la Jolie fille de Perth

 

une scène de l'acte IV de la Jolie fille de Perth

 

 

Opéra en quatre actes et cinq tableaux, livret d'Henri de SAINT-GEORGES et Jules ADENIS, d'après The Fair Maid of Perth, roman de Walter SCOTT (1828), musique de Georges BIZET.

Bizet signa, en juillet 1866, un contrat avec Léon Carvalho pour cet opéra, qu’il termina en décembre de la même année. Le rôle de Catherine fut écrit pour Christine Nilsson qui préféra créer Hamlet à l’Opéra.

 

   partition

Dédiée à monsieur Benoit-Champy, Président du Tribunal civil de la Seine

 

 

Création au Théâtre-Lyrique (place du Châtelet) le 26 décembre 1867.

 

Première à la Monnaie de Bruxelles le 14 avril 1868.

 

Première au Théâtre-Lyrique (Eden-Théâtre) le 03 novembre 1890 pour 11 représentations.

 

 

 

personnages

emploi

Théâtre-Lyrique

26 décembre 1867 (création)

Monnaie de Bruxelles

14 avril 1868 (1ère)

Théâtre-Lyrique (Eden-Théâtre)

03 novembre 1890

Catherine Glover, fille de Simon soprano Mmes Jeanne DEVRIÈS Mmes DANIELE Mmes Cécile MÉZERAY
Mab, reine des Gitans soprano Alice DUCASSE DUMESTRE HAUSSMANN
Henri Smith, armurier ténor MM. MASSY MM. JOURDAN MM. Emile ENGEL
le Duc de Rothsay baryton ou ténor Auguste Armand BARRÉ Edmond DELAUNAY-RIQUIER Frédéric BOYER
Ralph, apprenti de Simon basse ou baryton F. LUTZ JAMET Jacques ISNARDON
Simon Glover, gantier basse Louis Emile WARTEL   FERRAN
un Seigneur au service du Duc ténor BOUDIAS   PORTEJOIE
le Majordome du Duc basse Prosper GUYOT   BELEN
un Ouvrier basse Alexandre Louis NEVEU    
Chef d'orchestre   Adolphe DELOFFRE Charles-Louis HANSSENS  

 

 

 

 

L’action se déroule à Perth, en Ecosse, à la fin du XIVe siècle.

Courtisée par trois hommes à la fois, la coquette Catherine Glover voit, telle Ophélie, son esprit s'obscurcir à la suite de ses imbroglios émotifs. Mais la bohémienne Mab dénouera l'intrigue et Catherine, recouvrant la raison, épousera un honnête garçon.

 

 

 

 

 

caricature de Bizet par Henri Meyer, imprimée en première page du Diogène du 28 septembre 1867

"Je vous abandonne ma tête - puisse votre crayon m'être léger" (Georges Bizet)

 

 

 

 

Le jeudi, 27 décembre 1867, s'est enfin montrée au Théâtre-Lyrique la Jolie Fille de Perth, la nouvelle partition de M. Georges Bizet, dont la première représentation était depuis longtemps retardée, on se le rappelle, pour diverses raisons que nous n'avons pas à rechercher. Les diplomates de la presse musicale prétendaient qu'il s'agissait de reprendre le rôle principal à Mlle Devriès et le faire accepter à Mme Carvalho. Nous démentîmes ce bruit peu fondé et l'événement nous a donné raison.

M. Georges Bizet était déjà plus qu'avantageusement connu des musiciens, d'abord par un scherzo d'un travail délicat et fin, exécuté avec succès aux concerts populaires, et que M. Pasdeloup nous rendra certainement un de ces jours, puis par des mélodies que Mme Carvalho a popularisées, par de remarquables pièces de piano intitulées Chants du Rhin, enfin et surtout par sa partition des Pêcheurs de Perles. M. Bizet ne nous en voudra pas beaucoup, j'imagine, de ne pas mentionner dans son bagage d'artiste la très petite part qu'il a prise au premier acte de Malbrough s'en va-t-en guerre, représenté actuellement au théâtre de l'Athénée : c'est là un péché de jeunesse exubérante sur lequel il faut passer l'éponge.

