le Carillon

 

 

Légende mimée et dansée en un acte, livret d'Ernest VAN DYCK et Camille de RODDAZ, musique de Jules MASSENET.

 

 

   partition

 

 

Création à l'Opéra de Vienne, le 21 février 1892, mise en scène de M. Hassreiter.

 

 

personnages créateurs
Bertha, fille de Rombalt Mlle CERALE
Meister Karl, horloger MM. FRAPPART
Rombalt, aubergiste CARON
Pit, syndic des Ramoneurs VAN HAMME
Jef, syndic des Boulangers PRICE
l'Échevin de Courtrai RUMPEL
un Héraut KLASZ
Philippe le Bon, duc de Bourgogne NUNZIANTE
Apparition de saint Martin  
Buveurs et Compagnons, Soldats, Bourgeois, Suite du Héraut, Suite du Duc, Peuple de Courtrai  
Chef d'orchestre HELLMESBERGER

 

La scène se passe à Courtrai, dans les Flandres, au XVe siècle.

 

 

Pendant que Massenet faisait répéter le rôle de Werther au ténor Van Dyck qui devait le créer à Vienne, Van Dyck soumit au compositeur de Werther le scénario d'un ballet qu'il avait imaginé en collaboration avec Camille de Roddaz. Le scénario plut à Massenet, qui se mit à la besogne sur les bords du lac Léman et, un mois après, avait composé et orchestré cette gracieuse légende. Ce sont là des tours de force dans lesquels Massenet est passé maître.

Le compositeur, qui avait trouvé à l'Opéra de Vienne les interprètes qu'il rêvait pour son Werther, qui devait à son ténor de Vienne le livret du Carillon, alla porter tout naturellement ce ballet au directeur de l'Opéra de Vienne, lequel s'empressa de le monter. Werther avait paru sur la scène de Vienne le 16 février 1892 ; le Carillon y fut donné quelques jours après, le 21 février.

M. Charles Malherbe, l'érudit archiviste de l'Opéra, a raconté dans le Monde Artiste [28 février 1892] la trame de ce ballet :

 

La scène se passe à Courtrai, au XVe siècle. L'horloger Karl aime et voudrait épouser la fille du brasseur Rombalt ; mais celui-ci ne veut pas d'un tel gendre et lui préfère Pit, le syndic de la corporation des ramoneurs, ou Jef, le syndic de la corporation des boulangers, l’un ou l'autre au choix de sa fille, qui d'ailleurs, fort éprise de Karl, se fait un malin plaisir de les évincer. Les deux prétendants éconduits guettent l'occasion de se venger. Voici justement qu'un héraut du duc de Bourgogne paraît, annonçant que l'entrée solennelle de son maître aura lieu le lendemain et que si, à dix heures du matin, le carillon ne sonne pas, l'horloger payera ce silence avec un temps de prison. Or le mécanisme de l'horloge est détraqué et Karl n'a plus le temps matériel pour faire les réparations exigées. Ne sachant à quel saint se vouer, il invoque celui de son église, et saint Martin, dont la statue s'illumine, semble lui faire un signe protecteur.

Une vision surnaturelle s'offre à ses yeux ; les murs sont devenus transparents, et dans l'air les anges sonnent eux-mêmes le carillon. Karl court, au-devant de Bertha, son amie, pour lui conter ce miracle ; mais, profitant de son absence, ses rivaux Pit et Jef sont montés dans la tourelle et se hâtent de briser tout. Aussi, quand le jour paraît, l'émotion devient générale. O merveille ! A l'heure dite, le carillon résonne. Les anges se sont chargés sans doute de réparer les dégâts, et lorsque tombe le voile de l'horloge, on aperçoit Pit et Jef transformés par saint Martin en Jacquemarts ! Ils devront pour toujours sonner l'heure, en frappant alternativement de leur marteau la grosse cloche de bronze qui surmonte le cadran. Rien ne s'oppose plus alors au mariage de Karl et de Bertha, qui tombent joyeusement dans les bras l'un de l'autre, tandis que le carillon sonne à toute volée.

 

L'esprit ingénieusement mélodique de Massenet ne pouvait que se complaire en une fantaisie de ce genre. L'auteur des ballets du Roi de Lahore, d'Hérodiade, de Manon, du Cid, ne pouvait que se laisser aller à son inspiration. Le Carillon présente les qualités habituelles que Massenet a révélées dans ses œuvres dramatiques : une parfaite adaptation des motifs et de l'instrumentation à l'action, une recherche originale des rythmes et une prodigieuse richesse des timbres. Les danses pesantes des corporations flamandes, le pas spirituellement railleur de Bertha se moquant de ses amoureux, le duo chantant du violon et du violoncelle scandés par des pizzicati, l'exquise apparition des anges, la valse finale échevelée, éperdue ; toutes ces pages sont de la délicieuse musique de ballet. 

(Louis Schneider, Massenet, 1908)

 

 

 

une page du manuscrit de la partition pour piano du Carillon

 

 

 

la page 13 de la partition du Carillon devenue la page 12 bis

(A remarquer la superstition de Massenet en ce qui concerne le chiffre 13. La page 12 bis précède ici, ainsi que dans la plupart des partitions du Maître, la page 14. La page 13 n'existe donc pas pour Massenet dans la numération.)

 

 

 

 

 

 

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