Hérodiade

 

affiche d'Hérodiade par Charles Lévy (1881)

 

Opéra en quatre actes et sept tableaux, livret de Paul MILLIET et Henri GRÉMONT (pseudonyme de Georges HARTMANN), d’après Hérodias (1877), l'un des Trois Contes de Gustave FLAUBERT (Rouen, Seine-Inférieure [auj. Seine-Maritime], 12 décembre 1821 – Croisset, Canteleu, Seine-Inférieure, 08 mai 1880), musique de Jules MASSENET.

 

L'œuvre s'inspire du fait historique : la princesse juive SALOMÉ († v. 72 apr. J.-C.), fille d'Hérode Philippe et d'HÉRODIADE ou HÉRODIAS (7 av. J.-C. 39 apr. J.-C.), poussée par sa mère, obtint de son oncle, le tétrarque de Galilée et de Pérée HÉRODE ANTIPAS (v. 20 av. J.-C. 39 apr. J.-C.), pour prix d'avoir dansé devant lui, la tête de saint JEAN-BAPTISTE († Macheronte, Palestine, 28 apr. J.-C.).

 

   partition

 

 

 

Gustave Flaubert vers 1856 par Pierre François Eugène Giraud

 

 

Création au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles le 19 décembre 1881, dans la version primitive en trois actes et six tableaux. Mise en scène d'Alexandre Lapissida. Décors de Fontaine, Devis et Lynen. Costumes dessinés par Th. Thomas et exécutés par M. Feignaert. Armures de M. Colle. Ballets réglés par Oscar Poigny.

 

Première fois en France et en français, à Nantes, le 29 mars 1883.

 

Première fois à Paris, au Théâtre des Italiens (Salle du Théâtre des Nations), le 01 février 1884, dans la version révisée en quatre actes et sept tableaux, et dans une traduction italienne (Erodiade) d’Angelo Zanardini (Venise, 09 avril 1820 - Milan, 07 mars 1893).

 

Première parisienne en français, au Théâtre Lyrique de la Gaîté, le 18 octobre 1903, dans des décors d'Amable, avec reprise le 30 septembre 1911.

 

Représentation en français à New York, Metropolitan Opera, en 1909.

 

 

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personnages

emplois

Monnaie de Bruxelles

19 décembre 1881

création

Théâtre-Italien

01 février 1884

(en italien)

Gr. Th. de Bordeaux

18 décembre 1885

 

Opéra de Lyon

décembre 1886

 

Gaîté

18 octobre 1903

1re

Gaîté

30 septembre 1911

 

Gaîté

01 octobre 1912

100e

Salomé, fille d'Hérodiade soprano Mmes Marthe DUVIVIER Fidès DEVRIÈS BRIAND DE BASTA Emma CALVÉ Zina BROZIA Zina BROZIA
Hérodiade, femme d'Hérode mezzo-soprano Blanche DESCHAMPS-JEHIN Guglielma TREMELLI HUGUET-PRIVAT LEROUX Lina PACARY FIÉRENS FIÉRENS
une Jeune Babylonienne soprano LONATI HALLARY     MARVAL   KERJEAN
Jean (saint Jean-Baptiste) ténor MM. Edmond VERGNET Jean de RESZKÉ DUTREY MASSARD Henri JÉRÔME Agustarello AFFRE Agustarello AFFRE
Hérode, roi de Galilée baryton Adolphe MANOURY Victor MAUREL Adolphe MANOURY Adolphe MANOURY Maurice RENAUD Raymond BOULOGNE MAGUENAT
Phanuel, Chaldéen basse Léon GRESSE Edouard de RESZKÉ VINCHE BOURGEOIS René FOURNETS KARDEC Henri SYLVAIN
Vitellius, proconsul romain baryton FONTAINE VILLANI     Harry WEBER   AUDOIN
le Grand Prêtre 2e baryton BOUTENS PAROLI         ALBERTI
une Voix (dans le Temple) ténor MANSUÈDE MIGNONI         SARDET
Chœurs : Marchands, Soldats juifs, Soldats romains, Prêtres, Lévites, Serviteurs du Temple, Marins, Pharisiens, Scribes                
Peuples : Galiléens, Samaritains, Saducéens, Ethiopiens, Nubiens, Arabes, Romains                
Danse               Lucy RELLY
Chef d'orchestre   Joseph DUPONT Gialdino GIALDINI   Jules MASSENET Alexandre LUIGINI Auguste AMALOU Auguste AMALOU

