la Habanera

 

 

Décor pour la Habanera, huile sur toile de Charles Bétout (1909)

 

 

Drame lyrique en trois actes et un prologue, livret et musique de Raoul LAPARRA.

 

   partition

 

Dédié à Albert et Marguerite Carré.

 

 

Création à l'Opéra-Comique (3e salle Favart) le 26 février 1908. Mise en scène d'Albert Carré. Décors de Marcel Jambon. Costumes dessinés par William Laparra exécutés par Charles Bétout.

 

120 représentations à l'Opéra-Comique au 31 décembre 1950.

 

Première au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles le 25 mars 1909.

 

 

 

personnages

Opéra-Comique

26 février 1908 (création)

Opéra-Comique

14 octobre 1922 (25e)

Opéra-Comique

05 juin 1924 (60e)

Opéra-Comique

20 mars 1932 (81e)

Pilar, fiancée de Pedro (soprano ou mezzo) Mmes Hélène DEMELLIER Mmes Hélène DEMELLIER Mmes Hélène DEMELLIER Mmes Rose POCIDALO
une Fiancée Jeanne de POUMAYRAC Nette FERRARI VÉRY VÉRY
une Fille Marie GANTERI LECCA LECCA DIETZ-MONIN
une petite Fille la petite PLANSON      
Ramon (baryton) MM. Paul SÉVEILHAC MM. VANNI-MARCOUX MM. Henri ALBERS MM. Louis MUSY
Pedro, frère de Ramon (ténor) Thomas SALIGNAC Charles FRIANT Miguel VILLABELLA Charles FRIANT
le Vieux, père de Ramon et Pedro (basse) Félix VIEUILLE Félix VIEUILLE Félix VIEUILLE Félix VIEUILLE
1er Compère ; 2e Aveugle Georges de POUMAYRAC Miguel VILLABELLA Victor PUJOL Victor PUJOL
2e Compère ; un Fiancé aragonais André DOUSSET René HÉRENT René HÉRENT Pierre FOUCHY
3e Compère ; 1er Aveugle Daniel VIGNEAU Maurice SAUVAGEOT Maurice SAUVAGEOT Paul PAYEN
4e Compère ; 3e Aveugle Paul PAYAN Louis MORTURIER Louis MORTURIER Louis MORTURIER
un Domestique (basse) RIVES   RIVES  
un Petit garçon VINOGRAD   MEINSTER Louis VAURS
un Andalou (basse) TERGÉ   TERGÉ  
un Andalou (ténor) JULLIOT   JULLIOT  
un Madrilène (baryton) SALLUC   IMBERT  
un Homme (baryton) BAILLY   DEMANGE  
un Homme entre deux âges (basse) BARTHEZ   DUFONT  
un Jeune homme (ténor) DULAC   GUILLOT  
un Jeune homme     VINET  
Paysans et Paysannes de Castille        
Chef d'orchestre François RÜHLMANN André CATHERINE André CATHERINE Maurice FRIGARA

 

 

personnages

Opéra-Comique

13 mars 1936 (83e)

Opéra-Comique

28 mars 1936 (84e)

Opéra-Comique

28 novembre 1942 (97e)

Opéra-Comique

05 janvier 1947 (112e)

Monnaie de Bruxelles

25 mars 1909 (1re)

Pilar Mmes Rose POCIDALO Mmes Rose POCIDALO Mmes Renée GILLY Mmes Renée GILLY Mmes Juliette LUCEY
une Fiancée Christiane GAUDEL Christiane GAUDEL Christiane GAUDEL Christiane GAUDEL Marthe SYMIANE
une Fille Marinette FENOYER Marinette FENOYER Geneviève MOIZAN Geneviève MOIZAN Alice BÉRELLY
une petite Fille   Antoinette ANCELIN     Alice FLORIN
six Femmes du peuple  

Odette DOUSSET, Suzanne VIDAL, Jeanne SECONDI, Marguerite LEGOUHY, Claire CANDÈS, MUSTEL