Avec sa partition des Pêcheurs de Perles M. Bizet inaugura la série des prix de Rome, dont une œuvre devait être annuellement représentée au Théâtre-Lyrique par décret officiel, fondation généreuse et équitable qu'on aurait tort de laisser tomber en oubli. Dans cette première œuvre, le jeune compositeur, encore incertain de sa route, donna plus d'une preuve d'inexpérience, quelques-unes d'un talent réel, et partout accusa de fortes études et un savoir profond de musicien, malgré une orchestration trop chargée, des scènes musicales peu réglées, et à certains instants un dédain prémédité de la mélodie. Mais aussi, sur ce fond un peu lourd et brumeux, la pensée se détachait parfois singulièrement claire et lumineuse, comme dans la prière, si bien inspirée, du premier acte, et dans les deux petites strophes chantées par Morini : « Je crois entendre encore. » — Somme toute, malgré les défauts de l'œuvre, l'avis général fut qu'un compositeur d'un sérieux avenir venait de s'affirmer.

Ceci se passait en septembre 1863. Quel pas immense M. Bizet a fait depuis ses débuts au théâtre ! On pouvait craindre que ses tendances ne le portassent du côté des compositeurs qui prétendent faire de la musique sans mélodie, semblables en cela au singe de Florian qui voulait montrer la lanterne magique sans l'éclairer. Point : M. Bizet a compris, après quelques errements, que pour « faire de la musique », la mélodie était encore ce que l'on avait trouvé de mieux ; il a compris que sur les traces de certaines individualités il était dangereux de s'aventurer, et il nous revient avec une partition bien chantante, bien coupée, bien nette et sans confusion. Il n'est pas douteux pour nous que le succès le suive dans cette nouvelle voie, qui procède à la fois de l'opéra-comique et du grand opéra.

Avant d'entrer plus avant dans le détail de l'œuvre, il serait a propos de tracer rapidement les principales lignes du libretto qui abonde en situations musicales et fait honneur à l'habileté de M. de Saint-Georges. Dans la circonstance, le poète vétéran s'est galamment effacé pour faire place au jeune musicien qui combat vaillamment à l'ombre de ses vers. Il est de mode aujourd'hui de puiser les sujets d'opéra dans les œuvres consacrées par l'admiration universelle. On y trouve l'avantage de se mettre à couvert derrière un grand nom qui tient toutes les attaques en respect. Cette fois c'est Walter Scott qui a fourni la donnée du poème de MM. de Saint-Georges et Jules Adenis.

Catherine, la plus jolie fille de Perth, est une rieuse enfant, mutine et gracieuse, un brin coquette, tout juste ce qu'il faut pour se faire chérir davantage d'Henry Smith, son fiancé. Par malheur, monseigneur le duc, gouverneur du comté, la trouve sur son chemin et en tombe épris. Il a bientôt fait, sans se soucier de tout le bonheur qu'il va détruire, de convoiter la douce colombe. Pour un libertin comme lui, désirer c'est posséder. Il charge donc Mab, une bohémienne jeune et jolie, amie de Catherine, de la lui amener dans son palais sous un prétexte ou sous un autre. Pour se rire de la fatuité du duc, c'est Mab elle-même qui se rend masquée au palais, prenant la place de Catherine. Vous devinez déjà, sans qu'il soit besoin de s'y appesantir, toutes les complications qui vont sortir de là ; le désespoir d'Henry Smith, trompé par cette ruse indigne et qui croit à la faute de son innocente fiancée, les malédictions dont il l'accable, la folie de la jeune fille, son retour à la raison, l'éclaircissement de tout l'imbroglio, et… le mariage, final. Je passerai donc sans plus attendre à l'examen succinct de la partition.

