le Carrosse du Saint-Sacrement

 

 

 

Opéra en un acte, livret, d'après la pièce de Prosper Mérimée, et musique de Gerald Hugh TYRWHITT-WILSON, 14e baron BERNERS dit Lord BERNERS, compositeur anglais (Apley Hall, Stockton, Shropshire, 18 septembre 1883 – Faringdon House, Oxfordshire, 19 avril 1950)

 

 

 

 

lord Berners en 1920

 

 

Création à Paris, au Théâtre des Champs-Elysées, le 24 avril 1924.

 

Première au Trianon-Lyrique (spectacle Beriza) en mai 1925.

 

Première au Théâtre Fémina le 15 février 1927.

 

 

 

personnages Théâtre des Champs-Elysées, 24 avril 1924 Trianon-Lyrique, mai 1925 Théâtre Fémina, 15 février 1927
la Périchole Mme Marguerite BERIZA Mme Marguerite BERIZA Mme Marguerite BERIZA
le Vice-roi du Pérou MM. Georges PETIT MM. Georges PETIT MM. Georges PETIT
Martinez (le secrétaire) Georges de POUMAYRAC de POUMAYRAC de POUMAYRAC
le Licencié Paul AUMONIER Paul AUMONIER Paul AUMONIER
l'Evêque Robert MARVINI Robert MARVINI Robert MARVINI
Balthazar Louis MARIE Louis MARIE BARBIER
le Chanoine   GASTON GASTON
Chef d'orchestre Ernest ANSERMET Ernest GEORIS  

 

 

 

 

la création du Carrosse du Saint-Sacrrement

 

 

 

 

Théâtre des Champs-Elysées.

Quant à la partition que lord Berners écrivit sur le Carrosse du Saint-Sacrement, il m'est également impossible d'en faire l'éloge. En effet, cette partition produit la sensation d'une énorme improvisation sur un canevas, qui ne demandait aucunement le concours de la langue des sons. Un verbiage musical encombrant, sans unité comme sans style, couvre presque toujours la voix qui se perd au milieu de récits sans fin et à laquelle l'auteur ne confie, pas plus qu'à la symphonie du reste, pas l'ombre d'une phrase tant soit peu chantante d'une mélodie ou d'un thème. M. Berners est pourtant loin d'être sans talent, mais il est navrant de le lui voir gaspiller de la sorte, avec des interprètes cependant remarquables, tels que Mme Beriza, MM. G. Petit, Aumonier et Marvini et l'orchestre de M. Ansermet.

(F. Le Borne, le Petit Parisien, 27 avril 1924)

 

Théâtre des Champs-Élysées.

Mme Beriza, désireuse d'encourager les spectacles dits d'avant-garde, a mis à la scène deux œuvres d'auteurs étrangers : l'Histoire du Soldat, de Stravinsky, et le Carrosse du Saint-Sacrement de Lord Berners. La France devait être représentée par un jeune homme, M. Sauguet, mais celui-ci poussa, paraît-il, tellement sa pointe d'avant-garde que les musiciens ne purent pas le suivre et que finalement on le planta là. On ne le rejoignit que lors de la seconde représentation à laquelle nous n'étions point conviés. […]

La soirée était complétée par le Carrosse du Saint-Sacrement, pièce de Mérimée mise en musique par lord Berners. Lord Berners est un jeune musicien, c'est-à-dire qu'il vient à peine de dépasser la quarantaine. Son bagage musical n'est pas jusqu'ici considérable et ses premières œuvres, signées du pseudonyme de Gerald Tyrwhitt, n'ont paru qu'en 1916. On peut noter quelques pièces pour piano, quelques mélodies et deux œuvres symphoniques : Trois Pièces pour orchestre et Fantaisie Espagnole. Quelques-uns de ces essais ont été déjà entendus en France à la S. M. I. ou chez Colonne. Si je ne me trompe, le Carrosse du Saint-Sacrement est sa première œuvre dramatique.

