Carmen

 

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Catalogue des morceaux

 

  Prélude    

Acte I - Une place à Séville

01 Scène et Chœur Sur la place Micaëla, Moralès, Chœurs
02 Scène et Pantomime Attention ! chut ! Moralès, Chœurs
03 Chœur des Gamins Avec la garde montante Chœurs
04 Chœur des Cigarières La cloche a sonné Carmen, Chœurs
05 Habanera L'amour est un oiseau rebelle Carmen, Chœurs
06 Scène Carmen ! sur tes pas Chœurs
07 Duo Parle-moi de ma mère ! Micaëla, Don José
08 Chœur Au secours ! au secours ! Zuniga, Chœurs
09 Chanson et Mélodrame Coupe-moi, brûle-moi Carmen
10 Séguedille et Duo Près des remparts de Séville Carmen, Don José
11 Final Voici l'ordre, partez ! Carmen, Zuniga
  Entr'acte    

Acte II - Chez Lillas Pastia ; une taverne

12 Chanson bohême Les tringles des sistres Frasquita, Mercédès, Carmen
13 Chœur Vivat ! vivat le Toréro ! Frasquita, Mercédès, Carmen, Moralès, Zuniga, Chœurs
14 Couplets Votre toast, je peux vous le rendre Frasquita, Mercédès, Carmen, Moralès, Escamillo, Zuniga, Chœurs
14 bis Sortie d'Escamillo    
15 Quintette Nous avons en tête une affaire Frasquita, Mercédès, Carmen, le Remendado, le Dancaïre
16 Chanson Halte-là ! Qui va là ? Don José
17 Duo Je vais danser en votre honneur... La fleur que tu m'avais jetée Carmen, Don José
18 Final Holà ! Carmen ! holà ! Frasquita, Mercédès, Carmen, Don José, le Remendado, le Dancaïre, Zuniga, Chœurs
  Entr'acte    

Acte III - Un site sauvage dans la montagne

19 Sextuor et Chœur Ecoute, compagnon Frasquita, Mercédès, Carmen, Don José, le Remendado, le Dancaïre, Chœurs
20 Trio Mêlons ! Coupons ! Frasquita, Mercédès, Carmen
21 Morceau d'ensemble Quant au douanier Frasquita, Mercédès, Carmen, le Remendado, le Dancaïre, Chœurs
22 Air Je dis que rien ne m'épouvante Micaëla
23 Duo Je suis Escamillo Don José, Escamillo
24 Final Holà ! holà ! José ! Micaëla, Frasquita, Mercédès, Carmen, Don José, le Remendado, le Dancaïre, Escamillo, Chœurs
  Entr'acte    

Acte IV - Une place à Séville

25 Chœur A deux cuartos ! Zuniga, Chœurs
26 Marche et Chœur Les voici ! les voici ! Frasquita, Mercédès, Carmen, Escamillo, Chœurs
27 Duo et Chœur final C'est toi ! C'est moi ! Carmen, Don José, Chœurs

 

 

 

 

LIVRET

 

 

Enregistrements accompagnant le livret

 

- Version intégrale 1950 : Solange Michel (Carmen) ; Martha Angelici (Micaëla) ; Germaine Chellet (Frasquita) ; Raymonde Notti-Pagès (Mercédès) ; Raoul Jobin (Don José) ; Michel Dens (Escamillo) ; Xavier Smati (Zuniga) ; Julien Thirache (Moralès) ; Jean Vieuille (le Dancaïre) ; Frédéric Leprin (le Remendado) ; Gustave Arschodt (Lillas Pastia) ; Chœurs et Orchestre de l'Opéra-Comique dir André Cluytens ; enr. du 06 au 09 septembre 1950 (pochette du disque).

 

- Version anthologique 1928 : Raymonde Visconti (Carmen) ; Marthe Nespoulous (Micaëla) ; Andrée Vavon (Frasquita) ; Andrée Bernadet (Mercédès) ; Georges Thill (Don José) ; Louis Guénot (Escamillo, Moralès, Zuniga) ; Mathyl (le Remendado) ; Fernand Roussel (le Dancaïre) ; Chœurs et Orchestre dir Elie Cohen [et Philippe Gaubert pour l'Air de la Fleur] ; Columbia D 14222 à D 14236, enr. en 1928 (pochette 1 - pochette 2).

 

- Version anthologique 1960 : Jane Rhodes (Carmen) ; Andréa Guiot (Micaëla) ; Janine Panis (Frasquita) ; Jacqueline Broudeur (Mercédès) ; Albert Lance (Don José) ; Robert Massard (Escamillo) ; Bernard Plantey (le Remendado) ; Jean Mollien (le Dancaïre) ; Chœurs et Orchestre dir Roberto Benzi ; enr. en juin 1960 (pochette du disque).

 

- Version anthologique 1961 : Denise Scharley (Carmen) ; Renée Doria (Micaëla) ; Gustave Botiaux (Don José) ; Adrien Legros (Escamillo) ; Chœurs et Orchestre dir. Erasmo Ghiglia ; enr. en 1961.

 

- Version anthologique : Freda Betti (Carmen) ; Andréa Guiot (Micaëla) ; Georgette Spanellys (Frasquita) ; Jacqueline Cauchard (Mercédès) ; Ken Neate (Don José) ; Gabriel Bacquier (Escamillo) ; Marcel Enot (le Dancaïre) : voir Freda Betti

 

 

 

décor de l'acte I, esquisse d'Emile Bertin (1878-1957) pour une reprise

 

 

Version originale (édition de 1875)

[les textes parlés sont en rouge]

 

 

décor de l'acte I lors de la création

 

Prélude

 

 

 

Prélude

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Prélude

anthologie 1928

Columbia D 14222, mat. LX 242-5, enr. en février 1928

distribution

 

 

 

Prélude

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Prélude

anthologie 1961

distribution

 

 

    

 

Prélude (arrangement)

Orch. de la Société des Concerts du Conservatoire dir Edouard Lindenberg

Odéon 123.908, mat. XXP 7460, enr. au Théâtre des Champs-Elysées le 06 juin 1950

 

 

 

Prélude

Orch. de l'Ass. des Concerts Pasdeloup dir Pierre Dervaux

enr. au Festival d'Aix-en-Provence en juillet 1957

 

 

 

Prélude et Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Maria Callas (Carmen) et Orchestre dir. Georges Prêtre

filmé à Hambourg en 1962

 

 

 

 

ACTE PREMIER

 

 

Une place à Séville. — A droite, la porte de la manufacture de tabac. — Au fond, face au public, pont praticable traversant la scène dans toute son étendue. — De la scène on arrive à ce pont par un escalier tournant qui fait sa révolution à droite au-dessus de la porte de la manufacture de tabac. — Le dessous du pont est praticable. — A gauche, au premier plan, le corps de garde. — Devant le corps de garde, une petite galerie couverte, exhaussée de deux ou trois marches ; près du corps de garde, dans un râtelier, les lances des dragons avec leurs banderoles jaunes et rouges.

 

 

n° 01. Scène et Chœurs

 

SCÈNE PREMIÈRE

MORALÈS, MICAËLA, SOLDATS, PASSANTS.

(Au lever du rideau, une quinzaine de soldats (Dragons du régiment d'Almanza) sont groupés devant le corps de garde. Les uns assis et fumant, les autres accoudés sur la balustrade de la galerie. Mouvement de passants sur la place. Des gens pressés, affairés, vont, viennent, se rencontrent, se saluent, se bousculent, etc.)

 

CHŒUR.

Sur la place

Chacun passe,

Chacun vient, chacun va ;
Drôles de gens que ces gens-là.

 

MORALÈS.

A la porte du corps de garde,
Pour tuer le temps,

On fume, on jase, l'on regarde
Passer les passants.

 

CHŒUR.

Sur la place

Chacun passe,

Chacun vient, chacun va ;
Drôles de gens que ces gens-là.

(Depuis quelques minutes Micaëla est entrée. Jupe bleue, nattes tombant sur les épaules, hésitante, embarrassée, elle regarde les soldats, avance, recule, etc.)

 

MORALÈS, aux soldats.

Regardez donc cette petite

Qui semble vouloir nous parler ;

Voyez, elle tourne, elle hésite.

 

CHŒUR.

A son secours il faut aller.

 

MORALÈS, à Micaëla.

Que cherchez-vous, la belle ?

 

MICAËLA.

Je cherche un brigadier.

 

MORALÈS.

Je suis là,

Voilà !

 

MICAËLA.

Mon brigadier, à moi, s'appelle

Don José... le connaissez-vous ?

 

MORALÈS.

José, nous le connaissons tous.

 

MICAËLA.

Est-il avec vous, je vous prie ?

 

MORALÈS.

Il n'est pas brigadier dans notre compagnie.

 

MICAËLA, désolée.

Alors il n'est pas là.

 

MORALÈS.

Non, ma charmante, il n'est pas là,

Mais tout à l'heure il y sera.

Il y sera quand la garde montante

Remplacera la garde descendante.

 

TOUS.

Il y sera quand la garde montante

Remplacera la garde descendante.

 

MORALÈS.

Mais en attendant qu'il vienne,

Voulez-vous, la belle enfant,

Voulez-vous prendre la peine

D'entrer chez nous un instant ?

 

MICAËLA.

Chez vous !

 

LES SOLDATS.

            Chez nous.

 

MICAËLA.

                        Non pas, non pas

Grand merci, messieurs les soldats.

 

MORALÈS.

Entrez sans crainte, mignonne,

Je vous promets qu'on aura,

Pour votre chère personne,

Tous les égards qu'il faudra.

 

MICAËLA.

Je n'en doute pas ; cependant

Je reviendrai, c'est plus prudent.

(Reprenant en riant la phrase du sergent.)

Je reviendrai quand la garde montante

Remplacera la garde descendante.

 

LES SOLDATS, entourant Micaëla.

Vous resterez.

 

MICAËLA, cherchant à se dégager.

            Non pas ! non pas !

 

LES SOLDATS.

Vous resterez.

 

MICAËLA.

            Non pas ! non pas !

Au revoir, messieurs les soldats.

(Elle s'échappe et se sauve en courant.)

 

MORALÈS.

L'oiseau s'envole,

On s'en console.

Reprenons notre passe-temps,

Et regardons passer les gens.

 

REPRISE.

Sur la place

Chacun passe,
Etc.

(Le mouvement des passants qui avait cessé pendant la scène de Micaëla a repris avec une certaine animation. Parmi les gens qui vont et viennent, un vieux monsieur donnant le bras à une jeune dame... Le vieux monsieur voudrait continuer sa promenade, mais la jeune dame fait tout ce qu'elle peut pour le retenir sur la place. Elle paraît émue, inquiète. Elle regarde à droite, à gauche. Elle attend quelqu'un et ce quelqu'un ne vient pas. Cette pantomime doit cadrer très exactement avec le couplet suivant.)

 

 

 

n°01. Scène et Chœurs

intégrale 1950

distribution

 

 

 

    

 

Chœur et Entrée de Micaëla

anthologie 1928

Columbia D 14222, mat. LX 235-1, enr. en février 1928

distribution

 

 

 

 

le Corps de Garde "Sur la place, Chacun passe" (décors de la création)

 

 

n° 02. Scène et Pantomime (supprimée à partir du 25 mai 1875)

 

MORALÈS.

I

Attention ! chut ! Taisons-nous !

Voici venir un vieil époux,

Œil soupçonneux, mine jalouse,

Il tient au bras sa jeune épouse ;

L'amant sans doute n'est pas loin ;

Il va sortir de quelque coin.

(En ce moment un jeune homme entre rapidement sur la place.)

Ah ! ah ! ah ! ah !

Le voilà.

Voyons comment ça tournera.

(Le second couplet continue et s'adapte fidèlement à la scène mimée par les trois personnages. Le jeune homme s'approche du vieux monsieur et de la jeune dame, salue et échange quelques mots à voix basse, etc...)

II

(Imitant le salut empressé du jeune homme.)

Vous trouver ici, quel bonheur !

(Prenant l'air rechigné du vieux mari.)

Je suis bien votre serviteur.

(Reprenant l'air du jeune homme.)

Il salue, il parle avec grâce.

(Puis l'air du vieux mari.)

Le vieux mari fait la grimace ;

(Imitant les mines souriantes de la dame.)

Mais d'un air fort encourageant

La dame accueille le galant.

(Le jeune homme, à ce moment, tire de sa poche un billet qu'il fait voir à la dame.)

Ah ! ah ! ah ! ah !
L'y voilà ;

Voyons comment ça tournera.

Ah ! ah ! ah ! ah !

L'y voilà ;

Voyons comment ça tournera.

(Le mari, la femme et le galant font tous les trois très lentement un petit tour sur la place. Le jeune homme cherchant à remettre son billet doux à la dame.)

III

Ils font ensemble quelques pas ;

Notre amoureux, levant le bras,

Fait voir au mari quelque chose,

Et le mari toujours morose

Regarde en l'air... Le tour est fait,

Car la dame a pris le billet.

(Le jeune homme, d'une main, montre quelque chose en l'air au vieux monsieur et, de l'autre, passe le billet à la dame.)

Ah ! ah ! ah ! ah !

Et voilà,

On voit comment ça tournera.

 

TOUS, riant.

Ah ! ah ! ah ! ah !

Et voilà,

On voit comment ça tournera.

(On entend au loin, très au loin, une marche militaire, clairons et fifres. C'est la garde montante qui arrive. Le vieux monsieur et le jeune homme échangent une cordiale poignée de main. Salut respectueux du jeune homme à la dame. Un officier sort du poste. Les soldats du poste vont prendre leurs lances et se rangent en ligne devant le corps de garde. Les passants à droite forment un groupe pour assister à la parade. La marche militaire se rapproche, se rapproche... La garde montante débouche enfin venant de la gauche et traverse le pont. Deux clairons et deux fifres d'abord. Puis une bande de petits gamins qui s'efforcent de faire de grandes enjambées pour marcher au pas des dragons. — Aussi petits que possible les enfants. Derrière les enfants, le lieutenant Zuniga et le brigadier don José, puis les dragons avec leurs lances.)

 

 

n° 03. Chœur des Gamins

 

SCÈNE II

LES MÊMES, DON JOSÉ, LE LIEUTENANT.


CHŒUR DES GAMINS.

Avec la garde montante

Nous arrivons, nous voilà...

Sonne, trompette éclatante,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta ;

Nous marchons la tête haute

Comme de petits soldats,

Marquant sans faire de faute,

Une... deux... marquant le pas.

Les épaules en arrière

Et la poitrine en dehors,

Les bras de cette manière

Tombant tout le long du corps ;

Avec la garde montante

Sonne, trompette éclatante,

Nous arrivons, nous voilà,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta.

(La garde montante va se ranger à droite en face de la garde descendante. Dès que les petits gamins qui se sont arrêtés à droite devant les curieux ont fini de chanter, les officiers se saluent de l'épée et se mettent à causer à voix basse. On relève les sentinelles.)

 

MORALÈS, à don José.

Il y a une jolie fille qui est venue te demander. Elle a dit qu'elle reviendrait...

 

DON JOSÉ.

Une jolie fille ?...

 

MORALÈS.

Oui, et gentiment habillée, une jupe bleue, des nattes tombant sur les épaules...

 

DON JOSÉ.

C'est Micaëla. Ce ne peut être que Micaëla.

 

MORALÈS.

Elle n'a pas dit son nom.

(Les factionnaires sont relevés. Sonneries des clairons. La garde descendante passe devant la garde montante. — Les gamins en troupe reprennent derrière les clairons et les fifres de la garde descendante la place qu'ils occupaient derrière les tambours et les fifres de la garde montante.)

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

MORALÈS, à don José.

Une jeune fille charmante

Vient de nous demander si tu n'étais pas là !

Jupe bleue et natte tombante.

 

DON JOSÉ.

Ce doit être Micaëla !

 

 

REPRISE DU CHŒUR DES GAMINS.

Et la garde descendante

Rentre chez elle et s'en va.

Sonne, trompette éclatante,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta.

Nous partons la tête haute

Comme de petits soldats,

Marquant, sans faire de faute,

Une... deux... marquant le pas.

Les épaules en arrière

Et la poitrine en dehors,

Les bras de cette manière

Tombant tout le long du corps.

Et la garde descendante

Rentre chez elle et s'en va.

Sonne, trompette éclatante,

Ta ra ta ta, ta ra ta ta.

(Soldats, gamins et curieux s'éloignent par le fond ; chœur, fifres et clairons vont diminuant. L'officier de la garde montante, pendant ce temps, passe silencieusement l'inspection de ses hommes. Quand le chœur des gamins et les fifres ont cessé de se faire entendre, le lieutenant dit : Présentez lances... Haut lances... Rompez les rangs. Les dragons vont tous déposer leurs lances dans le râtelier, puis ils rentrent dans le corps de garde. Don José et le lieutenant restent seuls en scène.)

 

 

 

n°03. Chœur des Gamins

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Chœur des Gamins

anthologie 1928

Columbia D 14223, mat. LX 286-2, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

    

 

Chœur des Gamins

Chœur d'Enfants et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Piero Coppola

Gramophone L 696, mat. 0234510, enr. en 1928

 

 

    

 

la Garde montante (de la 2e Suite d'orchestre)

Orchestre Philharmonique de Paris dir Gustave Cloëz

Odéon 249.000, mat. KI 5090-1, enr. le 11 décembre 1931

 

 

 

SCÈNE III

LE LIEUTENANT [ZUNIGA], DON JOSÉ.


LE LIEUTENANT.

Dites-moi, brigadier ?

 

DON JOSÉ, se levant.

Mon lieutenant.

 

LE LIEUTENANT.

Je ne suis dans le régiment que depuis deux jours et jamais je n'étais venu à Séville. Qu'est-ce que c'est que ce grand bâtiment ?

 

DON JOSÉ.

C'est la manufacture de tabacs...

 

LE LIEUTENANT.

Ce sont des femmes qui travaillent là ...

 

DON JOSÉ.

Oui, mon lieutenant. Elles n'y sont pas maintenant ; tout à l'heure, après leur dîner, elles vont revenir. Et je vous réponds qu'alors il y aura du monde pour les voir passer.

 

LE LIEUTENANT.

Elles sont beaucoup ?

 

DON JOSÉ.

Ma foi, elles sont bien quatre ou cinq cents qui roulent des cigares dans une grande salle...

 

LE LIEUTENANT.

Ce doit être curieux.

 

DON JOSÉ.

Oui, mais les hommes ne peuvent pas entrer dans cette salle sans une permission...

 

LE LIEUTENANT.

Ah !

 

DON JOSÉ.

Parce que, lorsqu'il fait chaud, ces ouvrières se mettent à leur aise, surtout les jeunes.

 

LE LIEUTENANT.

Il y en a de jeunes ?

 

DON JOSÉ.

Mais oui, mon lieutenant.

 

LE LIEUTENANT.

Et de jolies ?

 

DON JOSÉ, en riant.

Je le suppose... Mais à vous dire vrai, et bien que j'aie été de garde ici plusieurs fois déjà, je n'en suis pas bien sûr, car je ne les ai jamais beaucoup regardées...

 

LE LIEUTENANT.

Allons donc !...

 

DON JOSÉ.

Que voulez-vous ?... ces Andalouses me font peur. Je ne suis pas fait à leurs manières, toujours à railler... jamais un mot de raison...

 

LE LIEUTENANT.

Et puis nous avons un faible pour les jupes bleues, et pour les nattes tombant sur les épaules...

 

DON JOSÉ, riant.

Ah ! mon lieutenant a entendu ce que me disait Mo­ralès ?...

 

LE LIEUTENANT.

Oui...

