Werther

 

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Catalogue des morceaux

 

Acte I. la Maison du Bailli
Prélude    
  Noël ! Noël ! le Bailli, les Enfants
Scène Bravo pour les enfants ! Sophie, le Bailli, Johann, Schmidt
Invocation à la nature Je ne sais si je veille. O nature, pleine de grâce Werther
  O spectacle idéal d'amour et d'innocence ! Werther
  Quelle prière de reconnaissance et d'amour Albert
Clair de lune    
Scène de la déclaration (Duo du clair de lune) Il faut nous séparer. Charlotte, Werther
Acte II. les Tilleuls
Prélude    
  Vivat Bacchus ! semper vivat Johann, Schmidt
  Voici trois mois que nous sommes unis Charlotte, Albert
Désolation Un autre est son époux ! J'aurais sur ma poitrine Werther
  Mais celle qui devint ma femme. Vous l'avez dit : mon âme... Werther, Albert
Ariette Du gai soleil plein de flamme Sophie
  Nous parlions du bonheur Albert
  Ah ! qu'il est loin, ce jour. N'est-il donc pas d'autre femme Charlotte, Werther
Tristes pensers Lorsque l'enfant revient d'un voyage Werther
Acte III. Charlotte et Werther
Prélude    
les Lettres Qui m'aurait dit la place que dans mon cœur Charlotte
Larmes et sourires Bonjour, grande sœur ! Ah ! le rire est béni Sophie, Charlotte
les Larmes Les larmes qu'on ne pleure pas Charlotte
Prière Seigneur Dieu ! J'ai suivi ta loi ! Charlotte
le Retour de Werther Oui ! c'est moi ! Pourquoi cette parole amère ? Charlotte, Werther
le Lied d'Ossian Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ? Charlotte, Werther
  Ciel ! ai-je compris ? Charlotte, Werther
  Prends le deuil, ô nature ! Werther
  Werther est de retour Charlotte, Albert
Acte IV. Premier tableau : la Nuit de Noël
Symphonie : la Nuit de Noël    
Deuxième tableau : la Mort de Werther
  Non ! non ! c'est impossible. Oui... du jour même où tu parus Charlotte, Werther
  Là-bas, au fond du cimetière Werther

 

 

 

LIVRET

 

 

Enregistrements accompagnant le livret

 

- Version intégrale 1931 : Ninon Vallin (Charlotte) ; Germaine Féraldy (Sophie) ; Georges Thill (Werther) ; Marcel Roque (Albert) ; Armand Narçon (le Bailli) ; Louis Guénot (Johann) ; Henri Niel (Schmidt) ; Chœurs d'enfants de la Cantoria ; Chœurs et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Elie Cohen ; Columbia LFX 151 à LFX 165, enr. en mars 1931.

 

- Version anthologique 1961 : Geori Boué (Charlotte) ; Bernabé Martí (Werther) ; Orchestre Symphonique dir. Zoltan Fekete ; enr. en 1961.

 

- Version anthologique 1961 : Denise Scharley (Charlotte) ; Guy Chauvet (Werther) ; Robert Massard (Albert) ; Orchestre dir. Jésus Etcheverry (violoncelle solo : Hubert Varron) ; enr. en 1961.

 

 

Vidéo : Opéra de Paris 1978 : Francine Arrauzau (Charlotte) ; Danièle Chlostawa (Sophie) ; Denise Braucher (Käthchen) ; Alain Vanzo (Werther) : Yves Bisson (Albert) ; Jean-Louis Soumagnas (le Bailli) ; Jacques Loreau (Schmidt) ; Fernand Dumont (Johann) ; Georges Scamps (Brühlmann) ; Maîtrise de Radio-France dir. Jacques Jouineau ; Chœurs et Orchestre de l'Opéra dir. Pierre Dervaux.

 

 

 

 

Acte I. Décor à l'Opéra-Comique

 

 

(version de la partition)

 

 

ACTE PREMIER

 

LA MAISON DU BAILLI (juillet 178...)

 

A gauche, la maison à large baie vitrée, avec une terrasse praticable, couverte de feuillages, précédée d'un escalier en bois. A droite, le jardin. Au fond, une petite porte à claire-voie. Au loin, les maisons du bourg et la campagne. Au premier plan, une fontaine. Au lever du rideau, le Bailli est assis sur la terrasse, au milieu de ses six enfants, qu'il fait chanter. Le rideau se lève sur un grand éclat de rire, très prolongé, des enfants.

 

 

Prélude

 

(livret, édition de mars 1912)

 

 

ACTE PREMIER

 

LA MAISON DU BAILLI (juillet 178...)

 

A gauche, la maison à large baie vitrée, avec une terrasse praticable, couverte de feuillages, précédée d'un escalier en bois. — A droite, le jardin. — Au fond, une petite porte à claire-voie. — Au loin, les maisons lu bourg et la campagne. — Au premier plan, une fontaine.

Au lever du rideau, le bailli est assis sur la terrasse, au milieu de ses six enfants, qu'il fait chanter.

Le rideau se lève sur un grand éclat de rire, très prolongé, des enfants.

 

 

Prélude

 

 

    

 

01. Prélude

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Prélude

anthologie Fekete

distribution

 

 

    

 

02. "Assez ! Assez"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

03. "A tout à l'heure"

intégrale 1931

distribution

 

 

SCÈNE PREMIÈRE

LE BAILLI, LES ENFANTS.

 

LE BAILLI (grondant).

Assez ! Assez !... M'écoutera-t-on cette fois ?

Recommençons ! recommençons ! Surtout pas trop de voix !

 

LES ENFANTS (chantant avec brusquerie, très fort et sans nuances).

Noël ! Noël ! Noël ! Jésus vient de naître,

Voici notre divin maître...

 

LE BAILLI (se fâchant).

Mais non ! ce n'est pas ça !

Osez-vous chanter de la sorte

Quand votre sœur Charlotte est là !

Elle doit tout entendre au travers de la porte !

(Les enfants ont paru tout émus au nom de Charlotte. Ils reprennent le Noël avec gravité).

 

LES ENFANTS.

Noël ! Noël !

Jésus vient de naître,

Voici notre divin maître

Rois et bergers d'Israël !

Des anges gardiens fidèles,

Dans le firmament,

Ont ouvert grandes leurs ailes

Et s'en vont partout chantant :

Noël ! Noël !...

 

LE BAILLI.

C'est bien !

(Il chante avec les enfants.)

Jésus vient de naître !

Voici notre divin maître...

(Johann et Schmidt, qui s'étaient arrêtés pour écouter les enfants, sont entrés dans la cour.)

 

 

SCÈNE II

LES MÊMES, JOHANN et SCHMIDT.

 

JOHANN.

Bravo pour les enfants !

 

SCHMIDT.

Bravo pour le couplet !

 

LES ENFANTS (accourant joyeusement).

Ah ! monsieur Schmidt ! monsieur Johann !

 

JOHANN (au Bailli).

Eh ! mais j'y pense !

Vous chantez Noël en juillet,

Bailli, c'est s'y prendre à l'avance !

 

LE BAILLI (qui est descendu et serre la main à ses amis).

Cela te fait rire, Johann ; mais quoi ?

Tout le monde n'est pas artiste comme toi ;

Et ce ne sont point bagatelles

Que d'apprendre le chant à ces jeunes cervelles !

 

 

 

SCÈNE III

LES MÊMES, SOPHIE.

 

SCHMIDT (à Sophie qui vient d'entrer).

Bonjour, Sophie !... Eh ! eh ! Charlotte n'est pas loin !

 

SOPHIE (lui faisant une révérence).

En effet, monsieur Schmidt, puisque nous prenons soin,

Charlotte et moi, de la famille.

 

JOHANN (au Bailli).

Hein ! Le superbe temps.

Viens-tu ?

 

LE BAILLI.

Dans un instant.

 

SOPHIE (à Johann, continuant la conversation).

Ma sœur s'habille

Pour le bal...

 

LE BAILLI (se retournant, à Schmidt).

Oui, le bal d'amis et de parents

Que l'on donne à Wetzlar... On vient prendre Charlotte.

 

SCHMIDT.

C'est donc cela !... Koffel a mis sa redingote,

Steiner a retenu le cheval du brasseur,

Hoffmann a sa calèche et Goulden sa berline...

Enfin, monsieur Werther m'a paru moins rêveur !

 

LE BAILLI (à ses deux amis).

Fort bien, ce jeune homme !

 

JOHANN.

Oui, mais pas fort en cuisine !

 

LE BAILLI (insistant).

Il est instruit, très distingué.

 

SCHMIDT (vivement).

Un peu mélancolique...

 

JOHANN.

Ah ! certes ! jamais gai !

 

LE BAILLI (poursuivant son idée).

Le Prince lui promet, dit-on, une ambassade !

Il l'estime et lui veut du bien...

 

JOHANN (avec mépris).

Un diplomate ! Bah ! ça ne vaut rien

A table !

 

SCHMIDT (de même).

Ça ne sait pas boire une rasade !

 

JOHANN (au Bailli, en lui tendant les mains).

A tout à l'heure, au Raisin d'or.

 

SCHMIDT (de même).

Oui, tu nous dois une revanche.

 

LE BAILLI (se récriant).

Encor !

 

JOHANN (revenant sur ses pas).

Dame !... et puis c'est le jour des écrevisses !

Grosses comme le bras... Gretchen nous l'a promis...

 

LE BAILLI.

Oh ! les gourmands ! les deux complices !

(Les deux hommes font mine de se retirer.)

Vous n'attendez donc pas Charlotte, mes amis ?

 

SCHMIDT (à Johann).

Nous la verrons ce soir, nous voulons faire

Un petit tour sur le rempart.

 

LE BAILLI (souriant, à Johann).

Pour t'ouvrir l'appétit ?...

 

JOHANN (à Schmidt).

Toujours il exagère...

Allons, viens, il est tard !

 

SCHMIDT (revenant, au Bailli).

A propos, quand Albert revient-il ?

 

LE BAILLI (simplement).

Je l'ignore.

Il ne m'en parle pas encore,

Mais il m'écrit que ses affaires vont au mieux.

 

SCHMIDT.

Parfait ! Albert est un garçon brave et fidèle ;

C'est un mari modèle

Pour ta Charlotte ; et nous, les vieux,

Nous danserons à perdre haleine

A la noce prochaine.

 

JOHANN (gaiement).

Eh ! bonsoir, les enfants !

 

SCHMIDT (au Bailli, plus bas).

A tantôt !

 

LE BAILLI (et les enfants).

Au revoir !

(Les deux hommes s'en vont bras dessus bras dessous en chantant un refrain bachique : Vivat Bacchus — semper vivat !)

 

 

 

SCÈNE IV
LE BAILLI, SOPHIE, LES ENFANTS, puis WERTHER.

 

LE BAILLI (aux enfants).

Rentrez ! nous redirons notre Noël ce soir,

Avant goûter, note par note !

(Il a remonté l'escalier et une fois, dans la maison :)

Sophie, il faut aller voir ce que fait Charlotte.

(Sophie sort. Le Bailli s'installe dans le fauteuil de cuir à crémaillère ; les plus jeunes de ses enfants se blottissent sur ses genoux et écoutent religieusement la leçon qu'il leur donne. La baie vitrée est à demi fermée. Werther, accompagné d'un jeune paysan, s'avance dans la cour et regarde curieusement la maison.)

 

 

SCÈNE PREMIÈRE

LE BAILLI, LES ENFANTS.

 

LE BAILLI, grondant.

Assez ! Assez !... Va-t-on m'écouter cette fois ?

Recommençons !... surtout pas trop de voix !

 

LES ENFANTS, chantant très fort et sans nuances.

Noël ! Jésus vient de naître,

Voici notre divin maître...

 

LE BAILLI, se fâchant.

Non ! ça n'est pas cela !
Osez-vous chanter de la sorte

Quand votre sœur Charlotte est là

Elle doit vous entendre au travers de la porte !

