les Pantins

 

costume de Léandre dessiné par Théophile Thomas pour la création

 

Opéra-comique en deux actes et trois tableaux (couronné au concours Cressent), livret d'Edouard Charles Philippe MONTAGNE (75006.Paris, 18 août 1830 – 75019.Paris, 30 avril 1899), musique de Georges HÜE.

 

Création à l'Opéra-Comique (2e salle Favart) le 28 décembre 1881. Costumes de Théophile Thomas.

 

 

 

personnages emplois

créateurs

Marie (Isabelle)

soprano Mmes Lucie DUPUIS

Trilby

soprano ZÉLO-DURAN

Ulric (Léandre)

ténor MM. Jean MOULIÉRAT

Coster (Polichinelle)

baryton Albert PICCALUGA

Heilmann (Cassandre)

basse Marie Joseph Albert VERNOUILLET
Chef d'orchestre   Jules DANBÉ

 

 

 

 

La pièce de M. Hüe : les Pantins, doit passer demain ou mercredi à l'Opéra-Comique.

En voici le sujet :

Heilmann, fabricant des poupées de Nuremberg, se dispose à marier sa fille Marie avec le brasseur Coster, son voisin. Mais Marie, qui aime le jeune étudiant Ulric, refuse le parti que veut lui imposer son père. L'union projetée va s'accomplir quand tout à coup Heilmann s'endort dans son atelier et rêve qu'il est devenu un superbe Cassandre. Coster, le brasseur, devient un polichinelle, Ulric un Léandre séduisant, et Marie une ravissante Isabelle.

Après une scène comique dans laquelle les coups de bâton jouent un grand rôle, Heilmann se réveille et Marie épouse Ulric.

(Gil Blas, 26 décembre 1881)

 

Si le fondateur du prix Cressent venait à ressusciter, il ne serait pas fort satisfait, je pense, de voir traiter avec assez de sans-gêne et de sans-façon, ainsi que cela se fait annuellement, l'ouvrage qui a mérité son prix. On l'exécute tant bien que mal, le moins souvent possible, en attendant, bien entendu, la dernière limite réglementaire ; et c'est ainsi que les Pantins ont été joués dans les derniers jours de l'an de grâce 1881.

La morale de ceci, c'est dix mille francs de plus à encaisser, en faisant semblant de mettre au monde un jeune, dont les frais de baptême sont payés, et grassement, par un protecteur d'outre-tombe qui n'est plus là pour contrôler l'addition.

Le courriériste de Gil Blas ayant déjà donné le sujet du livret, il ne me reste plus qu'à parler de la musique de M. Hüe, dont l'ouvrage est interprété par Mmes Dupuis, Zélo-Duran, MM. Mouliérat, Vernouillet et Piccaluga.

Du reste, le livret ne vaut guère la peine qu'on l'analyse. C'est une vieillerie qu'on a eu tort de donner comme poème aux concurrents. Sur quarante partitions présentées, à ce qu'il paraît, celle de M. Hüe seule a paru à la lecture digne du prix Cressent, d'après l'opinion du jury. Mais il avait compté sans la scène. La musique des Pantin est faite par un musicien qui sait et qui, malheureusement, sait déjà trop à vingt-six ans (on me dit qu'il les a). Le livret supportait une demi-heure de musique, on l'a allongé en trois tableaux qui durent une heure et quart.

En fait d'opéra-comique, c'est d'une gaieté funèbre.

(Gil Blas, 30 décembre 1881)

 

 

 

 

 

Les Pantins, de M. Édouard Montagne, mis en musique par M. Georges Hüe, tous deux vainqueurs au concours Crescent, n'ont pas rencontré l'accueil particulièrement chaleureux auquel les auteurs, forts de leur victoire, pouvaient s'attendre. Cette froideur n'a pas uniquement pour cause le livret et la musique.

 

La fable des Pantins est des plus simples, d'une naïveté voulue et qui peut être dangereuse, comme l'évènement a prouvé.

 

Il s'agit d'un bonhomme, fabricant de jouets, de poupées, de pantins, et père d'une fille qu'il entend marier au brasseur Coster, riche, laid et bête, tandis qu'elle aime l'étudiant Ulric, très charmant et aussi très pauvre, comme de juste. Il y a, à ce sujet, de vives altercations entre les intéressés, surtout entre le père et la fille. Pendant qu'il enrubanne ses pantins, qu'il les attife, il ne peut s'empêcher de comparer sa fille à la légère et inconséquente Isabelle, Ulric au beau et volage Léandre. L'enfant poursuit alors irrévérencieusement la comparaison. Dans le Polichinelle bossu, ridicule, qu'elle fait sortir du tas de pantins jetés sur l'établi, elle voit le brasseur Coster, son futur ; dans Cassandre elle reconnaît son père lui-même. On se sépare là-dessus. La jeune fille a invoqué en sa détresse Trilby, le lutin du foyer. Trilby l'écoute. Il endort le vieillard sur son ouvrage et lui envoie un rêve biscornu.