Après une courte ouverture où l'on retrouve l'habileté de main déjà mise en œuvre dans le scherzo dont nous parlions plus haut, après un chœur d'entrée, un air à roulades et à tours de force, pour Mlle Devriès, dont l'émotion avait paralysé les moyens, il faut applaudir sans réserve un joli duo d'amour qui ouvre la série des morceaux remarquables. Suivent un trio, auquel on peut reprocher un peu de sécheresse, mais qui est traité dans la bonne manière, puis un délicieux quatuor où les voix sont agencées et mariées avec une aisance et une science parfaites ; ce premier acte se termine par des couplets à boire, bien francs et bien ronds.

Le deuxième acte est excellent d'un bout à l’autre, et il ne sera pas de musicien qui ne fasse souvent le pèlerinage de la place du Châtelet, rien que pour l'entendre. Il débute par une scène de carnaval, que beaucoup s'accordaient à trouver terne ; mais il ne s'agit pas ici d'un carnaval napolitain, aux allures brillantes comme le soleil qui l'éclaire, et il faut considérer ceci : que, sous le ciel brumeux de l'Écosse, au milieu de ses humides brouillards, dans ces rues sombres, bordées de maisons sévères, ainsi que le décor nous les représente, la joie et la folie elles-mêmes ont une teinte obligée de mélancolie. — L'air du ballet des Bohémiennes, qui se trouve encadré tout naturellement dans cette scène de carnaval, a produit un effet irrésistible : les honneurs du bis lui ont été décernés par la salle entière. C'est une véritable perle : il commence par un motif doux et étrange, plein de langueur orientale, qui s'enfle peu à peu pour se terminer en tourbillons fiévreux, comme le célèbre chœur des derviches, des Ruines d'Athènes, de Beethoven. Cet air de ballet n'est pas sans rappeler la musique arabe exécutée, cet été, à l'Exposition. Il en a le caractère original et pénétrant, en beaucoup plus civilisé cependant. — L'air de la Bohémienne, qui vient ensuite, se distingue par des notes tenues d'un joli effet, et la ravissante sérénade du ténor par sa première phrase, d'un sentiment excellent ; remarquons les bruissements de violon qui lui servent d'accompagnement. Citons encore la scène capitale de l'ivresse, où Ralph, amoureux obscur et sans espoir, noie ses chagrins dans le vin ; il y a là une mélodie saisissante, que Lutz fait ressortir en grand comédien ; son ivresse est poignante et vous serre douloureusement le cœur : on a fait une ovation à l'excellent artiste. — Cet admirable 2e acte se termine par une chanson de Catherine, dans la coulisse, qui n'est pas au-dessous du reste.

Signalons au troisième acte un duo entre le duc et la Bohémienne, d'un accompagnement très ingénieux, et un finale puissant vigoureusement touché ; au quatrième acte, la belle scène du jugement de Dieu, où Lutz continue à récolter des applaudissements avec sa belle phrase, répétée par le chœur : « Vous mentez, Henry Smith ! » puis un duo à l'italienne, d'un style très large, auquel le public a prêté peu d'attention, distrait qu'il était par une altercation au paradis, transformé un instant en arène de pugilat ; au cinquième tableau, un chœur d'entrée plein de fraîcheur, la ballade de la folie et le rappel heureux de la sérénade du second acte.

Tel est cet opéra, remarquable à beaucoup de points de vue, et qui est le précurseur de partitions plus complètes encore, aujourd'hui que M. Bizet est en pleine possession de son talent et peut marcher d'un pas plus ferme sur cette scène déjà deux fois affrontée. Le second acte, de la Jolie Fille de Perth, à lui seul, constitue une œuvre ; il affirme une individualité, qui n'a aucun besoin de se rattacher à celle d'autrui.

