la Grand'Tante

 

 

 

Opéra-comique en un acte, livret de Jules ADENIS et Charles GRANDVALLET, musique de Jules MASSENET.

 

 

   partition

 

 

Création à l'Opéra-Comique (2e salle Favart) le 03 avril 1867. Mise en scène d’Ernest Mocker.

 

 

 

personnages emplois créateurs
Alice de Kerdrel soprano Mlles Marie HEILBRONN
Chevrette soprano Caroline GIRARD
le Comte Guy de Kerdrel ténor M. Victor CAPOUL
Chef d'orchestre   Théophile TILMANT

 

 

 

Catalogue des morceaux

 

  Ouverture     1 grande flûte ; 1 petite flûte ; 2 hautbois ; 2 clarinettes en la ; 2 trompettes à pistons en ré ; 2 cors en sol ; 2 cors en ré ; 2 bassons ; 3 trombones ; timbales ; triangle ; quatuor
01 Introduction, Air et Duetto Qui donc à notre porte Chevrette, Guy 1 grande flûte ; 1 petite flûte ; 2 hautbois ; 2 clarinettes en la puis en si b ; 2 cornets à pistons en la puis en si b ; 2 cors en fa ; 2 cors en la b ; 2 bassons ; 3 trombones ; timbales ; triangle ; cloche dans la coulisse ; quatuor
02 A. Air Le fait est avéré... Allons camarades Guy 2 grandes flûtes ; 2 hautbois ; 2 clarinettes en si b ; 2 pistons en si b ; 4 cors en fa et ut bas ; 2 bassons ; timbales en sol-ut ; triangle ; quatuor
B. Romance Je vais bientôt quitter Alice, Guy
C. Duetto La rencontre est inattendue Alice, Guy
D. Mélodie Au fond de la Bretagne... Fée, ange ou femme Guy
03 Mélodie bretonne Pauvre orpheline délaissée Chevrette 2 grandes flûtes ; 2 hautbois ; 2 clarinettes en si b ; 4 cors en ré bécarre et sol bécarre ; 2 bassons ; quatuor
04 Ronde Les filles de La Rochelle... File corvette agile Chevrette 1 grande flûte ; 1 petite flûte ; 2 hautbois ; 2 clarinettes en la ; cors en la bécarre et ré bécarre ; 2 bassons ; triangle ; quatuor
05 Duo L'amour que je rêvais si doux Alice, Guy 2 grandes flûtes ; 2 hautbois ; 2 clarinettes en si b ; 2 pistons en la ; 4 cors en fa bécarre et si b ; 2 bassons ; 3 timbales en fa dièse et si bécarre ; quatuor
06 Romance et Final Je pars enivré d'espérance Alice, Chevrette, Guy 2 clarinettes en la bécarre ; 4 cors en la bécarre et la b ; 2 bassons ; quatuor

 

 

 

 

 

Le sujet n'est pas lyrique. Un oncle avare a épousé une jeune fille à laquelle il a laissé en mourant toute sa fortune ; mais il n'avait pas signé son testament. Son neveu arrive d'Afrique dans le château, qu'il veut vendre immédiatement. Il voit la jeune femme, sa grand' tante. Il en est épris et fasciné. Il ne songe plus qu'à prolonger son séjour dans le château. II va même jusqu'à contrefaire la signature de son oncle au bas du testament ; ce qui est une licence trop forte. Aussi la grand' tante le déchire. Après un combat de générosité mutuelle, la grand' tante cède aux prières du jeune militaire et promet de rester. La musique est bien faite, intéressante, révèle de fortes études musicales. On a remarqué un air chanté par le ténor : Allons camarades ; la jolie phrase du duo : Fée, ange ou femme ; les couplets de la corvette : File, corvette agile.

(Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869)

 

 

 

 

 

 

Dédicace de la partition de la Grand'Tante, premier opéra-comique de Massenet, avec une seconde dédicace manuscrite de l'auteur

 

La Grand’Tante est le premier ouvrage que Massenet ait fait représenter ; la partition est ainsi dédiée : « A mon maître M. Ambroise Thomas, membre de l'Institut » [E. et A. Girod, éditeurs, 16, boulevard Montmartre, Paris]. La Grand’Tante était un de ces actes que le cahier des charges de l'Opéra-Comique imposait au directeur : Massenet était en effet prix de Rome et avait droit à la commande d'un lever de rideau. Trois de ces lauréats furent désignés par le directeur de Leuven : Conte (1er prix en 1855), Samuel David (1er prix en 1858) et Massenet (1er prix en 1863).

Massenet, avec sa dévorante activité, avec sa ponctuelle exactitude, se mit au travail dès qu'il fut en possession du livret imaginé par J. Adenis et Ch. Granvallet. Il apporta sa partition avant ses deux camarades et fut, naturellement, joué le premier.