 

DON JOSÉ.

Je ne le nierai pas... la jupe bleue, les nattes... c'est le costume de la Navarre... ça me rappelle le pays...

 

LE LIEUTENANT.

Vous êtes Navarrais ?

 

DON JOSÉ.

Et vieux chrétien. Don José Lizzarabengoa, c'est mon nom... On voulait que je fusse d'église, et l'on m'a fait étudier. Mais je ne profitais guère, j'aimais trop jouer à la paume... Un jour que j'avais gagné, un gars de l'Alava me chercha querelle ; j'eus encore l'avantage, mais cela m'obligea de quitter le pays. Je me fis soldat ! Je n'avais plus mon père ; ma mère me suivit et vint s'établir à dix lieues de Séville... avec la petite Micaëla... c'est une orpheline que ma mère a recueillie, et qui n'a pas voulu se séparer d'elle...

 

LE LIEUTENANT.

Et quel âge a-t-elle, la petite Micaëla ?

 

DON JOSÉ.

Dix-sept ans...

 

LE LIEUTENANT.

Il fallait dire cela tout de suite... Je comprends maintenant pourquoi vous ne pouvez pas me dire si les ouvrières de la manufacture sont jolies ou laides...

(La cloche de la manufacture se fait entendre.)

 

DON JOSÉ.

Voici la cloche qui sonne, mon lieutenant, et vous allez pouvoir juger par vous-même... Quant à moi je vais faire une chaîne pour attacher mon épinglette.

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 03 bis. Récitatif

 

ZUNIGA.

C'est bien là, n'est-ce pas, dans ce grand bâtiment,

Que travaillent les cigarières ?

 

DON JOSÉ, se levant.

C'est là, mon officier, et bien certainement

On ne vit nulle part, filles aussi légères.

 

ZUNIGA.

Mais au moins, sont-elles jolies ?

 

DON JOSÉ, en riant.

Mon officier, je n'en sais rien,

Et m'occupe assez peu de ces galanteries.

 

ZUNIGA.

Ce qui t'occupe, ami, je le sais bien,

Une jeune fille charmante

Qu'on appelle Micaëla,

Jupe bleue et natte tombante.

Tu ne réponds rien à cela ?

 

DON JOSÉ.

Je réponds que c'est vrai, je réponds que je l'aime !

Quant aux ouvrières d'ici,
Quant à leur beauté, les voici !

Et vous pouvez jugez vous-même.

 

 

 

n° 04. Chœur des Cigarières

 

SCÈNE IV

DON JOSÉ, SOLDATS, JEUNES GENS et CIGARIÈRES.

(La place se remplit de jeunes gens qui viennent se placer sur le passage des cigarières. Les soldats sortent du poste. Don José s'assied sur une chaise, et reste là fort indifférent à toutes ces allées et venues, travaillant à son épinglette.)

 

CHŒUR.

La cloche a sonné, nous, des ouvrières

Nous venons ici guetter le retour ;

Et nous vous suivrons, brunes cigarières,

En vous murmurant des propos d'amour.

(A ce moment paraissent les cigarières, la cigarette aux lèvres. Elles passent sous le pont et descendent lentement en scène.)

 

LES SOLDATS.

Voyez-les... Regards imprudents,

Mine coquette

Fumant toutes du bout des dents
La cigarette.

 

LES CIGARIÈRES.

Dans l'air, nous suivons des yeux
La fumée

Qui vers les cieux

Monte, monte parfumée.

Dans l'air nous suivons des yeux

La fumée,

La fumée,

La fumée,

La fumée.

Cela monte doucement

A la tête,

Cela vous met gentiment

L'âme en fête,

Dans l'air nous suivons des yeux
La fumée,

Etc.

Le doux parler des amants

C'est fumée ;

Leurs transports et leurs serments
C'est fumée.

Dans l'air nous suivons des yeux
La fumée,

Etc.

 

LES JEUNES GENS, aux cigarières.

Sans faire les cruelles,

Ecoutez-nous, les belles,

Vous que nous adorons,

Que nous idolâtrons.

 

LES CIGARIÈRES, reprennent en riant.

Le doux parler des amants

C'est fumée ;

Leurs transports et leurs serments
C'est fumée.

Dans l'air nous suivons des yeux
La fumée,

Etc.

 

 

 

n°04. Chœur des Cigarières

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Chœur des Cigarières

anthologie 1928

Columbia D 14223, mat. LX 248-3, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

    

 

Chœur des Cigarières et Entrée de Carmen

Lucy Perelli (Carmen), Chœurs et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Piero Coppola

Gramophone L 696, mat. 0233015, enr. en 1928

 

 

 

la scène V de l'Acte I à l'Opéra-Comique en 1899 avec Jeanne Marié de l'Isle (Carmen) et Léon Beyle (Don José, assis au centre)

 

 

SCÈNE V

LES MÊMES, CARMEN.


LES SOLDATS.

Nous ne voyons pas la Carmencita.

 

LES CIGARIÈRES et LES JEUNES GENS.

La voilà,

La voilà,

Voilà la Carmencita.

(Entre Carmen. Absolument le costume et l'entrée indiqués par Mérimée. Elle a un bouquet de cassie à son corsage et une fleur de cassie dans le coin de la bouche. Troie ou quatre jeunes gens entrent avec Carmen. Ils la suivent, l'entourent, lui parlent. Elle minaude et caquette avec eux. Don José lève la tête. Il regarde Carmen, puis se remet à travailler tranquillement à son épinglette.)

 

LES JEUNES GENS, entrés avec Carmen.

Carmen, sur tes pas, nous nous pressons tous ;

Carmen, sois gentille, au moins réponds-nous

Et dis-nous quel jour tu nous aimeras.

 

CARMEN, les regardant.

Quand je vous aimerai, ma foi, je ne sais pas.

Peut-être jamais, peut-être demain ;

Mais pas aujourd'hui, c'est certain.

 

 

 

"L'amour est un oiseau rebelle" (décors de la création)

 

 

n° 05. Habanera

 

L'amour est un oiseau rebelle

Que nul ne peut apprivoiser,

Et c'est bien en vain qu'on l'appelle

S'il lui convient de refuser.

Rien n'y fait ; menace ou prière,

L'un parle bien, l'autre se tait ;

Et c'est l'autre que je préfère,

Il n'a rien dit, mais il me plaît.

 

L'amour est enfant de Bohême,

Il n'a jamais connu de loi ;

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime ;

Si je t'aime, prends garde à toi !...

 

L'oiseau que tu croyais surprendre

Battit de l'aile et s'envola...

L'amour est loin, tu peux l'attendre

Tu ne l'attends plus... il est là...

Tout autour de toi, vite, vite,

Il vient, s'en va, puis il revient...

Tu crois le tenir, il t'évite,

Tu veux l'éviter, il te tient.

 

L'amour est enfant de Bohême,

Il n'a jamais connu de loi ;

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime ;

Si je t'aime, prends garde à toi !

 

 

 

n°05. Habanera

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Habanera

anthologie 1928

Columbia D 14224, mat. LX 179-2, enr. en février 1928

distribution

 

 

 

Entrée de Carmen et Habanera

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Habanera

anthologie 1961

distribution

 

 

 

Habanera "l'Amour est un oiseau rebelle"

Mme Pla (Carmen) et Piano

Pathé cylindre, enr. vers 1897/1899

 

 

    

 

Habanera "l'Amour est un oiseau rebelle"

Marie Delna (Carmen) et Piano

Pathé 90 tours n° 3502, mat. 5928o, enr. en 1903

 

 

    

 

Habanera "l'Amour est un oiseau rebelle"

Jeanne Marié de l'Isle (Carmen) et Orchestre

Zonophone X 83078, mat. 5928o, enr. à Paris en 1906

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Marie Lafargue (Carmen) et Orchestre

Odéon 60201, mat. XP3061, enr. à Paris en 1906/1907

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Marthe Chenal (Carmen) et Orchestre dir François Rühlmann

Pathé saphir 80 tours n° 49, mat. 1871, enr. en 1915

 

 

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Emma Calvé (Carmen) et Piano

Victor 88085, mat. C 17809, enr. à New York le 06 juin 1916

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Emma Calvé (Carmen) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 273, mat. 2292, enr. en juin/juillet 1920

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Suzanne Brohly (Carmen) et Orchestre

Disque Pour Gramophone P 435, mat. 33933, enr. le 25 octobre 1921

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Suzanne Brohly (Carmen), Chœurs et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 407, mat. 1005, enr. le 01 février 1924

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Alice Raveau (Carmen) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 484, mat. 1129, enr. le 07 août 1925

 

 

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Conchita Supervia (Carmen) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.773, mat. XXP 7267, enr. le 24 avril 1931

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Ninon Vallin (Carmen) et Orchestre dir François Rühlmann

Pathé X 90.030, mat. N 250.208, enr. en décembre 1931

 

 

 

Prélude et Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Maria Callas (Carmen) et Orchestre dir. Georges Prêtre

filmé à Hambourg en 1962

 

 

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

Geori Boué (Carmen) et Orchestre dir Giancarlo Amati

enr. en 1963

 

 

 

 

"Si tu ne m'aimes pas, je t'aime" (décors de la création)

 

 

n° 06. Scène

 

LES JEUNES GENS.

Carmen, sur tes pas, nous nous pressons tous ;

Carmen, sois gentille, au moins réponds-nous.

(Moment de silence. Les jeunes gens entourent Carmen, celle-ci les regarde l'un après l'autre, sort du cercle qu'ils forment autour d'elle et s'en va droit à don José, qui est toujours occupé de son épinglette.)

 

CARMEN.

Eh ! compère, qu'est-ce que tu fais là ?...

 

DON JOSÉ.

Je fais une chaîne avec du fil de laiton, une chaîne pour attacher mon épinglette.

 

CARMEN, riant.

Ton épinglette, vraiment ! ton épinglette... épinglier de mon âme...

(Elle arrache de son corsage la fleur de cassie et la lance à don José. Il se lève brusquement. La fleur de cassie est tombée à ses pieds. Éclat de rire général ; la cloche de la manufacture sonne une deuxième fois. Sortie des ouvrières et des jeunes gens sur la reprise de : L'amour est enfant de Bohême, Etc. Carmen sort la première en courant et elle entre dans la manufacture. Les jeunes gens sortent à droite et à gauche. — Le lieutenant qui, pendant cette scène, bavardait avec deux ou trois ouvrières, les quitte et rentre dans le poste après que les soldats y sont rentrés. Don José reste seul.)

 

 

SCÈNE VI

 

DON JOSÉ.

Qu'est-ce que cela veut dire, ces façons-là ?... Quelle effronterie !... (En souriant.) Tout ça parce que je ne faisais pas attention à elle !... Alors, suivant l'usage des femmes et des chats qui ne viennent pas quand on les appelle et qui viennent quand on ne les appelle pas, elle est venue... (Il regarde la fleur de cassie qui est par terre, à ses pieds. Il la ramasse.) Avec quelle adresse elle me l'a lancée, cette fleur... là, juste entre les deux yeux... ça m'a fait l'effet d'une balle qui m'arrivait... (Il respire le parfum de la fleur.) Comme c'est fort !... Certainement s'il y a des sorcières, cette fille-là en est une.

(Entre Micaëla.)

 

 

 

n°06. Scène

intégrale 1950

distribution

 

 

 

SCÈNE VII
DON JOSÉ, MICAËLA.

 

MICAËLA.

Monsieur le brigadier ?

 

DON JOSÉ, cachant précipitamment la fleur de cassie.

Quoi ?... Qu'est-ce que c'est ?... Micaëla !... c'est toi...

 

MICAËLA.

C'est moi !...

 

DON JOSÉ.

Et tu viens de là-bas ?...

 

MICAËLA.

Et je viens de là-bas... C'est votre mère qui m'envoie...

 

DON JOSÉ.

Ma mère...

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 06 bis. Récitatif

 

DON JOSÉ.

Quels regards ! quelle effronterie !

(Il regarde la fleur de cassie par terre, à ses pieds. Il la ramasse.)

Cette fleur-là m'a fait l'effet

D'une balle qui m'arrivait !

(Il respire le parfum de la fleur.)

Le parfum en est fort et la fleur est jolie !

Et la femme...

S'il est vraiment des sorcières,
C'est en une certainement.

(Entre Micaëla.)

 

MICAËLA.

José !

 

DON JOSÉ, cachant précipitamment la fleur de cassie.

Micaëla !

 

MICAËLA.

Me voici !

 

DON JOSÉ.

Quelle joie !

 

MICAËLA.

C'est votre mère qui m'envoie !

 

 

n° 07. Duo

 

DUO.

DON JOSÉ.

            Eh bien ; parle... ma mère ?

 

MICAËLA.

J'apporte de sa part, fidèle messagère,

Cette lettre.

 

DON JOSÉ, regardant la lettre.

            Une lettre.

 

MICAËLA.

                        Et puis un peu d'argent.

(Elle lui remet une petite bourse.)

Pour ajouter à votre traitement,

Et puis...

 

DON JOSÉ.

            Et puis ?

 

MICAËLA.

                        Et puis ?... vraiment je n'ose

Et puis... encore une autre chose

Qui vaut mieux que l'argent et qui, pour un bon fils,

Aura sans doute plus de prix.

 

DON JOSÉ.

C'est autre chose, quelle est-elle ?

Parle donc.

 

MICAËLA.

            Oui, je parlerai ;

Ce que l'on m'a donné, je vous le donnerai.

Votre mère avec moi sortait de la chapelle,

Et c'est alors qu'en m'embrassant,

Tu vas, m'a-t-elle dit, t'en aller à la ville :

La route n'est pas longue, une fois à Séville,

Tu chercheras mon fils, mon José, mon enfant...

Et tu lui diras que sa mère

Songe nuit et jour à l'absent...

Qu'elle regrette et qu'elle espère,

Qu'elle pardonne et qu'elle attend ;

Tout cela, n'est-ce pas ? mignonne,

De ma part tu le lui diras,

Et ce baiser que je te donne

De ma part tu le lui rendras.

 

DON JOSÉ, très ému.

Un baiser de ma mère ?

 

MICAËLA.

Un baiser pour son fils.

José, je vous le rends, comme je l'ai promis.

(Micaëla se hausse un peu sur la pointe des pieds et donne à don José un baiser bien franc, bien maternel. Don José très ému la laisse faire. II la regarde bien dans les yeux. — Un moment de silence.)

 

DON JOSÉ, continuant de regarder Micaëla.

Ma mère, je la vois... je revois mon village.

Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

Vous remplissez mon cœur de force et de courage

O souvenirs chéris,
Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

 

[ DON JOSÉ.

[ Ma mère, je la vois... je revois mon village.

[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

[ Vous remplissez mon cœur de force et de courage

[ O souvenirs chéris,
[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

[

[ MICAËLA.

[ Sa mère, il la revoit... il revoit son village.

[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

[ Vous remplissez son cœur de force et de courage

[ O souvenirs chéris,
[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

 

DON JOSÉ, les yeux fixés sur la manufacture.

Qui sait de quel démon j'allais être la proie !

Même de loin, ma mère me défend,

Et ce baiser qu'elle m'envoie

Écarte le péril et sauve son enfant.

 

MICAËLA.

Quel démon, quel péril ? je ne comprends pas bien.

Que veut dire cela ?

 

DON JOSÉ.

            Rien ! rien !

Parlons de toi, la messagère.

Tu vas retourner au pays...

 

MICAËLA.

Ce soir même, et demain je verrai votre mère.

 

DON JOSÉ.

Eh bien ! tu lui diras que José, que son fils...

Que son fils l'aime et la vénère,

Et qu'il se conduit aujourd'hui

En bon sujet, pour que sa mère

Là-bas soit contente de lui.

Tout cela, n'est-ce pas ? mignonne,

De ma part, tu le lui diras ;

Et ce baiser que je te donne,

De ma part tu le lui rendras...

(Il l'embrasse.)

 

MICAËLA.

Oui, je vous le promets... de la part de son fils

José, je le rendrai comme je l'ai promis.

 

[ DON JOSÉ.

[ Ma mère, je la vois... je revois mon village.

[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

[ Vous remplissez mon cœur de force et de courage

[ O souvenirs chéris,
[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

[

[ MICAËLA.

[ Sa mère, il la revoit... il revoit son village.

[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

[ Vous remplissez son cœur de force et de courage

[ O souvenirs chéris,
[ Souvenirs d'autrefois ! souvenirs du pays !

 

 

 

n°07. Duo

intégrale 1950

distribution

 

 

         

 

Duo de Micaëla et Don José

Columbia D 14225, mat. LX 251-1 et LX 252-2, enr. le 05 mars 1928

distribution

 

 

    

 

Duo "Parle-moi de ma mère"

Mary Boyer (Micaëla), Franz Gautier (Don José) et Orchestre

Pathé saphir 90 tours n° 4617, enr. en 1907

 

 

         

 

Duo "Parle-moi de ma mère"

Yvonne Brothier (Micaëla), Emile Marcelin (Don José) et Orchestre

Gramophone W 683 (34219 et 34220), mat. 03406v et 03407v, enr. à Paris le 10 décembre 1920

 

 

 

Duo "Parle-moi de ma mère"

Fanny Heldy (Micaëla), Fernand Ansseau (Don José) et Orchestre dir Piero Coppola

Gramophone DB 1115, mat. CTR 3366-1, enr. à Paris le 12 novembre 1927

 

 

DON JOSÉ.

Attends un peu maintenant... je vais lire sa lettre...


MICAËLA.

J'attendrai, monsieur le brigadier, j'attendrai...

 

DON JOSÉ, embrassant la lettre avant de commencer à lire.

Ah ! (Lisant.) « Continue à te bien conduire, mon enfant ! L'on t'a promis de te faire maréchal des logis. peut-être alors pourras-tu quitter le service, te faire donner une petite place et revenir près de moi. Je commence à me faire bien vieille. Tu reviendrais près de moi et tu te marierais, nous n'aurions pas, je pense, grand'peine à te trouver une femme, et je sais bien, quant à moi, celle que je te conseillerais de choisir : c'est tout justement celle qui te porte ma lettre... Il n'y en a pas de plus sage et de plus gentille... »

 

MICAËLA, l'interrompant.

Il vaut mieux que je ne sois pas là !...

 

DON JOSÉ.

Pourquoi donc ?...

 

MICAËLA, troublée.

Je viens de me rappeler que votre mère m'a chargé de quelques petits achats ; je vais m'en occuper tout de suite.

 

DON JOSÉ.

Attends un peu, j'ai fini...

 

MICAËLA.

Vous finirez quand je ne serai plus là...

 

DON JOSÉ.

Mais la réponse ?...

 

MICAËLA.

Je reviendrai la prendre avant mon départ et je la porterait votre mère... Adieu !

 

DON JOSÉ.

Micaëla !

 

MICAËLA.

Non, non... je reviendrai, j'aime mieux cela... je reviendrai, je reviendrai...

(Elle sort.)

 

 

SCÈNE VIII

DON JOSÉ, puis LES OUVRIÈRES, LE LIEUTENANT, SOLDATS.

 

DON JOSÉ, lisant.

« Il n'y en a pas de plus sage, ni de plus gentille... il n'y en a pas surtout qui t'aime davantage... et si tu voulais... » Oui, ma mère, oui, je ferai ce que tu désires... j'épouserai Micaëla, et quant à cette bohémienne, avec ses fleurs qui ensorcellent...

(Au moment où il va arracher les fleurs de sa veste, grande rumeur dans l'intérieur de la manufacture. — Entre le lieutenant suivi des soldats.)

 

LE LIEUTENANT.

Eh bien ! eh bien ! qu'est-ce qui arrive ?...