Tout en décelant de remarquables qualités, notamment une connaissance approfondie de l'orchestration, cette partition n'est point réussie. Tout le monde connaît, grâce à la reprise qu'en a faite le Vieux-Colombier, l'œuvre charmante de Mérimée, qui, si elle n'est pas jouée dans un mouvement endiablé, décèle déjà quelques longueurs : elle vaut surtout par le cliquetis des réponses, par la vivacité des coups droits, la justesse des ripostes, élégant jeu de fleuret. Lord Berners a suivi de très près le texte de Mérimée, il n'en a que peu supprimé, et il est arrivé ceci : comprenant que, s'il faisait chanter, la pièce perdrait de sa vivacité, lord Berners procède par longs récitatifs, soulignés par l'orchestre ; il en résulte une impression de monotonie, et comme, malgré tout, le récitatif ne peut aller aussi vite que la parole, l'action traîne et les conversations paraissent d'autant plus interminables que la musique couvre la voix des acteurs et que le dialogue reste souvent inintelligible. Quant à l'orchestre, il est lourd, trop fourni, bruyant et hors de proportion avec la pièce si légère qu'il accompagne : le Carrosse du Saint-Sacrement n'est pas celui du Graal de Parsifal. Que lord Berners, qui connaît à fond la musique moderne, n'a-t-il pris modèle sur l'Heure espagnole de Ravel !

Il le fera certainement à la première occasion, car cette expérience lui servira et on le sent trop bon musicien pour ne pas comprendre lui-même ce qu'il faut émonder de l'arbre touffu qu'il a laissé pousser : il a de le sève en abondance, un métier très perfectionné. il ne lui reste plus qu'à sarcler pour que les beaux fruits viennent à maturité.

Mme Pitoëff dans l'Histoire du Soldat s'est révélée danseuse exquise ; elle ne profère pas une parole, mais conserve dans ses pas variés cette délicieuse candeur, cette émotivité qui donnent à ses rôles parlés leur captivante humanité.

Mlle Beriza, qui jouait dans le Carrosse le rôle de la Périchole, a une voix superbe qu'elle manie avec enjouement : elle a tenu son personnage en remarquable comédienne. MM. Petit et de Poumayrac lui donnèrent intelligemment la réplique.

M. Ansermet conduisait le petit et le grand orchestre ; il le fit avec cette science et cette conscience qui sont ses grandes qualités.

(Pierre de Lapommeraye, le Ménestrel, 02 mai 1924)

 

Une adaptation lyrique du Carrosse du Saint-Sacrement.

Lord Berners a réalisé un tour de force en transportant le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée dans le domaine de l'opéra-comique. La musique, très moderne, est de celles dont le mérite s'impose partout.

Dans le Carrosse du Saint-Sacrement, M. Georges Petit émarge d'une interprétation zélée à laquelle on ne saurait reprocher de manquer d'expérience. Ce baryton, qui professe aujourd'hui avec autorité, n'a jamais usé d'un organe exceptionnel, bien que sa voix paraisse s'être améliorée et se soit certainement arrondie. Mais il prouve une science complète de l'art lyrique : musicalité exceptionnelle chez un chanteur, émission rationnelle, sens du débit, articulation parfaite qui le sert grandement en la circonstance. On s'étonne qu'on ne songe pas à l'utiliser davantage, ici ou là, dans des rôles de composition. Son vice-roi du Pérou, naturel et verveux, porte jusqu'au bout, avec un sportif dévouement, le poids de l'ouvrage. M. de Poumayrac, dont l'adresse vocale ne se dément pas, fait preuve d'une souple aisance dans le rôle du secrétaire. MM. Louis Marie et Aumonier, placés aux deux bouts de l'échelle vocale, ont un égal métier. On les voit fort bien, l'un et l'autre, chantant le duo de la Juive au grand théâtre de la ville, édifié sur le mail. Le sybarite évêque, qui accepte si volontiers les présents de la pécheresse, est personnifié par M. Marvini, basse chevronnée qui a bien l'onction discrète et enveloppée de l'épiscopal.

L'organisatrice du spectacle, Mme Beriza, a payé de sa personne en remplissant le rôle de la Périchole. Elle l'a fait avec grâce, élégance et non sans esprit.

(le Théâtre et Comoedia illustré, 15 mai 1924)

 

 

 

 

 

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