Myrtil

 

 

 

Conte musical en deux parties, livret d'Auguste VILLEROY et d'Ernest GARNIER, musique d'Ernest GARNIER (1858-1932). Ernest Garnier avait composé le livret et la musique de la Vendéenne, drame lyrique en un acte créé au Grand-Théâtre de Lyon en février 1903. Il fut également critique musical au Courrier de Lyon.

 

 

 

Ernest Garnier

 

 

   partition

 

 

Création à l'Opéra-Comique (3e salle Favart) le 08 décembre 1909 avec le Cœur du Moulin de Déodat de Séverac ; mise en scène d’Albert Carré ; décors de Lucien Jusseaume ; costumes de Marcel Multzer.

Au 1er acte, « Bacchanale » réglée par Mariquita, dansée par Mlles Régina Badet, Stacia Napierkowska, G. Dugué, Richeaume et les Dames du Corps de ballet.

 

8 représentations à l’Opéra-Comique au 31 décembre 1950.

 

 

personnages emplois créateurs
Myrtil soprano Mmes Nelly MARTYL
Cléo mezzo-soprano Suzanne BROHLY
Bacchia mezzo-soprano Marie-Louise CÉBRON-NORBENS
1re Jeune Fille mezzo-soprano Marguerite VILLETTE
2me Jeune Fille soprano Marguerite HERLEROY
Hylas ténor MM. Léon BEYLE
Proboulos baryton Jean DELVOYE
le Grand-Prêtre baryton Louis AZÉMA

Prêtresses de Diane, Bacchantes, Prêtres de Bacchus

Personnages de la Bacchanale, Thébains et Thébaines

 

 

Chef d'orchestre   François RÜHLMANN

 

 

 

 

Marie-Louise Cébron-Norbens dans Myrtil (Bacchia) lors de la création

 

 

 

 

Opéra-Comique. — Myrtil, conte musical en deux parties, paroles de MM. A. Villeroy et Ernest Garnier, musique de M. Ernest Garnier. — Le Cœur du Moulin, poème lyrique en deux actes, paroles de M. Maurice Magre, musique de M. Déodat de Séverac. — (Premières représentations le 8 décembre 1909.)

 

En bonne conscience, je ne saurais affirmer que les deux ouvrages dont on vient de lire les titres et que l'Opéra-Comique a eu « l'honneur de représenter devant nous », sont destinés à passer à la postérité. Il me semble qu'il leur manque pour cela certaines choses importantes qui sont le charme, le relief et la nouveauté. Et ce que je dis là s'applique aussi bien aux livrets qu'à la musique qu'ils ont inspirée, si tant est que l'inspiration soit ici pour quelque chose. Quel diable d'intérêt veut-on que nous prenions aux amours de la tendre Myrtil, jeune prêtresse de Diane, et du bel Hylas, « jeune Grec riche et sceptique », nous dit le livret, que son scepticisme ne met pourtant pas en garde contre les charmes de la jeune vierge qui est prête à déserter l'autel de la divine chasseresse pour tomber dans les bras d'un amant ? Cette histoire nous a été racontée vingt fois de façon plus agréable, et il n'y a qu'à ouvrir André Chénier pour voir comment il s'y prenait, pour nous offrir de tels tableaux, en des vers dont malheureusement nul jusqu'ici n'a pu retrouver le secret.

 

Franchement, il n'était point besoin de deux longs actes pour faire passer devant nos yeux cette histoire devenue banale, dont les incidents n'offrent pas plus de nouveauté et d'intérêt que le sujet lui-même. En deux mots, la voici. Myrtil rencontre Hylas, qui, subjugué par sa beauté, s'en éprend et bientôt, en dépit des devoirs auxquels celle-ci est assujettie, lui fait partager son amour. Le malheur veut qu'une bacchante un peu « rosse », comme on dit aujourd'hui, et qui, on ne sait pourquoi, en veut à Myrtil, surprend leur entretien. Cette aimable dévergondée n'a rien de plus chaud que d'aller raconter la chose aux prêtres de Bacchus. (Pourquoi les prêtres de Bacchus, puisqu’il s'agit d'une nymphe de Diane ? Je n'en sais rien.) Toujours est-il que le grand-prêtre rend sa sentence. Myrtil est condamnée à mourir, et c'est Hylas qui devra la frapper. (Ça, c'est cruel.) A moins que Myrtil, « se parjurant à Diane », nous dit l'analyse dans un français douteux, n'accepte de devenir « la femme ou la maîtresse (!) d'Hylas ». Myrtil préfère la mort au parjure, mais comme Hylas refuse de la tuer et préfère se tuer lui-même, elle s'empresse, pour éviter ce sacrifice inutile, de lui crier à la face de tous : — « Arrête ! Je t'aime » Cette exclamation inconsidérée est son arrêt de mort. Un froid glacial envahit ses veines, et tandis que le tonnerre gronde et que le ciel s'obscurcit, l'infortunée Myrtil se transforme tout doucement en une touffe de fleurs, dénouement que nous avons connu jadis dans Giselle.