   

Henriette DE BOLLE, Renée AUBRY, Suzanne BEAUMONT, Anny BÉNONARD, KOHL, PITON

Ramon MM. Louis MUSY MM. Louis MUSY MM. Louis MUSY MM. Louis MUSY MM. Jean BOURBON
Pedro Charles FRIANT Miguel VILLABELLA Mario ALTÉRY Louis ARNOULT Paul SALDOU
le Vieux Willy TUBIANA Willy TUBIANA André BALBON Willy TUBIANA Gaston LA TASTE
1er Compère ; 2e Aveugle Paul DUREL Paul DUREL Pierre GIANNOTTI Pierre GIANNOTTI Raymond NANDÈS
2e Compère ; un Fiancé aragonais Frédéric LE PRIN Frédéric LE PRIN Henry BUCK Henry BUCK Octave DUA
3e Compère ; 1er Aveugle Paul PAYEN Paul PAYEN Paul PAYEN Paul PAYEN Raoul DELAYE
4e Compère ; 3e Aveugle Louis MORTURIER Louis MORTURIER Louis MORTURIER Xavier SMATI Raymond HIERNAUX
un Domestique   Gabriel JULLIA     Charles DANLÉE
un petit Garçon   le petit LECLERC      
un Andalou (basse)   Georges RAVOUX     DEBBAUT et DESHAYES
un Andalou (ténor)   Léon NIEL    
un Madrilène   Raymond GILLES     VAN DEN EYNDE
un Homme         VANDERMIES
un Homme entre deux âges   Louis DUFONT     Louis COLIN
un Jeune homme   Gabriel COURET      
Chef d'orchestre Elie COHEN Elie COHEN Eugène BIGOT Eugène BIGOT  

 

 

 

 

Paul Séveilhac (Ramon) [à gauche] et Thomas Salignac (Pedro) lors de la création

 

 

 

 

Jean Bourbon (Ramon) lors de la première à la Monnaie de Bruxelles

 

 

 

 

Une des meilleures pièces du répertoire lyrique moderne.

(Larousse du XXe siècle, 1930)

 

 

 

 

 

Résumé.

Ramon, poussé par la jalousie, a tué son frère Pedro qui allait épouser Pilar. La jeune fille cède ensuite à Ramon, mais, entre eux, se dresse le fantôme du malheureux Pedro. Le regret finit par conduire Pilar à la mort, et l'assassin à la folie. Or, le jour du crime, Pilar dansait une habanera, dont le rythme obsédant remplit les trois actes de la partition, évoquant le remords de Ramon jusqu'à devenir hallucinant.

 

Analyse.

La scène se passe en un village de la Vieille-Castille, à une époque indéterminée.

 

Prologue. « La Suerte » (Le Sort). — Un réduit sombre et bas.

Dans une atmosphère de terreur bizarre, Ramon se fait dire l'avenir par des filles gitanes. Il apprend que celle qu'il aime, Pilar, doit épouser son frère, et que du sang les séparera.

 

Acte I. « Romeria » (Fête). — Une grande salle dans un ancien palais.

Scène 1. — Ramon, accoudé à une table, les yeux fiévreux, se sert de fréquentes rasades de vin. Quatre compères poursuivent une fille, puis interpellent Pilar qui répond du dehors avec entrain. Ils s'approchent de Ramon et lui donnent une bourrade. Ramon, excédé, s'échappe.

Scène 2. — Ramon, seul, ferme violemment la fenêtre sur le grouillement turbulent de la rue et sanglote. Désolé du mariage de son frère Pedro avec Pilar, il songe à se suicider, puis laisse retomber la navaja. Pilar l'appelle du dehors. Ramon tressaille.

Scène 3. — On entend passer une Rondalla (bande de musiciens). Pilar, en costume de mariée, entre joyeuse. Elle saute au cou de Ramon, tout en appelant Pedro. Ramon l'étreint farouchement jusqu'au moment où Pedro arrive.

