l'Arlésienne

 

 

 

Mélodrame en trois actes et cinq tableaux avec symphonies et chœurs d'Alphonse DAUDET, d'après sa nouvelle extraite des Lettres de mon moulin (1869), musique de scène de Georges BIZET (op. 23).

 

   partition

A mon ami Hippolyte Rodrigues

 

livret avec esquisses musicales de Bizet

 

partition manuscrite

 

   livret

 

Adagietto transcrit pour violon et piano par Jules Danbé

 

 

 

Création au théâtre du Vaudeville le 01 octobre 1872 ; décors de Chéret, Cambon, Rubé et Chaperon. 19e et dernière représentation le 18 octobre 1872.

 

Première à l’Opéra-Comique (3e salle Favart) le 28 novembre 1908. Farandole réglée par Mariquita.

 

Première au Théâtre de l'Opéra (Palais Garnier) (4e et 5e actes seulement), le 20 juin 1914, à l'occasion d'un Gala en l'honneur de l'acteur André Antoine.

 

Repris intégralement au Palais Garnier le 24 juin 1925, à l'occasion d'un Gala au bénéfice des Comédiens anciens Combattants.

« Farandole » et « Divertissement » dansés par Mlles Zambelli, Soutzo, MM. Albert Aveline, Denizart, Moysenko et le Corps de ballet de l'Opéra.

 

2 représentations à l’Opéra au 31.12.1961.

 

 

 

personnages

Vaudeville, 01 octobre 1872

(création)

Opéra de Paris, 20 juin 1914

(première)

Opéra de Paris, 24 juin 1925

(2e)

Rose Mamaï, 40 ans Mmes Anaïs FARGUEIL Mmes Gilda DARTHY Mmes Madeleine ROCH
la Renaude, 70 ans Clémence ALEXIS Blanche PIERSON Yvette GUILBERT
l'Innocent, second petit-fils de Francet, 13 ans MORAND SIMONE G. GUESNIER
Vivette, 17 ans Julia BARTET Edmée FAVART Gaby MORLAY
une Servante LEROY R. BOYER T. NAVAR
Balthazar, chef des bergers, 70 ans MM. Jean-Auguste PARADE MM. Paul MOUNET MM. Léon BERNARD
Frédéri, petit-fils de Francet Mamaï, 20 ans ABEL Albert LAMBERT fils Pierre FRESNAY
Patron Marc, marinier du Rhône COLSON VILBERT VILBERT
Francet Mamaï, fermier de Castelet, 65 ans CORNAGLIA DENIS D'INÈS BERTHIER
Mitifio RÉGNIER ALEXANDRE ALEXANDRE
l'Équipage Pierre LACROIX   les FRATELLINI
un Valet (un Gardien de chevaux, 30 ans) MOISSON DERVIGNY A. BERLEY
Chef d'orchestre Charles CONSTANTIN Philippe MOREAU Henri BÜSSER

 

La scène se passe dans l'Ile de Camargue en Provence.

 

 

 

Julia Bartet dans l'Arlésienne (Vivette)

 

 

 

 

Albert Lambert fils dans l'Arlésienne (Frédéri) le 05 mai 1885 à l'Odéon

 

 

 

Paul Mounet dans l'Arlésienne (Balthazar) le 05 mai 1885 à l'Odéon

 

 

 

 