(Les ouvrières sortent rapidement et en désordre.)

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 07 bis. Récitatif

 

DON JOSÉ.

Reste-là maintenant, pendant que je lirai.

 

MICAËLA.

Non pas, lisez d'abord, et puis... je reviendrai.

 

DON JOSÉ.

Pourquoi t'en aller ?

 

MICAËLA.

C'est plus sage,

Cela me convient davantage.

Lisez ! puis je reviendrai.

 

DON JOSÉ.

Tu reviendras ?

 

MICAËLA.

Je reviendrai !

(Don José lit la lettre.)

 

DON JOSÉ.

Ne crains rien, ma mère, ton fils t'obéira,

Fera ce que tu lui dis ; j'aime Micaëla,

Je la prendrai pour femme.

Quant à tes fleurs, sorcière infâme !...

 

 

 

la scène VIII de l'Acte I à l'Opéra-Comique en 1899

 

 

n° 08. Chœur

 

CHŒUR DES CIGARIÈRES.

Au secours ! n'entendez-vous pas ?

Au secours, messieurs les soldats !

 

PREMIER GROUPE DE FEMMES.

C'est la Carmencita.

 

DEUXIÈME GROUPE DE FEMMES.

            Non pas, ce n'est pas elle.

 

PREMIER GROUPE.

C'est elle.

 

DEUXIÈME GROUPE.

            Pas du tout.

 

PREMIER GROUPE.

                        Si fait ! dans la querelle

Elle a porté les premiers coups.

 

TOUTES LES FEMMES, entourant le lieutenant.

Ne les écoutez pas, monsieur, écoutez-nous,

Ecoutez-nous,

Ecoutez-nous.

 

PREMIER GROUPE, elles tirent l'officier de leur côté.

La Manuelita disait

Et répétait à voix haute

Qu'elle achèterait sans faute

Un âne qui lui plaisait.

 

DEUXIÈME GROUPE, même jeu.

Alors la Carmencita

Railleuse à son ordinaire,

Dit : un âne, pourquoi faire ?

Un balai te suffira.

 

PREMIER GROUPE.

Manuelita riposta

Et dit à sa camarade :

Pour certaine promenade

Mon âne te servira.

 

DEUXIÈME GROUPE.

Et ce jour-là tu pourras

A bon droit faire la fière ;

Deux laquais suivront derrière,

T'émouchant à tour de bras.

 

TOUTES LES FEMMES.

Là-dessus toutes les deux

Se sont prises aux cheveux.

 

LE LIEUTENANT.

Au diable tout ce bavardage.

(A don José.)

Prenez, José, deux hommes avec vous

Et voyez là-dedans qui cause ce tapage.

(Don José prend deux hommes avec lui. — Les soldats entrent dans la manufacture. Pendant ce temps les femmes se pressent, se disputent entre elles.)

 

PREMIER GROUPE.

C'est la Carmencita.

 

DEUXIÈME GROUPE.

            Non, non, écoutez-nous

Etc.

 

LE LIEUTENANT, assourdi.

Holà ! holà !

Éloignez-moi toutes ces femmes-là.

 

TOUTES LES FEMMES.

Écoutez-nous ! écoutez-nous !

 

LES SOLDATS, repoussent les femmes et les écartent.

Tout doux ! tout doux !

Éloignez-vous et taisez-vous.

 

LES FEMMES.

Écoutez-nous !

 

LES SOLDATS.

Tout doux.

(Les cigarières glissent entre les mains des soldats qui cherchent à les écarter. — Elles se précipitent sur le lieutenant et reprennent le chœur.)

 

PREMIER GROUPE.

La Manuelita disait,

Etc.

 

DEUXIÈME GROUPE.

Alors la Carmencita,

Etc.

 

LES SOLDATS, en repoussant encore une fois les femmes.
Tout doux ! tout doux !

Éloignez-vous et taisez-vous.

(Les soldats réussissent enfin à repousser les cigarières. Les femmes sont maintenues à distance autour de la place par une haie de dragons. Carmen paraît, sur la porte de la manufacture, amenée par don José et suivie par deux dragons.)

 

 

 

n°08. Chœur

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Chœur de la Dispute

anthologie 1928

Columbia D 14224, mat. LX 196-2, enr. en février 1928

distribution

 

 

 

SCÈNE IX

LES MÊMES, CARMEN.


LE LIEUTENANT.

Voyons, brigadier... Maintenant que nous avons un peu de silence... qu'est-ce que vous avez trouvé là-dedans ?...

 

DON JOSÉ.

J'ai d'abord trouvé trois cents femmes, criant, hurlant, gesticulant, faisant un tapage à ne pas entendre Dieu tonner... D'un côté il y en avait une, les quatre fers en l'air, qui criait : Confession ! confession !... je suis morte... Elle avait sur la figure un X qu'on venait de lui marquer en deux coups de couteau... en face de la blessée j'ai vu...

(Il s'arrête sur un regard de Carmen.)

 

LE LIEUTENANT.

Eh bien ?...

 

DON JOSÉ.

J'ai vu mademoiselle...

 

LE LIEUTENANT.

Mademoiselle Carmencita ?

 

DON JOSÉ.

Oui, mon lieutenant...

 

LE LIEUTENANT.

Et qu'est-ce qu'elle disait, mademoiselle Carmencita ?

 

DON JOSÉ.

Elle ne disait rien, mon lieutenant, elle serrait les dents et roulait des yeux comme un caméléon.

 

CARMEN.

On m'avait provoquée... je n'ai fait que me défendre... Monsieur le brigadier vous le dira... (A José.) N'est-ce pas, monsieur le brigadier ?

 

DON JOSÉ, après, un moment d'hésitation.

Tout ce que j'ai pu comprendre au milieu du bruit, c'est qu'une discussion s'était élevée entre ces deux dames, et qu'à la suite de cette discussion, mademoiselle, avec le couteau dont elle coupait le bout des cigares, avait commencé à dessiner des croix de saint André sur le visage de sa camarade... (Le lieutenant regarde Carmen ; celle-ci, après un regard à don José et un très léger haussement d'épaules, est redevenu impassible.) Le cas m'a paru clair. J'ai prié mademoiselle de me suivre... Elle a d'abord fait un mouvement comme pour résister... puis elle s'est résignée... et, m'a suivi, douce comme un mouton !

 

LE LIEUTENANT.

Et la blessure de l'autre femme ?

 

DON JOSÉ.

Très légère, mon lieutenant, deux balafres à fleur de peau.

 

LE LIEUTENANT, à Carmen.

Eh bien ! la belle, vous avez entendu le brigadier ?... (A José.) Je n'ai pas besoin de vous demander si vous avez dit la vérité.

 

DON JOSÉ.

Foi de Navarrais, mon lieutenant !

(Carmen se retourne brusquement et regarde encore une fois José.)

 

LE LIEUTENANT, à Carmen.

Eh bien !... vous avez entendu ?... Avez-vous quelque-chose à répondre ?... parlez, j'attends...

(Carmen, au lieu de répondre, se met à fredonner.)

 

CARMEN, chantant.

Coupe-moi, brûle-moi, je ne te dirai rien,

Je brave tout, le feu, le fer et le ciel même.

 

LE LIEUTENANT.

Ce ne sont pas des chansons que je te demande, c'est une réponse.

 

CARMEN, chantant.

Mon secret je le garde et je le garde bien ;

J'en aime un autre et meurs en disant que je l'aime.

 

LE LIEUTENANT.

Ah ! ah ! nous le prenons sur ce ton-là.. (A José.) Ce qui est sûr, n'est-ce pas, c'est qu'il y eu des coups de couteau, et que c'est elle qui les a donnés...

(En ce moment cinq ou six femmes à droite réussissent à forcer la ligne des factionnaires et se précipitent sur la scène en criant : Oui, oui, c'est elle !... Une de ces femmes se trouve près de Carmen. Celle-ci lève la main et veut se jeter sur la femme. Don José arrête Carmen. Les soldats écartent les femmes, et les repoussent cette fois tout à fait hors de la scène. Quelques sentinelles continuent à rester en vue gardant les abords de la place.)

 

LE LIEUTENANT.

Eh ! eh ! vous avez la main leste décidément. (Aux soldats.) Trouvez-moi une corde.

(Moment de silence pendant lequel Carmen se remet à fredonner de la façon la plus impertinente en regardant l'officier.)

 

UN SOLDAT, apportant une corde.

Voilà, mon lieutenant.

 

LE LIEUTENANT, à don José.

Prenez et attachez-moi ces deux jolies mains. (Carmen, sans faire la moindre résistance, tend en souriant ses deux mains à don José.) C'est dommage vraiment, car elle est gentille... Mais si gentille que vous soyez, vous n'en irez pas moins faire un tour à la prison. Vous pourrez y chanter vos chansons de bohémienne. Le porte-clefs vous dira ce qu'il en pense. (Les mains de Carmen sont liées, on la fait asseoir sur un escabeau devant le corps de garde. Elle reste là immobile, les yeux à terre.) Je vais écrire l'ordre. (A don José.) C'est vous qui la conduirez...

(Il sort.)

 

 

 

n°09. Chanson et Mélodrame

intégrale 1950

distribution

 

 

 

SCÈNE X

CARMEN, DON JOSÉ.

(Un petit moment de silence. — Carmen lève les yeux et regarde don José. Celui-ci se détourne, s'éloigne de quelques pas, puis revient à Carmen qui le regarde toujours.)

 

CARMEN.

Où me conduirez-vous ?...

 

DON JOSÉ.

A la prison, ma pauvre enfant...

 

CARMEN.

Hélas ! que deviendrai-je ? Seigneur officier, ayez pitié de moi... Vous êtes si gentil... (José ne répond pas, s'éloigne et revient, toujours sous le regard de Carmen.) Cette corde, comme vous l'avez serrée, cette corde... J'ai les poignets brisés.

 

DON JOSÉ, s'approchant de Carmen.

Si elle vous blesse, je puis la desserrer... Le lieutenant m'a dit de vous attacher les mains... il ne m'a pas dit...

(Il desserre la corde.)

 

CARMEN, bas.

Laisse-moi m'échapper, je te donnerai un morceau de la bar lachi, une petite pierre qui te fera aimer de toutes les femmes.

 

DON JOSÉ, s'éloignant.

Nous ne sommes pas ici pour dire des balivernes... Il faut aller à la prison. C'est la consigne, et il n'y a pas de remède.           

(Silence.)

 

CARMEN.

Tout à l'heure vous avez dit : foi de Navarrais... vous êtes des Provinces ?...

 

DON JOSÉ.

Je suis d'Elizondo...

 

CARMEN.

Et moi d'Etchalar...

 

DON JOSÉ, s'arrêtant.

D'Etchalar !.. c'est à quatre heures d'Elizondo, Etchalar.

 

CARMEN.

Oui, c'est là que je suis née... J'ai été emmenée par des Bohémiens à Séville. Je travaillais à la manufacture pour gagner de quoi retourner en Navarre, près de ma pauvre mère qui n'a que moi pour soutien... On m'a insultée parce que je ne suis pas de ce pays de filous, de marchands d'oranges pourries, et ces coquines se sont mises contre moi parce que je leur ai dit que tous leurs Jacques de Séville avec leurs couteaux ne feraient pas peur à un gars de chez nous avec son béret bleu et son maquila. Camarade, mon ami, ne ferez-vous rien pour une payse ?

 

DON JOSÉ.

Vous êtes Navarraise, vous ?...

 

CARMEN.

Sans doute.

 

DON JOSÉ.

Allons donc... il n'y a pas un mot de vrai... vos yeux seuls, votre bouche, votre teint... Tout vous dit Bohémienne...

 

CARMEN.

Bohémienne, tu crois ?

 

DON JOSÉ.

J'en suis sûr...

 

CARMEN.

Au fait, je suis bien bonne de me donner la peine de mentir... Oui, je suis Bohémienne, mais tu n'en feras pas moins ce que je te demande... Tu le feras parce que tu m'aimes...

 

DON JOSÉ.

Moi !

 

CARMEN.

Eh ! oui, tu m'aimes... ne me dis pas non, je m'y connais ! tes regards, la façon dont tu me parles. Et cette fleur que tu as gardée. Oh ! tu peux la jeter maintenant... cela n'y fera rien. Elle est restée assez de temps sur ton cœur ; le charme a opéré...

 

DON JOSÉ, avec colère.

Ne me parle plus, tu entends, je te défends de me parler...

 

CARMEN.

C'est très bien, seigneur officier, c'est très bien. Vous me défendez de parler, je ne parlerai plus...

(Elle regarde don José qui recule.)

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 09. Chanson et Mélodrame

 

DON JOSÉ.

Mon officier, c'était une querelle,

Des injures d'abord, puis à la fin des coups ;

Une femme blessée.

 

ZUNIGA.

Et par qui ?

 

DON JOSÉ.

Mais par elle.

 

ZUNIGA.

Vous entendez ; que nous répondrez-vous ?

(Carmen, au lieu de répondre, se met à fredonner.)

 

CARMEN.

Tra la la la la la la la

Coupe-moi, brûle-moi, je ne te dirai rien ;

Tra la la la la la la la

Je brave tout, le feu, le fer et le ciel même.

 

ZUNIGA.

Fais-nous grâce de tes chansons

Et, puisque l'on t'a dit de répondre, réponds !

 

CARMEN.

Tra la la la la la la la,

Mon secret, je le garde et je le garde bien !

Tra la la la la la la la,

J'en aime un autre, et meurs en disant que je l'aime.

 

ZUNIGA.

Puisque tu le prends sur ce ton,

Tu chanteras ton air aux murs de la prison.

 

CHŒURS.

En prison ! en prison !

(Carmen frappe une femme qui s'approche d'elle.)

 

ZUNIGA, à Carmen.

La peste !

Décidément, vous avez la main leste.

 

CARMEN.

Tra la la la la la la la...

 

ZUNIGA, à Don José.

C'est dommage,

C'est grand dommage,

Car elle est gentille vraiment ;

Mais il faut bien la rendre sage,

Attachez ces deux jolis bras.

 

CARMEN.

Où me conduirez-vous ?...

 

DON JOSÉ.

A la prison, et je n'y puis rien faire.

 

CARMEN.

Vraiment, tu n'y peux rien faire.

 

DON JOSÉ.

Non, rien ! j'obéis à mes chefs.

 

CARMEN.

Eh bien moi, je sais bien qu'en dépit de tes chefs eux-mêmes,

Tu feras tout ce que je veux,

Et cela, parce que tu m'aimes.

 

DON JOSÉ.

Moi, t'aimer !

 

CARMEN.

Oui, José !

La fleur dont je t'ai fait présent,

Tu sais, la fleur de la sorcière.

Tu peux la jeter maintenant,

Le charme opère !

 

DON JOSÉ, avec colère.

Ne me parle plus,

Tu m'entends,

Ne parle plus,

Je le défends !

 

 

n° 10. Séguedille et Duo

 

FINALE.

CARMEN.

Près de la porte de Séville,

Chez mon ami Lillas Pastia,

J'irai danser la séguedille

Et boire du Manzanilla !

Oui, mais toute seule on s'ennuie,

Et les vrais plaisirs sont à deux...

Donc pour me tenir compagnie,

J'emmènerai mon amoureux...

Mon amoureux !... il est au diable...

Je l'ai mis à la porte hier...

Mon pauvre cœur très consolable,

Mon cœur est libre comme l'air...

J'ai des galants à la douzaine,

Mais ils ne sont pas à mon gré ;

Voici la fin de la semaine,

Qui veut m'aimer je l'aimerai.

Qui veut mon âme... elle est à prendre...

Vous arrivez au bon moment,

Je n'ai guère le temps d'attendre,

Car avec mon nouvel amant...

Près de la poste de Séville,

Chez mon ami Lillas Pastia,

J'irai danser la séguedille

Et boire du Manzanilla.

 

DON JOSÉ.

Tais-toi, je t'avais dit de ne pas me parler.

 

CARMEN.

Je ne te parle pas... je chante pour moi-même,

Et je pense... il n'est pas défendu de penser,

Je pense à certain officier,

A certain officier qui m'aime,

Et que l'un de ces jours je pourrais bien aimer...

 

DON JOSÉ.

Carmen !...

 

CARMEN.

Mon officier n'est pas un capitaine,

Pas même un lieutenant, il n'est que brigadier,

Mais c'est assez pour une Bohémienne,

Et je daigne m'en contenter !

 

DON JOSÉ, déliant la corde qui attache les mains de Carmen.

Carmen, je suis comme un homme ivre,

Si je cède, si je me livre,

Ta promesse, tu la tiendras...

Si je t'aime, tu m'aimeras...

 

CARMEN, à peine chanté, murmuré.

Près de la porte de Séville,

Chez mon ami Lillas Pastia,

Nous danserons la séguedille

Et boirons du Manzanilla.

 

DON JOSÉ.

(Parlé.)

Le lieutenant !... Prenez garde.

(Carmen va se replacer sur son escabeau, les mains derrière le dos. — Rentre le lieutenant.)

 

 

 

n°10. Séguedille et Duo

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Séguedille et Duo

anthologie 1928

Columbia D 14226, mat. LX 232-1, enr. le 22 février 1928

distribution

 

 

 

Séguedille et Duo

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Séguedille

anthologie 1961

distribution

 

 

 

Séguedille "Près des remparts de Séville"

Charlotte Wyns (Carmen) et Piano

cylindre Dutreih 150205, mat. 18287, enr. vers 1904

 

 

 

Séguedille "Près des remparts de Séville"

Sigrid Arnoldson (Carmen) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 33609, mat. 1285r, enr. à Berlin en juin 1906

 

 

    

 

Séguedille "Près des remparts de Séville"

Lyse Charny (Carmen) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 335, mat. 3783, enr. en 1922

 

 

 

Séguedille "Près des remparts de Séville"

Conchita Supervia (Carmen), Gaston Micheletti (Don José) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.714, mat. XXP 7098, enr. le 10 juillet 1930

 

 

    

 

Séguedille "Près des remparts de Séville"

Ninon Vallin (Carmen), Miguel Villabella (Don José) et Orchestre dir François Rühlmann

Pathé X 90.030, mat. N 250.210, enr. en décembre 1931

 

 

 

Séguedille "Près des remparts de Séville"

Geori Boué (Carmen) et Orchestre dir Giancarlo Amati

enr. en 1963

 

 

 

n° 11. Final

 

SCÈNE XI

LES MÊMES, LE LIEUTENANT, puis LES OUVRIERS, LES SOLDATS, LES BOURGEOIS.

 

LE LIEUTENANT.

Voici l'ordre, partez et faites bonne garde...

 

CARMEN, bas à José.

Sur le pont je te pousserai

Aussi fort que je pourrai...

Laisse-toi renverser... le reste me regarde !

(Elle se place entre les deux dragons. José à côté d'elle. Les femmes et les bourgeois pendant ce temps sont rentrés en scène toujours maintenus à distance par les dragons... Carmen traverse la scène de gauche à droite allant vers le pont...)

L'amour est enfant de Bohême,

Il n'a jamais connu de loi ;

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime,

Si je t'aime, prends garde à toi.

(En arrivant à l'entrée du pont à droite, Carmen pousse José qui se laisse renverser. Confusion, désordre. Carmen s'enfuit. Arrivée au milieu du pont, elle s'arrête un instant, jette sa corde à la volée par-dessus le parapet du pont, et se sauve pendant que sur la scène, avec de grands éclats de rire, les cigarières entourent le lieutenant.)