Scène 4. — Aux deux fiancés, Ramon tient des propos étranges. Dehors, la Rondalla repasse ; la foule crie « Habanera ! ». Pilar s'échappe. Pedro s'élance derrière elle.

Scène 5. — Ramon bondit pour arrêter son frère. Pedro le bouscule et l'envoie rouler contre la table. Ramon se redresse, la main armée de la navaja comme par le mauvais sort, et frappe Pedro entre les épaules. Pendant ce temps, Pilar continue à appeler Pedro et la foule crie toujours : « Habanera ! ». Ramon sort par la porte basse.

Scène 6. — Pilar entre et s'élance vers Pedro, dont elle embrasse le cadavre avec égarement. La foule envahit la salle.

Scène 7. — Deux hommes arrivent avec Ramon. Le Vieux, père de Pedro et de Ramon intime à ce dernier l'ordre de poursuivre sans trêve l'assassin de Pedro. Ramon, hébété, presque absent, le jure.

 

Acte II. « Recuerdos » (Souvenirs). — Un coin de patio sous une lune d'automne.

Scène 1. — Un an a passé depuis la fête. Le Vieux déplore que la main de Ramon ne les ait pas encore vengés, mais Ramon, comme excédé de souffrance, le fait taire. Des voix se font entendre derrière la porte ; l'une d'elle appelle Ramon. Celui-ci, terrifié, interdit à Pilar d'aller ouvrir, car il a cru reconnaître la voix de Pedro. Le Vieux, cependant, fait signe au domestique de laisser entrer les visiteurs.

Scène 2. — Trois aveugles, drapés dans des capes noires paraissent alors. Le domestique les conduit avec précaution vers la galerie. Ramon, un peu rassuré, se dirige vers la porte d'un pas raidi. Arrivé au seuil, il pousse un cri et recule, horrifié : le fantôme de Pedro est là, visible de lui seul, et entre dans le patio.

Les aveugles, s'apprêtant à jouer de leurs guitares pour remercier leurs hôtes, proposent une habanera. Ramon sursaute. Pilar fait danser Ramon, qu'elle doit épouser le lendemain. Mais le fantôme de Pedro enjoint à son frère de tout révéler auparavant à Pilar, sans quoi la jeune fille le rejoindra immédiatement dans la tombe.

 

Acte III. « Epitafia » (Epitaphe). — Une enceinte funèbre entourée de galeries.

Scène unique. — Pilar et Ramon sont agenouillés sur la tombe de Pedro. Pilar, rêveuse et tendre, se serre contre Ramon.

Un cortège funèbre apparaît au fond de l'enceinte et va déposer son fardeau en quelque coin du cimetière.

Ramon tente de tout avouer à Pilar, puis lâchement, se tait. Le cortège funèbre repasse dans le fond et sort. Du sol, un sourd bourdonnement s'élève. Les morts reprennent le texte des vivants, sur le thème de la habanera transformé en hymne funèbre. Pilar s'incline sur la tombe, s'endort petit à petit et s'abat d'un coup, raidie, sur la dalle.

 

 

 

 

 

L'action de ce drame lyrique est assez sombre ; elle se passe dans un paysage aride de la Vieille-Castille. C'est le jour du mariage de Pedro avec la belle Pilar ; — en pleine fête, pendant qu'au loin on danse la habanera, Ramon assassine lâchement Pedro, son propre frère. La jalousie le pousse à commettre ce crime, car lui aussi aime Pilar.

L'assassin n'est pas découvert ; mais, devant le cadavre, le chef de la famille demande un serment à Ramon : celui de retrouver le criminel.

Au deuxième acte, c'est la veillée des morts ; un an moins un jour s'est écoulé depuis le crime, et toute la famille s'est réunie dans une pieuse pensée pour le disparu. Mais, Ramon tremble, en ce jour plus que jamais. Le moribond, avant d'expirer, l'a menacé de revenir à cette date pour se venger. Trois chemineaux aveugles, qui se sont égarés, demandent l'aumône et l'hospitalité. On leur ouvre la porte, et pour remercier leurs hôtes, les aveugles jouent la habanera. Ramon croit au retour du revenant ; — une hallucination s'empare de lui. L'ombre de son frère lui apparaît et lui ordonne d'avouer son crime ; sinon il prendra dans la tombe Pilar, sa fiancée.