La donnée de cette pièce semble avoir été indiquée à l'auteur par la lecture d'un de ces faits divers qui noircissent tristement la troisième page des journaux ; c'est un suicide par amour. Un jeune paysan de la Camargue, Frédéri, est amoureux d'une Arlésienne qu'on dit être fort belle, mais qu'on ne voit pas dans la pièce. Au moment de l'épouser, il apprend qu'elle en est indigne ; des lettres produites par un amant de cette fille achèvent de lui faire perdre la raison. Sa mère veut lui faire épouser une charmante jeune fille qui l'aime. Frédéri repousse durement sa tendresse, et lorsque sa mère, au désespoir, accorde son consentement à son union avec l'Arlésienne, il refuse et, finalement, va se précipiter du haut d'une tourelle, sous les yeux de sa mère. L'esprit et le sentiment dont l'auteur a fait preuve dans les détails de la pièce et dans le dialogue ont pu seuls faire accepter un fond si pauvre et un dénouement si peu intéressant. La musique a été très appréciée, quoique les morceaux de la partition ne soient pas assez reliés à l'action dramatique et paraissent des hors-d’œuvre. Les chœurs sont exécutés dans les coulisses ; des mélodies provençales, avec imitation de galoubet et de tambourin, ont fourni les principaux thèmes, entre autres, le noël attribué au roi René, et qu'on appelait dans le comtat d'Avignon la Marche des rois.

La musique, écrite par M. Georges Bizet, a été aussi exécutée au Concert populaire. Le genre pastoral domine dans ces fragments. On y a remarqué un joli menuet et un adagio bien instrumenté. L'instrumentation se compose de sept premiers violons, de deux altos, cinq violoncelles, deux contrebasses, une flûte, un hautbois, un cornet à pistons, deux cors, deux bassons, timbales, harmonium et piano.

(Félix Clément, Dictionnaire des opéras, supplément, 1872)

 

 

 

 

 

Au Vaudeville, de par M. Carvalho, la musique a fait aussi élection de domicile, mais passagèrement et subsidiairement, au seul point de vue décoratif si l’on peut s'exprimer ainsi. En effet, la mise en scène de l'Arlésienne appelait çà et là quelques fragments symphoniques ou chorals et M. Georges Bizet a été chargé de la délicate mission de les encadrer dans l'action et dans le décor, afin d'obtenir le tout le plus homogène, le plus artistique possible, à la hauteur du style relevé de l'œuvre et des splendeurs pittoresques dues à MM. Chéret, Cambon, Rubé et Chaperon. Un petit orchestre fin et des voix plus que suffisantes sont mises à la disposition de M. Georges Bizet qui a conçu sa petite partition sur un plan absolument neuf. Si on parvenait à dissimuler absolument l'orchestre et qu'il pût devenir invisible, l'effet serait d'autant plus saisissant et rentrerait dans les conditions rêvées par le directeur, l'auteur et le compositeur.

(le Ménestrel, 18 août 1872)

 

 

 

 

l'Arlésienne, 1re suite d'orchestre, par Georges Bizet (novembre 1872) [1. Prélude ; 2. Menuet ; 3. Adagietto ; 4. Carillon] => partition [On en a tiré le ballet Farandole (Opéra, 26 juin 1909)]

 

l'Arlésienne, 2e suite d'orchestre, réunie par Ernest Guiraud (1879) [1. Pastorale ; 2. Intermezzo ; 3. Menuet ; 4. Farandole] => partition [On en a tiré le ballet Fête arlésienne (Opéra-Comique, 29 mai 1959)]

 

 

 

Amoureux d’une belle Arlésienne (qui ne paraît pas dans la pièce), un jeune paysan, Frédéri, apprend, par des lettres qu’on lui montre, l’indignité de cette femme. Le jeune et tendre amour de Vivette, la vigilance de sa mère, non plus que les conseils d’un vieux berger ne parviendront à retenir le jeune homme, qui se suicidera de désespoir.

 

Cette partition, tout empreinte des voix de la nature provençale, accentue et achève l’épopée rurale du poète (la Marche de Turenne, l’Etang de Vaccarès, la Cuisine, la Cour de Castelet, Carillon). L’auteur a été l’un des premiers musiciens à utiliser un saxophone solo, dans l’Intermezzo en mi bémol.

 

En 1872, lorsque Bizet écrivit à l’âge de trente-quatre ans la musique d’accompagnement pour la pièce de Alphonse Daudet l’Arlésienne, il n’avait seulement que trois ans à vivre et il ne vit jamais le succès final et complet de Carmen.