Les enfants ont paru tout émus au nom de Charlotte. Ils reprennent le Noël avec gravité.

 

LES ENFANTS.

Noël !

Jésus vient de naître,

Voici notre divin maître,

Rois et bergers d'Israël !

Des anges gardiens fidèles,

Dans le firmament,

Ont ouvert grandes leurs ailes

Et s'en vont partout chantant :

Noël !

 

LE BAILLI.

C'est bien !

Il chante avec les enfants.

Jésus vient de naître !

Voici notre divin maître...

Johann et Schmidt, qui s'étaient arrêtés pour écouter les enfants, sont entrés dans la cour.

 

 

SCÈNE II

LES MÊMES, JOHANN et SCHMIDT.
 

JOHANN.

Bravo pour les enfants !

 

SCHMIDT.

Bravo pour le couplet !

 

LES ENFANTS, accourant joyeusement.

Ah ! monsieur Schmidt ! monsieur Johann !

 

JOHANN, au bailli.

Eh ! mais j'y pense !

Vous chantez Noël en juillet,

Bailli, c'est s'y prendre à l'avance !

 

LE BAILLI.

Cela te fait rire, Johann ; mais quoi !

Tout le monde n'est pas artiste comme toi ;
Et ce ne sont point bagatelles

Que d'apprendre le chant à ces jeunes cervelles !

Entrée de Sophie

 

 

SCÈNE III

LES MÊMES, SOPHIE.


SCHMIDT.

Bonjour, Sophie !... Eh ! eh ! Charlotte n'est pas loin !

 

SOPHIE, lui faisant une révérence.

En effet, monsieur Schmidt, puisque nous prenons soin,

Charlotte et moi, de la famille.

 

JOHANN, au bailli.

Ah ! Ce superbe temps.

Viens-tu ?

 

LE BAILLI.

Dans un instant.

 

SOPHIE, à Johann.

Ma sœur s'habille

Pour le bal...

 

LE BAILLI, se retournant, à Schmidt.

Oui, le bal d'amis et de parents

Que l'on donne à Wetzlar... On vient prendre Charlotte.

 

SCHMIDT.

C'est donc cela !... Kaffel a mis sa redingote,

Steiner a retenu le cheval du brasseur,

Hoffmann a sa calèche et Goulden sa berline...

Enfin, monsieur Werther m'a paru moins rêveur !

 

LE BAILLI, à ses deux amis.

Fort bien, ce jeune homme !

 

JOHANN.

Oui, mais pas fort en cuisine !

 

LE BAILLI, insistant.

Il est instruit, très distingué.

 

SCHMIDT, vivement.

Un peu mélancolique...

 

JOHANN.

Ah ! certes ! jamais gai !

 

LE BAILLI, poursuivant son idée.

Le Prince lui promet, dit-on, une ambassade !

Il l'estime et lui veut du bien...

 

JOHANN, avec mépris.

Un diplomate ! Ah ! bah ! ça ne vaut rien

A table...

 

SCHMIDT, de même.

Ça ne sait pas boire une rasade !

 

JOHANN, au bailli, en lui tendant les mains.

A tout à l'heure, au Raisin d'Or.

 

SCHMIDT, de même.

Oui, tu nous dois une revanche.

 

LE BAILLI, se récriant.

Encor !

 

JOHANN, revenant sur ses pas.

Dame !... et puis c'est le jour des écrevisses...
Grosses comme le bras... Gretchen nous l'a promis...

 

LE BAILLI.

Oh les gourmands ! les deux complices !

Cédant un peu.

Vous n'attendez donc pas Charlotte, mes amis ?

 

SCHMIDT, à Johann.

Nous la verrons ce soir, nous voulons faire

Un petit tour sur le rempart.

 

LE BAILLI, souriant, à Johann.

Pour t'ouvrir l'appétit ?...

 

JOHANN, à Schmidt.

Toujours il exagère...

Allons, viens ; il est tard !

 

SCHMIDT, revenant, au bailli.

A propos, quand Albert revient-il ?

 

LE BAILLI.

Je l'ignore.

Il ne m'en parle pas encore,

Mais il m'écrit que ses affaires vont au mieux.

 

SCHMIDT.

Parfait ! Albert est un garçon brave et fidèle ;
C'est un mari modèle

Pour ta Charlotte ; et nous, les vieux,

Nous danserons à perdre haleine

A la noce prochaine.

 

JOHANN, gaiement.

Eh ! bonsoir, les enfants !

 

SCHMIDT, au bailli, plus bas.

A tantôt !

 

LE BAILLI et LES ENFANTS.

Au revoir !

Les deux hommes s'en vont bras dessus bras dessous en chantant un refrain bachique : Vivat Bacchus — semper vivat !

 

 

SCÈNE IV
LE BAILLI, SOPHIE, LES ENFANTS, puis WERTHER.

 

LE BAILLI, aux enfants.

Rentrez ! nous redirons notre Noël ce soir,

Avant goûter, note par note !

Il a remonté l'escalier et, dans la maison :

Sophie, il faut aller voir ce que fait Charlotte.

Sophie sort.

Le bailli s'installe dans le fauteuil de cuir à crémaillère ; les plus jeunes de ses enfants se blottissent sur ses genoux et écoutent la leçon qu'il leur donne. — La baie vitrée est à demi fermée.

Werther, accompagné d'un jeune paysan, s'avance dans la cour et regarde curieusement la maison.

 

 

 

04. Invocation à la Nature

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Invocation à la Nature

anthologie Fekete

distribution

 

 

 

Invocation à la Nature

anthologie Etcheverry

distribution

 

 

    

 

Invocation à la Nature

Emile Marcelin (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 032339, mat. 3446c, réédité sur Y 47, enr. à Paris le 19 juin 1919

 

 

    

 

Invocation à la Nature

Léon Campagnola (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 271, mat. 2235, enr. en 1919/1920

 

 

 

Invocation à la Nature

Léon Campagnola (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone GC-4-32500, enr. le 01 février 1922

 

 

    

 

Invocation à la Nature

Jean Marny (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 337, mat. 3788, enr. en 1922

 

 

    

 

Invocation à la Nature

Charles Friant (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 358, mat. 4716, enr. en 1923

 

 

    

 

Invocation à la Nature

Gaston Micheletti (Werther) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 188.510, mat. KI 1135-2, enr. en 1927

 

 

 

Invocation à la Nature

Georges Thill (Werther) et Orchestre dir Fernand Heurteur

Columbia 12510, mat. LX 64, enr. le 10 mai 1927

 

 

    

 

Invocation à la Nature

Enrico Di Mazzei (Werther) et Grand Orch. dir Gustave Cloëz

Odéon 123.618, mat. XXP 6827-2, enr. le 25 février 1929

 

 

    

 

Invocation à la Nature

Miguel Villabella (Werther) et Orchestre

Pathé X 7179, mat. N 201868, enr. en 1929/1930

 

 

    

 

Invocation à la Nature

José Luccioni (Werther) et Orchestre dir Eugène Bigot

Gramophone DB 5006, mat. 2LA-1281-I, enr. le 08 octobre 1936

 

 

 

Invocation à la Nature

Alain Vanzo (Werther) et Orchestre dir. Jésus Etcheverry

enr. vers 1960

 

 

WERTHER (au paysan).

Alors, c'est bien ici

La maison du Bailli ?...

(Congédiant son guide.)

Merci.

(Werther, seul, pénètre plus avant dans la cour et s'arrête devant la fontaine.)

Je ne sais si je veille ou si je rêve encore !

Tout ce qui m'environne a l'air d'un paradis ;

Le bois soupire ainsi qu'une harpe sonore,

Un monde se révèle à mes yeux éblouis !

O nature, pleine de grâce,

Reine du temps et de l'espace,

Daigne accueillir celui qui passe

Et te salue, humble mortel !

Mystérieux silence ! O calme solennel !

Tout m'attire et me plaît ! ce mur, et ce coin sombre,

Cette source limpide et la fraîcheur de l'ombre...

Il n'est pas une haie, il n'est pas un buisson

Où n'éclose une fleur, où ne passe un frisson.

O nature ! Enivre-moi de parfums,

Mère éternellement jeune, adorable et pure,

O nature ! Et toi, soleil,

Viens m'inonder de tes rayons !

 

 

WERTHER, au paysan.

Alors, c'est bien ici

La maison du bailli ?...

Congédiant son guide.

Merci.

Werther, seul, pénètre plus avant dans la cour et s'arrête devant la fontaine.

Je ne sais si je veille ou si je rêve encore :

Tout ce qui m'environne a l'air d'un paradis ;

Le bois soupire ainsi qu'une harpe sonore :

Un monde se révèle à mes yeux éblouis.

O nature, pleine de grâce,

Reine du temps et de l'espace,

Daigne accueillir celui qui passe

Et te salue, humble mortel !

Mystérieux silence ! ô calme solennel !

Tout m'attire et me plaît ! ce mur, et ce coin sombre,

Cette source limpide et la fraîcheur de l'ombre ;

Il n'est pas une haie, il n'est pas un buisson

Où n'éclose une fleur, où ne passe un frisson.

O nature,

Mère éternellement jeune, adorable et pure,

Enivre-moi de tes parfums ! et toi, soleil,

Viens m'inonder de ton rayon vermeil !

 

 

    

 

05. "Chers enfants"

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

06. "Vous serez sages"

intégrale 1931

distribution

 

 

WERTHER.

(Voix des enfants, dans l'intérieur de la maison, répétant le Noël.)

Chers enfants !... Ici bas rien ne vaut les enfants !

Autant notre vie est amère

Autant leurs jours sont pleins de foi,

Leur âme pleine de lumière !

Ah ! comme ils sont meilleurs que moi !

(Werther va jusqu'à la fontaine et reste un instant dans une calme contemplation. Charlotte entre : les enfants quittent les bras du Bailli et sautent au-devant d'elle.)

 

 

SCÈNE V

LES MÊMES, plus CHARLOTTE.

 

LES ENFANTS.

Charlotte ! Charlotte !

 

CHARLOTTE (au Bailli).

Eh bien ! père,

Es-tu content d'eux ?

 

LE BAILLI.

Content, content ! ce n'est pas merveilleux.

 

LES ENFANTS (entourant Charlotte).

Si ! père est très content ! très content !...

 

LE BAILLI (embrassant sa fille et admirant sa toilette).

Comme te voilà belle,

Mignonne !

 

LES ENFANTS.

Oh ! mais c'est vrai !

 

LE BAILLI (prenant les mains de Charlotte, et l'examinant de nouveau)

Venez, mademoiselle,

Qu'on vous regarde... nos amis seront jaloux.

 

CHARLOTTE (souriante).

Nos amis ne sont pas exacts au rendez-vous.

Voilà ce dont je suis bien sûre !

Et j'en vais profiter

Pour donner le goûter

Aux enfants.

(Charlotte va chercher sur le buffet un immense pain rond qu'elle se dispose à couper en tartines et qu'elle va distribuer aux enfants. On entend dans le lointain les grelots d'un cheval et le bruit d'une voiture.)

 

LE BAILLI.

Hâte-toi, car j'entends la voiture !

(Les enfants se pressent autour de Charlotte, les mains tendues vers elle. — Werther, qui s'est rapproché, s'arrête et contemple, un moment, ce spectacle, sans être vu. A mesure qu'ils reçoivent leur goûter, les enfants s'en vont en sautant.)

 

LES ENFANTS.

Merci ! Merci ! Merci ! grande sœur !

 

LE BAILLI (apercevant Werther et allant au-devant de lui).

Ah ! monsieur Werther !

Vous venez visiter mon petit ermitage...

Mieux... mon petit royaume, et j'en suis vraiment fier.

(Lui présentant Charlotte.)

Ma fille, qui prend soin de ce ménage

Et de tous ces enfants gâtés

Depuis le jour où leur mère nous a quittés.

 

CHARLOTTE (simplement).