 

Il y avait, dans un tel sujet, de quoi faire une romance en trois couplets. Pour un livret d'opéra en deux actes, c'est un peu sec et un peu nu, malgré tout l'art des développements dont les auteurs ont pu faire preuve. L'un des auteurs de ce livret, M. Ernest Garnier, est aussi celui de la musique. C'est un débutant dont l'existence, me dit-on, compte déjà un demi-siècle. Ancien élève de M. Massenet, il fut longtemps professeur à Lyon. Il connaît évidemment son métier de musicien ; malheureusement le métier ne suffit pas, et il faut quelque chose avec. Ce quelque chose, c'est, avec l'inspiration, le sentiment de la scène et l'art des contrastes lorsqu'il s'agit de théâtre ; et c'est là ce qui me paraît manquer un peu trop à M. Ernest Garnier. Sa partition est d'un bout à l'autre uniforme, monotone dans le sens technique du mot, et l'absence de mouvement, de couleur, de variété s'y fait vraiment trop sentir. Toute cette musique semble estompée et comme enveloppée de brouillard. On y voudrait un peu de nerf, un peu de vigueur pour chasser la somnolence qui s'en dégage. Malgré le talent qu'ils y déploient, Mme Nelly Martyl (Myrtil), M. Beyle (Hylas), Mlle Cébron-Norbens (Bacchia) et M. Delvoye (Probulos) n'ont pu insuffler la vie à ce pastel aux couleurs fâcheusement effacées.

 

(Arthur Pougin, le Ménestrel, 11 décembre 1909)

 

 

 

 

 

L'affabulation antique que les auteurs nous content dans ce poème est d'une action peut-être un peu mince, et d'une forme poétique assez conventionnelle.

 

Une jeune Hellène, Myrtil, vouée au culte de Diane, se laisse parler d'amour par l'élégant Hylas ; en outre, elle commet l'imprudence, malgré l'interdiction de la loi religieuse, de se livrer aux travaux de la quenouille, car c'est précisément le jour destiné aux fêtes orgiaques de Dionysos. Ces deux sacrilèges mènent la foule en fureur et une rivale, Bacchia la bacchante, que le bel Hylas dédaigna, dénonce Myrtil aux prêtresses de Diane, qui chassent du temple leur compagne, doublement criminelle, et la livrent au jugement du Grand-Prêtre. Celui-ci, par une sentence impitoyable, condamne Myrtil à périr de la main même d'Hylas, à moins que la victime ne consente à devenir l'épouse du jeune Thébain. Myrtil préfère mourir plutôt que de renoncer à ses vœux. Hylas, dans son désespoir, tourne l'arme contre lui et veut se frapper. Mais Myrtil s'émeut ; son cœur ne peut plus résister et elle se jette éperdument dans les bras de celui qu'elle aime, malgré ses chastes serments.

 

Diane s'irrite de voir son autel déserté par une de ses vestales : elle métamorphose la vierge impie en un myrte fleuri, qu'arroseront désormais les larmes du malheureux Hylas.

 

Ce petit conte charmant est écrit en vers souples. Il semble un symbole du bonheur dans l'amour vrai. L'auteur ne voit cette félicité ni dans les violences de l'amour sensuel, ni dans les gênes de l'austérité, mais dans l'union harmonieuse de l'enthousiasme et de la sagesse.

 

La musique d'Ernest Garnier ne brille point par une originalité bien marquée. La ligne mélodique est simple et naïve, même un peu trop simple. L'orchestration a quelque lourdeur et les harmonies ne sont pas très neuves. Il faut toutefois louer la sincérité avec laquelle le compositeur exprime ses pensées, en se contentant de « chanter » suivant les élans de sa nature, sans chercher à imiter les modes du jour.

 

Le chœur des vierges (en majeur) : « C'est l'heure paisible » est délicieux et rappelle la coupe lointaine des contemporains de Victor Massé. Signalons une jolie page, avec un effet vocal pour le ténor : « Si ! Je crois au soleil ! » Toute la scène des bacchantes, avec son cortège et les dialogues de Probulos, est bien traitée, avec du rythme et de la couleur.

 

(Stan Golestan, Larousse Mensuel Illustré, janvier 1911)

 

 

 

 

 

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