 

Bien que la musique de l’Arlésienne n’eût aucun succès durant la représentation de la pièce à l’Odéon en octobre 1872, la suite orchestrale, que Bizet donna à Pasdeloup, fut immédiatement appréciée en concert. La deuxième suite fut assemblée (en 1880) après la mort de Bizet par son ami Ernest Guiraud.

 

La pièce de Daudet est une histoire d’amour régionale et sa couleur locale provençale était certainement sa plus grande attraction aux yeux de Bizet. Frédéri est amoureux d’une Arlésienne, décidé à l’épouser et à la ramener à la ferme ancestrale pour y vivre. Lorsqu’il apprend qu’elle est la maîtresse d’un autre homme, il sombre dans une dépression qui se termine en suicide. L’Arlésienne n’apparaît jamais mais la gentille Vivette fait de son mieux pour substituer son amour innocent et lyrique pour la passion de l’autre femme.

 

L’Arlésienne Suite n° 1 comprend un Prélude, un Menuet, un Adagietto, et un Carillon. Le Prélude commence par la Marcho du Rei, un air provençal qui date du 18e siècle. La marche est suivie par un Andante construit sur le thème du saxophone que l’on associe avec le frère de Frédéri qui est retardé mental, et le Prélude se termine avec la musique tourmentée propre à Frédéri.

 

Le Menuet est en réalité l’intermède qui sépare le deuxième et le troisième actes de la pièce de Daudet. L’allegro giocoso en do mineur est suivi par un trio extensif en la bémol. Dans la pièce la musique de l’Adagietto forme la toile de fond pour la conversation des deux vieillards, Balthazar et Mère Renaud, qui se rencontrent après cinquante ans et se rappellent les sentiments qu’ils laissèrent inexprimés quand ils étaient jeunes. Dans ce passage Bizet réussit une tendresse et une douce délicatesse sans un soupçon de sentimentalité. Le carillon est un court allegro moderato en mi basé sur une figure répétée de trois notes et forme l’introduction à l’Acte III.

 

L’Arlésienne Suite n° 2 comprend une Pastorale, Intermezzo, Menuet et Farandole. Le deuxième acte de l’Arlésienne prend place près de l’Etang de Vaccarès, vaste marais où paissent les troupeaux. La Pastorale (andante sostenuto) domine la scène, pastorale de caractère mais intensifiée par l’aveuglant soleil qui tape dans les mesures du début.

 

L’Intermède (acte II, scène 2) se situe dans la cuisine de la ferme de la maison de Frédéri. L’entracte de Bizet suggère sa simplicité et son innocence primitive, illuminée par la tendresse maternelle de la mère de Frédéri, exprimée par le saxophone et la mélodie du cor de la section du milieu.

 

Le Menuet fut emprunté par Guiraud à l’Opéra de Bizet la Jolie fille de Perth (Acte III) pour donner du poids à l’ouvrage. La Farandole, une danse paysanne est basée sur une mélodie provençale, la Danse dei Chivau-Frus, et Bizet suggère le fifre et le tambourin en accompagnement familier des danses folkloriques anglaises.

 

 

 

 

                   

 

l'Arlésienne au Théâtre de l'Odéon le 05 mai 1885 (dessins d'Adrien Marie)

 

 

 

 

 

Scène de la Renaude

Yvette Guilbert (la Renaude), X (Balthazar) & Orchestre

enr. en 1940

 

 

                                       

 

Suite n° 1 : 01. Prélude - 02. Minuetto - 03. Adagietto - 04. Carillon.   Suite n° 2 : 05. Pastorale - 06. Intermezzo - 07. Menuet - 08. Farandole

Orchestre des Concerts Lamoureux dir Jean Fournet [07 : F. Carratgé, flûte solo]

enr. en 1956

 

 

 

 

 

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