations extraordinaires de retraite, il joua dans Ma générale et le Malade imaginaire (rôle d'Argan). Aux côtés de Lucien Guitry, au Théâtre Edouard-VII, il sut se tailler un succès personnel dans le Grand-Duc, et on le vit encore dans la Belle Poule. Enfin, il parut à l'Empire où il ne chantait plus que quatre ritournelles, « par ordre de la Faculté », et où son public lui réclamait encore l'Ami Bidasse et la Caissière du Grand Café.

Par sa bonhomie naturelle, son ton conciliant et paisible, Polin dépeignait à merveille la vie simple et monotone du militaire à la caserne, les plaisirs des jours de sortie, les étonnements du campagnard à la ville, sa timidité devant les femmes ; ayant su faire de tout cela de petits poèmes de résignation, de pudeur, de sentiment frais.

Cet artiste consciencieux était, en outre, un brave homme, obligeant, se prodiguant pour les œuvres de bienfaisance.

 

(Henry Lyonnet, Larousse Mensuel Illustré, novembre 1927)

 

 

 

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