Pardonnez-moi, monsieur, de m'être fait attendre,

Mais je suis, en effet, une maman très tendre,

Et mes enfants exigent que ma main

Leur coupe chaque jour leur pain !

(Les invités arrivent dans la cour ; le Bailli va à leur rencontre, ainsi que Sophie qui reparaît toute rieuse.)

 

 

SCÈNE VI

WERTHER, CHARLOTTE, LE BAILLI, SOPHIE, LES INVITÉS.

 

LE BAILLI.

Arrivez donc, Brühlmann ! Charlotte est prête ;

On vous attend !...

(Brühlmann et Käthchen marchent côte à côte ; ils vont les yeux dans les yeux, et ne font même pas attention au Bailli qui les suit en riant.)

 

BRÜHLMANN (avec un soupir d'extase).

Klopstock !...

 

KÄTHCHEN (avec ravissement).

Divin Klopstock !...

 

LE BAILLI (riant, à Brühlmann).

Bavards !

Vous direz le reste à la fête...

Un aussi long discours vous mettrait en retard...

(Werther est resté muet et interdit en regardant Charlotte. Quand la jeune fille se tourne vers la glace pour mettre son écharpe, il saisit le plus jeune des enfants et l'embrasse ; l'enfant a peur de cet élan de tendresse.)

 

CHARLOTTE (à l'enfant).

Embrasse ton cousin !...

 

WERTHER (se redressant, étonné).

Cousin ? suis-je bien digne

De ce nom ?...

 

CHARLOTTE (enjouée).

En effet, cousin !... c'est un honneur insigne,

Mais nous en avons tant qu'il serait bien fâcheux

Que vous fussiez le plus mauvais d'entre eux.

(Werther s'éloigne en regardant Charlotte. A Sophie, avec autorité, mais sans sévérité, en lui montrant les enfants :)

Tu me remplaceras, Sophie ;

Tu sais, je te les confie...

(Aux enfants.)

Vous serez sages comme avec moi ?

 

SOPHIE.

Oui, mais ils aimeraient bien mieux que ce fût toi.

 

WERTHER (avec extase, tandis que Charlotte embrasse les enfants).

O spectacle idéal d'amour et d'innocence,

Où mes yeux et mon cœur sont ravis à la fois !

Quel rêve de passer une entière existence

Calmé par ses regards et bercé par sa voix !

(La plus grande partie des invités est déjà presque sortie ; restent encore Brühlmann et Käthchen, absorbés et silencieux, près de la fontaine. Charlotte est prête maintenant, elle descend dans la cour. Werther va à sa rencontre. Sophie et les enfants forment un groupe sur la terrasse et envoient des baisers à leur grande sœur.)

 

LE BAILLI (saluant Werther).

Monsieur Werther...

(A Charlotte.)

Adieu, ma chérie...

 

CHARLOTTE.

Adieu, père !...

(Charlotte et Werther s'éloignent, suivis d'un groupe d'invités ; Brühlmann et Käthchen s'en vont les derniers sans avoir dit une parole.)

 

LE BAILLI (avec bonhomie les regardant en souriant).

Ne souhaitons rien à ceux-là !

L'extase magnétique !

Klopstock ! divin Klopstock ! Cela

Me paraît sans réplique !

(Sophie a fait rentrer les enfants dans la maison.)

 

 

SCÈNE VII

LE BAILLI, puis SOPHIE.

(Le Bailli, tout en fredonnant le refrain bachique, chanté par Schmidt à sa sortie, va chercher sa longue pipe en porcelaine, qu'il décroche du râtelier, s'installe dans son large fauteuil et, d'un air un peu gêné, fredonnant toujours, se dispose à fumer. Sophie a reparu ; elle sourit en voyant le Bailli, puis elle va, très doucement, prendre dans un coin de la chambre la canne et le chapeau de son père, qu'elle lui apporte gentiment.)

 

SOPHIE.

Et qui donc a promis d'aller au Raisin d'or ?

 

LE BAILLI (d'un ton embarrassé).
Qui ? moi, te laisser seule ?

 

SOPHIE.

Eh bien ?

 

LE BAILLI.

Non !

 

SOPHIE (gravement).

Je l'exige !

Schmidt et Johann doivent t'attendre encor.

 

LE BAILLI (se laissant convaincre, et prenant le chapeau et la canne des mains de Sophie).

Rien qu'un moment alors...

(Il s'éloigne, puis se retournant, à Sophie.)

Au fait, promesse oblige !

(Sophie accompagne le Bailli et ferme la porte de la rue sur lui. La nuit tombe un peu. Albert paraît ; il interroge la maison du regard ; il s'approche et aperçoit Sophie qui redescend.)

 

 

SCÈNE VIII
ALBERT, SOPHIE.

 

ALBERT.

Sophie !

 

SOPHIE (se retournant et reconnaissant Albert).

Albert ! Toi de retour ?

 

ALBERT.

Oui, moi, petite sœur, bonjour !

Il l'embrasse.

 

SOPHIE.

Que Charlotte sera contente

De te revoir !

 

ALBERT.

Elle est ici ?

 

SOPHIE.

Non, pas ce soir,

Elle qui jamais ne s'absente !

Aussi pourquoi n'as-tu pas prévenu ?

 

ALBERT.

J'ai voulu vous surprendre...

Parle-moi d'elle, au moins : il me tarde d'apprendre

Si de moi l'on s'est souvenu ?

Car c'est bien long, six mois d'absence !

 

SOPHIE.

Chez nous, aux absents chacun pense,

Et d'ailleurs, n'es-tu pas son fiancé ?

 

ALBERT (joyeux).

O chère enfant !... Et que s'est-il passé ?

 

SOPHIE.

Rien !... On s'est occupé de votre mariage...

On y dansera, dis ?

 

ALBERT.

Beaucoup... et davantage !

(Avec chaleur.)

Oui, je veux que pour tous, il y ait du bonheur :

J'en ai tant au fond du cœur !

(Reconduisant Sophie jusqu'au perron.)

Va ! rentre... j'ai peur qu'on t'appelle

Et qu'on apprenne mon retour ;

N'en dis rien, je serai près d'elle

Dès le lever du jour.

 

SOPHIE (rentrant).

A demain, monsieur mon beau-frère.

(Elle ferme la porte vitrée.)

 

 

WERTHER.

Voix des enfants, dans l'intérieur de la maison, répétant le Noël.

Oh ! chers enfants !... Autant notre vie est amère

Autant leurs jours sont pleins de foi,

Leurs âmes pleines de lumière !

Ah ! comme ils sont meilleurs que moi !

Werther va jusqu'à la fontaine et reste un instant dans une calme contemplation. Charlotte entre ; les enfants quittent les bras du bailli et sautent au-devant d'elle.

 

 

 

SCÈNE V

LES MÊMES, plus CHARLOTTE.


LES ENFANTS.

Charlotte ! Charlotte !

 

CHARLOTTE, au bailli.

Eh bien ! père,

Êtes-vous content d'eux ?

 

LE BAILLI.

Content, content ! ce n'est pas merveilleux.

 

LES ENFANTS, entourant Charlotte.

Si ! père est très content !

 

LE BAILLI, embrassant sa fille et admirant sa toilette.

Comme te voilà belle,

Mignonne !

 

LES ENFANTS.

Oh ! mais c'est vrai !

 

LE BAILLI, prenant les mains de Charlotte.

Venez, mademoiselle !

Qu'on vous regarde... nos amis seront jaloux.

 

CHARLOTTE, souriante.

Nos amis ne sont pas exacts au rendez-vous.

Voilà ce dont je suis bien sûre ;

Et j'en vais profiter

Pour donner le goûter

Aux enfants.

On entend dans le lointain les grelots d'un cheval et le bruit d'une voiture.
 

LE BAILLI.

Hâte-toi, car j'entends la voiture !

Les enfants se pressent autour de Charlotte, les mains tendues vers elle. — Werther qui s'est rapproché, s'arrête et contemple, un moment, ce spectacle, sans être vu. A mesure qu'ils reçoivent leur goûter, les enfants s'en vont en sautant.

 

LES ENFANTS.

Merci, grande sœur !

 

LE BAILLI , apercevant Werther et allant au-devant de lui.

Ah ! monsieur Werther !

Vous venez visiter mon petit ermitage...

Mieux... mon petit royaume, et j'en suis vraiment fier.

Lui présentant Charlotte.

Ma fille, qui prend soin de ce ménage
Et de tous ces enfants gâtés

Depuis le jour où leur mère nous a quittés.

 

CHARLOTTE.

Pardonnez-moi, monsieur, de m'être fait attendre,

Mais je suis, en effet, une maman très tendre,

Et mes enfants exigent que ma main

Leur coupe chaque jour leur pain.

Les invités arrivent dans la cour ; le bailli va a leur rencontre, ainsi que Sophie qui reparaît toute rieuse.

 

 

 

 

SCÈNE VI

WERTHER, CHARLOTTE, LE BAILLI, SOPHIE, LES INVITÉS.

 

LE BAILLI.

Arrivez donc, Brühlmann ! Charlotte est prête ;

On vous attend !...

Brühlmann et Käthchen marchent côte à côte ; ils vont, les yeux dans les yeux, et ne font même pas attention au bailli qui les suit en riant.

 

BRÜHLMANN, avec un soupir d'extase.

Klopstock !...

 

KÄTHCHEN, avec ravissement.

Divin Klopstock !...

 

LE BAILLI, à Brühlmann.

Bavard !

Vous direz le reste à la fête...

Un aussi long discours vous mettrait en retard.

Werther, qui est resté muet et interdit en regardant Charlotte, saisit le plus jeune des enfants et l'embrasse ; l'enfant a peur de cet élan de tendresse.

 

CHARLOTTE, à l'enfant.

Embrasse ton cousin !...

 

WERTHER, se redressant, étonné.

Cousin ? suis-je bien digne

De ce nom ?...

 

CHARLOTTE, enjouée.

En effet, c'est un honneur insigne,

Mais nous en avons tant qu'il serait bien fâcheux

Que vous fussiez le plus mauvais d'entre eux.

A Sophie, avec autorité, mais sans sévérité, en lui montrant les enfants.

Tu me remplaceras, Sophie ;

Tu le sais, je te les confie...

Aux enfants.

Vous serez tous sages comme avec moi.

 

SOPHIE.

Oui, mais ils aimeraient bien mieux que ce fût toi.

 

WERTHER, avec extase, tandis que Charlotte embrasse les enfants.

O spectacle idéal d'amour et d'innocence,

Où mon cœur et mes yeux sont ravis à la fois !

Quel rêve de passer une entière existence

Calmé par ses regards et bercé par sa voix !

La plus grande partie des invités est déjà presque sortie ; restent encore Brühlmann et Käthchen absorbés et silencieux, près de la fontaine. Charlotte est prête maintenant, elle descend dans la cour. Werther va à sa rencontre. Sophie et les enfants forment un groupe sur la terrasse et envoient des baisers à leur grande sœur.

 

LE BAILLI, saluant Werther.

Monsieur Werther...

A Charlotte.

Adieu, ma chérie...

 

CHARLOTTE.

Adieu, père !...

Charlotte et Werther s'éloignent, suivis d'un groupe d'invités ; Brühlmann et Käthchen s'en vont les derniers sans avoir dit une parole.

 

LE BAILLI, les regardant en souriant.

Ne souhaitons rien à ceux-là !
L'extase magnétique !

Klopstock ! divin Klopstock ! cela
Me paraît sans réplique !

Sophie a fait rentrer les enfants dans la maison.

 

 

 

 

SCÈNE VII

LE BAILLI, puis SOPHIE.

Tout en fredonnant le refrain bachique, chanté par Schmidt à sa sortie, le bailli va chercher sa longue pipe en porcelaine, qu'il décroche du râtelier, s'installe dans son large fauteuil et, d'un air un peu gêné, fredonnant toujours, se dispose à fumer. Sophie a reparu ; elle sourit en voyant le bailli, puis elle va, très doucement, prendre dans un coin de la chambre la canne et le chapeau de son père, qu'elle lui apporte gentiment.