 

Dans ce rêve, Léandre, Cassandre, Isabelle, se substituent aux personnages du poème dont ils empruntent les traits. Polichinelle, imposé pour époux à Isabelle, bat Cassandre son beau-père, menace sa femme et se laisse berner par Léandre qui la lui prend.

 

C'est la morale du conte, c'est ce qui doit arriver si le brasseur Coster est préféré à Ulric. Les quatre personnages ont, par la grâce de Trilby, fait tous le même rêve. Coster renonce à son épouse ; l'amoureux triomphe.

 

La musique des Pantins n'est pas d’un caractère bien accentué : elle a plus de distinction que de gaieté, plus de poésie que de verve. Et la gaieté, la verve eussent été nécessaires pour faire vivre la scène du rêve, petit tableau de la comédie italienne d'où ne se détache réellement qu'une ilote lumineuse et franche : rentrée et la danse des polichinelles, arrangement instrumental fort bien fait sur un motif populaire.

 

La rêverie de l'amoureuse, au début de l'ouvrage, une romance du ténor, voilà ce qui a tout d'abord intéressé, après l'air de danse dont je viens de parler, dans cet ouvrage convenablement joué et chanté par la jeune troupe de l'Opéra-Comique.

 

Le tort est d'avoir coupé en deux actes et trois tableaux un sujet bien évidemment destiné à ne faire qu'un acte, et encore un acte d'une substance très légère. Ce fractionnement intempestif n'a pas été sans influence sur l'insuccès de la soirée.

 

Une mauviette qu'on croquerait d'une bouchée et avec quelque plaisir ne peut être présentée en trois morceaux, sur trois plats différents, sans que l’on trouve la solennité ridicule et la chère discutable.

 

Si les auteurs des Pantins ont voulu ce morcellement funeste à leur œuvre, c’est une maladresse dont il faut les blâmer ; s’ils l'ont subi, c’est une faiblesse dont il faut les plaindre.

 

(Louis Gallet, la Nouvelle Revue, 15 janvier 1882)

 

 

 

 

 

Le même soir que le Toréador on donnait deux nouveautés, l'Aumônier du régiment et les Pantins. L'Aumônier du régiment n'était nouveau qu'à l'Opéra-Comique.

Véritable nouveauté, les Pantins constituaient le troisième produit couronné du concours Cressent ; et il faut reconnaître qu'avec les dix représentations obtenues par son ouvrage en deux actes, le musicien, M. Georges Hüe, ne fut guère plus heureux comme résultat que ses devanciers, MM. William Chaumet et Samuel Rousseau ; comme eux d'ailleurs il pouvait invoquer, pour sa défense, la faiblesse du livret primé par le jury, sans doute faute de mieux. Il s'agit d'un songe (coïncidence fâcheuse au lendemain des Contes d'Hoffmann), et d'un songe envoyé par Trilby, l'esprit du foyer, pour combattre les projets d'Heilmann, fabricant de jouets de Nuremberg, qui prétend marier au vieux brasseur Coster, sa fille Marie, laquelle aime, au contraire, le jeune étudiant Ulric. Ce songe transforme les quatre personnages en pantins de la Comédie-Italienne, Coster en Polichinelle, Heilmann en Cassandre, Ulric en Léandre, Marie en Colombine, et, comme le sort de Cassandre est d'être trompé, celui de Polichinelle d'être battu, les intéressés comprennent les funestes conséquences des unions mal assorties, et les amoureux finissent par s'épouser. Le librettiste s'appelait M. Montagne ; aussi les « soiristes » et autres chroniqueurs dramatiques ne manquèrent-ils pas de constater que « là, Montagne venait d'accoucher d'une souris ». La vérité, c'est que pour donner un semblant de vie à ce livret mort-né, il eût fallu l'autorité d'un maître. Or, M. Georges Hüe n'avait que le talent, talent fort distingué d'ailleurs, d'un jeune homme à qui le prix de Rome avait été décerné en 1879 et qui s'essayait pour la première fois au théâtre. Mouliérat, qui avait reparu le 18 septembre précédent dans le Maçon, après avoir quitté, pour cause de maladie, la scène où il venait de débuter, Vernouillet, Piccaluga, Mlle Dupuis, et une nouvelle venue, Mlle Zélo Duran, firent de leur mieux pour dérider le public, sans d'ailleurs y parvenir. Une inadvertance des auteurs obtint enfin ce résultat, pour le dénouement. Les personnages se réunissaient pour s'expliquer, et, avec une insistance singulière, qu'on peut constater d'ailleurs à la page 126 de la partition, ils répétaient : « Nous avons fait ce rêve tous les trois ». Or, ils étaient manifestement quatre en scène ! Ce n'était peut-être pas très drôle, mais on avait tant besoin de rire un peu !

(Albert Soubies et Charles Malherbe, Histoire de la seconde salle Favart, 1893)

 

 

 

 

 

Si la pièce n'offrait qu'un médiocre intérêt, la musique des Pantins était agréable, et l'on peut en citer surtout un air de soprano élégamment écrit et une jolie romance de ténor.

(Félix Clément, Dictionnaire des opéras, supplément d'Arthur Pougin, 1903)

 

 

 

 

 

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