 

Entr'acte

 

 

 

n°11. Final

intégrale 1950

distribution

 

 

 

Entr'acte

intégrale 1950

distribution

 

 

 

Entr'acte

anthologie 1960

distribution

 

 

 

 

 

 

décor de l'acte II, esquisse d'Emile Bertin (1878-1957) pour une reprise

 

 

Version originale (édition de 1875)

[les textes parlés sont en rouge]

 

 

décor de l'acte II lors de la création

 

 

 

ACTE DEUXIÈME

 

 

La taverne de Lillas Pastia. — Tables à droite et à gauche.

 

 

n° 12. Chanson bohême

 

SCÈNE PREMIÈRE

CARMEN, LE LIEUTENANT [ZUNIGA], MORALÈS, OFFICIERS et BOHÉMIENNES.

(Carmen, Mercédès, Frasquita, le lieutenant Zuniga, Moralès et un lieutenant. C'est la fin d'un dîner. La table est en désordre. Les officiers et les Bohémiennes fument des cigarettes. Deux Bohémiens raclent de la guitare dans un coin de la taverne et deux Bohémiennes, au milieu de la scène, dansent. — Carmen est assise regardant danser les Bohémiens, le lieutenant lui parle bas, mais elle ne fait aucune attention à lui. Elle se lève tout à coup et se met à chanter.)


CARMEN.

I

Les tringles des sistres tintaient

Avec un éclat métallique,

Et sur cette étrange musique

Les zingarellas se levaient,

Tambours de basque allaient leur train,

Et les guitares forcenées

Grinçaient sous des mains obstinées,

Même chanson, même refrain,

La la la la la la.

(Sur ce refrain, les Bohémiennes dansent. Mercédès et Frasquita reprennent avec Carmen le : La la la la la la.)

II

Les anneaux de cuivre et d'argent

Reluisaient sur les peaux bistrées ;

D'orange ou de rouge zébrées

Les étoffes flottaient au vent ;

La danse au chant se mariait,

D'abord indécise et timide,

Plus vive ensuite et plus rapide,

Cela montait, montait, montait !...

La la la la la la.

 

MERCÉDÈS et FRASQUITA.

La la la la la la.

 

CARMEN.

III

Les Bohémiens à tour de bras,

De leurs instruments faisaient rage,

Et cet éblouissant tapage,

Ensorcelait les zingaras !

Sous le rythme de la chanson,

Ardentes, folles, enfiévrées,

Elles se laissaient, enivrées,

Emporter par le tourbillon !

La la la la la la.

 

CARMEN, MERCÉDÈS et FRASQUITA.

La la la la la la.

(Mouvement de danse très rapide, très violent. Carmen elle-même danse et vient, avec les dernières notes de l'orchestre, tomber haletante sur un banc de la taverne. Après la danse, Lillas Pastia se met à tourner autour des officiers d'un air embarrassé.)

 

 

 

n°12. Chanson bohême

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Chanson bohême

anthologie 1928

Columbia D 14226, mat. LX 253-2, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

 

Chanson bohême

anthologie 1961

distribution

 

 

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

Emma Calvé (Carmen) et Orchestre

Victor 88124, mat. C6042-1, enr. aux USA le 20 mars 1908

 

 

    

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

Lyse Charny (Carmen) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 335, mat. 3784, enr. en 1922

 

 

    

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

Suzanne Brohly (Carmen) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 407, mat. 1037, enr. le 11 février 1924

 

 

    

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

Ninon Vallin (Carmen) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 171.026, mat. XXP 6474-2, enr. le 16 avril 1927

 

 

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

Conchita Supervia (Carmen), Andrée Vavon (Frasquita), Andrée Bernadet (Mercédès) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.714, mat. XXP 7099, enr. le 10 juillet 1930

 

 

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

Suzanne Juyol (Carmen), Denise Boursin (Frasquita), Jacqueline Cauchard (Mercédès), Chœurs et Orchestre de l'Opéra-Comique dir. Albert Wolff

enr. en juin 1951

 

 

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

Geori Boué (Carmen) et Orchestre dir Giancarlo Amati

enr. en 1963

 

 

 

 

"Les tringles des sistres tintaient" (décors de la création)

 

 

LE LIEUTENANT.

Vous avez quelque chose à nous dire, maître Lillas Pastia ?

 

PASTIA.

Mon Dieu, messieurs...

 

MORALÈS.

Parle, voyons...

 

PASTIA.

Il commence à se faire tard... et je suis, plus que personne, obligé d'observer les règlements. Monsieur le corrégidor étant assez mal disposé à mon égard... je ne sais pas pourquoi il est mal disposé...

 

LE LIEUTENANT.

Je le sais très bien, moi. C'est pare que ton auberge est le rendez-vous ordinaire de tous les contrebandiers de la province.

 

PASTIA.

Que ce soit pour cette raison ou pour une autre, je suis obligé de prendre garde... or, je vous le répète, il commence à se faire tard.

 

MORALÈS.

Cela veut dire que tu nous mets à la porte !...

 

PASTIA.

Oh ! non, messieurs les officiers... oh ! non... je vous fais seulement observer que mon auberge devrait être fermée depuis dix minutes...

 

LE LIEUTENANT.

Dieu sait ce qui s'y passe dans ton auberge, une fois qu'elle est fermée...

 

PASTIA.

Oh ! mon lieutenant...

 

LE LIEUTENANT.

Enfin, nous avons encore, avant l'appel, le temps d'aller passer une heure au théâtre... vous y viendrez avec nous, n'est-ce pas, les belles ?

(Pastia fait signe aux Bohémiennes de refuser.)

 

FRASQUITA.

Non, messieurs les officiers, non, nous restons ici, nous.

 

LE LIEUTENANT.

Comment, vous ne viendrez pas...

 

MERCÉDÈS.

C'est impossible...

 

MORALÈS.

Mercédès !...

 

MERCÉDÈS.

Je regrette...

 

MORALÈS.

Frasquita !

 

FRASQUITA.

Je suis désolée...

 

LE LIEUTENANT.

Mais toi, Carmen, je suis bien sûr que tu ne refuseras pas...

 

CARMEN.

C'est ce qui vous trompe, mon lieutenant... je refuse et encore plus nettement qu'elles deux, si c'est possible...

(Pendant que le lieutenant parle à Carmen, Andrès et les deux autres lieutenants essayent de fléchir Frasquita et Mercédès.)

 

LE LIEUTENANT.

Tu m'en veux ?

 

CARMEN,

Pourquoi vous en voudrais-je ?

 

LE LIEUTENANT.

Parce qu'il y a un mois, j'ai eu la cruauté de t'envoyer à la prison...

 

CARMEN, comme si elle ne se rappelait pas.

A la prison ?

 

LE LIEUTENANT.

J'étais de service, je ne pouvais pas faire autrement.


CARMEN, même jeu.

A la prison.., je ne me souviens pas d'être allée à la prison...

 

LE LIEUTENANT

Je sais pardieu bien que tu n'y es pas allée... le brigadier qui était chargé de te conduire ayant jugé à propos de te laisser échapper... et de se faire dégrader et emprisonner pour cela...

 

CARMEN, sérieuse.

Dégrader et emprisonner ?...

 

LE LIEUTENANT

Mon Dieu oui... on n'a pas voulu admettre qu'une aussi petite main ait été assez forte pour renverser un homme...

 

CARMEN.

Oh !

 

LE LIEUTENANT.

Cela n'a pas paru naturel...

 

CARMEN.

Et ce pauvre garçon est redevenu simple soldat ?...


LE LIEUTENANT.

Oui... et il a passé un mois en prison...

 

CARMEN.

Mais il en est sorti ?

 

LE LIEUTENANT.

Depuis hier seulement !

 

CARMEN, faisant claquer ses castagnettes.

Tout est bien, puisqu'il en est sorti, tout est bien.


LE LIEUTENANT.

A la bonne heure, tu te consoles vite...

 

CARMEN, à part.

Et j'ai raison... (Haut.) Si vous m'en croyez, vous ferez comme moi, vous voulez nous emmener, nous ne voulons pas vous suivre... vous vous consolerez...

 

MORALÈS.

Il faudra bien.

(La scène est interrompue par un chœur chanté dans la coulisse.)

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 12 bis. Récitatif

 

FRASQUITA.

Messieurs, Pastia me dit...

 

ZUNIGA.

Que nous veut-il encor, maître Pastia ?

 

FRASQUITA.

Il dit que le corrégidor veut que l'on ferme l'auberge.

 

ZUNIGA.

Eh bien ! nous partirons.

Vous viendrez avec nous.

(Pastia fait signe aux Bohémiennes de refuser.)

 

FRASQUITA.

Non pas ! nous, nous restons.

 

ZUNIGA.

Et toi, Carmen ? tu ne viens pas ?

Ecoute !

Deux mots dits tout bas :

Tu m'en veux.

 

CARMEN.

Vous en vouloir ! pourquoi ?

 

ZUNIGA.

Ce soldat l'autre jour emprisonné pour toi...

 

CARMEN.

Qu'a-t-on fait de ce malheureux ?

 

ZUNIGA.

Maintenant, il est libre !

 

CARMEN.

Il est libre ! tant mieux...

Bonsoir, messieurs nos amoureux !

 

FRASQUITA, MERCÉDÈS et CARMEN.

Bonsoir, messieurs nos amoureux !

 

 

 

 

la scène I de l'acte II lors de la création (gravure du 13 mars 1875)

 

 

n° 13. Chœur

 

CHŒUR.

Vivat ! vivat le torero !

Vivat ! vivat Escamillo !

Jamais homme intrépide

N'a, par un coup plus beau,

D'une main plus rapide,

Terrassé le taureau !

Vivat ! vivat le torero !

Vivat ! vivat Escamillo !...

 

LE LIEUTENANT.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

 

MERCÉDÈS.

Une promenade aux flambeaux...

 

MORALÈS.

Et qui promène-t-on ?

 

FRASQUITA.

Je le reconnais... c'est Escamillo... un torero qui s'est fait remarquer aux dernières courses de Grenade et qui promet d'égaler la gloire de Montes et de Pepo Illo....

 

MORALÈS.

Pardieu, il faut le faire venir.., nous boirons en son honneur !

 

LE LIEUTENANT.

C'est cela, je vais l'inviter. (Il va à la fenêtre.) Monsieur le torero... voulez-vous nous faire l'amitié de monter ici ? vous y trouverez des gens qui aiment fort tous ceux qui, comme vous, ont de l'adresse et du courage... (Quittant la fenêtre.) Il vient...

 

PASTIA, suppliant.

Messieurs les officiers, je vous avais dit...

 

LE LIEUTENANT.

Ayez la bonté de nous laisser tranquille, maître Lillas Pastia, et faites-nous apporter de quoi boire...

 

REPRISE DU CHŒUR.

Vivat ! vivat le torero !

Vivat ! vivat Escamillo !

(Paraît Escamillo.)

 

 

 

n°13. Chœur

intégrale 1950

distribution

 

 

 

 

"Votre toast, je peux vous le rendre" (décors de la création)

 

 

SCÈNE II

LES MÊMES, ESCAMILLO.


LE LIEUTENANT.

Ces dames et nous, vous remercions d'avoir accepté notre invitation ; nous n'avons pas voulu vous laisser passer sais boire avec vous au grand art de la tauromachie.

 

ESCAMILLO.

Messieurs les officiers, je vous remercie.

 

n° 14. Couplets

 

I

Votre toast... je peux vous le rendre,

Señors, car avec les soldats

Les toreros peuvent s'entendre,

Pour plaisir ils ont les combats.

Le cirque est plein, c'est jour de fête,

Le cirque est plein du haut en bas.

Les spectateurs perdent la tête

S'interpellent à grands fracas ;

Apostrophes, cris et tapage

Poussés jusques à la fureur,

Car c'est la fête du courage,

C'est la fête des gens de cœur.

Toréador, en garde,

Et songe en combattant

Qu'un œil noir te regarde

Et que l'amour t'attend.

 

TOUT LE MONDE.

Toréador, en garde,

Etc.

(Entre les deux couplets, Carmen remplit le verre d'Escamillo.)

 

ESCAMILLO.

II

Tout d'un coup l'on a fait silence ;

Plus de cris ! que se passe-t-il ?

C'est l'instant, le taureau s'élance

En bondissant hors du toril...

Il entre, il frappe, un cheval roule

En entraînant un picador.

Bravo, toro !... hurle la foule,

Le taureau va, vient, frappe encor...

En secouant ses banderilles...

Il court, le cirque est plein de sang ;

On se sauve, on franchit les grilles ;

Allons... c'est ton tour maintenant.

Toréador, en garde,

Et songe en combattant

Qu'un œil noir te regarde

Et que l'amour t'attend.

 

TOUT LE MONDE.

Toréador, en garde,

Etc.

(On boit, on échange des poignées de main avec le toréador.)

 

 

 

n°14. Couplets

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Couplets

anthologie 1928

Columbia D 14227, mat. LX 277-2, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

 

Couplets

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Couplets du Toréador

anthologie 1961

distribution

 

 

 

Couplets du Toréador

René-Antoine Fournets (Escamillo) et Piano

Pathé cylindre n° 3565, enr. en 1902/1903

 

 

    

 

Couplets du Toréador

Maurice Renaud (Escamillo) et Piano

Pathé saphir 90 tours n° 3381, enr. en 1902/1903

 

 

         

 

Couplets du Toréador

Daniel Vigneau (Escamillo) et Orchestre

Pathé saphir 90 tours n° 4776, réédité sur 80 tours n° 47 et 476, enr. en 1906/1907

 

 

    

 

Couplets du Toréador

Louis Nucelly (Escamillo), Chœurs de l'Opéra et Orchestre

Aspir 5214, mat. 94.15, enr. vers 1912

 

 

    

 

Couplets du Toréador

Brutus Tarquini d'Or (Escamillo) et Orchestre

Favorite 1-5414, mat. 1451t, enr. vers 1913

 

 

    

 

Couplets du Toréador

Edouard Rouard (Escamillo) et Orchestre

Disque Pour Gramophone W 372 (032364), mat. 03301v, enr. le 30 décembre 1919

 

 

    

 

Couplets du Toréador

Jean Aquistapace (Escamillo) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 352, mat. 4641, enr. en 1923

 

 

    

 

Couplets du Toréador

André Baugé (Escamillo) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 425, mat. 1608, enr. le 10 juin 1924

 

 

    

 

Couplets du Toréador

André Baugé (Escamillo) et Orchestre dir. Godfroy Andolfi

Pathé X 90.015, mat. N 203.095, enr. en 1931

 

 

    

 

Couplets du Toréador

Roger Bourdin (Escamillo), Chœurs et Orch. de l'Opéra-Comique dir. Gustave Cloëz

Odéon 171.013, mat. XXP 6454-2, enr. vers 1927

 

 

 

Couplets du Toréador

Julien Giovannetti (Escamillo), Chœurs et Orchestre de l'Opéra-Comique dir. Albert Wolff

enr. en juin 1951

 

 

 

Couplets du Toréador

Michel Roux (Escamillo), Jean Madeira (Carmen), Vivette Barthelemy (Frasquita), Irène Sicot (Mercédès), Chœurs du Conservatoire de Paris et Orchestre de l'Association des Concerts Pasdeloup dir Pierre Dervaux

enr. au Festival d'Aix-en-Provence en juillet 1957

 

 

PASTIA.

Messieurs les officiers, je vous en prie.

 

LE LIEUTENANT.

C'est bien, c'est bien, nous partons.

(Les officiers commencent à se préparer à partir. — Escamillo se trouve près de Carmen.)

 

ESCAMILLO.

Dis-moi ton nom, et la première fois que je frapperai le taureau, ce sera ton nom que je prononcerai.

 

CARMEN.

Je m'appelle la Carmencita.

 

ESCAMILLO.

La Carmencita ?

 

CARMEN.

Carmen, la Carmencita, comme tu voudras.

 

ESCAMILLO.

Eh bien ! Carmen ou la Carmencita, si je m'avisais de t'aimer et d'être aimé de toi, qu'est-ce que tu me répondrais ?

 

CARMEN.

Je répondrais que tu peux m'aimer tout à ton aise, mais que quant à être aimé de moi pour le moment, il n'y faut pas songer !

 

ESCAMILLO.

Ah !

 

CARMEN.

C'est comme ça.

 

ESCAMILLO.

J'attendrai alors et je me contenterai d'espérer...


CARMEN.

Il n'est pas défendu d'attendre et il est toujours agréable d'espérer.

 

MORALÈS, à Frasquita et à Mercédès.

Vous ne venez pas décidément ?

 

MERCÉDÈS et FRASQUITA, sur un nouveau signe de Pastia.

Mais non, mais non...

 

MORALÈS, au lieutenant.

Mauvaise campagne, lieutenant.

 

LE LIEUTENANT.

Bah ! la bataille n'est pas encore perdue... (Bas, à Car­men.) Écoute-moi, Carmen, puisque tu ne veux pas venir avec nous, c'est moi qui dans une heure reviendrai ici...

 

CARMEN.

Ici...?

 

LE LIEUTENANT.

Oui, dans une heure... après l'appel.

 

CARMEN.

Je ne vous conseille pas de revenir...

 

LE LIEUTENANT, riant.

Je reviendrai tout de même. (Haut.) Nous partons avec vous, torero, et nous nous joindrons au cortège qui vous accompagne.

 

ESCAMILLO.

C'est un grand honneur pour moi, je tâcherai de ne pas m'en montrer indigne lorsque je combattrai sous vos yeux.

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 14 bis. Récitatif

 

ESCAMILLO.

La belle, un mot : comment t'appelle-t-on ?
Dans mon premier danger, je veux dire ton nom.

 

CARMEN.

Carmen ! Carmencita !

Cela revient au même.

 

ESCAMILLO.

Si l'on te disait que l'on t'aime...

 

CARMEN.

Je répondrais qu'il ne faut pas m'aimer.

 

ESCAMILLO.

Cette réponse n'est pas tendre,

Je me contenterai d'espérer et d'attendre.

 

CARMEN.

Il est permis d'attendre, il est doux d'espérer.

 

ZUNIGA.

Puisque tu ne viens pas, Carmen, je reviendrai.

 

CARMEN.

Et vous aurez grand tort !

 

ZUNIGA, riant.

Bah ! je me risquerai.

 

 

REPRISE DE L'AIR.

Toréador, en garde,

Et songe en combattant,

Etc.

(Tout le monde sort, excepté Carmen, Frasquita, Mercédés et Lillas Pastia.)

 

n° 14 ter. Sortie d'Escamillo

 

 

SCÈNE III

CARMEN, FRASQUITA, MERCÉDÈS, PASTIA.


FRASQUITA, à Pastia.

Pourquoi étais-tu si pressé de les faire partir et pourquoi nous as-tu fait signe de ne pas les suivre ?

 

PASTIA.

Le Dancaïre et le Remendado viennent d'arriver... ils ont à vous parler de vos affaires, des affaires d'Égypte.

 

CARMEN.

Le Dancaïre et le Remendado ?...

 

PASTIA, ouvrant une porte et appelant du geste.

Oui, les voici... tenez...

(Entrent le Dancaïre et le Remendado. — Pastia ferme les portes, met les volets, etc.)

 

 

SCÈNE IV

CARMEN, FRASQUITA, MERCÉDÈS, LE DANCAÏRE, LE REMENDADO.


FRASQUITA.

Eh bien, les nouvelles ?

 

LE DANCAÏRE.

Pas trop mauvaises, les nouvelles ; nous arrivons de Gibraltar...

 

LE REMENDADO.

Joli ville, Gibraltar !... on y voit des Anglais, beaucoup d'Anglais, de jolis hommes les Anglais ; un peu froids, mais distingués.

 

LE DANCAÏRE.

Remendado !...

 

LE REMENDADO.

Patron.

 

LE DANCAÏRE, mettant la main sur son couteau.