 

SOPHIE.

Et qui donc a promis d'aller au Raisin d'Or ?

 

LE BAILLI, d'un ton embarrassé.

Qui ? moi, te laisser seule...

 

SOPHIE.

Eh bien !...

 

LE BAILLI.

Non !

 

SOPHIE, gravement.

Je l'exige !

Schmidt et Johann doivent t'attendre encor.

 

LE BAILLI, se laissant convaincre, et prenant le chapeau et la canne des mains de Sophie.

Rien qu'un moment alors...

Il s'éloigne, puis se retournant, à Sophie.

Au fait, promesse oblige !

Sophie accompagne le bailli et ferme la porte de la rue sur lui. — La nuit tombe peu à peu. — Albert paraît ; il interroge la maison du regard ; il s'approche et aperçoit Sophie.

 

 

SCÈNE VIII
ALBERT, SOPHIE.

 

ALBERT.

Sophie !

 

SOPHIE.

Albert ! toi de retour ?

 

ALBERT.

Oui, moi, petite sœur, bonjour !

Il l'embrasse.

 

SOPHIE.

Que Charlotte sera contente
De te revoir !

 

ALBERT.

Elle est ici ?

 

SOPHIE.

Non, pas ce soir,

Elle qui jamais ne s'absente !

Aussi pourquoi n'as-tu pas prévenu ?

 

ALBERT

J'ai voulu la surprendre...

Parle-moi d'elle, au moins ; il me tarde d'apprendre

Si de moi l'on s'est souvenu ?

Car c'est bien long, six mois d'absence !

 

SOPHIE.

Chez nous, aux absents chacun pense,

Et n'es-tu pas, d'ailleurs, son fiancé ?

 

ALBERT, joyeux.

O chère enfant !... Et que s'est-il passé ?

 

SOPHIE.

Rien !... On s'est occupé de votre mariage...

On y dansera, dis ?

 

ALBERT.

Beaucoup... et davantage !

Avec chaleur.

Oui, je veux que pour tous, il y ait du bonheur ;

Ah ! j'en ai tant au fond du cœur !

Reconduisant Sophie jusqu'au perron.

Va ! rentre... j'ai peur qu'on t'appelle

Et qu'on apprenne mon retour ;

N'en dis rien, je serai près d'elle

Dès le lever du jour.

 

SOPHIE, rentrant.

A demain, monsieur mon beau-frère.

Elle ferme la porte vitrée.

 

 

    

 

07. "J'ai voulu vous surprendre"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Air d'Albert et Duo du Clair de lune

anthologie Etcheverry

distribution

 

 

    

 

"Elle m'aime"

Pierre Dupré (Albert) et Grand Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 188.775, mat. KI 3738-1, enr. le 27 octobre 1930

 

 

    

 

"Elle m'aime"

André Baugé (Albert) et Orchestre dir Godfroy Andolfi

Pathé X 90.015, mat. N 203135, enr. en 1931

 

 

    

 

Clair de lune

Jean Bedetti, violoncelle de l'Opéra-Comique, et Piano

Pathé saphir 90t n° 8522, enr. vers 1909

 

 

    

 

Clair de lune

Josef Hollman, violoncelle de l'Opéra-Comique, avec Harpe, Flûte et Piano

Pathé saphir 80t n° 9509, mat. 8522, réédité sur n° 9586, enr. vers 1917

 

 

    

 

Clair de lune

Jules Victor Marneff, violoncelle de l'Opéra et Piano

Gramophone L 351, mat. 0237851, enr. vers 1920

 

 

    

 

Clair de lune

Emile Loiseau, violoniste de l'Opéra

Corona 351, mat. 121, enr. vers 1920

 

 

    

 

Clair de lune

Hippolyte Lopès, violoncelle de l'Opéra-Comique, et Godfroy Andolfi au piano Grotrian-Steinweg

Pathé X 9956, mat. N 300941, enr. en 1930

 

 

    

 

Clair de lune (arrgt Alder)

Madeleine Marcelli-Herson (violoncelle) et Denise Herbrecht (piano)

Gramophone L 932, mat. 52-1049, enr. le 22 mars 1932

 

 

SCÈNE IX

 

ALBERT (seul).

Elle m'aime... elle pense à moi !... quelle prière

De reconnaissance et d'amour

Monte de mon cœur à ma bouche !

Oh ! comme à l'heure du retour

Un rien nous émeut et nous touche,

Et comme tout possède un charme pénétrant !

Ah ! Je voudrais qu'en rentrant

Charlotte retrouvât les pensers que je laisse :

Tout mon espoir et toute ma tendresse !

(Il s'éloigne. La nuit est venue ; la lune éclaire la maison peu à peu.)

 

 

Clair de lune

 

 

SCÈNE IX

 

ALBERT, seul.

Elle m'aime... elle pense à moi !... quelle prière
De reconnaissance et d'amour

Monte de mon cœur à ma bouche !

Ah ! comme à l'heure du retour

Un rien nous émeut et nous touche,

Et comme tout possède un charme pénétrant !

Je voudrais qu'en rentrant

Charlotte retrouvât les pensers que je laisse :

Tout mon espoir et toute ma tendresse !

Il s'éloigne. — La nuit est venue ; la lune éclaire la maison peu à peu.

 

 

Clair de lune

 

 

    

 

08. Duo du Clair de lune

intégrale 1931

distribution

 

 

 

09. "Mais vous ne savez rien"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

10. "Rêve ! Extase"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Duo du Clair de lune

anthologie Fekete

distribution

 

 

         

 

Duo du Clair de lune

Léon Beyle (Werther), Suzanne Brohly (Charlotte) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 034042 et 034038, mat. 0870v et 0871v, enr. le 28 décembre 1908

 

 

         

 

Duo du Clair de lune

Germaine Cernay (Charlotte), Charles Friant (Werther) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 123.556, mat. XXP 6691-2 et XXP 6692-2, enr. le 31 mai 1928

 

 

SCÈNE X

CHARLOTTE, WERTHER.

(Charlotte et Werther paraissent à la porte du jardin ; ils viennent lentement, se tenant par le bras, et tous deux restent un instant silencieux.)

 

CHARLOTTE (simplement).

Il faut nous séparer. Voici notre maison :

C'est l'heure du sommeil.

 

WERTHER (plus accentué).

Ah ! pourvu que je voie

Ces yeux toujours ouverts ; ces yeux, mon horizon,

Ces doux yeux, mon espoir et mon unique joie...

Que m'importe à moi le sommeil ?

Les étoiles et le soleil

Peuvent bien dans le ciel tour à tour reparaître,

J'ignore s'il est jour, j'ignore s'il est nuit, et mon être

Demeure indifférent à ce qui n'est pas toi !

 

CHARLOTTE (souriant).

Mais vous ne savez rien de moi.

 

WERTHER (pénétré).

Mon âme a reconnu votre âme,

Charlotte, Je vous ai vue assez

Pour savoir quelle femme

Vous êtes !

 

CHARLOTTE (souriant).

Vous me connaissez ?

 

WERTHER (grave et tendre).

Vous êtes la meilleure ainsi que la plus belle

Des créatures...

 

CHARLOTTE (confuse).

Non !...

 

WERTHER.

Faut-il que j'en appelle

A ceux que vous nommez vos enfants ?

 

CHARLOTTE (pensive et se rapprochant de Werther).

Hélas ! oui...

Mes enfants... vous avez dit vrai !... C'est que l'image

De ma mère est présente à tout le monde ici.

Et pour moi, je crois voir sourire son visage

Quand je prends soin de ses enfants... de mes enfants.

Ah ! je souhaiterais que dans cette demeure

Elle revînt et vît, au moins quelques instants,

Si je tiens les serments faits à la dernière heure.

(Très attendrie.)

Chère, chère maman, que ne peux-tu nous voir ?

 

WERTHER.

O Charlotte, ange du devoir,

La bénédiction du ciel sur toi repose !

 

CHARLOTTE.

Si vous l'aviez connue !... Ah ! la cruelle chose

De voir ainsi partir ce qu'on a de plus cher !

Quels tendres souvenirs et quel regret amer !

Pourquoi tout est-il périssable ?

Les enfants ont senti cela très vivement ;

Ils demandent souvent, d'un ton inconsolable,

Pourquoi les hommes noirs ont emporté maman.

 

WERTHER.

Rêve ! Extase ! Bonheur ! Je donnerais ma vie

Pour garder à jamais ces yeux, ce front charmant,

Cette bouche adorable, étonnée et ravie,

Sans que nul à son tour les contemple un moment !...

Le céleste sourire !... Oh ! Charlotte !

Je vous aime... je vous aime et je vous admire !

 

CHARLOTTE (revenant à elle, gravit rapidement les marches du perron).

Nous sommes fous !... rentrons !

 

WERTHER (d'une voix altérée et la retenant).

Mais nous nous reverrons ?...

 

 

 

SCÈNE XI

WERTHER, CHARLOTTE, LE BAILLI.

 

LE BAILLI (dans la maison, en rentrant, à haute voix).

Charlotte !... (parlé) Charlotte ! Albert est de retour !...

 

CHARLOTTE (défaillante).

Albert ?...

 

WERTHER (interrogeant Charlotte).

Albert ?...

 

CHARLOTTE (bas et tristement, à Werther).

Oui ; celui que ma mère

M'a fait jurer d'accepter pour époux.

(A voix basse et comme s'accusant.)

Dieu m'est témoin qu'un instant, près de vous,

J'avais oublié le serment qu'on me rappelle.

 

WERTHER (se cache le visage dans ses mains, comme s'il sanglotait, puis avec effort).

A ce serment restez fidèle !...

Moi, j'en mourrai ! Charlotte !...

(Charlotte se retourne une dernière fois avant de disparaître à son tour dans la maison.)

 

WERTHER (seul, désespéré).

Un autre ! son époux !...

 

 

SCÈNE X

CHARLOTTE, WERTHER.

Charlotte et Werther paraissent à la porte du jardin ; ils viennent lentement, se tenant par le bras, et tous deux restent un instant silencieux.

 

CHARLOTTE.

Il faut nous séparer. Voici notre maison :

C'est l'heure du sommeil.

 

WERTHER.

Ah ! pourvu que je voie

Ces yeux toujours ouverts ; ces yeux, mon horizon,

Ces doux yeux, mon espoir et mon unique joie,

Que m'importe à moi le sommeil !

Les étoiles et le soleil

Peuvent bien dans le ciel tour à tour reparaître,

J'ignore s'il est jour, s'il est nuit, et mon être

Demeure indifférent à ce qui n'est pas toi !

 

CHARLOTTE, souriant.

Mais vous ne savez rien de moi.

 

WERTHER.

Mon âme a rencontré votre âme.

Je vous ai vue assez

Pour savoir quelle femme

Vous êtes !

 

CHARLOTTE.

Vous me connaissez ?

 

WERTHER, grave et tendre.

Vous êtes la meilleure ainsi que la plus belle

Des créatures...

 

CHARLOTTE, confuse.

Non !...

 

WERTHER.

Faut-il que j'en appelle

A ceux que vous nommez vos enfants ?

 

CHARLOTTE, pensive et se rapprochant de Werther.

Hélas ! oui...

Mes enfants... vous avez dit vrai !... C'est que l'image

De ma mère est présente à tout le monde ici.

Et pour moi, je crois voir sourire son visage

Quand je prends soin de ses enfants... de mes enfants.

Ah ! je souhaiterais que dans cette demeure

Elle revînt et vît, au moins quelques instants,

Si je tiens les serments faits à la dernière heure.

Très attendrie.

Chère, chère maman, que ne peux-tu nous voir ?

 

WERTHER.

O Charlotte, ange du devoir,

La bénédiction du ciel sur toi repose !

 

CHARLOTTE.