La Grand'Tante s'appelait d'abord Alice. Il est certain que Massenet ne fut pas difficile sur le choix du sujet ; comme tout débutant, il était trop heureux qu'un directeur voulût bien lui confier un livret, aussi n'y regarda-t-il pas de trop près.

Analysons brièvement le scénario :

Le marquis de Kerdrel est un maréchal des logis qui revient d'Afrique pour recueillir l'héritage de son grand-oncle. Dès qu'il a mis le pied dans le château qui fait partie de cet héritage, il rencontre sa grand'tante, et il en devient éperdument amoureux. Il faut dire que cette grand'tante n'a que vingt ans, et que le grand-oncle l'avait épousée in extremis. Or, cette charmante jeune fille, au bout de dix minutes, se voit offrir par son petit-neveu un château et une main en justes noces.

Mais voici qu'on trouve un ancien testament du défunt; ce testament déshérite le jeune maréchal des logis, qui avait été un assez mauvais sujet, et attribue toute la fortune de l'oncle riche à la jeune femme. Il y a un assaut de générosité entre la grand'tante et le neveu, et le tout finit par un mariage.

La critique de 1867 trouva étrange que cette aventure, qui se passait en Bretagne, ne fût bretonne que par le château en litige ; car les personnages n'étaient point costumés en Bretons : de Kerdrel était en sous-officier de chasseurs d'Afrique, Alice en élégante Parisienne, et La Chevrette (une soubrette) en paysanne quelconque.

Le livret fut généralement trouvé inintéressant et se prêtant peu à la musique. C'est le péché mignon de pas mal d'œuvres de ce genre.

Mais si on attribua quelque froideur au livret, la musique de Massenet, « vive, charmante, spirituelle, révèle un compositeur habile et bien doué ; on y sent déjà la personnalité du musicien. Elle a de la distinction et de la grâce » [Article de la Revue et Gazette des Théâtres, cité par MM. Albert Soubies et Charles Malherbe dans leur intéressante Histoire de l’Opéra-Comique, 1860-1887, tome II, page 127].

 ***

L'ouverture de la Grand'Tante est assez pimpante. On bissa les couplets de la servante ; on remarqua une romance : « File, corvette agile », d'une agréable tenue mélodique, et un duo : « L'amour que je rêvais ». 

Voici le catalogue des morceaux, tels qu'il se trouve en tête de la partition, dont il n'existe qu'un exemplaire à la Bibliothèque Nationale :

Ouverture

N°1. — Introduction, Air et Duetto, chantés par Mlle Girard et M. Capoul.

N° 2. — A) Air, chanté par M. Capoul.

              B) Romance, chantée par Mlle Heilbronn.

              C) Duetto, chanté par Mlle Heilbronn et M. Capoul.

              D) Mélodie, chantée par M. Capoul.

N° 3. — Mélodie, chantée par Mlle Girard.

N° 4. — Ronde, chantée par Mlle Girard.

N° 5. — Duo, chanté par Mlle Heilbronn et M. Capoul.

N° 6. — Romance et final, chantés par M. Capoul.

 Il m'a paru intéressant de rechercher comment ce début de Massenet fut accueilli par la critique musicale.

Voici ce que dit Ernest Reyer [Journal des Débats, 18 avril 1867] :

 

J'ai trouvé dans ce petit acte d'excellentes qualités mélodiques, Une grande habileté dans le maniement de l'orchestre, des couplets pleins d'entrain et de verve, mais je n'aurais eu qu'une idée fort inexacte du talent de M. Massenet si j'avais dû le juger sur ce simple échantillon.

 

Eugène Tarbé [Le Figaro, 5 avril 1867] formula des réserves sur le choix des pensées musicales, mais fut on ne peut plus judicieux à propos du sens théâtral que montrait déjà Massenet :

 

La partition de M. Massenet ne semble pas l'œuvre d'un débutant. Elle témoigne de sérieuses qualités et ne fait pas regretter le tour de faveur que lui a accordé l'Opéra-Comique. Toute la partie symphonique est traitée de main de maître et ne trahit pas un seul instant d'inexpérience. Les ressources de l'orchestre sont habilement mises à profit ; l'instinct même a remplacé chez l'auteur ce qui ne s'apprend d'ordinaire qu'après de longs essais : la science de la scène.

 

Enfin, J. Weber, critique grave et sévère, s'exprime ainsi [Le Temps, 17 avril 1867] :

 

La partition de M. Massenet est non seulement écrite avec cette habileté que nous lui connaissions d'avance, mais aussi il cherche l'effet comique et non l'effet égrillard et dansant ; ses mélodies sont distinguées et charmantes et coulent sans effort. Le style est bien soutenu.

 

La Grand’Tante eut dix-sept représentations ; c'était presque un succès pour un lever de rideau.

(Louis Schneider, Massenet, 1908)

 

 

 

 

 

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