Vous comprenez ?

 

LE REMENDADO.

Parfaitement, patron...

 

LE DANCAÏRE.

Taisez-vous, alors. Nous arrivons de Gibraltar, nous avons arrangé, avec un patron de navire, l'embarquement de marchandises anglaises. Nous irons les attendre près de la côte, nous en cacherons une partie dans la montagne et nous ferons passer le reste. Tous nos camarades ont été prévenus... ils sont ici, cachés, mais c'est de vous trois surtout que nous avons besoin... vous allez partir avec nous...

 

CARMEN, riant.

Pourquoi faire ? pour vous aider à porter des ballots ?...


LE REMENDADO.

Oh ! non... faire porter des ballots à des dames... ça ne serait pas distingué.

 

LE DANCAÏRE, menaçant.

Remendado ?

 

LE REMENDADO.

Oui, patron.

 

LE DANCAÏRE.

Nous ne vous ferons pas porter de ballots, mais nous avons besoin de vous pour autre chose.

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 14 quater. Récitatif

 

FRASQUITA.

Eh bien vite, quelles nouvelles ?

 

LE DANCAÏRE.

Pas trop mauvaises, les nouvelles,

Et nous pouvons encor faire quelques beaux coups,

Mais nous avons besoin de vous...

 

FRASQUITA, MERCÉDÈS et CARMEN.

Besoin de nous ?

 

LE DANCAÏRE.

Oui, nous avons besoin de vous.

 

 

n° 15. Quintette

 

QUINTETTE.

LE DANCAÏRE.

Nous avons en tête une affaire.

 

MERCÉDÈS.

Est-elle bonne, dites-nous ?

 

LE REMENDADO.

Elle est admirable, ma chère ;

Mais nous avons besoin de vous.

 

CARMEN, MERCÉDÈS et FRASQUITA.

De nous ?

 

LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

De vous.

Car nous l'avouons humblement,

Et très respectueusement,

En matière de tromperie,

De duperie,

De volerie,

Il est toujours bon, sur ma foi,

D'avoir les femmes avec soi,

Et sans elles,

Mes toutes belles,

On ne fait jamais rien

De bien.

 

CARMEN, MERCÉDÈS et FRASQUITA.

Quoi ! sans nous jamais rien,

De bien ?

 

LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

N'êtes-vous pas de cet avis ?

 

CARMEN, MERCÉDÈS et FRASQUITA.

Si fait, je suis

De cet avis.

 

TOUS LES CINQ.

En matière de tromperie,

De duperie,

De volerie,

Il est toujours bon, sur ma foi,

D'avoir les femmes avec soi,

Et sans elles,

Les toutes belles,

On ne fait jamais rien

De bien.

 

LE DANCAÏRE.

C'est dit alors, vous partirez.

 

MERCÉDÈS et FRASQUITA.

Quand vous voudrez.

 

LE REMENDADO.

Mais tout de suite.

 

CARMEN.

            Ah ! permettez ;

(A Mercédès et à Frasquita.)

S'il vous plaît de partir, partez,

Mais je ne suis pas du voyage ;

Je ne pars pas... je ne pars pas.

 

LE DANCAÏRE.

Carmen, mon amour, tu viendras,

Et tu n'auras pas le courage

De nous laisser dans l'embarras.

 

CARMEN.

Je ne pars pas, je ne pars pas.

 

LE REMENDADO.

Mais au moins la raison, Carmen, tu la diras ?

 

CARMEN.

Je la dirai certainement ;

La raison, c'est qu'en ce moment
Je suis amoureuse.

 

LE DANCAÏRE et LE REMENDADO, stupéfaits.

Qu'a-t-elle dit ?

 

FRASQUITA.

Elle dit qu'elle est amoureuse.

 

LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

Amoureuse !

 

MERCÉDÈS et FRASQUITA.

Amoureuse !

 

LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

Voyons, Carmen, sois sérieuse.

 

CARMEN.

Amoureuse à perdre l'esprit.

 

LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

Certes, la chose nous étonne,

Mais ce n'est pas le premier jour

Où vous aurez su, ma mignonne,

Faire marcher de front le devoir et l'amour.

 

CARMEN.

Mes amis, je serais fort aise

De pouvoir vous suivre ce soir

Mais cette foi, ne vous déplaise,
Il faudra que l'amour passe avant le devoir.

 

LE DANCAÏRE.

Ce n'est pas là ton dernier mot ?

 

CARMEN.

Pardonnez-moi.

 

LE REMENDADO.

            Carmen, il faut

Que tu te laisses attendrir.

 

MERCÉDÈS, FRASQUITA, LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

Il faut venir, Carmen, il faut venir.

Pour notre affaire,

C'est nécessaire,

Car entre nous,

 

MERCÉDÈS et FRASQUITA.

Car entre nous...

 

CARMEN.

Quant à cela, je l'admets avec vous.

 

REPRISE GÉNÉRALE.

En matière de tromperie,

De duperie,

De volerie,

Etc.

 

 

 

n°15. Quintette

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Quintette

anthologie 1928

Columbia D 14227, mat. LX 255-1, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

 

Quintette

anthologie 1960

distribution

 

 

LE DANCAÏRE.

En voilà assez ; je t'ai dit qu'il fallait venir, et tu viendras... je suis le chef...

 

CARMEN.

Comment dis-tu ça ?

 

LE DANCAÏRE.

Je te dis que je suis le chef...

 

CARMEN.

Et tu crois que je t'obéirai ?...

 

LE DANCAÏRE, furieux.

Carmen !...

 

CARMEN, très calme.

Eh bien !...

 

LE REMENDADO, se jetant entre le Dancaïre et Carmen.

Je vous en prie... des personnes si distinguées...

 

LE DANCAÏRE, envoyant un coup de pied que le Remendado évite.

Attrape ça, toi...

 

LE REMENDADO, se redressant.

Patron...

 

LE DANCAÏRE.

Qu'est-ce que c'est ?

 

LE REMENDADO.

Rien, patron !

 

LE DANCAÏRE.

Amoureuse... ce n'est pas une raison, cela.

 

LE REMENDADO.

Le fait est que ce n'en est pas une... moi aussi je suis amoureux et ça ne m'empêche pas de me rendre utile.

 

CARMEN.

Partez sans moi... j'irai vous rejoindre demain... mais pour ce soir je reste...

 

FRASQUITA.

Je ne t'ai jamais vue comme cela ; qui attends-tu donc ?...

 

CARMEN.

Un pauvre diable de soldat qui m'a rendu service....

 

MERCÉDÈS.

Ce soldat qui était en prison ?

 

CARMEN.

Oui...

 

FRASQUITA.

Et à qui, il y a quinze jours, le geôlier a remis de ta part un pain dans lequel il y avait une pièce d'or et une lime ?...

 

CARMEN, remontant vers la fenêtre.

Oui.

 

LE DANCAÏRE.

Il s'en est servi de cette lime ?...

 

CARMEN, remontant vers la fenêtre.

Non.

 

LE DANCAÏRE.

Tu vois bien ! ton soldat aura eu peur d'être puni plus rudement qu'il ne l'avait été ; ce soir encore il aura peur... tu auras beau entr'ouvrir les volets et regarder s'il vient, je parierais qu'il ne viendra pas.

 

CARMEN.

Ne parie pas, tu perdrais...

(On entend dans le lointain la voix de don José.)

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 15 bis. Récitatif

 

LE DANCAÏRE.

Mais qui donc attends-tu ?

 

CARMEN.

Presque rien, un soldat qui l'autre jour pour me rendre service

S'est fait mettre en prison.

 

LE REMENDADO.

Le fait est délicat.

 

LE DANCAÏRE.

Il se peut qu'après tout ton soldat réfléchisse.

Es-tu bien sûre qu'il viendra ?

 

 

n° 16. Chanson

 

DON JOSÉ, la voix très éloignée.

Halte là !

Qui va là ?
Dragon d'Almanza !

Où t'en vas-tu par là,

Dragon d'Almanza ?

Moi je m'en vais faire,

A mon adversaire,

Mordre la poussière.

S'il en est ainsi,

Passez mon ami.

Affaire d'honneur,

Affaire de cœur,

Pour nous tout est là,

Dragons d'Almanza.

(La musique n'arrête pas. Carmen, le Dancaïre, le Remendado, Mercédès et Frasquita, par les volets entr'ouverts, regardent venir don José.)

 

 

 

n°16. Chanson

intégrale 1950

distribution

 

 

MERCÉDÈS.

C'est un dragon, ma foi.

 

FRASQUITA.

Et un beau dragon.

 

LE DANCAÏRE, à Carmen.

Eh bien, puisque tu ne veux venir que demain, sais-tu au moins ce que tu devrais faire ?

 

CARMEN.

Qu'est-ce que je devrais faire ?...

 

LE DANCAÏRE.

Tu devrais décider ton dragon à venir avec toi et à se joindre à nous.

 

CARMEN.

Ah !... si cela se pouvait !.... mais il n'y faut pas penser... ce sont des bêtises... il est trop niais.

 

LE DANCAÏRE.

Pourquoi l'aimes-tu puisque tu conviens toi-même...


CARMEN.

Parce qu'il est joli garçon donc et qu'il me plaît.


LE REMENDADO, avec fatuité.

Le patron ne comprend pas ça, lui... qu'il suffise d'être joli garçon pour plaire aux femmes...

 

LE DANCAÏRE.

Attends un peu, toi, attends un peu...

(Le Remendado se sauve et sort. Le Dancaïre le poursuit et sort à son tour entraînant Mercédès et Frasquita qui essaient de le calmer.)

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

FRASQUITA.

C'est un beau dragon.

 

MERCÉDÈS.

Un très beau dragon.

 

LE DANCAÏRE.

Qui serait pour nous un fier compagnon.

 

LE REMENDADO.

Dis-lui de nous suivre.

 

CARMEN.

Il refusera.

 

LE DANCAÏRE.

Mais essaie, au moins.

 

CARMEN.

Soit ! on essayera.

 

 

DON JOSÉ, la voix beaucoup plus rapprochée.

Halte-là !

Qui va là ?

Dragon d'Almanza !

Où t'en vas-tu par là,

Dragon d'Almanza ?

Exact et fidèle,

Je vais où m'appelle

L'amour de ma belle.

S'il en est ainsi,

Passez mon ami.

Affaire d'honneur,

Affaire de cœur,

Pour nous tout est là,

Dragons d'Almanza !

(Entre don José.)

 

 

 

"Enfin... te voilà" (décors de la création)

 

 

SCÈNE V

DON JOSÉ, CARMEN.

 

CARMEN.

Enfin... te voilà... C'est bien heureux.

 

DON JOSÉ.

Il y a deux heures seulement que je suis sorti de prison.


CARMEN.

Qui t'empêchait de sortir plus tôt ? Je t'avais envoyé une lime et une pièce d'or... avec la lime il fallait scier le plus gros barreau de ta prison... avec la pièce d'or il fallait, chez le premier fripier venu, changer ton uniforme pour un habit bourgeois.

 

DON JOSÉ.

En effet, tout cela était possible.

 

CARMEN.

Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?

 

DON JOSÉ.

Que veux-tu ? j'ai encore mon honneur de soldat, et déserter me semblerait un grand crime... Oh ! je ne suis pas moins reconnaissant... Tu m'as envoyé une lime et une pièce d'or.. La lime me servira pour affiler ma lance et je la garde comme souvenir de toi. (Lui tendant la pièce d'or.) Quant à l'argent...

 

CARMEN.

Tiens, il l'a gardé !... ça se trouve à merveille... (Criant et frappant.) Holà !... Lillas Pastia, holà !... nous mangerons tout... tu me régales... holà ! holà !...

(Entre Pastia.)

 

PASTIA , l'empêchant de crier.

Prenez donc garde...

 

CARMEN, lui jetant la pièce.

Tiens, attrape... et apporte-nous des fruits confits ; apporte-nous des bonbons, apporte-nous des oranges, apporte-nous du Manzanilla... apporte-nous de tout ce que tu as, de tout, de tout...

 

PASTIA.

Tout de suite, mademoiselle Carmencita.

(Il sort.)

 

CARMEN, à José.

Tu m'en veux alors et tu regrettes de t'être fait mettre en prison pour mes beaux yeux ?

 

DON JOSÉ.

Quant à cela non, par exemple.

 

CARMEN.

Vraiment.

 

DON JOSÉ.

L'on m'a mis en prison, l'on m'a ôté mon grade, mais ça m'est égal.

 

CARMEN.

Parce que tu m'aimes ?

 

DON JOSÉ.

Oui, parce que je t'aime, parce que je t'adore.

 

CARMEN, mettant ses deux mains dans les mains de José.

Je paie mes dettes... c'est notre loi à nous autres bohémiennes... Je paie mes dettes... je paie mes dettes...

(Rentre Lillas Pastia apportant sur un plateau des oranges, des bonbons, des fruits confits, du Manzanilla.)

Mets tout cela ici... d'un seul coup, n'aie pas peur... (Pastia obéit et la moitié des objets roule par terre.) Ça ne fait rien, nous ramasserons tout cela nous-mêmes... sauve-toi maintenant, sauve-toi, sauve-toi. (Pastia sort.) Mets-toi là et mangeons de tout ! de tout ! de tout !

(Elle est assise ; don José s'assied en face d'elle.)

 

DON JOSÉ.

Tu croques les bonbons comme un enfant de six ans...


CARMEN.

C'est que je les aime... Ton lieutenant était ici tout à l'heure, avec d'autres officiers, ils nous ont fait danser la Romalis...

 

DON JOSÉ.

Tu as dansé ?

 

CARMEN.

Oui ; et quand j'ai eu dansé, ton lieutenant s'est permis de me dire qu'il m'adorait...

 

DON JOSÉ.

Carmen !

 

CARMEN.

Qu'est-ce que tu as ?... Est-ce que tu serais jaloux, par hasard ?...

 

DON JOSÉ.

Mais certainement, je suis jaloux...

 

CARMEN.

Ah bien !.. Canari, va !... tu es un vrai canari d'habit et de caractère... allons, ne te fâche pas... pourquoi es-tu jaloux ? parce que j'ai dansé tout à l'heure pour ces officiers... Eh bien, si tu le veux, je danserai pour toi maintenant, pour toi seul.

 

DON JOSÉ.

Si je le veux, je crois bien que je le veux...

 

CARMEN.

Où sont mes castagnettes ?... qu'est-ce que j'ai fait de mes castagnettes ? (En riant.) C'est toi qui me les a prises, mes castagnettes ?

 

DON JOSÉ.

Mais non !

 

CARMEN, tendrement,.

Mais si, mais si... je suis sûre que c'est toi... ah ! bah ! en voilà des castagnettes. (Elle casse une assiette, avec deux morceaux de faïence, se fait des castagnettes et les essaie...) Ah ! ça ne vaudra jamais mes castagnettes... Où sont-elles donc ?

 

DON JOSÉ, trouvant les castagnettes sur la table à droite.

Tiens, les voici...

 

CARMEN, riant.

Ah ! tu vois bien... c'est toi qui les avais prises...


DON JOSÉ.

Ah ! que je t'aime, Carmen, que je t'aime !

 

CARMEN.

Je l'espère bien.

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 16 bis. Récitatif

 

CARMEN.

Enfin, c'est toi !

 

DON JOSÉ.

Carmen !

 

CARMEN.

Et tu sors de prison ?

 

DON JOSÉ.

J'y suis resté deux mois.

 

CARMEN.

Tu t'en plains ?

 

DON JOSÉ.

Ma foi non !

Et si c'était pour toi, j'y voudrais être encore.

 

CARMEN.

Tu m'aimes donc ?

 

DON JOSÉ.

Moi, je t'adore !

 

CARMEN.

Vos officiers sont venus tout à l'heure ;

Ils nous ont fait danser.

 

DON JOSÉ.

Comment, toi ?

 

CARMEN.

Que je meure si tu n'es pas jaloux.

 

DON JOSÉ.

Eh oui, je suis jaloux.

 

CARMEN.

Tout doux, monsieur, tout doux.

 

 

 

 

"Je vais danser en votre honneur" (décors de la création)

 

 

n° 17. Duo

 

DUO.

CARMEN.

Je vais en ton honneur danser la Romalis,

Et tu verras, mon fils,

Comment je sais moi-même accompagner ma danse.

Mettez-vous là, don José, je commence.

(Elle fait asseoir don José dans un coin du théâtre. Petite danse. Carmen, du bout des lèvres, fredonne un air qu'elle accompagne avec ses castagnettes. Don José la dévore des yeux. On entend au loin, très loin, des clairons qui sonnent la retraite. Don José prête l'oreille. Il croit entendre les clairons, mais les castagnettes de Carmen claquent très bruyamment. Don José s'approche de Carmen, lui prend le bras, et l'oblige à s'arrêter.)

 

DON JOSÉ.

Attends un peu, Carmen, rien qu'un moment, arrête.


CARMEN.

Et pourquoi, s'il te plaît ?

 

DON JOSÉ.

            Il me semble, là-bas...

Oui, ce sont nos clairons qui sonnent la retraite

Ne les entends-tu pas ?

 

CARMEN.

Bravo ! j'avais beau faire... Il est mélancolique

De danser sans orchestre. Et vive la musique

Qui nous tombe du ciel !

(Elle reprend sa chanson qui se rythme sur la retraite sonnée au dehors par les clairons. Carmen se remet à danser et don José se remet à regarder Carmen. La retraite approche... approche... approche... passe sous les fenêtres de l'auberge... puis s'éloigne. Le son des clairons va s'affaiblissant. Nouvel effort de don José pour s'arracher à cette contemplation de Carmen... Il lui prend le bras et l'oblige encore à s'arrêter.)

 

DON JOSÉ.

Tu ne m'a pas compris... Carmen, c'est la retraite...

Il faut que, moi, je rentre au quartier pour l'appel.

(Le bruit de la retraite cesse tout à coup.)

 

CARMEN, regardant don José qui remet sa giberne et rattache le ceinturon de son sabre.

Au quartier ! pour l'appel ! j'étais vraiment bien bête !

Je me mettais en quatre et je faisais des frais

Pour amuser monsieur ! je chantais... je dansais...
Je crois, Dieu me pardonne,

Qu'un peu plus, je l'aimais...

Ta ra ta ta, c'est le clairon qui sonne !

Il part ! il est parti !

Va-t'en donc, canari.

(Avec fureur, lui envoyant son shako à la volée.)

Prends ton shako, ton sabre, ta giberne,

Et va-t'en, mon garçon, retourne à ta caserne.

 

DON JOSÉ.

C'est mal à toi, Carmen, de te moquer de moi ;

Je souffre de partir... car jamais, jamais femme,

Jamais femme avant toi

Aussi profondément n'avait troublé mon âme.

 

CARMEN.

Ta ra ta ta, mon Dieu... c'est la retraite,

Je vais être en retard. Il court, il perd la tête,

Et voilà son amour.

 

DON JOSÉ.

            Ainsi tu ne crois pas

A mon amour ?

 

CARMEN.

            Mais non !

 

DON JOSÉ.

                        Eh bien ! tu m'entendras.

 

CARMEN.

Je ne veux rien entendre...

Tu vas te faire attendre.

 

 

 

n°17. Duo et Air de la Fleur

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Duo "Je vais danser en votre honneur"

anthologie 1928

Columbia D 14228, mat. LX 243-1, enr. le 24 février 1928

distribution

 

 

    

 

Duo "Je vais danser en votre honneur"

Marie Charbonnel (Carmen), René Lapelletrie (Don José) et Orchestre

Gramophone W 428 (034223), mat. 03319v, enr. le 25 février 1920

 

 

Duo "Je vais danser en votre honneur"

Conchita Supervia (Carmen), Gaston Micheletti (Don José) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.772, mat. XXP 7266, enr. le 24 avril 1931

 

 

DON JOSÉ, violemment.