Si vous l'aviez connue !... Ah ! la cruelle chose

De voir ainsi partir ce qu'on a de plus cher !

Quels tendres souvenirs et quel regret amer !

Pourquoi tout est-il périssable ?

Les enfants ont senti cela très vivement ;

Ils demandent souvent, d'un ton inconsolable,

Pourquoi les hommes noirs ont emporté maman.

 

WERTHER.

Rêve ! Extase ! ô bonheur ! Je donnerais ma vie

Pour garder à jamais ces yeux, ce front charmant,

Cette bouche adorable, étonnée et ravie,

Sans que nul à son tour les contemple un moment !...

Le céleste sourire !...

Je vous aime et je vous admire !

 

CHARLOTTE.

Nous sommes fous !... rentrons !

 

WERTHER, d'une voix altérée et la retenant.

Mais nous nous reverrons ?...

Voix du Bailli appelant : Charlotte !

 

 

SCÈNE XI

WERTHER, CHARLOTTE, LE BAILLI.

 

LE BAILLI, accourant, monte rapidement les marches de la terrasse et disparaît dans la maison.

Charlotte !... Albert est de retour !...

 

WERTHER, dans le plus grand trouble.

Ah ! votre père...

Ce retour et ce nom !...

 

CHARLOTTE, à demi voix.

Oui ; celui que ma mère

M'a fait jurer d'accepter pour époux.

A voix basse et comme s'accusant.

Dieu m'est témoin qu'un instant, près de vous,

J'oubliai le serment que ce nom me rappelle.

Werther se cache le visage dans ses mains, comme s'il sanglotait, puis avec effort :

WERTHER.

A ce serment restez fidèle !...

Moi, j'en mourrai, Charlotte !...

Charlotte, qui a gravi les marches du perron, se retourne une dernière fois avant de disparaître à son tour dans la maison.

 

WERTHER, seul, désespéré.

Un autre, son époux !

 

 

 

 

 

 

Acte II. décor à l'Opéra-Comique

 

 

(version de la partition)

 

 

ACTE DEUXIÈME

 

LES TILLEULS

 

En septembre, même année à Wetzlar. La place. Au fond, le temple protestant. A gauche, le presbytère. A droite, au fond, la route et la campagne. A droite, la Wirthschaft, entourée de houblons. Devant le temple, des tilleuls taillés qui en laissent voir la porte. Un banc sous les tilleuls, près de l'entrée du presbytère. Schmidt et Johann sont attablés devant la Wirthschaft. Beau temps. Dimanche après-midi.

 

 

Prélude

 

(livret, édition de mars 1912)

 

 

ACTE DEUXIÈME

 

LES TILLEULS

 

A Wetzlar. La place. — Au fond, le temple. — A gauche, le presbytère. — A droite, au fond, la route et la campagne. — A droite, la Wirthschaft, entourée de houblons. — Devant le temple, des tilleuls taillés qui en laissent voir la porte. — Un banc sous les tilleuls, près de l'entrée du presbytère. — Schmidt et Johann sont attablés devant la Wirthschaft. — Beau temps. — Dimanche après midi.

 

 

Prélude

 

 

 

11. "Vivat Bacchus"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

12. "Le pasteur verra bien"

intégrale 1931

distribution

 

 

SCÈNE PREMIÈRE

JOHANN, SCHMIDT.

 

JOHANN ET SCHMIDT (ensemble et le verre en main).

Vivat Bacchus ! Semper vivat ! C'est dimanche !

 

JOHANN.

Ah ! L'admirable journée !

De ce joyeux soleil, j'ai l'âme illuminée !

Qu'il est doux de vivre, quand l'air

Est si léger, le ciel si bleu, le vin si clair !

C'est dimanche !

(Orgue dans le temple.)

 

SCHMIDT.

Allez ! chantez l'office et que l'orgue résonne !

De bénir le Seigneur, il est bien des façons.

Moi je le glorifie en exaltant ses dons !

 

JOHANN (de même).

De bénir le Seigneur, il est bien de façons

Moi je le glorifie en exaltant ses dons !

(Regardant.)

Du monde ! encor du monde ! on vient de tous côtés !

Le pasteur verra bien fêtés

Ses cinquante ans de mariage !

 

SCHMIDT.

C'est bon pour un Pasteur cinquante ans de ménage.

Dieu le soutient ! Mais moi, je n'aurais pu jamais

En supporter autant...

(Charlotte et Albert paraissent. Johann se lève en les regardant, et se penche vers Schmidt.)

 

JOHANN.

Et cependant j'en sais

Qui ne s'effraieraient guère

De semblable félicité.

(Les désignant.)

Tiens ! ceux-là, par exemple !...

 

SCHMIDT.

Eh bien ! à leur santé !

Allons vider encore un verre !

(Ils rentrent tous les deux dans la Wirthschaft.)

 

 

SCÈNE II

ALBERT, CHARLOTTE.

(Charlotte et Albert sont arrivés sous les tilleuls et s'assoient sur le banc.)

 

ALBERT (avec tendresse).

Trois mois ! voici trois mois que nous sommes unis !

Ils ont passé bien vite et pourtant il me semble

Que nous avons vécu toujours ensemble !

 

CHARLOTTE (doucement).

Albert !

 

ALBERT.

Si vous saviez comme je vous bénis !

(Encore plus tendre.)

Mais moi, de cette jeune fille,

Si calme et souriante au foyer de famille,

Ai-je fait une femme heureuse et sans regret ?

 

CHARLOTTE (simplement).

Quand une femme a près d'elle à toute heure

Et l'esprit le plus droit et l'âme la meilleure

Que pourrait-elle regretter ?

 

ALBERT (ému).

Oh ! la douce parole et comme à l'écouter

Je me sens tout heureux et j'ai l'âme ravie !

(Charlotte, accompagnée d'Albert, se dirige vers le temple ; puis Albert échange quelques paroles avec ceux qui vont à l'office. Werther a paru ; il descend et contemple, de loin, avec un tourment visible, l'intimité des deux époux.)

 

 

SCÈNE PREMIÈRE

JOHANN, SCHMIDT.

 

JOHANN et SCHMIDT, ensemble et le verre en main.

Vivat Bacchus. — Semper vivat !

 

JOHANN.

L'admirable journée !

De ce joyeux soleil, j'ai l'âme illuminée !

Qu'il est doux de vivre, quand l'air

Est si léger, le ciel si bleu, le vin si clair !

Orgue dans le temple.

 

SCHMIDT.

Allez ! chantez l'office et que l'orgue résonne !

De bénir le Seigneur, il est bien des façons.

Moi je le glorifie en exaltant ses dons.

 

JOHANN.

Oui, gloire à Celui qui nous donne

De si bon vin et fait l'existence si bonne !

Regardant.

Du monde ! encor du monde ! on vient de tous cotés !

Le pasteur verra bien fêtés

Ses cinquante ans de mariage !

 

SCHMIDT.

C'est bon pour un pasteur cinquante ans de ménage.

Dieu le soutient ! Mais moi, je n'aurais pu jamais

En supporter autant...

Charlotte et Albert paraissent. Johann se lève en les regardant, et se penche vers Schmidt.

 

JOHANN.

Et cependant j'en sais

Qui ne s'effraieraient guère

De semblable félicité.

Les désignant.

Tiens ! ceux-là, par exemple !...

 

SCHMIDT.

Eh bien ! à leur santé

Allons vider encore un verre !

Ils rentrent tous les deux dans la Wirthschaft.

 

 

SCÈNE II

ALBERT, CHARLOTTE.

Ils sont arrivés sous les tilleuls et s'assoient sur le banc.
 

ALBERT, avec tendresse.

Trois mois ! voici trois mois que nous sommes unis !

Ils ont passé bien vite et pourtant il me semble

Que nous avons vécu toujours ensemble !

 

CHARLOTTE, doucement.

Albert !

 

ALBERT.

Si vous saviez comme je vous bénis !

Encore plus tendre.

Mais moi, de cette jeune fille,

Que naguère entourait

Tant de calme bonheur au foyer de famille,

Ai-je fait une femme heureuse et sans regret ?

 

CHARLOTTE.

Quand une femme a près d'elle à toute heure

Et l'esprit le plus droit et l'âme la meilleure

Que pourrait-elle regretter ?

 

ALBERT.

Ah ! la douce parole et comme à l'écouter

Je me sens tout heureux et j'ai l'âme ravie !

Charlotte, accompagnée d'Albert, se dirige vers le temple ; — puis Albert échange quelques paroles avec ceux qui vont à l'office. — Werther a paru ; il descend et contemple, de loin, avec un tourment visible, l'intimité des deux époux.

 

 

 

Acte II - représentation à l'Opéra-Comique vers 1900

 

 

    

 

13. Désolation "Un autre est son époux"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Désolation "Un autre est son époux"

anthologie Fekete

distribution

 

 

 

Désolation "Un autre est son époux"

anthologie Etcheverry

distribution

 

 

 

Désolation "Un autre est son époux"

Emile Scaramberg (Werther) et Piano

Fonotipia 39179, mat. XPh 662, enr. en 1906

 

 

 

Désolation "Un autre est son époux"

Léon Beyle (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone GC-32789, mat. 5629h, enr. en 1908

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Lucien Muratore (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 90t n° 4917, réédité sur 80t n° 32, enr. en mai 1909

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Léon Campagnola (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone GC-4-32279, mat. 16936u, enr. à Paris le 08 novembre 1911

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Paul Razavet (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 365, mat. 75, enr. en 1921/1923

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Charles Friant (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 466, mat. 740, enr. le 07 août 1925

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Charles Friant (Werther) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 188.502, mat. KI 1030-2, enr. en janvier 1927

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Georges Thill (Werther) et Orchestre dir Maurice Frigara

Columbia 7008, mat. L 434, enr. le 06 mai 1927

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Enrico Di Mazzei (Werther) et Grand Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 123.618, mat. XXP 6828, enr. le 25 février 1929

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

Miguel Villabella (Werther) et Orchestre

Pathé X 704, mat. N 202.318, enr. en 1930

 

 

    

 

Désolation "Un autre est son époux"

José Luccioni (Werther) et Orchestre dir Eugène Bigot

Gramophone DA 4901, mat. OLA 1289-1, enr. le 10 octobre 1936

 

 

SCÈNE III

 

WERTHER (à lui-même, avec douleur).

Un autre est son époux ! Un autre est son époux !

Dieu de bonté,

Si tu m'avais permis de marcher dans la vie

Avec cet ange à mon côté

Mon existence entière

N'aurait jamais été

Qu'une ardente prière...

Et maintenant, parfois, j'ai peur de blasphémer !

(Douloureusement.)

C'est moi !... moi ! qu'elle pouvait aimer !

J'aurais sur ma poitrine pressé

La plus divine, la plus belle

Créature que Dieu même ait su former !

C'est moi, c'est moi qu'elle pouvait aimer !

Lorsque s'ouvrait le ciel qui s'illumine

Soudain, je l'ai vu se fermer ! Je l'ai vu se fermer !

C'est moi, c'est moi qu'elle pouvait aimer !

J'aurais sur ma poitrine pressé

La plus divine, la plus belle

Créature que Dieu même ait su former !

C'est moi, c'est moi qu'elle pouvait aimer !

C'est moi… qu'elle pouvait aimer !

Tout mon corps en frissonne, et tout mon être, tout mon être en pleure !

(Werther, dans la plus grande agitation veut s'éloigner, mais il tombe accablé sur le banc, la tête dans ses mains.)

 

 

SCÈNE III

 

WERTHER.

Un autre est son époux ! ô Dieu, Dieu de bonté,

Si tu m'avais permis de marcher dans la vie

Avec cet ange à mon côté,

Mon existence entière

N'aurait jamais été

Qu'une ardente prière...

Et maintenant, parfois, j'ai peur de blasphémer !

Douloureusement.

C'est moi qu'elle pouvait aimer !

