THÉRÉSA

 

 

 

Eugénie Emma VALLADON dite THÉRÉSA

 

chanteuse française

(La Bazoche-Gouet, Eure-et-Loir, 25 avril 1837* Neufchâtel-en-Saosnois, Sarthe, 14 mai 1913*)

 

 

 

 

 

 

Thérésa [photo P. Petit]

 

 

Elle est morte le 14 mai 1913. Depuis plus de vingt ans déjà, elle n'avait pas paru sur une scène ; et les auditeurs témoins de ses grands succès, soit à la fin du second Empire, soit au lendemain de la guerre franco-allemande, étaient eux-mêmes déjà rares... Elle avait eu des débuts difficiles. Son père était un modeste musicien qui la présenta tout enfant à Théodore Cogniard, et essaya de lui faire apprendre la danse. A douze ans, elle se trouvait orpheline, et, recueillie par un oncle, devenait apprentie modiste. Elle avait d'ailleurs le démon du théâtre. Elle se faufila un jour dans les coulisses de la Porte-Saint-Martin, et demanda une audition. On se contenta de lui faire jouer un rôle de bohémienne dans le Fils de la Nuit (1856). Elle ne s'empressa pas de renouveler son engagement, entra comme caissière au café Frontin, du boulevard Poissonnière, et bientôt chanta, d'ailleurs sans grand succès, à l'Alcazar, qui était tout proche. Puis ce furent des tournées en province, un assez long séjour à Lyon, et enfin le retour à Paris, où elle se fit entendre au café Movia, puis à l'Eldorado, chantant la romance sentimentale, enfin de nouveau à l'Alcazar. C'est là que vraiment son talent se forma. Elle abandonna la romance pour la chansonnette, assouplit sa voix et sa diction auprès de l'excellent chanteur Darcier, et eut la bonne fortune de trouver le répertoire de chansons originales, imprévues et burlesques, auxquelles convenaient son physique et son talent. Elle n'était pas jolie, certes, les traits un peu communs, la bouche trop grande : « Quand j'ouvre la bouche, disait-elle, j'ai peur d'avaler le chef d'orchestre » ; sans grâce, mais bien découplée. Elle savait d'ailleurs chanter. Sa voix était forte et nette ; sa diction incomparable. Quant aux chansons qui firent d'elle l'idole de la foule, elles semblent défier toute analyse ; la Femme à barbe, Rien n'est sacré pour un sapeur, la Gardeuse d'ours, C'est dans l' nez qu' ça me chatouille, les Hommes au cabaret, la Vénus aux carottes, etc., n'étaient pas certainement d'un art très relevé. Veuillot eut un article terriblement sévère pour celle qu'il appela sans justice la diva du ruisseau. Mais l'empereur Napoléon III lui-même voulut l'entendre, et, à la demande de la princesse Metternich, Thérésa parut un soir aux Tuileries, et vint y chanter tout son répertoire, à la grande joie des invités... C'est de 1860 à 1867 qu'elle connut à la fois la gloire et la fortune. Après l'Exposition, pendant laquelle la maladie l'empêcha de paraître au concert, elle vit son succès décliner un peu. Elle essaya alors du théâtre : elle joua le rôle de Pierrette dans la Chatte blanche, aux Menus-Plaisirs, et, après la guerre, parut successivement dans la Poule aux œufs d'or (1873) ; à la Renaissance, dans la Famille Trouillot ; à la Gaîté, dans Geneviève de Brabant, sans abandonner d'ailleurs tout à fait le café-concert, où sa voix puissante et dramatique la servit à merveille dans son répertoire un peu facile de chansons patriotiques. Mais ce n'était déjà plus la Thérésa du second Empire. Peu à peu elle s'éloigna de la scène. En 1885, pourtant, elle reparut à l'Alcazar du Faubourg-Poissonnière, dont elle avait assumé la direction, et y obtint quelques grands succès : le dernier de ses triomphes lui fut valu par la belle pièce de Déroulède, le Bon Gîte, qu'elle interprétait à la perfection... Après 1891, elle jugea venue l'heure de la retraite définitive, et alla vivre dans sa villa des Lauriers, à Neufchâtel, employant sa fortune à semer largement et discrètement le bien autour d'elle. C'était une excellente artiste, au talent original et surtout sincère.

 

(J.-M. Delisle, Larousse Mensuel Illustré, juillet 1913)

 

 

 

 

 

Thérésa par André Gill

 

 

 

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