Il nous reste à peine quelques lignes pour les interprètes. Ainsi qu'il en avait été pour son premier ouvrage, les Pêcheurs de perles, M. Bizet a vu de nouveau les destinées de la Jolie Fille de Perth confiées à deux débutants — M. Massy, — un ténor qu'il était allé lui-même chercher à Bordeaux, — avec sa voix forte, jeune et fraîche, verra certainement s'ouvrir devant lui une belle carrière, s'il prend garde à ce terrible chevrotement, qui est en train de détruire en France tant de gosiers estimables ; — Mlle Devriès, qui a quelque ressemblance avec Mlle Patti, et qui souvent aussi en a la mutinerie et les gestes gracieux, ne manque pas de réelles qualités, mais l'émotion, nous l'avons déjà remarqué, paralysait au début tous ses moyens ; nous attendrons les représentations suivantes pour faire notre opinion ; toutefois constatons dès aujourd'hui qu'elle s'est montrée sensiblement supérieure dans les deux derniers actes. Quoi qu'il en soit, nous pensons que la carrière italienne serait bien mieux son fait. — J'ai dit plus haut combien Lutz s'était révélé comédien ; cette création de Ralph le place au premier rang. — Barré est toujours bon chanteur et bon acteur. — Enfin Mlle Ducasse et Wartel, dont parfois la voix a trahi les bonnes intentions, complètent un ensemble satisfaisant, qui ne pourra que s'affermir aux représentations suivantes, sur lesquelles nous aurons certainement à revenir. Une œuvre du mérite et de l'importance de celle de M. G. Bizet ne se juge pas en quelques heures, à une première audition. Voici venir sous nos yeux les épreuves de la partition, mais trop tard, hélas ! pour nous y arrêter aujourd'hui. À la semaine prochaine, donc.

(H. Moreno [Henri Heugel], le Ménestrel, 29 décembre 1867)

 

 

 

 

 

Le sujet a été emprunté au roman de Walter Scott. La partition est d'une richesse extrême ; les effets en sont variés et l'instrumentation colorée. On a remarqué surtout le second acte, le finale du troisième et la fête de la Saint-Valentin.

(Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869)

 

 

 

 

 

Les romans de Walter Scott, très explorés et exploités par les librettistes, ont eu des fortunes diverses à la scène. Pour la Prison d'Edimbourg, la Dame Blanche et Lucie de Lammermoor dont l'heureuse destinée est connue, on en compte vingt autres auxquels le public fit sa mine la plus froide. La Jolie fille de Perth fut de ce nombre ; et les efforts de Lutz, de Massy, de Barré, de Mlle Devriès ne purent sauver ni la pièce ni la partition.

(Albert de Lasalle, Mémorial du Théâtre-Lyrique, 1877)

 

 

 

 

 

C’est le jeudi 5 septembre qu’a eu lieu, au Trocadéro, le grand concert officiel de l’Opéra-Comique, sous la direction de l’excellent chef d’orchestre Jules Danbé conduisant une nombreuse phalange d’exécutants. Le nombre ici ne fait rien à l’affaire, il n’ajoute rien à la force ou au charme des œuvres entendues dans cette très mauvaise salle, dont l’acoustique ne parait pas susceptible d’amélioration sérieuse. L’exécution a été ce qu’elle devait être avec des premiers sujets tels que Mmes Simonnet et Deschamps et MM. Taskin, Dupuy, Soulacroix et Cobalet : le programme comprenait quatorze numéros, dont six extraits d’ouvrages d’auteurs vivants, opéras-comiques ou drames lyriques disparus ou tout au moins momentanément mis à l’écart.

 

La Jolie Fille de Perth représente le contingent du regretté Georges Bizet, à ce concert du Trocadéro. C’est, si je ne me trompe, le second ouvrage sérieux de ce musicien de tant de valeur et de véritable originalité. Écrit sur un livret habilement coulé dans le moule ancien, il ne nous donne certainement du talent de Georges Bizet qu’un aperçu heureux. Les horizons dévorés par l’esprit du jeune compositeur étaient autrement vastes, dans un pays de rêve autrement coloré. Celui qui devait être l’auteur de Carmen, s’il avait déjà en tête sa formule, ne trouvait point facilement encore à l’appliquer. Il avait la timidité nécessaire de ceux qui veulent quand même produire et se produire ; mais au lieu de procéder comme certains de nos jours, qui s’efforcent de faire gros sur le plus mince sujet, en vue de révéler leur force, il se gardait bien de dépasser les limites du champ ouvert à son esprit. Avec une souplesse rare, avec une amusante subtilité, il mettait en œuvre les éléments dont il disposait et faisait, sans cesser d’être lui-même, la musique d’un ouvrage conçu comme s’il avait été destiné à la plume légère et parfois un peu banale de quelque pur adepte d’Adolphe Adam.