 

Danses :

1er acte : la Promenade des esclaves

2e acte : Danse babylonienne

3e acte : Danse sacrée

4e acte : Ballet : I. Egyptiennes - II. Babyloniennes - III. Gauloises - IV. Phéniciennes - V. Final

 

 

 

Adolphe Manoury (Hérode) lors de la création à Bruxelles

Marthe Duvivier (Salomé) lors de la création à Bruxelles

 

Edmond Vergnet (Jean) lors de la création à Bruxelles

 

Léon Gresse (Phanuel) lors de la création à Bruxelles

 

 

  

Première au Théâtre de l'Opéra (Palais Garnier) le 24 décembre 1921 (répétition générale publique le 22 décembre au profit du monument Massenet). Mise en scène d'Emile Merle-Forest. Décors de Georges Mouveau.

Au 3e acte, « Danse sacrée » réglée par Mlles Pasmanik et Howarth, dansée par Mlles J. Delsaux, Yvonne Franck et Brana ; aux 2e et 4e actes, « Divertissements » réglés par Léo Staats, dansés par Mlles Valsi, Huguette de Craponne, Henriette Dauwe et Leonce.

 

 

personnages

Opéra

22 décembre 1921 (répétition générale)

et 24 décembre 1921 (1re)

Opéra

14 mars 1926

100e

Opéra

09 mars 1945

180e

Opéra

09 novembre 1947

192e

Salomé Mmes Fanny HELDY Mireille BERTHON Geori BOUÉ Solange BONNI-PELLIEUX
Hérodiade Lyse CHARNY FROZIER-MARROT Hélène BOUVIER Hélène BOUVIER
une Jeune Babylonienne Jane LAVAL Louise BARTHE Eliane CARRIER Gisèle DESMOUTIERS
Jean MM. Paul FRANZ André PERRET Jean LUCCIONI René VERDIÈRE
Hérode, roi de Galilée Edouard ROUARD Marcellin DUCLOS José BECKMANS Michel DENS
Phanuel, Chaldéen Marcel JOURNET Fred BORDON Paul CABANEL André HUC-SANTANA
Vitellius, proconsul romain Romain CARBELLY Charles CAMBON Charles CAMBON Marcel CLAVÈRE
le Grand Prêtre Charles MAHIEUX DALERANT André PHILIPPE André PHILIPPE
une Voix (dans le Temple) SORIA Georges REGIS André DELORME André DELORME
         

Divertissement

 

BRANA

Alice BOURGAT

Christiane VAUSSARD

Jeannette GERODEZ

Christiane VAUSSARD

Lucette LAUVRAY

Chef d'orchestre Philippe GAUBERT Henri BÜSSER François RÜHLMANN François RÜHLMANN

 

 

Autres interprètes des principaux rôles à l'Opéra :

Salomé : Mmes Lucy ISNARDON (1922), Jane CROS (1922), Lucile PANIS (1922), Yvonne GALL (1924), Marthe NESPOULOUS (1924), Jeanne KIRSCH (1924), Jeanne LECUYER (1926), Maryse BEAUJON (1926), Mary McCORMICK (1927), Andrée MARILLIET (1927), Germaine PAPE (1927), LEMPERS (1927), Marjorie LAWRENCE (1933), Arvez VERNET (1934), Lily DJANEL (1935), Solange RENAUX (1935), Anita VOLFER (1936), Madeleine LEYMO (1937), Ellen DOSIA (1945), Bernadette DELPRAT (1945), Denise DUVAL (1947).

Hérodiade : Mmes Germaine GRIALYS (1922), Jeanne MONTFORT (1922), TODOROVA (1922), Yvonne COURSO (1923), Madeleine CARON (1923), Georgette CARO (1923), Jacqueline ROYER (1924), Helen de SADOWEN (1924), GOZATEGUI (1924), Laure TESSANDRA (1927), Jeanne MANCEAU (1933), Jemmy BACHILLAT (1934), Marie-Antoinette ALMONA (1935), Marguerite SOYER (1936), Eliette SCHENNEBERG (1936), Renée GILLY (1936), Lucrèce MISTRAL (1945), Inès CHABAL (1947).

