Titania

 

Marguerite Carré dans Titania (Hermine) lors de la création

 

Drame musical en trois actes, livret de Louis GALLET et André Alfred CORNEAU (08.Charleville, 01 mars 1857 ), d'après la légende de Huon de Bordeaux, musique de Georges HÜE.

 

   partition

 

Dédicacé par André Corneau et Georges Hüe à Albert Carré.

 

 

         

 

Danse de Philida pour piano (édition du 07 février 1903)

 

 

Création à l'Opéra-Comique (3e salle Favart) le 20 janvier 1903. Mise en scène d’Albert Carré. Décors de Lucien Jusseaume. Costumes de Charles Bianchini. Chorégraphie de Mariquita.

 

12 représentations à l’Opéra-Comique au 31.12.1950.

 

 

 

personnages créateurs
Titania, reine des fées Mmes Jeanne RAUNAY
Hermine Marguerite CARRÉ
Robin, fils bâtard d'Obéron, lutin Mathilde de CRAPONNE
une Fée Alice CORTEZ
Yann le Rimeur MM. Adolphe MARÉCHAL
Obéron, roi des fées André ALLARD
Mathias, berger Jean DELVOYE
un Homme DELAHAYE
Garçons, Jeunes Filles, Esprits de l'air, de la terre et des eaux  
Philida, favorite d'Obéron (danse) Mlle Jeanne CHASLES
Chef d'orchestre Alexandre LUIGINI

 

 

 

 

Jeanne Raunay dans Titania (Titania) lors de la création

 

 

Catalogue des morceaux

 

  Prélude    
Acte I. – Dans une clairière de l'antique forêt
  Scène I Dansez sous le chêne vert Robin, Mathias, les Jeunes Filles
  Scène II O la verte fraîcheur des mousses ! Yann
  Scène III Yann ! Yann, Hermine
  Scène IV Douce enfant ! Ah ! si je savais aimer ! Yann, les Voix
  Scène V Tes pieds légers, tes pieds roses Yann, Titania
Acte II. – Le séjour féerique d'Obéron
  Introduction    
  Scène I Jour et nuit, Nuit et jour ! Obéron, les Voix
  Danse de Philida   les Voix
  Scène II Il dort comme un époux vulgaire Obéron, Robin, les Voix
  Scène III Yann ! c'est ici le pays des merveilles Titania, Yann
  Scène IV Titania, ma Reine, m'attendait !... Titania, Yann, Obéron
Acte III. – Paysage d'hiver
  Prélude    
  Scène I Est-il mort ? Hermine, Yann, les Voix
  Scène II La femme, toujours belle Hermine, Yann, Titania, les Voix
  Scène III Non ! fous ! Hermine, Yann, Obéron
  Scène IV Les jours de rigueur Mathias

 

 

 

 

 

Titania est le troisième ouvrage de M. Georges Hüe. Il nous avait donné auparavant les Pantins, opéra-comique en deux actes qui fut joué dans cette même salle Favart en 1881, et le Roi de Paris, drame lyrique en trois actes représenté il y a deux ans à l'Opéra. M. Georges Hüe est aussi l'auteur de quelques mélodies, parmi lesquelles Edith au col de cygne (suite de six mélodies) qui fut jouée l'an dernier aux Concerts Lamoureux ; d'un poème symphonique, Jeunesse, joué chez Colonne, et d'une légende dramatique, Rubezahl, qui obtint en 1885, le second prix de la Ville de Paris et fut exécutée aux Concerts Colonne. Rubezahl contient déjà, mais moins affinées, toutes les qualités par lesquelles se recommande Titania. Georges Hüe a été Grand Prix de Rome pour la composition musicale.

 

On connaît les aventures du roi Obéron et de la reine Titania ; Shakespeare et Wieland nous les ont contées en des œuvres célèbres. MM. Gallet et Corneau, auteurs du libretto de Titania, y ajoutèrent l'histoire d'un pauvre rimeur, nommé Yann à qui les humaines amours indiffèrent, et qui se laisse entraîner dans les régions éthérées par Titania, prometteuse de jeunesse et de félicité éternelles. Mais Yann est précipité sur la terre par Obéron furieux, et il meurt de son rêve irréalisé, cependant que la tendre Hermine, amie d'enfance du rimeur, aime mieux mourir avec lui que de vivre sans lui.