 

Il en est résulté pour la Jolie Fille de Perth une agréable série de pages ; il est, dans le nombre, un vrai chef-d’œuvre, cette ravissante danse bohémienne, pour laquelle il n’avait aucun mot d’ordre à prendre de personne, et où se pouvaient accuser toute son originalité naturelle, toutes les ressources de son instrumentation déjà si savoureuse, si féconde en surprises.

 

L’ouvrage n’a jamais eu, malgré ses qualités, une fortune bien brillante, — il est vrai que Bizet n’était pas mort, — et être mort, comme il se plaisait souvent à le redire, c’est une force pour un compositeur, surtout devant un public qui a communément plus de sentimentalité et d’enjouement que de goût réel pour les choses de la musique.

 

(Louis Gallet, la Nouvelle Revue, 15 septembre 1889)

 

 

 

 

 

Selon des prévisions exprimées ici même, le Théâtre-Lyrique a fait son ouverture, depuis longtemps attendue, dans d'excellentes conditions au point de vue artistique. M. Henry Verdhurt nous a donné le Samson et Dalila de M. Saint-Saëns qu'il avait pris l'initiative de monter à Rouen au courant de l'été dernier ; il y a ajouté, pour les lendemains, la Jolie Fille de Perth, de G. Bizet, que l'on n'avait pas revue à Paris depuis sa première représentation sous la direction de M. Carvalho, au Théâtre-Lyrique de la place du Châtelet.

 

Trois jours après est venue la Jolie Fille de Perth, le second grand ouvrage de Georges Bizet. La personnalité du compositeur ne s'était pas alors complètement dégagée ; il avait du reste, — très jeune qu'il était alors, — la timidité des débutants, même quand ces débutants sentent en eux une réelle force que le moindre encouragement fera jaillir.

 

S'il n'entrait pas dans la maison de Boieldieu, il ne pouvait se dissimuler du moins qu'admis en ce milieu relativement nouveau du Théâtre-Lyrique, il allait de même s'y heurter à des traditions qu'il ne fallait pas trop bousculer de prime abord.

 

D'autre part, il gardait, semble-t-il, à ce moment de la vie, encore quelque engouement pour la manière de Verdi. Entre cette disposition de son esprit et ce désir d'être respectueux pour les compositeurs du passé, encore en grand honneur autour de lui ; il ne pouvait y avoir une bien grande place pour son « moi », pour sa nature.

 

Et cependant, en dépit des formules anciennes, des topiques musicaux acceptés par raison ou par crainte du qu'en dira-t-on, elle éclate à tout instant dans l'œuvre, cette nature si particulièrement fine, si amoureuse de couleur et d'accent.

 

Les pages qui en portent le plus vivement l'empreinte sont, dès les premières années de sa production, sorties du théâtre pour aller au concert, où on les a applaudies bien des fois, et où elles restent à l'état de petits chefs-d'œuvre.

 

Le Georges Bizet du Théâtre-Lyrique ne faisait alors que des promesses que le Georges Bizet de l'Opéra-Comique allait admirablement réaliser dans ses deux dernières œuvres : l'une, Djamileh, ravissante partition en un acte, ignorée ou mal connue de la génération présente et où le compositeur s'était donné tout entier ; l'autre, cette glorieuse Carmen qui est allée accentuer dans les deux mondes l'influence de la musique française.

 

Du livret de la Jolie Fille de Perth, il ne faut parler qu'avec la déférence due à des choses anciennes, relevant d'une école consacrée autrefois par maint succès ; école de gens habiles assurément, d'une habileté puisée dans les formulaires, praticiens rompus à l'usage des moules dramatiques, y coulant, avec une parfaite tranquillité de conscience, le métal ayant cours alors dans le monde des théâtres.