J'aurais pressé sur ma poitrine

La plus belle, la plus divine

Créature que Dieu lui-même ait su former !

C'est moi qu'elle pouvait aimer !

Lorsque s'ouvrait le ciel qui s'illumine

Soudain, je l'ai vu se fermer !

C'est moi qu'elle pouvait aimer !

Tout mon corps en frissonne, et tout mon être en pleure !

Il tombe accablé sur le banc, la tête dans ses mains.

 

 

    

 

14. "Au bonheur dont mon âme"

intégrale 1931

distribution

 

 

SCÈNE IV

WERTHER, JOHANN, SCHMIDT, BRÜHLMANN.

(Johann et Schmidt reparaissent sur le seuil de la Wirthschaft. Schmidt donne le bras à Brühlmann, navré et muet.)

 

SCHMIDT (à Brühlmann).

Si ! Käthchen reviendra, je vous dis !

 

JOHANN (à Brühlmann).

A quelle heure et quel jour

Aura lieu ce retour,

Qu'importe,

Puisqu'elle reviendra !

 

SCHMIDT.

Puisqu'elle reviendra !

 

JOHANN.

Sept ans de fiançailles,

Ça ne peut pas s'oublier de la sorte !

 

SCHMIDT.

Dépêchons-nous ! j'entends le signal...

Si nous manquons l'office, au moins, ouvrons le bal !

(Ils sortent, en trébuchant.)

 

 

SCÈNE V
WERTHER, ALBERT.

(En sortant du temple, Albert s'est dirigé du côté de Werther ; il lui pose la main sur l'épaule. Werther tressaille et fait un mouvement comme pour s'éloigner.)

 

ALBERT.

Au bonheur dont mon âme est pleine

Ami, parfois il vient se mêler un remords.

 

WERTHER (étonné).

Un remords !

 

ALBERT (avec franchise).

Je vous sais un cœur loyal et fort ;

Mais celle qui devint ma femme

Vous apparut au jour

Qu'elle était libre encore, et peut-être près d'elle

Avez-vous fait un rêve envolé sans retour ?

A la voir si belle et si douce,

Je connais trop le prix du bien qui m'est donné

Pour ne comprendre pas que sa perte est cruelle...

(Lui prenant affectueusement la main.)

Comprendre ce tourment, c'est l'avoir pardonné...

 

 

SCÈNE IV

WERTHER, JOHANN, SCHMIDT, BRÜHLMANN.

Johann et Schmidt reparaissent sur le seuil de la Wirthschaft. — Schmidt donne le bras à Brühlmann, navré et muet.

 

SCHMIDT, à Brühlmann.

Si... Käthchen reviendra, je vous dis !... A quelle heure

Et quel jour

Aura lieu ce retour,

Qu'importe,

Elle reviendra...

 

JOHANN.

Tu l'entends !

Des fiançailles de sept ans

Ça ne peut pas s'oublier de la sorte !

 

SCHMIDT.

Dépêchons ! j'entends le signal...

Si nous manquons l'office, au moins, ouvrons le bal !

Ils sortent en trébuchant.

 

 

 

 

 

 

SCÈNE V
WERTHER, ALBERT.

En sortant du temple, Albert s'est dirigé du côté de Werther ; il lui pose la main sur l'épaule. — Werther tressaille et fait un mouvement comme pour s'éloigner.

 

ALBERT.

Au bonheur qui remplit mon âme,

Ami, parfois il vient se mêler un remord.

 

WERTHER, étonné.

Un remord !

 

ALBERT, avec franchise.

Je vous sais un cœur loyal et fort ;

Mais celle qui devint ma femme

Vous apparut au jour

Qu'elle était libre encore, et peut-être près d'elle

Avez-vous fait un rêve envolé sans retour !

A la voir si douce et si belle,

Je connais trop le prix du bien qui m'est donné

Pour ne comprendre pas que sa perte est cruelle...

Lui prenant affectueusement la main.

Comprendre ce tourment, c'est l'avoir pardonné...

 

 

 

    

 

"Mais, comme après l'orage"

Jean Marny (Werther) et Orch.

Pathé saphir 80t n° 507, mat. 200.131, enr. le 28 novembre 1925

 

 

WERTHER.

Vous l'avez dit : mon âme est loyale et sincère,

(contenant à peine son émotion.)

Si j'avais du passé trop amer souvenir,

Retirant cette main de la main qui la serre,

Je fuirais loin de vous pour ne plus revenir !

Mais, comme après l'orage une onde est apaisée,

Mon cœur ne souffre plus de son rêve oublié,

Et celui qui sait lire au fond de ma pensée

N'y doit trouver jamais que la seule amitié !

Et ce sera ma part de bonheur sur la terre !

(Sophie accourt, des fleurs dans les mains.)

 

 

WERTHER.

Vous l'avez dit : mon âme est loyale et sincère,

Si j'avais du passé trop amer souvenir,

Retirant cette main de la main qui la serre,

Je fuirais loin de vous pour ne plus revenir.

Mais, comme après l'orage une onde est apaisée,

Mon cœur ne souffre plus de son rêve oublié,

Et celui qui sait lire au fond de ma pensée

N'y doit trouver jamais que la seule amitié !

Et ce sera ma part de bonheur sur la terre !

Sophie accourt, des fleurs dans les mains.

 

 

 

    

 

15. "Frère, voyez le beau bouquet !"

intégrale 1931

distribution

 

 

SCÈNE VI

LES MÊMES, SOPHIE.

 

SOPHIE (à Albert, gaiement).

Frère,

Voyez le beau bouquet !

J'ai mis, pour le Pasteur, le jardin au pillage.

(A Werther.)

Et puis on va danser... Pour le premier menuet,

C'est sur vous que je compte... Oh ! le sombre visage !

(Observant Werther et grondant légèrement. Naïvement et gentiment.)

Mais aujourd'hui, monsieur Werther,

Tout le monde est joyeux, le bonheur est dans l'air.

Du gai soleil, plein de flamme,

Dans l'azur resplendissant,

La pure clarté descend

De nos fronts jusqu'à notre âme,

Tout le monde est joyeux...

Et l'oiseau qui monte aux cieux,

Dans la brise qui soupire,

Est revenu pour nous dire

Que Dieu permet d'être heureux !

 

WERTHER (à part plus sombre).

Heureux ! pourrai-je l'être encore !

 

ALBERT (à Sophie).

Va porter ton bouquet, chère petite sœur,

Je te rejoins...

(Sophie s'éloigne de quelques pas. A Werther.)

Werther ! nous parlions du bonheur...

On le cherche bien loin, on l'appelle, on l'implore !

Et voici que peut-être il passe en nos chemins,

Un sourire à la lèvre et des fleurs dans les mains.

(Werther garde le silence.)

 

SOPHIE (sur le seuil du presbytère, à Albert).

Frère, revenez vite.

(A Werther.)

Vous entendez, monsieur Werther !

Pour le premier menuet, je vous invite.

(Elle entre dans le presbytère en chantant.)

Du gai soleil, plein de flamme...

Tout le monde est heureux, le bonheur est dans l'air !

(Albert a rejoint Sophie et disparaît avec elle.)

 

 

SCÈNE VI

LES MÊMES, SOPHIE.

 

SOPHIE, à Albert, gaîment.

Frère,

Voyez le beau bouquet !

J'ai mis, pour le pasteur, le jardin au pillage.

A Werther.

Et puis on va danser... Pour le premier menuet,

C'est sur vous que je compte... Oh ! le sombre visage !

Mais aujourd'hui, monsieur Werther,

Tout le monde est joyeux, le bonheur est dans l'air.

Du gai soleil, plein de flamme,

Dans l'azur resplendissant,

La pure clarté descend

De nos fronts jusqu'à notre âme,

Et l'oiseau qui monte aux cieux,

Dans la brise qui soupire,

Est revenu pour nous dire

Que Dieu permet d'être heureux !

 

WERTHER, à part.

Heureux ! pourrai-je l'être encore ?...

 

ALBERT, à Sophie.

Va porter ton bouquet, chère petite sœur,

Je te rejoins...

Sophie s'éloigne de quelques pas. A Werther.

Werther, nous parlons de bonheur !

On le cherche bien loin, on l'appelle, on l'implore,

Et voici que peut-être il passe en nos chemins,

Un sourire à la lèvre et des fleurs dans les mains.

 

SOPHIE, sur le seuil du presbytère, à Albert.

Frère, revenez vite.

A Werther.

Pour le premier menuet, je vous invite,

Vous entendez, monsieur Werther !

Elle entre dans le presbytère en chantant :

Tout le monde est heureux, le bonheur est dans l'air !

Albert a rejoint Sophie et disparaît avec elle.

 

 

 

 

    

 

16. "Ai-je dit vrai"

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

17. "Celui qu'il faut de moi"

intégrale 1931

distribution

 

 

SCÈNE VII
WERTHER, seul d'abord, puis CHARLOTTE.

 

WERTHER (seul).

Ai-je dit vrai ? L'amour que j'ai pour elle

N'est-il pas le plus pur comme le plus sacré !

En mon âme

Un coupable désir est-il jamais entré ?

Oui ! je mentais !... ô Dieu ! souffrir sans cesse,

Ou bien toujours mentir !

C'est trop de honte et de faiblesse !

Je dois, je veux partir !

(Charlotte paraît sur le seuil du temple et se dirige vers le presbytère. Werther l'aperçoit, et très ému change de ton.)

Partir ? Non ! je ne veux que me rapprocher d'elle !

 

CHARLOTTE (sans remarquer Werther).

Comme on trouve en priant une force nouvelle !

 

WERTHER (de loin).

Charlotte !...

 

CHARLOTTE (se détournant, simplement).
Vous venez aussi chez le Pasteur ?

 

WERTHER (se rapprochant, tristement).

A quoi bon ? pour vous voir toujours auprès d'un autre !

(Se rapprochant encore de Charlotte restée immobile.)

Ah ! qu'il est loin ce jour plein d'intime douceur

Où mon regard a rencontré le vôtre

Pour la première fois ;... où nous sommes tous deux

Demeurés si longtemps... tout près... sans nous rien dire.

Cependant que tombait des cieux

Un suprême rayon qui semblait un sourire

Sur notre émoi silencieux !

 

CHARLOTTE (froidement).

Albert m'aime et je suis sa femme

 

WERTHER (avec emportement).

Albert vous aime !...

Qui ne vous aimerait ?...

 

CHARLOTTE (plus doucement).

Werther !... N'est-il donc pas

D'autre femme ici-bas

Digne de votre amour et libre d'elle-même ?

Je ne m'appartiens plus ; pourquoi donc m'aimez-vous ?

 

WERTHER.

Eh ! demandez aux fous

D'où vient que leur raison s'égare !

 

CHARLOTTE (résolument).

Eh bien ! puisqu'à jamais le destin nous sépare

Éloignez-vous, partez ! partez !...

 

WERTHER.
Quel mot

Ai-je entendu ?

 

CHARLOTTE (gravement).

Celui qu'il faut

De moi que l'on entende !

 

WERTHER (violemment).

Eh ! qui donc le commande ?

 

CHARLOTTE.

Le devoir !

(Plus doucement.)

L'absence rend parfois la douleur moins amère.

 

WERTHER (douloureusement).

Ah ! me donner l'oubli n'est pas en son pouvoir !

 

CHARLOTTE (plus douce encore).

Pourquoi l'oubli ?... Pensez à Charlotte au contraire,

Pensez à son repos ; soyez fort, soyez bon.

 

WERTHER (apaisé peu à peu).

Oui !... j'ai pour seul désir que vous soyez heureuse ;

(avec des larmes, mais calme.)

Mais ne plus vous revoir, c'est impossible, non !

 

CHARLOTTE (avec une grande douceur).

Ami, je ne suis pas à ce point rigoureuse

Et ne saurais vouloir un exil éternel

(se dominant.)

Vous reviendrez... bientôt... tenez... à la Noël !