Jean : MM. John O'SULLIVAN (1922), Guy CAZENAVE (1922), CARRERE (1922), Paul GOFFIN (1922), Fernand ANSSEAU (1922), Maurice DUTREIX (1923), Antonin TRANTOUL (1925), Georges THILL (1925), MORINI (1926), Eric AUDOIN (1927), Franz KAISIN (1930), José de TRÉVI (1931), Charles FRONVAL (1945).

Hérode : MM. Léonce TEISSIÉ (1922), Alfred MAGUENAT (1922), ROUGENET (1923), Paul LANTÉRI (1924), John BROWNLEE (1927), Pierre NOUGARO (1932), Charles CAMBON (1933), Daniel VIGNEAU (1933), Louis RICHARD (1933), Arthur ENDRÈZE (1935).

Phanuel : MM. Albert HUBERTY (1922), Louis ARNAL (1923), André GRESSE (1923), Fred BORDON (1923), PEYRE (1923), GROMMEN (1927), Jules FOREST (1934), Pierre FROUMENTY (1935), Edmond LAPEYRE (1935).

 

192 représentations à l’Opéra au 31 décembre 1961.

 

 

 

Composition de l’orchestre

 

1 petite flûte, 2 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 1 petite clarinette, 2 clarinettes, 1 clarinette basse, 1 saxophone alto en mi b, 1 saxophone ténor en si b, 2 bassons, 4 cors (dont 2 chromatiques), 2 trompettes chromatiques en fa, 2 cornets à pistons, 4 trombones, 1 tuba, 1 contrebasse de Sax [saxhorn] en si b, 4 timbales (2 exécutants), cymbales, grosse caisse, tambour militaire, tambour de basque, tam-tam, triangle, sonnettes, grelots, cymbales antiques en mi b, glockenspiel à clavier, 2 lames métalliques (do – do) et « timbre » (ré – ré) [danse babylonienne], 2 harpes (2 parties), cordes [nombreuses]

Sur scène :

Scènes VII et XIV : 4 trompettes romaines en mi b

Scène XIV : « bande militaire » [1 saxhorn soprano, 2 cornets à piston, 2 trompettes, 3 trombones (à pistons ?), 1 saxhorn basse, 1 saxhorn contrebasse]

En coulisse :

Scène IX : 2 petites flûtes, 2 flûtes, 2 clarinettes en la, 1 clavier de timbres (harmonica) [glockenspiel], 1 harpe, 1 triangle, 1 tambour arabe [tambour de basque], 2 paires de cymbales antiques en fa #, 1 piano

 

 

 

 

Résumé.

 

L’action se déroule à Jérusalem (Judée), à l'époque du Christ, vers l’an 30.

 

L'action d'Hérodiade, quoique inspirée du récit biblique, s'écarte beaucoup de la tradition et de l'histoire. Ici, Salomé aime passionnément Jean ; ne pouvant le sauver, elle voudrait mourir avec lui. Sa mère, Hérodiade, ne se fait reconnaître d'elle qu'au moment où le prophète ayant été supplicié, Salomé tente de la tuer. Retournant le couteau contre elle-même, la jeune fille se donne alors la mort.

 

Acte I.

Une cour extérieure du palais d'Hérode. — Le jour paraît ; des marchands de différents pays et des esclaves gravissent la côte qui conduit au palais. Phanuel, mage chaldéen, s'avance, prononçant des paroles assez énigmatiques. Il croise Salomé, la fille d'Hérodiade, qui, sans cesse, cherche sa mère qu'elle ne connaît point. Salomé avoue sa violente passion pour le prophète Jean [Air de Salomé : Il est doux, il est bon...]. Après la muette « Promenade des danseuses du palais », Hérode entre précipitamment, à la recherche de Salomé pour laquelle il nourrit un désir morbide. Hérodiade paraît, pâle, égarée, demandant au roi de faire mourir Jean, qui la poursuit toujours de ses malédictions [Air d'Hérodiade : Hérode, ne me refuse pas...]. Hérode ne peut y consentir, car le prophète est partout révéré du peuple. Jean entre, arrachant un cri d'épouvante au roi et à la reine, lesquels fuient devant lui à l'intérieur du palais.