Tu m'entendras, Carmen, tu m'entendras !

(De la main gauche il a saisi brusquement le bras de Carmen ; de la main droite, il va chercher sous sa veste d'uniforme la fleur de cassie que Carmen lui a jetée au premier acte. — Il montre cette fleur à Carmen.)

I

La fleur que tu m'avais jetée,

Dans ma prison m'était restée

Flétrie et sèche, mais gardant

Son parfum terrible, enivrant.

Et pendant des heures entières,

Sur mes yeux fermant mes paupière,

Ce parfum, je le respirais

Et dans la nuit je te voyais.

Car tu n'avais eu qu'à paraître,

Qu'à jeter un regard sur moi

Pour t'emparer de tout mon être,

Et j'étais une chose à toi.

II

Je me prenais à te maudire,

A te détester, à me dire :

Pourquoi faut-il que le destin

L'ait mise là, sur mon chemin ?

Puis je m'accusais de blasphème

Et je ne sentais en moi-même

Qu'un seul désir, un seul espoir,

Te revoir, Carmen, te revoir !...

Car tu n'avais eu qu'à paraître,

Qu'à jeter un regard sur moi

Pour t'emparer de tout mon être,

Et j'étais une chose à toi.

 

 

         

 

Air de la Fleur

anthologie 1928

Columbia L 1985, mat. LX 46, réédité sur D 14228, enr. le 11 février 1927

distribution

 

 

 

Air de la Fleur

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Air de la Fleur

anthologie 1961

distribution

 

 

 

Air de la Fleur

Albert Alvarez (Don José) et Piano

Pathé saphir 90 tours n° 1644, enr. en 1903

 

 

    

 

"La fleur que tu m'avais jetée"

Albert Vaguet (Don José) et Orchestre

Pathé saphir 90 tours n° 4549, enr. en 1907

 

 

    

 

"La fleur que tu m'avais jetée"

Albert Vaguet (Don José) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 40, mat. 4549, enr. en 1907

 

 

 

"La fleur que tu m'avais jetée"

Enrico Caruso (Don José) et Orchestre dir Walter B. Rogers

Victor 88208, mat. C 8350, enr. à Camden, New Jersey, le 07 novembre 1909

 

 

    

 

"La fleur que tu m'avais jetée"

Agustarello Affre (Don José) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 177, mat. 3486, enr. à Paris vers 1910

 

 

 

Air de la Fleur

Paul Franz (Don José) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 032239, mat. 02234v, enr. le 28 novembre 1911

 

 

 

Air de la Fleur

Charles Dalmorès (Don José) et Orchestre Victor

Victor 85122, mat. C 4249-3, enr. à Camden, New Jersey, le 25 octobre 1912

 

 

    

 

Air de la Fleur

Franz Gautier (Don José) et Orchestre

Aspir 5579, enr. vers 1912

 

 

    

 

Air de la Fleur

Léon Beyle (Don José) et Orchestre

Pathé saphir 90 tours n° 3247, réédité sur 80 tours n° 27, enr. en 1912/1913

 

 

    

 

Air de la Fleur

Emile Marcelin (Don José) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 032340, mat. 3448c, réédité sur Y 47, enr. à Paris le 19 juin 1919

 

 

    

 

Air de la Fleur

André Goavec (Don José) et Orchestre

Pathé X 7105, mat. N 200867, enr. le 26 octobre 1927

 

 

    

 

Air de la Fleur

Enrico Di Mazzei (Don José) et Orchestre

Pathé X 7157, mat. N 201325-1, enr. le 21 novembre 1928

 

 

    

 

Air de la Fleur

Enrico Di Mazzei (Don José) et Grand Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.619, mat. XXP 6829, enr. le 25 février 1929

 

 

    

 

Air de la Fleur

Gaston Micheletti (Don José) et Grand Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.650, mat. XXP 6900-1, enr. le 24 mai 1929

 

 

    

 

Air de la Fleur

Miguel Villabella (Don José) et Orchestre dir François Rühlmann

Pathé X 90.064, mat. N 250.281, enr. vers 1932

 

 

    

 

Air de la Fleur

José Luccioni (Don José) et Orchestre dir Eugène Bigot

Gramophone DB 5006, mat 2LA1278, enr. à Paris le 08 octobre 1936

 

 

CARMEN.

Non, tu ne m'aimes pas, non, car si tu m'aimais,

Là-bas, là-bas, tu me suivrais.

 

DON JOSÉ.

Carmen !

 

CARMEN.

            Là-bas, là-bas, dans la montagne,

Sur ton cheval tu me prendrais,

Et comme un brave à travers la campagne,

En croupe, tu m'emporterais.

 

DON JOSÉ.

Carmen !

 

CARMEN.

            Là-bas, là-bas, si tu m'aimais,

Là-bas, là-bas, tu me suivrais.

Point d'officier à qui tu doives obéir,

Et point de retraite qui sonne

Peur dire à l'amoureux qu'il est temps de partir.

 

DON JOSÉ.

Carmen !

 

CARMEN.

            Le ciel ouvert, la vie errante,

Pour pays l'univers, pour loi ta volonté,

Et surtout la chose enivrante,

La liberté ! la liberté !

Là-bas, là-bas, si tu m'aimais,

Là-bas, là-bas, tu me suivrais.

 

DON JOSÉ, presque vaincu.

Carmen !

 

CARMEN.

            Oui, n'est-ce pas,

Là-bas, là-bas, tu me suivras,

Tu m'aimes et tu me suivras.

 

DON JOSÉ, s'arrachant brusquement des bras de Carmen.

Non, je ne veux plus t'écouter...

Quitter mon drapeau... déserter...

C'est la honte, c'est l'infamie,

Je n'en veux, pas !

 

CARMEN.

            Eh bien, pars !

 

DON JOSÉ.

                        Carmen, je t'en prie...

 

CARMEN.

Je ne t'aime plus, je te hais !

 

DON JOSÉ.

Carmen !

 

CARMEN.

Adieu ! mais adieu pour jamais.

 

DON JOSÉ.

Eh bien, soit !... adieu pour jamais.

(Il va en courant jusqu'à la porte... Au moment où il y arrive, on frappe... Don José s'arrête. Silence. On frappe encore.)

 

 

    

 

Duo "Non, tu ne m'aimes pas"

anthologie 1928

Columbia D 14229, mat. LX 230-1, enr. le 22 février 1928

distribution

 

 

 

Duo "Là-bas, dans la montagne"

Charles Dalmorès (Don José), Emma Calvé (Carmen) et Orchestre

Victor 89019, mat. C-6043-2, enr. à New York le 20 mars 1908

 

    

 

"Là-bas, dans la montagne"

Geraldine Farrar (Carmen) et Orchestre

Victor 88513, mat. C-15476-1, réédité sur Disque Pour Gramophone 2-033050, enr. le 09 décembre 1914

 

 

    

 

Duo "Là-bas, dans la montagne"

Marie Charbonnel (Carmen), René Lapelletrie (Don José) et Orchestre

Gramophone W 428 (034224), mat. 03321-2v, enr. le 25 février 1920

 

 

 

Duo "Là-bas, dans la montagne"

Conchita Supervia (Carmen), Gaston Micheletti (Don José) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.773, mat. XXP 7265, enr. le 24 avril 1931

 

 

 

 

"Au diable le jaloux !" (décors de la création)

 

 

n° 18. Final

 

SCÈNE VI

LES MÊMES, LE LIEUTENANT.

 

LE LIEUTENANT, au dehors.

Holà ! Carmen ! holà ! holà !

 

DON JOSÉ.

Qui frappe ? qui vient là ?

 

CARMEN.

Tais-toi !...

 

LE LIEUTENANT, faisant sauter la porte.
            J'ouvre moi-même et j'entre.

(Il entre et voit don José. — A Carmen.)

                        Ah ! fi, la belle,

Le choix n'est pas heureux ; c'est se mésallier

De prendre le soldat quand on a l'officier.

(A don José.)

Allons ! décampe.

 

DON JOSÉ.

            Non.

 

LE LIEUTENANT.

                        Si fait, tu partiras.

 

DON JOSÉ.

Je ne partirai pas.

 

LE LIEUTENANT, le frappant.

Drôle !

 

DON JOSÉ, sautant sur son sabre.

            Tonnerre ! il va pleuvoir des coups.

(Le lieutenant dégaine à moitié.)

 

CARMEN, se jetant entre eux deux.

Au diable le jaloux !

(Appelant.)

A moi ! à moi !

(Le Dancaïre, le Remendado et les Bohémiens paraissent de tous les côtés. Carmen d'un geste montre le lieutenant aux Bohémiens ; le Dancaïre et le Remendado se jettent sur lui, le désarment.)

            Mon officier, l'amour

Vous joue en ce moment un assez vilain tour,

Vous arrivez fort mal et nous sommes forcés,

Ne voulant être dénoncés,

De vous garder au moins pendant une heure.


LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

Nous allons, cher monsieur, quitter cette demeure,

Vous viendrez avec nous...

 

CARMEN.

            C'est une promenade ;

Consentez-vous ?

 

LE DANCAÏRE et LE REMENDADO, le pistolet à la main.

            Répondez, camarade,

Consentez-vous ?

 

LE LIEUTENANT.

            Certainement,

D'autant plus que votre argument
Est un de ceux auxquels on ne résiste guère,

Mais gare à vous plus tard.

 

LE DANCAÏRE, avec philosophie.

            La guerre, c'est la guerre,

En attendant, mon officier,
Passez devant sans vous faire prier.

 

CHŒUR.

Passez devant sans vous faire prier.

(L'officier sort, emmené par quatre Bohémiens, le pistolet à la main.)

 

CARMEN, à don José.

Es-tu des nôtres maintenant ?

 

DON JOSÉ.

Il le faut bien.

 

CARMEN.

            Le mot n'est pas galant,

Mais qu'importe, tu t'y feras

Quand tu verras

Comme c'est beau la vie errante,

Pour pays l'univers, pour loi ta volonté,

Et surtout la chose enivrante,

La liberté ! la liberté !

 

TOUS.

Le ciel ouvert ! la vie errante,

Pour pays l'univers, pour loi sa volonté ;

Et surtout la chose enivrante,

La liberté ! la liberté !

 

 

 

n°18. Final

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Final

anthologie 1928

Columbia D 14229, mat. LX 197-5, enr. le 08 mai 1928

distribution

 

 

 

Entr'acte

 

 

 

Entr'acte

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Entr'acte

anthologie 1928

Columbia D 14230, mat. LX 229-3, enr. en février 1928

distribution

 

 

    

 

Entr'acte du IIIe acte

Orch. de la Société des Concerts du Conservatoire dir Edouard Lindenberg

Odéon 123.908, mat. XXP 7461, enr. au Théâtre des Champs-Elysées le 06 juin 1950

 

 

 

 

 

 

décor de l'Acte III lors de la création (scène I)

 

 

Version originale (édition de 1875)

[les textes parlés sont en rouge]

 

 

décor de l'acte III lors de la création

 

 

 

ACTE TROISIÈME

 

 

Le rideau se lève sur des rochers... site pittoresque et sauvage... Solitude complète et nuit noire. Prélude musical. — Au bout de quelques instants, un contrebandier paraît au haut des rochers, puis un autre, puis deux autres, puis vingt autres çà et là, descendant et escaladant des rochers. Des hommes portent de gros ballots sur les épaules.

 

 

n° 19. Sextuor et Chœur

 

SCÈNE PREMIÈRE

CARMEN, DON JOSÉ, LE DANCAÏRE, LE REMENDADO, FRASQUITA, MERCÉDÈS, CONTREBANDIERS.

 

CHŒUR.

Écoute, compagnon, écoute,

La fortune est là-bas, là-bas,

Mais prends garde pendant la route,

Prends garde de faire un faux pas.

 

LE DANCAÏRE, DON JOSÉ, CARMEN, MERCÉDÈS, FRASQUITA.

Notre métier est bon, mais pour le faire il faut

Avoir une âme forte,

Le péril est en bas, le péril est en haut,

Il est partout, qu'importe ?
Nous allons devant nous, sans souci du torrent,

Sans souci de l'orage,

Sans souci du soldat qui là-bas nous attend,

Et nous guette au passage.

Écoute, compagnon, écoute,

La fortune est là-bas, là-bas...

Mais prends garde pendant la route,

Prends garde de faire un faux pas.

 

 

 

n°19. Sextuor et Chœur

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Chœur des Contrebandiers

anthologie 1928

Columbia D 14230, mat. LX 249-2, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

    

 

Marche des Contrebandiers

Orchestre Philharmonique de Paris dir Gustave Cloëz

Odéon 249.000, mat. KI 5089-1, enr. le 11 décembre 1931

 

 

LE DANCAÏRE.

Halte ! nous allons nous arrêter ici... ceux qui ont sommeil pourront dormir pendant une demi-heure...

 

LE REMENDADO, s'étendant avec volupté.

Ah !

 

LE DANCAÏRE.

Je vais, moi, voir s'il y a moyen de faire entrer les marchandises dans la ville... une brèche s'est faite dans le mur d'enceinte et nous pourrions passer par là ; malheureusement on a mis un factionnaire pour garder cette brèche.

 

DON JOSÉ.

Lillas Pastia nous a fait savoir que, cette nuit, ce factionnaire serait un homme à nous...

 

LE DANCAÏRE.

Oui, mais Lillas Pastia a pu se tromper... le factionnaire qu'il veut dire a pu être changé... Avant d'aller plus loin je ne trouve pas mauvais de m'assurer moi-même... (Appelant.) Remendado !...

 

LE REMENDADO, se réveillant.

Hé ?

 

LE DANCAÏRE.

Debout, tu vas venir avec moi...

 

LE REMENDADO.

Mais, patron...

 

LE DANCAÏRE.

Qu'est-ce que c'est ?...

 

LE REMENDADO, se levant.

Voilà, patron, voilà !...

 

LE DANCAÏRE.

Allons, passe devant.

 

LE REMENDADO.

Et moi qui rêvais que j'allais pouvoir dormir... C'était un rêve, hélas ! c'était un rêve !...

(Il sort suivi du Dancaïre.)

 

 

SCÈNE II

LES MÊMES, moins LE DANCAÏRE et LE REMENDADO.

(Pendant la scène entre Carmen et José, quelques Bohémiens allument un feu près duquel Mercédès et Frasquita viennent s'asseoir, les autres se roulent dans leurs manteaux, se couchent et s'endorment.)

 

DON JOSÉ.

Voyons, Carmen... si je t'ai parlé trop durement, je t'en demande pardon, faisons la paix.

 

CARMEN.

Non.

 

DON JOSÉ.

Tu ne m'aimes plus, alors ?

 

CARMEN.

Ce qui est sûr, c'est que je t'aime beaucoup moins qu'autrefois.., et que si tu continues à t'y prendre de cette façon-là, je finirai par ne plus t'aimer du tout... Je ne veux pas être tourmentée ni surtout commandée. Ce que je veux, c'est être libre et faire ce qu'il me plaît.

 

DON JOSÉ.

Tu es le diable, Carmen ?

 

CARMEN.

Oui. Qu'est-ce que tu regardes là, à quoi penses-tu ?

 

DON JOSÉ.

Je me dis que là-bas... à sept ou huit lieues d'ici tout au plus, il y a un village, et dans ce village une bonne vieille femme qui croit que je suis encore un honnête homme...

 

CARMEN.

Une bonne vieille femme ?

 

DON JOSÉ.

Oui ; ma mère.

 

CARMEN.

Ta mère... Eh bien là, vrai, tu ne ferais pas mal d'aller la retrouver, car décidément tu n'es pas fait pour vivre avec nous... chien et loup ne font pas longtemps bon ménage...

 

DON JOSÉ.

Carmen.

 

CARMEN.

Sans compter que le métier n'est pas sans péril pour ceux qui, comme toi, refusent de se cacher quand ils entendent des coups de fusils... plusieurs des nôtres y ont laissé leur peau, ton tour viendra.

 

DON JOSÉ.

Et le tien aussi... si tu me parles encore de nous séparer et si tu ne te conduis pas avec moi comme je veux que tu te conduises...

 

CARMEN.

Tu me tuerais, peut-être ?... (José ne répond pas.) A la bonne heure... j'ai vu plusieurs fois dans les cartes que nous devions finir ensemble. (Faisant claquer ses castagnettes.) Bah ! arrive qui plante...

 

DON JOSÉ.

Tu es le diable, Carmen ?...

 

CARMEN.

Mais oui, je te l'ai déjà dit...

(Elle tourne le dos à José et va s'asseoir près de Mercédès et de Frasquita. — Après un instant d'indécision, José s'éloigne à son tour et va s'étendre sur les rochers. — Pendant les dernières répliques de la scène, Mercédès et Frasquita ont étalé des cartes devant elles.)

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 19 bis. Récitatif

 

LE DANCAÏRE.

Reposons-nous une heure ici, mes camarades.

Nous, nous allons nous assurer

Que le chemin est libre

Et que sans algarades

La contrebande peut passer.

(Le Dancaïre et le Remendado sortent. — Pendant la scène entre Carmen et José, quelques Bohémiens allument un feu près duquel Mercédès et Frasquita viennent s'asseoir, les autres se roulent dans leurs manteaux, se couchent et s'endorment.)

 

CARMEN, à Don José.

Que regardes-tu donc ?

 

DON JOSÉ.

Je me dis que là-bas

Il existe une bonne et brave vieille femme qui me croit honnête homme.

Elle se trompe, hélas !

 

CARMEN.

Qui est donc est cette femme ?

 

DON JOSÉ.

Ah ! Carmen, sur mon âme, ne raille pas,

Car c'est ma mère.

 

CARMEN.

Eh bien ! va la retrouver tout de suite.

Notre métier, vois-tu, ne te vaux rien

Et tu ferais fort bien de partir au plus vite.

 

DON JOSÉ.

Partir, nous séparer ?

 

CARMEN.

Sans doute !

 

DON JOSÉ.

Nous séparer, Carmen !

Ecoute, si tu redis ce mot...

 

CARMEN.

Tu me tuerais, peut-être ?

(José ne répond pas.)

Quel regard ! tu ne réponds rien...

(Faisant claquer ses castagnettes.)

Que m'importe ? après tout, le destin est le maître !

 

 

 

 

"Toujours la mort !" (décors de la création)

 

 

n° 20. Trio

 

TRIO.
FRASQUITA.

Mêlons !

 

MERCÉDÈS.

            Coupons !

 

FRASQUITA.

                        C'est bien cela.

 

MERCÉDÈS.

Trois cartes ici...

 

FRASQUITA.

            Quatre là.

 

MERCÉDÈS et FRASQUITA.

Et maintenant, parlez, mes belles,

De l'avenir donnez-nous des nouvelles ;

Dites-nous qui nous trahira,

Dites-nous qui nous aimera.

 

FRASQUITA.

Moi, je vois un jeune amoureux

Qui m'aime on ne peux d'avantage.

 

MERCÉDÈS.

Le mien est très riche et très vieux

Mais il parle de mariage.

 

FRASQUITA.

Il me campe sur son cheval,

Et dans la montagne il m'entraîne.

 

MERCÉDÈS.

Dans un château presque royal

Le mien m'installe en souveraine.

 

FRASQUITA.

De l'amour à n'en plus finir,

Tous les jours nouvelles folies.

 

MERCÉDÈS.

De l'or tant que j'en puis tenir,

Des diamants... des pierreries.

 

FRASQUITA.