 

WERTHER (suppliant).

Charlotte !

 

CHARLOTTE (s'éloignant).

A la Noël !

(Elle disparaît.)

 

 

SCÈNE VII
WERTHER, seul d'abord, puis CHARLOTTE.

 

WERTHER.

Ai-je dit vrai ? L'amour que j'ai pour elle

N'est-il pas le plus pur comme le plus sacré ?

En ce cœur, malgré lui rebelle,

Un coupable désir est-il jamais entré ?

Oui ! je mentais!... ô Dieu ! souffrir sans cesse,

Ou bien toujours mentir !

C'est trop de honte et de faiblesse !

Je dois, je veux partir !

Charlotte a paru sur le seuil du temple et se dirige vers le presbytère. Werther l'aperçoit, très ému.

Partir ! Non ! je ne veux que me rapprocher d'elle !

 

CHARLOTTE, sans remarquer Werther.

Comme on trouve en priant une force nouvelle !

 

WERTHER, de loin.

Charlotte !...

 

CHARLOTTE, se détournant, simplement.

Vous venez aussi chez le Pasteur ?

 

WERTHER, se rapprochant, tristement.

A quoi bon ? pour vous voir toujours auprès d'un autre !

Se rapprochant encore de Charlotte restée immobile.

Ah ! qu'il est loin ce jour plein d'intime douceur

Où mon regard a rencontré le vôtre

Pour la première fois ;... où nous sommes tous deux

Demeurés si longtemps... tout près... sans nous rien dire.

Cependant que tombait des cieux

Un suprême rayon qui semblait un sourire

Sur notre émoi silencieux !

 

CHARLOTTE, froidement.

Albert m'aime et je suis sa femme !...

 

WERTHER, avec emportement.

Albert vous aime !...

Qui ne vous aimerait ?...

 

CHARLOTTE, plus doucement.

Werther !... N'est-il donc pas

D'autre femme ici-bas

Digue de votre amour et libre d'elle-même ?

Je ne m’appartiens plus ; pourquoi donc m'aimez-vous ?

 

WERTHER.

Eh ! demandez aux fous

D'où vient que leur raison s'égare !

 

CHARLOTTE, résolument.

Eh bien ! puisqu'à jamais le destin nous sépare

Éloignez-vous, partez ! partez !...

 

WERTHER.

Quel mot

Ai-je entendu ?

 

CHARLOTTE, gravement.

Celui qu'il faut

De moi que l'on entende !

 

WERTHER, violemment.

Eh ! qui donc le commande ?

 

CHARLOTTE.

Le Devoir !

Plus doucement.

L'absence rend parfois la douleur moins amère.

 

WERTHER.

Ah ! me donner l'oubli n'est pas en son pouvoir !

 

CHARLOTTE, plus douce encore.

Pourquoi l'oubli ?... Pensez à Charlotte, au contraire,

Pensez à son repos ; soyez fort, soyez bon.

 

WERTHER, apaisé peu à peu.

Oui !... j'ai pour seul désir que vous soyiez heureuse ;

Mais ne plus vous revoir, c'est impossible, non !

 

CHARLOTTE.

Ami, je ne suis pas à ce point rigoureuse

Et ne saurais vouloir un exil éternel.

Vous reviendrez... bientôt... tenez... à la Noël !

 

WERTHER, suppliant.

Charlotte !

 

CHARLOTTE, s'éloignant.

A la Noël !

Elle disparaît.

 

 

    

 

18. Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

anthologie Fekete

distribution

 

 

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

anthologie Etcheverry

distribution

 

 

    

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

Léon Campagnola (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone GC-4-32302, mat. 17202u, enr. à Paris le 13 mai 1912

 

 

    

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

Charles Friant (Werther) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 188.502, mat. KI 1029-2, enr. en janvier 1927

 

 

    

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

Francis Banuls (Werther) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 188.542, mat. KI 1383-2, enr. le 28 septembre 1927

 

 

    

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

José de Trévi (Werther) et Orchestre

Gramophone P 767, mat. 4-32811, enr. le 14 juin 1928

 

 

    

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

Gaston Micheletti (Werther) et Grand Orch. dir Gustave Cloëz

Odéon 188.654, mat. KI 2376-1, enr. le 19 avril 1929

 

 

    

 

Tristes pensers "Lorsque l'enfant revient"

Giuseppe Lugo (Werther) et Orchestre Symphonique dir Elie Cohen

Polydor 561.099, mat 2109 HPP, enr. en 1935

 

 

SCÈNE VIII

WERTHER, seul.

(Werther veut la rappeler, mais il revient sur ses pas, découragé, abattu.)

 

WERTHER (après un moment d'accablement).

Oui, ce qu'elle m'ordonne

Pour son repos, je le ferai !

Et si la force m'abandonne,

Ah ! c'est moi, pour toujours, qui me reposerai !

(Songeant fiévreusement.)

Pourquoi trembler devant la mort... devant la nôtre ?

On lève le rideau ; puis on passe de l'autre côté ;

Voilà ce qu'on nomme mourir !

Offensons-nous le ciel en cessant de souffrir ?

Lorsque l'enfant revient d'un voyage avant l'heure,

Bien loin de lui garder quelque ressentiment,

Au seul bruit de ses pas tressaille la demeure,

Et le père, joyeux, l'embrasse longuement !

O Dieu qui m'as créé, serais-tu moins clément ?

Non ! tu ne saurais pas, dérobé sous tes voiles,

Rejeter dans la nuit ton fils infortuné ! Ton fils !

Devinant ton sourire au travers des étoiles,

Il reviendra vers toi d'avance pardonné !

Père ! Père ! Père !

Que je ne connais pas, en qui pourtant j'ai foi,

Parle à mon cœur, appelle-moi !

Appelle-moi ! Appelle-moi !

(Werther va s'éloigner, lorsque paraît Sophie sur le seuil du presbytère.)

 

 

SCÈNE VIII

WERTHER, seul.

Werther veut la rappeler, mais il revient sur ses pas, découragé, abattu.

 

WERTHER.

Oui, ce qu'elle m'ordonne

Pour son repos, je le ferai ;

Et si la force m'abandonne,

Ah ! c'est moi, pour toujours, qui me reposerai !

Songeant fiévreusement.

Pourquoi trembler devant la mort... devant la nôtre ?

On lève le rideau ; puis on passe de l'autre

Côté ! Voilà ce qu'on nomme mourir.

Offensons-nous le ciel en cessant de souffrir ?

Lorsque l'enfant revient d'un voyage avant l'heure,

Bien loin de lui garder quelque ressentiment,

Au seul bruit de ses pas tressaille la demeure,

Et le père, joyeux, l'embrasse longuement.

O Dieu qui m'as créé, serais-tu moins clément !

Non ! tu ne saurais pas, dérobé sous tes voiles,

Rejeter dans la nuit ton fils infortuné !

Devinant ton sourire au travers des étoiles,

Il reviendra vers toi d'avance pardonné !

Père ! Père !

Que je ne connais pas, en qui pourtant j'ai foi,

En qui j'espère,

Appelle-moi !

Werther va s'éloigner, lorsque paraît Sophie sur le seuil du presbytère.

 

 

 

fin de l'acte II - représentation vers 1900

 

 

SCÈNE IX

WERTHER, SOPHIE, puis CHARLOTTE, ALBERT et tout le cortège.

 

SOPHIE (gaiement, à Werther).

Mais venez donc ! le cortège s'approche,

Et soit dit sans reproche,

C'est vous seul qu'on attend !

 

WERTHER (brusquement).

Pardonnez-moi ; je pars !

 

SOPHIE (suffoquée).

Vous partez !

 

WERTHER (embarrassé).

A l'instant !

 

SOPHIE (très émue).

A l'instant... Mais sans doute...

Vous reviendrez... demain ?... bientôt ?...

 

WERTHER (violemment).

Non ! Jamais ! Adieu !

(Il s'enfuit.)

 

SOPHIE (très émue, l'appelant et courant après lui jusqu'à la route).

Monsieur Werther !... Au tournant de la route

Il disparaît... plus rien !

(Fondant en larmes.)

Mon Dieu !

Tout à l'heure j'étais si joyeuse !

(Le cortège de la Cinquantaine paraît. On vient de différents côtés.)

 

CHARLOTTE (apercevant Sophie et accourant auprès d'elle).

Ah ! qu'est-ce donc ! elle pleure ! Sophie !

 

SOPHIE (tombant dans les bras de Charlotte).

Ah ! sœur ! monsieur Werther est parti !...

 

ALBERT (tressaillant).

Lui !

 

SOPHIE.

Et pour toujours !...

Il vient de me le dire, et puis...

(en sanglotant)

Il s'est enfui comme un fou !

 

CHARLOTTE (à elle-même et frappée).

Pour toujours !

 

ALBERT (sombre et considérant Charlotte).

Il l'aime !

(Le cortège de la Cinquantaine traverse la place. Acclamations, vivats.)

 

 

SCÈNE IX

WERTHER, SOPHIE, puis CHARLOTTE, ALBERT et tout le cortège.

SOPHIE, à Werther.

Mais venez donc ! le cortège s'approche,

Et soit dit sans reproche,

C'est vous seul qu'on attend !

 

WERTHER, brusquement.

Pardonnez-moi ; je pars !

 

SOPHIE.

Vous partez ?

 

WERTHER.

A l'instant !

 

SOPHIE.

Mais sans doute...

Vous reviendrez.., demain... bientôt...

 

WERTHER, violemment.

Jamais ! Adieu !

Il s'enfuit.

 

SOPHIE, très émue, l'appelant et courant après lui jusqu'à la route.

Monsieur Werther !... Au tournant de la route

Il disparaît... plus rien !

Fondant en larmes.

Mon Dieu !

Tout à l'heure

J'étais si joyeuse !

Le cortège de la Cinquantaine paraît. On vient de différents côtés.

 

CHARLOTTE, apercevant Sophie et accourant près d'elle.

Ah ! qu'est-ce donc ! elle pleure !

 

SOPHIE.

Ah ! sœur ! monsieur Werther est parti !...

 

CHARLOTTE.

Lui !

 

SOPHIE.

Et pour toujours !... A l'instant même

Il vient de me le dire, et puis il s'est enfui

Comme un fou !

 

CHARLOTTE, à part.

Pour toujours !

 

ALBERT, sombre et regardant Charlotte.

Il l'aime !

 

 

 

 

 

 

Acte III. décor à l'Opéra-Comique

 

 

(version de la partition)

 

 

ACTE TROISIÈME

 

CHARLOTTE ET WERTHER

 

Le 24 décembre 178…, 5 heures du soir. La maison d'Albert. Le salon. Au fond, à droite, dans un renfoncement très accentué, une porte à deux battants. A gauche, un grand poêle en faïence verte. Au fond, le clavecin. Porte à droite. A gauche, porte de la chambre de Charlotte. Au premier plan, un petit secrétaire, une table à ouvrage et un fauteuil. Presque à droite, toujours au premier plan, un canapé. Une lampe allumée, avec abat-jour, sur la table.

 

 

Prélude

 

(livret, édition de mars 1912)

 

 

ACTE TROISIÈME

 

CHARLOTTE ET WERTHER

 

La maison d'Albert. Le salon. Au fond, à droite, dans un renfoncement très accentué, une porte à deux battants. A gauche, un grand poêle en faïence verte. Au fond, le clavecin. Porte à droite. A gauche, porte de la chambre de Charlotte. Au premier plan, un petit secrétaire, une table à ouvrage et un fauteuil. Presque à droite, toujours au premier plan, un canapé. Une lampe allumée, avec abat-jour, sur la table.