Au troisième acte, Ramon et Pilar sont au cimetière, devant la tombe de Pedro. Pilar se laisse aller à la tendresse pleine de pitié que lui inspire l'affliction de Ramon. La jeune fille lui propose, pour le consoler, de s'unir à lui. Ramon, torturé de remords, essaye en vain d'avouer son forfait, car il a peur que cet amour ne lui échappe. Pilar s'endort et expire, attirée sous terre par le mort implacable, qui tient sa terrible promesse, pendant que le meurtrier, devenu fou, se perd dans les allées sombres du cimetière, en chantant le refrain de la habanera.

Ce drame, est l'œuvre de début, au théâtre, de Raoul Laparra.

Le troisième acte est, sans conteste, le plus musical et le plus intense de cet ouvrage. L'auteur nous avertit qu'il n'a point voulu « transporter l'Espagne à Naples », c'est-à-dire laisser chanter, à la manière italienne, à ses personnages de fades roucoulades propres à faire valoir leur organe au détriment de l'action dramatique ; il s'est attaché à rendre, par la déclamation, l'expression aride et douloureuse de ses personnages ; et, en beaucoup de passages il atteint son but et fait preuve d'une personnalité vraiment curieuse.

Dès le premier prélude, l'attaque de l'orchestre à l'unisson du thème de la habanera donne une atmosphère d'une réelle intensité ; et, plus loin, quand ce thème revient (en la mineur) déchaîné en fortissimo, il y a une très adroite pédale de trois notes à l'aigu (sol bécarre fa mi), qui réalise heureusement le grouillement de la foule dans un pays ensoleillé.

Au premier acte, la seconde scène (en ut dièse mineur), où Ramon clame : « Et c'est à moi que l'on dit : chante », est d'une belle expression dramatique. L'entrée de Pilar sur un rythme espagnol est trop « picturale » ; dans cet acte, d'ailleurs, la musique de scène et tout le drame se déroulent un peu dans cet ordre d'idées.

On pourrait rattacher cette musique au vérisme italien, mais avec plus de goût français. Généralement les entr'actes sont de belles pages symphoniques ; — celui du deuxième acte (en la mineur) est très expressif ; la page d'orchestre qui lui succède (en fa dièse mineur), et dans laquelle la tenue de la fondamentale se fait par les violons, donne une sensation douloureuse. Dans ce même acte, l'arrivée des chemineaux égarés et le terrible dialogue, entrecoupé par les personnages de second ordre, de Ramon et du spectre de Pedro, sont d'un effet dramatique.

Au troisième acte, la scène entre Pilar et Ramon, qui veut avouer son crime, et ne peut pas, est conduite avec une gradation remarquable.

Il y a peu d'action, mais l'expression déclamatoire de Ramon est d'une puissante intensité. Dans tout ce drame circule une vie frémissante et brutale ; et la musique, toute en « touches » et en « valeurs », s'efforce vers une pittoresque couleur locale, dont l'ensemble constitue un curieux spectacle d'art.

Les principaux interprètes de la Habanera ont été : Mlle Demellier (Pilar) ; MM. Séveilhac (Ramon), Salignac (Pedro), Vieuille (un Vieux).

(Stan Golestan, Larousse Mensuel Illustré, mai 1908)

 

 

 

 

 

 

Acte I. scène 2. "Et c'est à moi que l'on dit : chante... Le sort m'a désigné"

Vanni-Marcoux (Ramon), Soprano et Orchestre dir Piero Coppola

Gramophone DA 4818, mat. OW 592-2 et OW 593-1, enr. à Paris le 05 novembre 1931

 

 

 

 

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