 

Mais, en ceci, hélas ! point d'âme réelle, point de passion vraie, point d'émotion touchante, point de ces heureux défauts d'œuvres maladroites peut-être, mais où l'on sent palpiter la vie.

 

En semblable occurrence, telle phrase musicale qui ferait frissonner ou pleurer, appliquée à une situation poignante ou simplement à un sentiment juste, se perd ici dans l'indifférence de l'auditeur, parce qu'elle ne repose sur rien de senti ou de vécu. Pour cette cause, bien des pages de la partition de Bizet n'ont pas eu la fortune qu'en réalité elles méritaient.

 

La Jolie Fille de Perth a été empruntée par les auteurs, Saint-Georges et M. J. Adenis, à un roman bien connu de Walter Scott. Je n'en raconte donc pas la fable arrangée, je le répète, avec cette science parfaite d'un théâtre aujourd'hui discrédité.

 

L'ouvrage a trouvé dans M. Engel un interprète de haute valeur, chanteur remarquable, excellent comédien, qui lui aussi rendra comme M. Bouhy, à ce jeune théâtre, d'inestimables services. A côté de lui, on a fort remarqué M. Boyer, pour l'élégance de son style et le charme de sa voix. Un accueil particulièrement chaleureux a été fait à M. Isnardon, dans le petit rôle de Ralph ; il le méritait doublement. Mlle Cécile Mézeray a dû forcer son naturel pour chanter le rôle de Catherine ; elle n'y apparaît point à son avantage ; chanteuse et comédienne très intelligente pourtant, possédant toute la sûreté, toute l'expérience nécessaires pour réussir mieux. Mlle Haussmann n'a pas non plus produit, sous les traits de la bohémienne Mab, une impression complètement favorable.

 

L'orchestre et les chœurs, toujours excellents.

 

Samson et Dalila et la Jolie Fille de Perth attireront certainement le public au Théâtre-Lyrique, pendant bien des jours, durant lesquels M. Henry Verdhurt pourra monter, avec tout le soin désirable, le Rêve, son premier ouvrage vraiment inédit, son premier gage donné à ces jeunes compositeurs que l'Opéra, trop haut situé, et l'Opéra-Comique, trop difficilement accessible, condamnent depuis tant d'années au silence.

 

(Louis Gallet, la Nouvelle Revue, 15 novembre 1890)

 

 

 

 

 

extrait du livret de la Jolie fille de Perth, corrigé par Georges Bizet

 

 

 

Catalogue des morceaux

 

  Version originale   Version de 1890    
  Prélude 01 Prélude    

Acte I - L'atelier de Smith l'armurier

01 Chœur et Scène 02 Chœur et Scène Que notre enclume Smith, Chœur
02 Couplets     Catherine est coquette Mab
03 Air 03 Air* Vive l'hiver ! Catherine, Smith, Glover, Ralph
04 Duo 04 Duo Deux mots, encor Catherine, Smith
05 Trio     Ainsi, plus de jalousie Catherine, Smith, le Duc
    05 Trio De ce beau seigneur Catherine, Smith, le Duc
06 Quatuor 06 Quatuor Que fait ici cette inconnue ? Catherine, Mab, Smith, le Duc
07 Chanson et Final     Vous voudrez bien, je pense... Il était jadis un bon roi Catherine, Mab, Smith, le Duc, Glover, Ralph
    07 Final Vous voudrez bien, je pense Catherine, Mab, Smith, le Duc, Glover, Ralph

Acte II - Une place publique, la nuit

08 Marche et Chœur du Carnaval 08 Marche et Chœur du Carnaval Bons citoyens Glover, Chœur
09 Chœur et Récit 09 Chœur Carnaval ! Chœur
10 Chanson à boire 10 Chanson à boire Tout boit, amis le Duc, Chœur
11 Danse bohémienne 11 Danse bohémienne   Chœur
12 Couplets 12 Couplets Les seigneurs de la cour Mab
13 Sérénade 13 Sérénade Partout des cris de joie Smith
14 Air 14 Air Quand la flamme de l'amour Ralph
    15 Scène finale Eh ! camarade... la Femme masquée, Smith, Ralph, le Majordome, Catherine