Le mien devient un chef fameux,

Cent hommes marchent à sa suite.

 

MERCÉDÈS.

Le mien, en croirai-je mes yeux...

Il meurt, je suis veuve et j'hérite.

 

REPRISE DE L'ENSEMBLE.

Parlez encor, parlez, mes belles,

De l'avenir donnez-nous des nouvelles ;

Dites-nous qui nous trahira,

Dites-nous qui nous aimera.

(Elles recommencent à consulter les cartes.)

 

FRASQUITA.

Fortune !

 

MERCÉDÈS.

            Amour !

(Carmen, depuis le commencement de la scène, suivait du regard le jeu de Mercédès et de Frasquita.)

 

CARMEN.

Donnez, que j'essaie à mon tour.

(Elle se met à tourner les cartes. — Musique de scène.)

Carreau, pique... la mort !

J'ai bien lu... moi d'abord.

(Montrant don José endormi.)

Ensuite lui... pour tous les deux la mort.

(A voix basse, tout en continuant à mêler les cartes.)

En vain pour éviter les réponses amères,
En vain tu mêleras,

Cela ne sert à rien, les cartes sont sincères
Et ne mentiront pas.

Dans le livre d'en haut, si ta page est heureuse,
Mêle et coupe sans peur,

La carte sous tes doigts se tournera joyeuse
T'annonçant le bonheur.

Mais si tu dois mourir, si le mot redoutable

Est écrit par le sort,

Recommence vingt fois... la carte impitoyable
Dira toujours : la mort !

(Se remettant.)

Bah ! qu'importe après tout, qu'importe ?...

Carmen bravera tout, Carmen est la plus forte !

 

CARMEN, MERCÉDÈS et FRASQUITA.

Parlez encore, parlez, mes belles,

De l'avenir donnez-nous des nouvelles,

Dites-nous qui nous trahira,

Dites-nous qui nous aimera.

(Rentrent le Dancaïre et le Remendado.)

 

 

 

n°20. Trio

intégrale 1950

distribution

 

 

         

 

Trio des Cartes

anthologie 1928

Columbia D 14231, mat. LX 254 et LX 289-5, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

 

Trio des Cartes

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Air des Cartes

anthologie 1961

distribution

 

 

         

 

Air des Cartes

Marie Delna (Carmen) et Piano

Pathé saphir 90 tours n° 3514, réédité sur 80 tours n° 213, enr. en 1903/1904

 

 

 

Air des Cartes (en italien)

Gemma Bellincioni (Carmen) et Théophile Hirlemann au piano

Pathé saphir 90 tours n° 4395, enr. en mai 1905

 

 

    

 

Air des Cartes

Jeanne Marié de l'Isle (Carmen) et Orchestre

Zonophone X 83079, mat. 6015o, enr. à Paris en 1906

 

 

    

 

Air des Cartes

Emma Calvé (Carmen) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 273, mat. 2313, enr. en juin/juillet 1920

 

 

         

 

Trio des Cartes

Germaine Cernay (Carmen), Henriette Lebard (Frasquita), Marinette Fenoyer (Mercédès) et Orch. de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 123.555, mat. XXP 6680-2 et XXP 6681-1, enr. le 26 mai 1928

 

 

 

Trio des Cartes

Conchita Supervia (Carmen), Andrée Vavon (Frasquita), Andrée Bernadet (Mercédès) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.713, mat. XXP 7100, enr. le 10 juillet 1930

 

 

    

 

Air des Cartes

Marinette Fenoyer (Carmen) et Orchestre dir Maurice Frigara

Parlophone 29.010, mat. 106921, enr. le 30 janvier 1931

 

 

 

Air des Cartes

Ninon Vallin (Carmen) et Orchestre

enr. vers 1931

 

 

 

Air des Cartes

Geori Boué (Carmen) et Orchestre dir Giancarlo Amati

enr. en 1963

 

 

 

SCÈNE III

CARMEN, DON JOSÉ, FRASQUITA, MERCÉDÈS, LE DANCAÏRE, LE REMENDADO.

 

CARMEN.

Eh bien ?...

 

LE DANCAÏRE.

Eh bien, j'avais raison de ne pas me fier aux renseignements de Lillas Pastia ; nous n'avons pas trouvé son factionnaire, mais en revanche nous avons aperçu trois douaniers qui gardaient la brèche et qui la gardaient bien, je vous assure...

 

CARMEN.

Savez-vous leurs noms à ces douaniers ?

 

LE REMENDADO.

Certainement nous savons leurs noms ; qui est-ce qui connaîtrait les douaniers si nous ne les connaissions pas ? il y avait Eusebio, Perez et Bartolomé.

 

FRASQUITA.

Eusebio...

 

MERCÉDÈS.

Perez.

 

CARMEN.

Et Bartolomé... (En riant.) N'ayez pas peur, Dancaïre, nous vous en répondons de vos trois douaniers...

 

DON JOSÉ, furieux.

Carmen !...

 

LE DANCAÏRE.

Ah ! toi, tu vas nous laisser tranquilles avec ta jalousie... le jour vient et nous n'avons pas de temps à perdre... En route, les enfants... (On commence à prendre les ballots.) Quant à toi, (S'adressant à José.) je te confie la garde des marchandises que nous n'emporterons pas... Tu vas te placer là, sur cette hauteur... tu y seras à merveille pour voir si nous sommes suivis... ; dans le cas où tu apercevrais quelqu'un, je t'autorise à passer ta colère sur l'indiscret. — Nous y sommes ?...

 

LE REMENDADO.

Oui, patron.

 

LE DANCAÏRE.

En route alors... (Aux femmes.) Mais vous ne vous flattez pas, vous me répondez vraiment de ces trois douaniers ?

 

CARMEN.

N'ayez pas peur, Dancaïre.

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 20 bis. Récitatif

 

CARMEN.

Eh bien ?

 

LE DANCAÏRE.

Eh bien, nous essayerons de passer... et nous passerons.

Reste là-haut, José, garde les marchandises !

 

FRASQUITA.

La route est-elle libre ?

 

LE DANCAÏRE.

Oui, mais gare aux surprises !

J'ai sur la brèche où nous devons passer vu trois douaniers :

Il faut nous en débarrasser.

 

CARMEN.

Prenez les ballots, et partons ;

Il faut passer... nous passerons !

 

 

n° 21. Morceau d'ensemble

 

MORCEAU D'ENSEMBLE.

CARMEN.

Quant au douanier c'est notre affaire,

Tout comme un autre il aime à plaire,

Il aime à faire le galant,

Laissez-nous passer en avant.

 

CARMEN, MERCÉDÈS, FRASQUITA.

Quant au douanier c'est notre affaire,

Laissez-nous passer en avant.

 

MERCÉDÈS.

Et le douanier sera clément.

 

FRASQUITA.

Et le douanier sera charmant.

 

CARMEN.

Il sera même entreprenant !...

 

[ TOUTES LES FEMMES.

[ Quant au douanier c'est notre affaire,

[ Tout comme un autre il aime à plaire,

[ Il aime à faire le galant,

[ Laissez-nous passer en avant.

[

[ TOUS LES HOMMES.

[ Quant au douanier c'est leur affaire,

[ Tout comme un autre il aime à plaire,

[ Il aime à faire le galant,

[ Laissons-les passer en avant.

 

FRASQUITA.

Il ne s'agit plus de bataille,

Non, il s'agit tout simplement

De se laisser prendre la taille

Et d'écouter un compliment,

 

CARMEN, MERCÉDÈS, FRASQUITA.

Quant au douanier c'est notre affaire,
Etc.

 

REPRISE DE L'ENSEMBLE.
MERCÉDÈS.

S'il faut aller jusqu'au sourire,

Que voulez-vous ? on sourira,

Et d'avance, je puis le dire,

La contrebande passera.

 

CARMEN, MERCÉDÈS, FRASQUITA.

Quant au douanier c'est notre affaire,
Etc.

 

REPRISE DE L'ENSEMBLE.

(Tout le monde sort. — José ferme la marche et sort en examinant l'amorce de sa carabine ; — un peu avant qu'il soit sorti, on voit un homme passer sa tête au-dessus du rocher. C'est un guide.)

 

 

 

n°21. Morceau d'ensemble

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

"Quant au douanier"

anthologie 1928

Columbia D 14232, mat. LX 178-1, enr. en février 1928

distribution

 

 

 

SCÈNE IV

LE GUIDE, puis MICAËLA.

 

LE GUIDE ; il s'avance avec précaution, puis fait un signe à Micaëla que l'on ne voit pas encore.

Nous y sommes.

 

MICAËLA, entrant.

C'est ici.

 

LE GUIDE.

Oui, vilain endroit, n'est-ce pas, et pas rassurant du tout ?

 

MICAËLA.

Je ne vois personne.

 

LE GUIDE.

Ils viennent de partir, mais ils reviendront bientôt, car ils n'ont pas emporté toutes leurs marchandises... je connais leurs habitudes... prenez garde... l'un des leurs doit être en sentinelle quelque part et si l'on nous apercevait...

 

MICAËLA.

Je l'espère bien qu'on m'apercevra... puisque je suis venue ici tout justement pour parler à... pour parler à un de ces contrebandiers...

 

LE GUIDE.

Eh bien là, vrai, vous pouvez vous vanter d'avoir du courage... tout à l'heure quand nous nous sommes trouvés au milieu de ce troupeau de taureaux sauvages que conduisait le célèbre Escamillo, vous n'avez pas tremblé... Et maintenant venir ainsi affronter ces Bohémiens...

 

MICAËLA.

Je ne suis pas facile à effrayer.

 

LE GUIDE.

Vous dites cela parce que je suis près de vous, niais si vous étiez toute seule...

 

MICAËLA.

Je n'aurais pas peur, je vous assure.

 

LE GUIDE.

Bien vrai ?

 

MICAËLA.

Bien vrai...

 

LE GUIDE, naïvement.

Alors je vous demanderai la permission de m'en aller. — J'ai consenti à vous servir de guide parce que vous m'avez bien payé ; mais maintenant que vous êtes arrivée... si ça ne vous fait rien, j'irai vous attendre là, où vous m'avez pris... à l'auberge qui est au bas de la montagne.

 

MICAËLA.

C'est cela, allez m'attendre !

 

LE GUIDE.

Vous restez décidément ?

 

MICAËLA.

Oui, je reste !

 

LE GUIDE.

Que tous les saints du paradis vous soient en aide alors, mais c'est une drôle d'idée que vous avez là...

 

 

 

"Oui, je reste !" (décors de la création)

 

 

SCÈNE V
MICAËLA, regardant autour d'elle.

Mon guide avait raison... l'endroit n'est pas bien rassurant...

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 22. Air

 

MICAËLA.

C'est des contrebandiers le refuge ordinaire,

Il est ici, je le verrai.

Et le devoir que m'imposa sa mère,
Sans trembler je l'accomplirai !

 

 

MICAËLA.

I

Je dis que rien ne m'épouvante,

Je dis que je réponds de moi,

Mais j'ai beau faire la vaillante,

Au fond du cœur, je meurs d'effroi...

Toute seule, en ce lieu sauvage

J'ai peur, mais j'ai tort d'avoir peur,

Vous me donnerez du courage,

Vous me protégerez, Seigneur,
Protégez-moi, protégez-moi, Seigneur.

II

Je vais voir de près cette femme

Dont les artifices maudits

Ont fini par faire un infâme

De celui que j'aimais jadis ;

Elle est dangereuse, elle est belle,

Mais je ne veux pas avoir peur,

Je parlerai haut devant elle,

Vous me protégerez, Seigneur...

Protégez-moi, protégez-moi, Seigneur.

 

 

 

n°22. Air

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Air de Micaëla

anthologie 1928

Columbia D 14232, mat. LX 231-3, enr. en février 1928

distribution

 

 

    

 

Air de Micaëla

anthologie 1928

Columbia D 14232, mat. LX 648, en remplacement du LX 231, enr. en novembre 1928

distribution

 

 

 

Air de Micaëla

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Air de Micaëla

anthologie 1961

distribution

 

 

    

 

Air "C'est, des contrebandiers"

Augusta Garcia (Micaëla) et Orchestre

Disque Pour Gramophone W 369 (033185), mat. 3486c, enr. le 28 juin 1919

 

 

         

 

Air "C'est, des contrebandiers"

Ninon Vallin (Micaëla) et Orchestre

Pathé saphir 80 tours n° 421, mat. 1583 et 1589, enr. en septembre 1924

 

 

 

Air "C'est, des contrebandiers"

Janine Micheau (Micaëla) et Orch. de l'Opéra-Comique dir Albert Wolff

enr. en juin 1951

 

 

 

Air "C'est, des contrebandiers"

Janette Vivalda (Micaëla) et Orchestre de l'Association des Concerts Pasdeloup dir Pierre Dervaux

enr. au Festival d'Aix-en-Provence en juillet 1957

 

 

 

Air "C'est, des contrebandiers"

Irène Jaumillot (Micaëla) et Orchestre de l'Opéra de Karlsruhe dir Marcel Couraud

enr. en 1964

 

 

Mais... je ne me trompe pas... à cent pas d'ici... sur ce rocher, c'est don José (Appelant.) José, José ! (Avec terreur.) Mais que fait-il ?... Il ne regarde pas de mon côté..il arme sa carabine, il ajuste... il fait feu... (On entend un coup de feu.) Ah ! mon Dieu, j'ai trop présumé de mon courage... j'ai peur... j'ai peur.

(Elle disparaît derrière les rochers. Au même moment entre Escamillo tenant son chapeau à la main.)

 

 

SCÈNE VI
ESCAMILLO, puis DON JOSÉ.


ESCAMILLO, regardant son chapeau.

Quelques lignes plus bas... et ce n'est pas moi qui, à la course prochaine, aurais eu le plaisir de combattre les taureaux que je suis en train de conduire...

(Entre José.)

 

DON JOSÉ, son manteau à la main.

Qui êtes-vous ? répondez.

 

ESCAMILLO, très calme.

Eh là... doucement !

 

(récitatifs chantés ajoutés par Guiraud, à la place du texte parlé ci-dessus)

 

n° 22 bis. Récitatif

 

MICAËLA.

Je ne me trompe pas... c'est lui... sur ce rocher.

(Appelant.)

A moi, José, José ! je ne puis approcher.

(Avec terreur.)

Mais que fait-il ? il ajuste... il fait feu...

(On entend un coup de feu.)

Ah ! j'ai trop présumé de mes forces, mon Dieu.

(Elle disparaît derrière les rochers. Au même moment entre Escamillo tenant son chapeau à la main.)

 

ESCAMILLO, regardant son chapeau.

Quelques lignes plus bas... et tout était fini.

(Entre José.)

 

DON JOSÉ, son couteau à la main.

Votre nom ? Répondez !

 

ESCAMILLO.

Eh ! doucement, l'ami.

 

 

n° 23. Duo

 

DUO.

ESCAMILLO.

Je suis Escamillo, torero de Grenade.

 

DON JOSÉ.

Escamillo !

 

ESCAMILLO.

            C'est moi.

 

DON JOSÉ, remettant son couteau à sa ceinture.

                        Je connais votre nom,

Soyez le bienvenu ; mais vraiment, camarade,

Vous pouviez y rester.

 

ESCAMILLO.

            Je ne vous dis pas non,

Mais je suis amoureux, mon cher, à la folie,

Et celui-là serait un pauvre compagnon

Qui, pour voir ses amours, ne risquerait sa vie.

 

DON JOSÉ.

Celle que vous aimez est ici ?

 

ESCAMILLO.

            Justement.

C'est une zingara, mon cher.

 

DON JOSÉ.

            Elle s'appelle ?

 

ESCAMILLO.

Carmen.

 

DON JOSÉ.

            Carmen !

 

ESCAMILLO.

                        Elle avait pour amant

Un soldat qui jadis a déserté pour elle.

 

DON JOSÉ.

Carmen !

 

ESCAMILLO.

            Ils s'adoraient, mais c'est fini, je crois.

Les amours de Carmen ne durent pas six mois.

 

DON JOSÉ.

Vous l'aimez cependant...

 

ESCAMILLO.

            Je l'aime.

 

DON JOSÉ.

Mais pour nous enlever nos filles de Bohême,

Savez-vous bien qu'il faut payer.

 

ESCAMILLO.

            Soit, on paiera.

 

DON JOSÉ.

Et que le prix se paie à coup de navaja,

Comprenez-vous ?

 

ESCAMILLO.

            Le discours est très net.

Ce déserteur, ce beau soldat qu'elle aime

Ou du moins qu'elle aimait, c'est donc vous ?

 

DON JOSÉ.

            C'est moi-même.

 

ESCAMILLO.

J'en suis ravi, mon cher, et le tour est complet.
(Tous les deux, la navaja à la main, se drapent dans leurs manteaux.)

 

[ DON JOSÉ.

[ Enfin ma colère

[ Trouve à qui parler,

[ Le sang, je l'espère,

[ Va bientôt couler.

[

[ ESCAMILLO.

[ Quelle maladresse !

[ J'en rirais vraiment !

[ Chercher la maîtresse

[ Et trouver l'amant.

 

DON JOSÉ et ESCAMILLO.

Mettez- vous en garde

Et veillez sur vous,

Tant pis pour qui tarde

A parer les coups.

(Ils se mettent en garde à une certaine distance.)

 

ESCAMILLO.

Je la connais, ta garde navarraise,
Et je te préviens en ami,

Qu'elle ne vaut rien...

(Sans répondre, don José marche sur le torero.)

            A ton aise.

Je t'aurai du moins averti.

(Combat ; — musique de scène. Le torero très calme cherche seulement à se défendre.)

 

DON JOSÉ.

Tu m'épargnes, maudit.

 

ESCAMILLO.

            A ce jeu de couteau

Je suis trop fort pour toi.

 

DON JOSÉ.

            Voyons cela.

(Rapide et très vif engagement corps à corps. José se trouve à la merci du torero qui ne le frappe pas.)

 

ESCAMILLO.

            Tout beau,

Ta vie est à moi, mais en somme

J'ai pour métier de frapper le taureau,

Non de trouer le cœur de l'homme.

 

DON JOSÉ.

Frappe ou biens meurs... ceci n'est pas un jeu.


ESCAMILLO, se dégageant.

Soit, mais au moins respire un peu.

 

[ DON JOSÉ.

[ Enfin ma colère

[ Trouve à qui parler,

[ Le sang, je l'espère,

[ Va bientôt couler.

[

[ ESCAMILLO.

[ Quelle maladresse !

[ J'en rirais vraiment !

[ Chercher la maîtresse

[ Et trouver l'amant.

(Après le dernier ensemble, reprise du combat. Le torero glisse et tombe. — Entrent Carmen et le Dancaïre, Carmen arrête le bras de don José. — Le torero se relève ; le Remendado, Mercédès, Frasquita et les contrebandiers rentrent pendant ce temps.)

 

 

 

n°23. Duo

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Duo "Je suis Escamillo"

anthologie 1928

Columbia D 14233, mat. LX 244-4, enr. le 08 mai 1928

distribution

 

 

 

Duo José-Escamillo

anthologie 1961

distribution

 

 

    

 

Duo "Je suis Escamillo"

Léon Campagnola (Don José), Joachim Cerdan (Escamillo) et Orchestre

Disque Pour Gramophone Y 13 (34128), mat. 02243v, enr. le 05 décembre 1911

 

 

    

 

Duo "Je suis Escamillo"

Charles Friant (Don José), Roger Bourdin (Escamillo) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 171.013, mat. XXP 6444-1, enr. vers 1927

 

 

    

 

Duo "Je suis Escamillo"

Gaston Micheletti (Don José), Arthur Endrèze (Escamillo) et Grand Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.776, mat. XXP 7271-2, enr. le 09 mai 1931

 

 

 

 

"Mettez-vous en garde Et veillez sur vous" (décors de la création)

 

 

n° 24. Final

 

CARMEN.