Lorsqu'ils se sont éloignés, Salomé s'élance vers le prophète et lui déclare son amour [Duo Salomé-Jean : Loin de toi je souffrais et me voilà guérie...].

 

Acte II.

1er tableau : La chambre d'Hérode.

Des esclaves entourent le roi et dansent [Danse Babylonienne].

Une jeune Babylonienne fait boire à Hérode un philtre qui lui procure l'illusion de posséder Salomé [Air d'Hérode : Vision fugitive et toujours poursuivie...]. Puis Phanuel paraît et complote avec lui un soulèvement contre les Romains qui ferait d'Hérode le souverain absolu de toute la Judée.

2e tableau : La place publique.

La révolte s'affirme ; toutefois Hérodiade vient annoncer l'approche de Vitellius, le proconsul romain. Hérode, confus, va à sa rencontre et tout rentre dans l'ordre. A la fin de la scène, Jean paraît. Les témoignages de respect qu'on lui donne excitent l'étonnement de Vitellius. Hérodiade surprend l'émotion subite d'Hérode lorsqu'il aperçoit Salomé parmi la foule : elle tient maintenant sa vengeance !

 

Acte III.

1er tableau : La demeure de Phanuel.

Le mage, absorbé dans la contemplation de la nuit étoilée, interroge le ciel [Air de Phanuel : Astres étincelants que l'infini promène...].

Hérodiade, entrant tout à coup, inquiète, vient le consulter au sujet de Salomé. Mais lorsqu'elle apprend que celle-ci est sa fille, elle ne veut pas l'avoir pour rivale.

2e tableau : Une partie du temple de Salomon.

Salomé entre, faible, se soutenant à peine, maudissant Hérode et la reine qui viennent de faire enchaîner celui qu'elle aime [Air de Salomé : Charme des jours passés où j'entendais sa voix...].

Elle tombe, épuisée, au moment où Hérode paraît, sombre et préoccupé. Les Romains l'ont emporté, mais il se vengera et compte faire servir à ses fins la popularité dont Jean jouit auprès de la foule. Reconnaissant Salomé, Hérode lui adresse des déclarations passionnées, qui remplissent la jeune fille de dégoût. La foule envahit ensuite le sanctuaire. [Danse sacrée (les filles de Manahim)]. Les prêtres demandent la condamnation de Jean. Hérode voudrait le sauver, mais Salomé vient tout gâter en déclarant qu'elle l'aime ; la sentence de mort est prononcée. Jean, inspiré, prophétise la ruine future de Rome.

 

Acte IV.

1er tableau : Un souterrain du temple.

Jean est assis, dans une attitude de résignation contemplative. Il ne regrette rien, mais cependant l'amour de Salomé trouble son cœur [Air de Jean : Ne pouvant réprimer les élans de la Foi...].

Salomé réussit à pénétrer dans le souterrain. Elle veut mourir avec lui. Tous deux s'élancent dans une suprême étreinte [Duo : Il est beau de mourir en s'aimant, ma chère âme !]. Mais le Grand-Prêtre vient chercher Jean pour le mener au supplice.

2e tableau : La salle du festin.

Les Romains célèbrent leur grandeur et leur gloire [Chœur : Romains ! nous sommes Romains !...]. Hérode, Hérodiade et Vitellius entrent ; on acclame le Proconsul [Ballet].

Salomé, les cheveux épars, et s'arrachant des mains des esclaves, se précipite dans la salle, implorant la grâce de Jean. Au moment où Hérodiade, hésitante, émue, va céder aux supplications de Salomé, le bourreau paraît, porteur d'un glaive teinté de sang. Salomé pousse un cri terrible. Dans un effort désespéré, elle tire un poignard de sa ceinture et se jette sur Hérodiade. Pitié ! lui crie celle-ci, je suis ta mère !

Retournant alors l'arme contre elle-même, Salomé se perce le sein, et s'écroule aux pieds d'Hérodiade et d'Hérode horrifiés !...

 

 

 

 

 

I