Acte III - Un élégant salon chez le Duc de Rothsay

15 Entr'acte et Scène     Nuit d'amour le Duc
      Menuet-Entr'acte    
16 Cavatine     Elle sortait de sa demeure le Duc
    16 Introduction-Scène Je fais cent pièces d'or ! un Seigneur, le Duc, Chœur
17 Duo 17 Duo Nous voilà seuls ! Mab, le Duc
18 Air 18 Air C'est donc ici Smith
19 Final     Nuit d'amour Catherine, Smith, un Seigneur, le Duc, Glover, le Majordome, Chœur
    19 Final Qui moi ! votre époux, jamais ! Catherine, Smith, un Seigneur, le Duc, Glover, le Majordome, Chœur

Acte IV - Une place publique, le matin

20 Duo et Chœur 20 Duo et Chœur Smith, tu nous connais tous Smith, Ralph, Chœur
21 Duo 21 Duo Ils verront si je mens ! Catherine, Smith
22 Scène     Maître, là-bas on vous attend Catherine, Smith, un Ouvrier
22   22 Scène O ciel ! là-bas... Catherine, Smith, Glover
23 Chœur de la Saint-Valentin 23 Chœur de la Saint-Valentin Aux premiers rayons du matin Chœur
24 Ballade 24 Ballade Echo, viens sur l'air embaumé Catherine, Mab
  Final 24bis Scène Le jour de la Saint-Valentin Catherine, Smith
25   25 Chœur final Ah ! Bonjour ma belle Valentine ! Catherine, Smith, Chœur

 

* Il existe un autre air : Rêverie "J'ai rêvé que mon cœur".

 

Orchestre : 2 flûtes (petite flûte), 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 2 cornets à pistons, 3 trombones, timbales, triangle, tambour de basque, grosse caisse, cymbales, harpes, cordes. En coulisse : 1ère flûte, 2ème hautbois, 2 cornets à pistons, 3ème trombone, triangle, une forge, harpes, 2 violons.

 

 

 

 

 

l'acte I lors de la création, dessin de Louis Lemaresquier

 

 

 

l'acte II lors de la création

 

 

 

l'acte III lors de la création, dessin de Louis Lemaresquier

 

 

 

l'acte IV (scène finale) lors de la création

 

 

 

 

    

 

Acte I. Chœur de la Forge "Que notre enclume"

De Poumayrac, Nansen, Dangès, Hippolyte Belhomme et Orchestre

Pathé saphir 90 tours n° 855, réédité sur 80 tours n° 2526, enr. vers 1910

 

    

 

Acte II. Air bachique "Quand la flamme de l'amour"

Francisque Delmas (Ralph) et Piano

Disque Pour Gramophone GC 2-32626, mat. 1292F, enr. en décembre 1902

 

    

 

Acte II. Air bachique "Quand la flamme de l'amour"

Fernand Baër (Ralph) et Piano

Pathé saphir 90 tours n° 475, réédité sur 80 tours n° 79, enr. vers 1904

 

 

    

 

Acte II. Air bachique "Quand la flamme de l'amour"

Marcel Journet (Ralph) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 032158, mat. 01063v, enr. à Paris le 07 juin 1909

 

 

    

 

Acte II. Air bachique "Quand la flamme de l'amour"

Louis Nucelly (Ralph) et Orchestre

Aspir 5214, mat. 9416, enr. vers 1912

 

 

    

 

Acte II. Air bachique "Quand la flamme de l'amour"

Paul Payan (Ralph) et Grand Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123655, mat. XXP 6910, enr. le 27 mai 1929

 

 

 

Acte II. Air bachique "Quand la flamme de l'amour"

André Pernet (Ralph) et Orchestre

enr. vers 1930

 

 

 

 

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