le Follet

 

 

 

Poème lyrique en un acte, livret de Pierre BARBIER, musique d'Ernest LEFÈVRE-DÉRODÉ.

 

Partition chant et piano réduite par l'auteur (éditions L. Grus).

 

 

 

              

 

le Follet - Mélodie d'Henriette "Oh ! comme tu t'achèves"

 

 

 

Création à l’Opéra-Comique (3e salle Favart) le 01 mai 1900. Costumes de Charles Bianchini.

 

10 représentations à l'Opéra-Comique au 31 décembre 1950.

 

 

 

personnages créateurs
Henriette Mmes Jeanne LAISNÉ
Scorf Cécile EYREAMS
Jeannic MM. Jean DELVOYE
René Léon DAVID
Chef d'orchestre Georges MARTY

 

 

 

 

Première représentation du Follet, légende lyrique de M. Ernest Lefèvre, à Paris. — L'an dernier, le prix du 10e concours Cressent était attribué à notre compatriote rémois M. Ernest Lefèvre, dont le théâtre de l'Opéra-Comique, à Paris, vient de représenter la pièce avec un certain succès.

 

Le Follet, légende lyrique en un acte, a été composé sur des paroles de M. Pierre Barbier. La scène se passe en Bretagne, au temps de Louis XIII, dans le manoir de Kérouët. Ce château est hanté par un petit lutin familier, très dévoué à la famille du marquis, mais que son caractère malicieux incite à jouer mille tours pendables au vieux Jeannic. Si le brave serviteur bat le briquet, Scorf lui vole les étincelles ; il souffle les bougies, il renverse la salière dans la marmite, il dérobe la tabatière de Jeannic et en vide le contenu dans la soupe de ce dernier. Heureusement Jeannic a bon caractère et il se console en pensant que lorsque le château sera habité, Scorf et les lutins ses frères seront moins hardis.

 

Sur ces entrefaites surviennent René de Kérouët et sa jeune femme Henriette qui se querellent en véritables jaloux qu'ils sont. Madame a laissé complaisamment s'arrêter sur elle le regard d'un page effronté. Monsieur, de son côté, a considéré avec une attention trop soutenue certaine dame, jeune et jolie, arrêtée sur le seuil d'une auberge. Et les époux, irrités l'un contre l'autre, se séparent et rentrent chacun dans leur chambre pour s'écrire une lettre de rupture.

 

Scorf, invisible, a tout entendu, il se promet de donner à chacun une petite leçon. Costumé en damoiseau, il sort de la chambre d'Henriette. René le voit, le provoque ; ils se battent, et au moment où René croit l'atteindre, le sylphe mystérieux disparaît. C'est maintenant une jolie femme qui se présente aux yeux d'Henriette. Plus de doute, c'est l’étrangère qui a suivi René au mépris de toute pudeur. Pleine d'une aveugle jalousie, elle saisit la jeune femme par sa robe flottante, mais le vêtement lui reste dans la main, et Scorf a disparu.

 

Puis quand les deux époux s'accusent réciproquement d'infidélité et s'adressent les plus sanglants reproches, Scorf les apaise par des paroles qui leur apprennent qu'ils ont été le jouet du lutin, qui les bénit et s'évanouit dans l’aube naissante.

 

La partition, très soignée, était interprétée avec goût par Mlle Eyreams dans le rôle de Scorf ; M. Delvoye, Jeannic ; Mlle Laisné, Henriette, et M. David, René. L'ouverture est conçue agréablement dans une note à la fois champêtre et fantastique, et la critique a particulièrement applaudi la sérénade ironique de Scorf, accompagnée de cristallins éclats de rire, les chœurs des lutins dans la coulisse, et la charmante invocation à la lune.


(Revue de Champagne et de Brie, 1900)

 

 

 

 

 

Le Follet, que vient de représenter l'Opéra-Comique, est un ouvrage couronné au concours Cressent.

L'adaptation du sujet aux limites prescrites pour un concours nous explique les proportions un peu étroites où se meut l'action. L'auteur, ne pouvant donner libre cours à son imagination, a resserré l'intrigue en quelques scènes très brièvement exposées et sans aucune notation précise du caractère des personnages.