 

Le compositeur Georges Hüe a tiré le meilleur parti des éléments poétiques de ce livret. Toute sa partition se recommande par la clarté, la lumière et la transparence qu’il a su y répandre. Voyez la ronde du début, la légende que chante Mathias : tout cela court léger, rapide ; voyez surtout le petit intermède symphonique qui sépare la ronde de l'entrée de Yann, et admirez l’habileté avec laquelle le changement de rythme et de tonalité est amené, nous imprégnant peu à peu de l'atmosphère de rêve où se complait le personnage de Yann ; voilà de la bonne et délicieuse musique. La tendresse d'Hermine s'exhale, elle aussi, en une exquise mélodie à laquelle s'enchaîne la superbe invocation de Yann à l'éternelle beauté. Suivez plus loin, et vous trouverez encore que l'apparition de Titania est remarquablement préparée par les murmures de l'orchestre, les harmonies mystérieuses, les voix lointaines et les gradations des sonorités.

 

D'où vient que malgré l'indiscutable valeur des deux actes suivants, l'intérêt va cependant en décroissant ? La faute en revient aux librettistes qui, par la répétition des mêmes effets, forcèrent le compositeur à piétiner sur place. Un exemple : je ne sais rien de plus exquis pour l’oreille que ces murmures de voix lointaines où Georges Hüe excelle ; mais ces chœurs reviennent invariablement à chaque acte, et bien que le compositeur se soit attaché à les relever par les plus ingénieux détails de l'instrumentation, il n'en résulte pas moins à la longue une impression de monotonie. Ce qu'il convient de louer par-dessus tout, c'est la tenue générale de cette partition ; l'effet musical produit l'est toujours beaucoup plus par l’excellent groupement des voix et des instruments que par l'intensité sonore proprement dite, et sans que le compositeur ait eu besoin de recourir à des procédés violents. Titania, je le répète, est une œuvre extrêmement intéressante.

 

Mme Jeanne Raunay fut une splendide Titania ; Mme Marguerite Carré, une délicieuse et tendre Hermine, à la voix fraîche et pure ; M. Maréchal un Yann au verbe sonore, et M. Delvoye un berger qu'on aime toujours entendre chanter. M. Luigini a détaillé, avec sa maîtrise accoutumée, toutes les finesses orchestrales de la partition, et M. Albert Carré a su entourer l'ouvrage de la mise en scène de rêve et de poésie qui lui convenait.

 

(Félicien Grétry, Musica, mars 1903)

 

 

 

 

 

Hélas ! d'un sujet tiré de la vieille légende de Huon de Bordeaux, où Shakespeare avait trouvé la matière d'un chef-d’œuvre plein de couleur et de poésie, les auteurs du livret de Titania n'ont extrait qu'une pièce insipide, sans action, sans mouvement et sans intérêt, une pièce plus bizarre encore que nulle, et d'ailleurs parfaitement incompréhensible. Ce livret est aussi fâcheux que celui d'Oberon, qui pourtant inspira jadis à Weber un vrai chef-d'œuvre. M. Georges Hüe, qui n'est pas Weber, mais qui est loin de manquer de talent, y a cependant trouvé les éléments d'une partition très intéressante, vraiment distinguée, écrite avec style, inégale sans doute et conçue d'une façon trop systématique, mais décelant un artiste bien doué et qui, s'il voulait obéir à son tempérament naturel et se délivrer de certains principes funestes, pourrait donner véritablement une œuvre. Plusieurs pages de cette partition sont empreintes d'une poésie sincère, et si l'inspiration n'en est pas toujours d'une nouveauté absolue, elle est loin de manquer de grâce, de couleur et d'élégance. Mais le texte qui lui avait été confié n'a pas trouvé grâce devant le public, et, comme il arrive trop souvent, le musicien a pâti des fautes de ses collaborateurs.

(Félix Clément, Dictionnaire des opéras, supplément d’Arthur Pougin, 1904)

 

 

 

 

 

Le livret est inspiré de la légende de Huon de Bordeaux. Yann le rimeur dédaigne Hermine, dont il est aimé. Il aspire à des amours immortelles. Titania, l'épouse d'Obéron, et la reine des fées, visite son sommeil. Elle l'entraîne dans son palais céleste et consent à l'aimer. Obéron, averti par son fils Robin des infidélités de Titania, surprend les amoureux, précipite Yann sur la terre et le condamne à mourir de froid. Hermine vient rejoindre le poète et meurt avec lui. Tiré d'une charmante légende qui avait si bien inspiré Shakespeare et Weber, le livret est froid, sans action et sans mouvement. La partition contient des pages intéressantes, écrites avec élégance et parfois avec poésie. Le troisième acte est le plus émouvant.

(Nouveau Larousse Illustré, supplément, 1906)

 

 

 

 

 

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