Holà, José !...

 

ESCAMILLO, se relevant.

            Vrai, j'ai l'âme ravie

Que ce soit vous, Carmen, qui me sauviez la vie.

 

CARMEN.

Escamillo !

 

ESCAMILLO, à don José.

            Quant à toi, beau soldat,

Nous sommes manche à manche et nous jouerons la belle

Le jour où tu voudras reprendre le combat.

 

LE DANCAÏRE.
C'est bon, plus de querelle,

Nous, nous allons partir.

(Au torero.)

            Et toi, l'ami, bonsoir.

 

ESCAMILLO.

Souffrez au moins qu'avant de vous dire au revoir,

Je vous invite tous aux courses de Séville.

Je compte pour ma part y briller de mon mieux,

Et qui m'aime y viendra.

(A don José qui fait un geste de menace.)

            L'ami, tiens-toi tranquille,

J'ai tout dit et n'ai plus qu'à faire mes adieux...

(Jeu de scène. Don José veut s'élancer sur le torero. Le Dancaïre et le Remendado le retiennent. Le torero sort très lentement.)

 

DON JOSÉ, à Carmen.

Prends garde à toi, Carmen... je suis las de souffrir...

(Carmen lui répond par un léger haussement d'épaules et s'éloigne de lui.)

 

LE DANCAÏRE.

En route... en route... il faut partir...


TOUS.

En route... en route... il faut partir..


LE REMENDADO.

Halte !... quelqu'un est là qui cherche à se cacher.

(Il amène Micaëla.)

 

CARMEN.

Une femme !

 

LE DANCAÏRE.

Pardieu, la surprise est heureuse.

 

DON JOSÉ, reconnaissant Micaëla.

Micaëla !...

 

MICAËLA.

            Don José !...

 

DON JOSÉ.

                        Malheureuse !

Que viens-tu faire ici ?

 

MICAËLA.

            Moi, je viens te chercher...

Là-bas est la chaumière

Où, sans cesse priant,

Une mère, ta mère,

Pleure son enfant...

Elle pleure et t'appelle,

Elle te tend les bras ;

Tu prendras pitié d'elle,

José, tu me suivras.

 

CARMEN.

Va-t'en ! va-t'en ! Tu feras bien,

Notre métier ne te vaut rien.

 

DON JOSÉ, à Carmen.

Tu me dis de la suivre ?

 

CARMEN.

            Oui, tu devrais partir.

 

DON JOSÉ.

Pour que toi tu puisses courir
Après ton nouvel amant.

Non, vraiment,

Dût-il m'en coûter la vie,

Non, je ne partirai pas,

Et la chaîne qui nous lie

Nous liera jusqu'au trépas...

Tu ne m'aimes plus, qu'importe,

Puisque je t'aime encor moi.

Cette main est assez forte

Pour me répondre de toi,

Je te tiens, fille damnée,

Et je te forcerai bien

A subir la destinée

Qui rive ton sort au mien.

Dût-il m'en coûter la vie,

Non, je ne partirai pas,

Et la chaîne qui nous lie

Nous liera jusqu'au trépas.

 

MICAËLA.

Écoute-moi, je t'en prie,

Ta mère te tend les bras,

Cette chaîne qui te lie,

José, tu la briseras.

 

CHŒUR.

Il t'en coûtera la vie,

José, si tu ne pars pas,

Et la chaîne qui vous lie

Se rompra par ton trépas.

 

CARMEN.

C'était écrit ! cela doit être :

Moi d'abord... et puis lui... Le destin est le maître.

 

MICAËLA.

Don José !

 

DON JOSÉ.

            Laissez-moi, car je suis condamné !

 

MICAËLA.

Une parole encor !... ce sera la dernière.
Ta mère se meurt et ta mère

Ne voudrait pas mourir sans t'avoir pardonné.

 

DON JOSÉ.

Ma mère... elle se meurt...

 

MICAËLA.

            Oui, don José.

 

DON JOSÉ.

                        Partons...

(A Carmen.)

Sois contente, je pars, mais nous nous reverrons.

(Il entraîne Micaëla. — On entend le torero.)

 

ESCAMILLO, au loin.

Toréador, en garde,

Et songe en combattant

Qu'un œil noir te regarde

Et que l'amour t'attend.

(José s'arrête au fond... dans les rochers... Il hésite, puis après un instant :)

 

DON JOSÉ.

Partons, Micaëla, partons.

(Carmen écoute et se penche sur les rochers. — Les Bohémiens ont pris leurs ballots et se mettent en marche.)

 

 

 

n°24. Final

intégrale 1950

distribution

 

 

         

 

Final

anthologie 1928

Columbia D 14233, mat. LX 236-1, et D 14234, mat. L 237-1, enr. en février 1928

distribution

 

 

 

"Dût-il m'en coûter la vie"

Lucien Muratore (Don José) et Piano

Odéon 3984, mat. P 445, enr. à Paris en 1904

 

 

 

"Dût-il m'en coûter la vie"

Lucien Muratore (Don José) et Orchestre

Edison cylindre 17590, enr. à Paris en juillet 1905

 

 

 

Entr'acte

 

 

 

Entr'acte

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Entr'acte et Chœur

anthologie 1928

Columbia D 14234, mat. LX 276-2, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

 

Entr'acte

intégrale 1960

distribution

 

 

    

 

Entr'acte du IVe acte

Orch. de la Société des Concerts du Conservatoire dir Edouard Lindenberg

Odéon 123.908, mat. XXP 7461, enr. au Théâtre des Champs-Elysées le 06 juin 1950

 

 

 

 

 

 

décor de l'acte IV, esquisse d'Emile Bertin (1878-1957) pour une reprise

 

 

Version originale (édition de 1875)

[les textes parlés sont en rouge]

 

 

décor de l'acte IV lors de la création

 

 

 

ACTE QUATRIÈME

 

 

Une place à Séville. — Au fond du théâtre les murailles de vieilles arènes... L'entrée du cirque est fermée par un long velum. — C'est le jour d'un combat de taureaux. Grand mouvement sur la place. — Marchands d'eau, d'oranges, d'éventails, etc.

 

 

n° 25. Chœur

 

SCÈNE PREMIÈRE

LE LIEUTENANT [ZUNIGA], ANDRÈS, FRASQUITA, MERCÉDÈS, etc., puis CARMEN et ESCAMILLO.

 

CHŒUR.

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Des éventails pour s'éventer,

Des oranges pour grignoter,

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Señoras et caballeros...

(Pendant ce premier chœur sont entrés les deux officiers du deuxième acte, ayant au bras les deux Bohémiennes Mercédès et Frasquita.)

 

PREMIER OFFICIER.

Des oranges, vite.

 

PLUSIEURS MARCHANDS, se précipitant

            En voici.

Prenez, prenez, mesdemoiselles.

 

UN MARCHAND, à l'officier qui paie.

Merci, mon officier, merci.

 

LES AUTRES MARCHANDS.

Celles-ci, señor, sont plus belles...

 

TOUS LES MARCHANDS.

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Señoras et caballeros.

 

MARCHAND DE PROGRAMME.

Le programme avec les détails.

 

AUTRES MARCHANDS.

Du vin...

 

AUTRES MARCHANDS.

            De l'eau.

 

AUTRES MARCHANDS.

                        Des cigarettes.

 

DEUXIÈME OFFICIER.

Holà ! marchand, des éventails.

 

UN BOHÉMIEN, se précipitant.

Voulez-vous aussi des lorgnettes ?

 

REPRISE DU CHŒUR.

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Des éventails pour s'éventer,

Des oranges pour grignoter,

A deux cuartos,

A deux cuartos,

Señoras et caballeros.

 

LE LIEUTENANT.

Qu'avez-vous donc fait de la Carmencita ? je ne le vois pas.

 

FRASQUITA.

Nous la verrons tout à l'heure... Escamillo est ici, la Carmencita ne doit pas être loin.

 

ANDRÈS.

Ah ! c'est Escamillo, maintenant ?...

 

MERCÉDÈS.

Elle en est folle...

 

FRASQUITA.

Et son ancien amoureux José, sait-on ce qu'il est devenu ?...

 

LE LIEUTENANT.

Il a reparu dans le village où sa mère habitait... l'ordre avait même été donné de l'arrêter, mais quand les soldats sont arrivés, José n'était plus là...

 

MERCÉDÈS.

En sorte qu'il est libre ?

 

LE LIEUTENANT.

Oui, pour le moment.

 

FRASQUITA.

Hum ! je ne serais pas tranquille à la place de Carmen, je ne serais pas tranquille du tout.

(On entend de grands cris au dehors... des fanfares, etc. C'est l'arrivée de la Cuadrilla.)

 

 

 

n°25. Chœur

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Entr'acte et Chœur

anthologie 1928

Columbia D 14234, mat. LX 276-2, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

 

la scène I de l'Acte IV à l'Opéra-Comique en 1899

 

 

n° 26. Marche et Chœur

 

CHŒUR.

Les voici, voici la quadrille,

La quadrille des toreros,

Sur les lances le soleil brille,

En l'air toques et sombreros !

Les voici, voici la quadrille,

La quadrille des toreros.

(Défilé de la Cuadrilla. Pendant ce défilé, le chœur chante le morceau suivant.)

(Entrée des alguazils.)

Voici, débouchant sur la place,

Voici d'abord, marchant au pas,

L'alguazil à vilaine face,

A bas ! à bas ! à bas ! à bas !

(Entrée des chulos et des banderillos.)

Et puis saluons au passage,

Saluons les hardis chulos,

Bravo ! viva ! gloire au courage,

Voyez les banderilleros !

Voyez quel air de crânerie,

Quels regards et de quel éclat

Étincelle la broderie

De leur costume de combat.

(Entrée des picadors.)

Une autre quadrille s'avance,

Les picadors comme ils sont beaux !

Comme ils vont du fer de leur lance

Harceler le flanc des taureaux.

(Paraît enfin Escamillo, ayant près de lui Carmen radieuse et dans un costume éclatant.)

Puis l'espadon, la fine lame,

Celui qui vient terminer tout,

Qui paraît à la fin du drame

Et qui frappe le dernier coup.

Bravo ! bravo ! Escamillo !

Escamillo, bravo !

 

 

 

n°26. Marche et Chœur

intégrale 1950

distribution

 

 

    

 

Chœur du Cortège

anthologie 1928

Columbia D 14235, mat. LX 177-5, enr. en février 1928

distribution

 

 

 

 

"Celui qui vient terminer tout" (décors de la création)

 

 

ESCAMILLO, à Carmen.

Si tu m'aimes, Carmen, tu pourras tout à l'heure

En me voyant à l'œuvre être fière de moi.

 

CARMEN.

Je t'aime, Escamillo, je t'aime et que je meure

Si j'ai jamais aimé quelqu'un autant que toi.

 

 

    

 

Duo de Carmen et d'Escamillo - Entrée de Don José

Columbia D 14235, mat. LX 278-3, enr. le 02 avril 1928

distribution

 

 

 

Duo "Si tu m'aimes, Carmen"

José Fagianelli (Escamillo), Jane Rhodes (Carmen) et Orchestre dir Charles Bruck

 

 

LE CHŒUR.

Bravo, bravo, Escamillo !

Escamillo, bravo !

(Trompettes au dehors. Paraissent deux trompettes suivies de quatre alguazils.)

 

PLUSIEURS VOIX, au fond.

L'alcade,

L'alcade,

Le seigneur alcade !

 

CHŒUR de la foule se rangeant sur le passage de l'alcade.

Pas de bousculade,

Regardons passer

Et se prélasser

Le seigneur alcade.

 

LES ALGUAZILS.

Place, place au seigneur alcade !

(Petite marche à l'orchestre. Sur cette marche défile très lentement au fond l'alcade précédé et suivi des alguazils. Pendant ce temps Frasquita et Mercédès s'approchent de Carmen.)

 

FRASQUITA.

Carmen, un bon conseil, ne reste pas ici.

 

CARMEN.

Et pour quoi, s'il te plaît ?

 

FRASQUITA.

            Il est là.

 

CARMEN.

                        Qui donc ?

 

FRASQUITA.

                                   Lui,

Don José... dans la foule il se cache ; regarde.

 

CARMEN.

Oui, je le vois.

 

FRASQUITA.

            Prends garde.

 

CARMEN.

Je ne suis pas femme à trembler,

Je reste, je l'attends... et je vais lui parler.

(L'alcade est entré dans le cirque. Derrière l'alcade, le cortège de la quadrille reprend sa marche et entre dans le cirque. Le populaire suit... L'orchestre joue le motif : Les voici, voici la quadrille, et la foule en se retirant a dégagé don José... Carmen reste seule au premier plan. Tous deux se regardent pendant que la foule se dissipe et que le motif de la marche va diminuant et se mourant à l'orchestre. Sur les dernières notes, Carmen et don José restent seuls, en présence l'un de l'autre.)

 

 

 

"Carmen, un bon conseil, ne reste pas ici." (décors de la création)

 

 

n° 27. Duo et Chœur final

 

SCÈNE II
CARMEN, DON JOSÉ.


DUO.

CARMEN.

C'est toi ?

 

DON JOSÉ.

            C'est moi.

 

CARMEN.

                        L'on m'avait avertie

Que tu n'étais pas loin, que tu devais venir,

L'on m'avait même dit de craindre pour ma vie,

Mais je suis brave et n'ai pas voulu fuir.

 

DON JOSÉ.

Je ne menace pas, j'implore, je supplie ;
Notre passé, je l'oublie,

Carmen, nous allons tous deux

Commencer une autre vie,

Loin d'ici, sous d'autres cieux.

 

CARMEN.

Tu demandes l'impossible,

Carmen jamais n'a menti,

Son âme reste inflexible

Entre elle et toi, c'est fini.

 

DON JOSÉ.

Carmen, il en est temps encore,

O ma Carmen, laisse-moi

Te sauver, toi que j'adore,

Et me sauver avec toi.

 

CARMEN.

Non, je sais bien que c'est l'heure,

Je sais que tu me tueras,

Mais que je vive ou je meure,

Je ne céderai pas.

 

[ DON JOSÉ.

[ Carmen, il en est temps encore,

[ O ma Carmen, laisse-moi

[ Te sauver, toi que j'adore,

[ Et me sauver avec toi.

[

[ CARMEN.

[ Pourquoi t'occuper encore

[ D'un cœur qui n'est plus à toi ?

[ En vain tu dis : je t'adore,

[ Tu n'obtiendras rien de moi.

 

DON JOSÉ.

Tu ne m'aimes donc plus ?

(Silence de Carmen et don José répète.)

Tu ne m'aimes donc plus ?

 

CARMEN.

            Non, je ne t'aime plus.

 

DON JOSÉ.

Mais moi, Carmen, je t'aime encore ;

Carmen, Carmen, moi je t'adore.

 

CARMEN.

A quoi bon tout cela ? que de mots superflus !

 

DON JOSÉ.

Eh bien, s'il le faut, pour te plaire,

Je resterai bandit, tout ce que tu voudras,

Tout, tu m'entends, mais ne me quitte pas,

Souviens-toi du passé, nous nous aimions naguère.

 

CARMEN.

Jamais Carmen ne cédera,

Libre elle est née et libre elle mourra.

 

CHŒUR et FANFARES, dans le cirque.

Viva ! la course est belle,

Sur le sable sanglant

Le taureau qu'on harcèle

S'élance en bondissant...

Viva ! bravo ! victoire,

Frappé juste en plein cœur,

Le taureau tombe ! gloire

Au torero vainqueur !

Victoire ! victoire !

(Pendant ce chœur, silence de Carmen et de don José... Tous deux écoutent... En entendant les cris de : Victoire, victoire ! Carmen a laissé échapper un : Ah ! d'orgueil et de joie... Don José ne perd pas Carmen de vue... Le chœur terminé, Carmen fait un pas du côté du cirque.)

 

DON JOSÉ, se plaçant devant elle.

Où vas-tu ?...

 

CARMEN.

            Laisse-moi.

 

DON JOSÉ.

                        Cet homme qu'on acclame,

C'est ton nouvel amant !

 

CARMEN, voulant passer.

            Laisse-moi.

 

DON JOSÉ.

                        Sur mon âme,

Carmen, tu ne passeras pas,

Carmen, c'est moi que tu suivras !

 

CARMEN.

Laisse-moi, don José !... je ne te suivrai pas.

 

DON JOSÉ.

Tu vas le retrouver... tu l'aimes donc ?

 

CARMEN.

            Je l'aime,

Je l'aime, et devant la mort même,

Je répéterais que je l'aime.

 

FANFARES et REPRISE DU CHŒUR dans le cirque.

Viva ! bravo ! victoire !

Frappé juste en plein cœur,

Le taureau tombe ! gloire

Au torero vainqueur !

Victoire ! Victoire !...

 

DON JOSÉ.

Ainsi, le salut de mon âme,

Je l'aurai perdu pour que toi,

Pour que tu t'en ailles, infâme !

Entre ses bras, rire de moi.

Non, par le sang, tu n'iras pas,

Carmen, c'est moi que tu suivras !

 

CARMEN.

Non ! non ! jamais !

 

DON JOSÉ.

            Je suis las de te menacer.

 

CARMEN.

Eh bien ! frappe-moi donc ou laisse-moi passer.

 

CHŒUR.

Victoire ! victoire !

 

DON JOSÉ.

Pour la dernière fois, démon,

Veux-tu me suivre ?

 

CARMEN.

            Non ! non !

Cette bague autrefois tu me l'avais donnée,

Tiens...

(Elle la jette à la volée.)

 

DON JOSÉ, le poignard à la main, s'avançant sur Carmen.

Eh bien, damnée...

(Carmen recule... José la poursuit... Pendant ce temps fanfares et chœur dans le cirque.)

 

CHŒUR.

Toréador, en garde,

Et songe en combattant

Qu'un œil noir te regarde

Et que l'amour t'attend.

(José a frappé Carmen... Elle tombe morte... Le velum s'ouvre. La foule sort du cirque.)

 

DON JOSÉ.

Vous pouvez m'arrêter... c'est moi qui l'ai tuée...

(Escamillo paraît sur les marches du cirque... José se jette sur le corps de Carmen.)

O ma Carmen ! ma Carmen adorée !

 

 

 

n°26. Duo et Chœur final

intégrale 1950

distribution

 

 

         

 

Duo final

anthologie 1928

Columbia D 14236, mat. LX 287-1 et LX 250-2, enr. le 10 mars et 05 mars 1928

distribution

 

 

 

Duo et Chœur final

anthologie 1960

distribution

 

 

 

Duo et Chœur final

anthologie 1961

distribution

 

 

         

 

Duo final

Lucy Perelli (Carmen), Emile Marcelin (Don José) et Orchestre

Gramophone W 764 (034289 et 034290), mat. CFR40-2 et CFR41-2, enr. à Paris le 29 septembre 1926

 

 

         

 

Duo final

Ninon Vallin (Carmen), Charles Friant (Don José) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 171.024, mat. XXP 6475-2 et XXP 6476-2, enr. le 16 avril 1927

 

 

 

Duo final

Conchita Supervia (Carmen), Gaston Micheletti (Don José) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.774, mat. XXP 7263, enr. le 24 avril 1931

 

 

 

 

"C'est moi qui l'ai tuée..." (décors de la création)

 

 

 

 

 

    

 

Fantaisie sur Carmen

Musique de la Garde Républicaine

Homophone 8005, enr. à Paris vers 1905

 

 

 

 

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