Nous sommes dans un vieux manoir breton, hanté par les farfadets et les korrigans. Un vieux serviteur, Jeannic, attend ses maîtres, un jeune couple nouvellement marié : Henriette et René de Kérouet.

Lorsqu'à la nuit, ils pénètrent dans le château, ils sont irrités l'un contre l'autre, se reprochant mutuellement d'être infidèles.

Scorf, le démon familier du vieux manoir, le follet, se plaît à attiser leur querelle, en se présentant à chacun d'eux comme la personne rivale au sujet de laquelle ils se disputent.

Tantôt, Scorf apparaît déguisé en femme, semble dans l'attente d'un rendez-vous avec René, et se fait surprendre par Henriette ; tantôt, Scorf se présente avec des habits d'homme, la mine satisfaite et conquérante, l'air vainqueur, et c'est alors René qui se croit trompé par sa chère Henriette.

Mais, avec le petit jour, s'effacent, s'évaporent les ruses du malicieux lutin, et les époux, réconciliés, se jettent dans les bras l'un de l'autre.

Sur ce mince sujet, M. Lefèvre a écrit une partition élégante qui dénote un musicien expert en son art. L'écriture est ferme, la main sûre, la technique habile.

Si les phrases mélodiques manquent peut-être un peu d'accent personnel, elles sont, néanmoins, fort agréables.     

Quant à l'orchestration, elle est traitée avec art ; elle témoigne d'un goût délicat et d'une plume adroite. On y discerne de jolies et spirituelles intentions pittoresques, de piquantes sonorités.

Malheureusement, le sujet est si frêle qu'il n'a guère été possible au compositeur de donner toute sa mesure. Ce n'est que dans une pièce plus solidement construite et prêtant à des situations dramatiques d'une vie plus intense que nous pourrons juger des qualités scéniques de M. Lefèvre.

Le principal rôle, celui du follet, est très agréablement tenu par Mlle Eyreams, dont la sveltesse naturelle s'adapte avec beaucoup de souplesse au personnage protéiforme qu'elle incarne. Sa voix est, en outre, d'une charmante flexibilité et se joue avec adresse des difficultés rythmiques.

Les rôles, très effacés, d'Henriette et de René de Kérouet sont convenablement tenus par Mlle Laisné et M. David.

Quant au vieux serviteur Jeannic, il fournit à M. Delvoye l'occasion de nous faire entendre les belles notes de sa voix chaude et généreuse.

La soirée s'est terminée avec Orphée, que personnifiait à nouveau Mlle Delna.

On était quelque peu anxieux au sujet de la rentrée de la remarquable cantatrice, qui n'avait point encore chanté dans cette salle.

Quel effet allait y produire son robuste organe aux amples sonorités, sa démarche parfois un peu lourde, sa diction quelque peu emphatique, ses attitudes souvent empreintes d'exagération ?

L'impression a été des plus favorables. Il semble que les quelques semaines de repos que vient de prendre Mlle Delna, après son séjour assez peu heureux à l'Opéra, lui aient été des plus salutaires.

Son style s'est élargi et affermi, et ses intentions, ses nuances, paraissent mieux fondues. Sa voix possède toujours son charme si pénétrant. Ses notes résonnent avec la même harmonieuse plénitude : elles sont tout à la fois vibrantes et caressantes.

J’ajouterai que Mlle Delna me paraît avoir gagné au point de vue de l'élégance de l'exécution vocale. Elle termine les phrases mélodiques avec infiniment plus de grâce qu'autrefois.

Elle a obtenu un très grand succès, et l'auditoire, par son chaleureux accueil, semblait désireux de lui témoigner tout le plaisir qu'il éprouvait à la voir revenue sur le théâtre de ses débuts.

On a applaudi de nouveau à l'admirable décor de l’acte des Champs-Elysées, qui encadre si merveilleusement l'adorable musique de Gluck, sublime en sa simplicité.

(Albert Dayrolles, les Annales politiques et littéraires, 06 mai 1900)

 

 

 

 

 

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