 

 

 

Prélude

 

 

    

 

19. Prélude et Scène des Lettres

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

20. "Je vous écris"

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Prélude et Scène des Lettres

anthologie Fekete

distribution

 

 

 

Air des Lettres

anthologie Etcheverry

distribution

 

 

    

 

Scène des Lettres

Marguerite Mérentié (Charlotte) et Orchestre dir François Rühlmann

Pathé saphir 90t n° 477, réédité sur 80t n° 70, enr. en 1911/1912

 

 

         

 

Scène des Lettres

Ninon Vallin (Charlotte) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 171.022, mat. XXP 6464-2 et 6465-2, enr. le 13 avril 1927

 

 

 

Scène des Lettres

Rita Gorr (Charlotte) et Orch. de l'Opéra dir André Cluytens

enr. en 1959

 

 

SCÈNE PREMIÈRE

 

CHARLOTTE (seule, assise près de la table à ouvrage).

Werther ! Werther !... Qui m'aurait dit la place

Que dans mon cœur il occupe aujourd'hui.

Depuis qu'il est parti, malgré moi tout me lasse !

Et mon âme est pleine de lui !

(Lentement, elle se lève comme attirée vers le secrétaire qu'elle ouvre.)

Ces lettres ! ces lettres !... ah ! je les relis sans cesse...

Avec quel charme, mais aussi quelle tristesse !

Je devrais les détruire... je ne puis !

(Elle est revenue près de la table, les yeux fixés sur la lettre qu'elle tient. Lisant.)

« Je vous écris

De ma petite chambre ;

Un ciel gris

Et lourd de décembre

Pèse sur moi comme un linceul...

Et je suis seul ! seul ! toujours seul ! »

(Retombant sur le siège qu'elle occupait.)

Ah ! Personne auprès de lui !... Pas un seul témoignage

De tendresse... ou même de pitié ! Dieu ! comment

M'est venu ce triste courage

D'ordonner cet exil et cet isolement ?

(Elle a pris une autre lettre et l'ouvre.)

« Des cris joyeux d'enfants montent sous ma fenêtre,

Des cris d’enfants ! Et je pense à ce temps si doux

Où tous vos chers petits jouaient autour de nous.

Ils m'oublieront peut-être ! »

(Cessant de lire.)

Non, Werther, dans leur souvenir

Votre image reste vivante,

Et quand vous reviendrez... Mais doit-il revenir ?

(Avec effroi.)

Ah ! ce dernier billet me glace et m'épouvante !

(Lisant.)

« Tu m'as dit : A Noël ! et j'ai crié : Jamais !

On va bientôt connaître

Qui de nous deux disait vrai !... Mais...

Si je ne dois reparaître

Au jour fixé, devant toi,

Ne m'accuse pas, pleure-moi !

(répétant avec effroi, craignant comprendre)

Ne m'accuse pas, pleure-moi !

Oui, de ces yeux si pleins de charmes,

Ces lignes, tu les reliras,

Tu les mouilleras de tes larmes,

O Charlotte, et tu frémiras ! » tu frémiras ! tu frémiras !

(Tandis que Charlotte relit, frémissante, Sophie entre vivement, tenant dans ses bras des jouets pour la fête du soir. Charlotte, surprise, cache précipitamment sur elle les lettres qu'elle tenait à la main.)

 

 

SCÈNE PREMIÈRE

 

CHARLOTTE, seule, assise près de la table à ouvrage.

Werther ! Werther !... Qui m'aurait dit la place

Que dans mon cœur il occupe aujourd'hui.

Depuis qu'il est parti, malgré moi tout me lasse

Et mon âme est pleine de lui !

Lentement, elle se lève comme attirée vers le secrétaire qu'elle ouvre.

Ces lettres... ah ! je les relis sans cesse...

Avec quel charme, mais aussi quelle tristesse.

Je les devrais détruire… je ne puis !

Elle est revenue près de la table, les yeux fixés sur la lettre qu'elle tient. Lisant.

« Je vous écris

De ma petite chambre ;

Un ciel gris

Et lourd de décembre

Pèse sur moi comme un linceul...

Et je suis seul, seul, toujours seul ! »

Retombant sur le siège qu'elle occupait.

Personne près de lui !... Pas un seul témoignage

De tendresse... ou pitié ! Comment

M'est venu ce triste courage

D'ordonner cet exil et cet isolement !

Elle a pris une autre lettre et l'ouvre.

« Des cris joyeux d'enfants montent sous ma fenêtre,

Et je pense à ce temps si doux

Où tous vos chers petits jouaient autour de nous.

Ils m'oublieront peut-être ! »

Cessant de lire.

Non, Werther, dans leur souvenir

Votre image reste vivante,

Et quand vous reviendrez... Mais doit-il revenir ?

Elle se lève. Avec effroi.

Ah ! ce dernier billet me glace et m'épouvante !

Lisant.

« Tu m'as dit : A Noël ! et j'ai crié : Jamais !

On va bientôt connaître

Qui de nous deux disait vrai !... Mais...

Si je ne dois reparaître

Au jour fixé, devant toi,

Ne m'accuse pas, pleure-moi !

Oui, de ces yeux si pleins de charmes,

Ces lignes, tu les reliras,

Tu les mouilleras de tes larmes,

O Charlotte, et tu frémiras ! »

Tandis que Charlotte relit, frémissante, Sophie entre vivement, tenant dans ses bras des jouets pour la fête du soir. Charlotte, surprise, cache précipitamment les lettres qu'elle tenait à la main.

 

 

 

 

    

 

21. Larmes et sourires "Bonjour, grande sœur !"

intégrale 1931

distribution

 

 

         

 

Larmes et sourires "Bonjour, grande sœur !"

Suzanne Brohly (Charlotte), Marthe Bakkers (Sophie) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 034070 et 034073, mat. 0908v et 01346v, enr. à Paris le 04 mars 1909

 

 

SCÈNE II

CHARLOTTE, SOPHIE.

 

SOPHIE (s'avance gaiement).

Bonjour, grande sœur ! je viens aux nouvelles,

Albert est absent. On ne te voit plus.

Et le père est très mécontent.

 

CHARLOTTE (encore préoccupée).

Enfant !...

 

SOPHIE (prenant Charlotte par la taille).

Mais souffres-tu ?

 

CHARLOTTE (se détachant des bras de Sophie).

Pourquoi cette pensée ?...

 

SOPHIE (qui lui a gardé la main).

Si, ta main est glacée

Et tes yeux sont rougis, je le vois bien.

 

CHARLOTTE (avec embarras).

Non, ce n'est rien !

(se remettant)

Je me sens quelquefois un peu triste... isolée.

Mais si d'un vague ennui mon âme était troublée,

Je ne m'en souviens plus maintenant... et tu vois,

Je souris...

 

SOPHIE (câline).

Ce qu'il faut, c'est rire, rire encore.

Comme autrefois !

 

CHARLOTTE (à part).

Autrefois !

 

SOPHIE (gaiement).

Ah ! le rire est béni, joyeux, léger, sonore !

Il a des ailes, c'est un oiseau de l'aurore !

C'est la clarté du cœur qui s'échappe en rayons !

(Elle conduit Charlotte au fauteuil et se laisse glisser à ses genoux.)

Ecoute ! je suis d'âge à savoir les raisons

De bien des choses !

Oui ! tous les fronts ici sont devenus moroses

(hésitant)

Depuis que Werther s'est enfui !

(Charlotte tressaille.)

Mais pourquoi laisser sans nouvelles

Ceux qui lui sont restés fidèles ?

 

CHARLOTTE (se dégageant des bras de Sophie, se lève).

Tout, jusqu'à cette enfant, tout me parle de lui !

 

SOPHIE (revenant à Charlotte).

Des larmes ! Ah ! pardonne, je t'en prie !

Oui, j'ai tort de parler

De tout cela...

 

 

SCÈNE II

CHARLOTTE, SOPHIE.

 

SOPHIE, gaiement.

Bonjour, grande sœur ! je viens aux nouvelles,

Sur un ton de doux reproche.

Sans attendre que tu m'appelles...

On ne te voit plus. Albert est absent

Et le père est très mécontent.

 

CHARLOTTE, encore préoccupée.

Enfant !...

 

SOPHIE, prenant Charlotte par la taille.

Mais souffres-tu ?

 

CHARLOTTE.

Pourquoi cette pensée ?...

 

SOPHIE.

Cette main est glacée

Et tes yeux sont rougis, je le vois bien.

 

CHARLOTTE, avec embarras.

Non, ce n'est rien !

Je me sens quelquefois un peu triste... isolée.

Mais si d'un vague émoi mon âme était troublée,

Je ne m'en souviens plus maintenant... et tu vois,

Je souris...

 

SOPHIE, câline.

Ce qu'il faut, c’est rire, rire encore.

Comme autrefois.

 

CHARLOTTE, à part,

Comme autrefois !

 

SOPHIE, gaiement.

Ah ! le rire est béni, joyeux, léger, sonore !

Il a des ailes ; c'est un oiseau de l'aurore !

C'est la clarté du cœur qui s'échappe en rayons !

Elle conduit Charlotte au fauteuil et se laisse glisser à ses genoux

Écoute ! je suis d'âge à savoir les raisons

De bien des choses !

Oui ! tous les fronts ici sont devenus moroses

Depuis que Werther s'est enfui !

Mais pourquoi laisser sans nouvelles

Ceux qui lui sont restés fidèles ?

 

CHARLOTTE, se dégageant des bras de Sophie, se lève, à part.

Tout, jusqu'à cette enfant, tout me parle de lui !

 

SOPHIE, revenant à Charlotte.

Des larmes ! oh ! pardonne, je t'en prie !
Oui, j'ai tort de parler

De tout cela...

 

 

 

Air des Larmes

Marie Delna (Charlotte, créatrice à l'Opéra-Comique) et Piano

Pathé saphir 90t n° 3512, enr. en 1903/1904

 

 

    

 

22. Air des Larmes

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Air des Larmes

anthologie Fekete

distribution

 

 

 

Air des Larmes

anthologie Fekete

distribution

 

 

    

 

Air des Larmes

Mary Boyer (Charlotte) et Orchestre

Pathé saphir 90t n° 4514, enr. en 1906/1907

 

 

    

 

Air des Larmes

Alice Raveau (Charlotte) et Orchestre

Odéon 97424, mat. XP 4752-2, enr. à Paris le 01 avril 1909

 

 

    

 

Air des Larmes

Marguerite Mérentié (Charlotte) et Orchestre

Pathé saphir 90t n° 37, réédité sur 80t n° 206, enr. en 1911/1912

 

 

    

 

Air des Larmes

Marthe Chenal (Charlotte) et Orchestre dir François Rühlmann

Pathé saphir 80t n° 49, mat. 1869, enr. en 1915

 

 

    

 

Air des Larmes

Geneviève Vix (Charlotte) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 301, mat. 2993, enr. le 23 mars 1921

 

 

    

 

Air des Larmes

Dolorès de Silvera (Charlotte) et Orchestre dir Fernand Heurteur

Columbia D 12043, mat. L 934-1, enr. le 25 février 1928

 

 

    

 

Air des Larmes

Alice Raveau (Charlotte) et Orchestre

Pathé X 0674, mat. N 201.880, enr. le 13 août 1929

 

 

 

Air des Larmes

Germaine Martinelli (Charlotte) et Orchestre dir Albert Wolff

Polydor 561.065, mat. 4384 BKP, enr. vers 1930

 

 

    

 

Air des Larmes

Marinette Fenoyer (Charlotte) et Orchestre dir Maurice Frigara

Parlophone 29010, mat. 106920, enr. le 30 janvier 1931

 

 

 

Air des Larmes

Rita Gorr (Charlotte) et Orch. de l'Opéra dir Jean Laforge

enr. en avril/mai 1958

 

 

CHARLOTTE (ne se contraignant plus).

Va ! laisse couler mes larmes !

Elles font du bien, ma chérie !

Les larmes qu'on ne pleure pas

Dans notre âme retombent toutes,

Et de leurs patientes gouttes

Martèlent le cœur triste et las !

Sa résistance enfin s'épuise ;

Le cœur se creuse et s'affaiblit :

Il est trop grand, rien ne l'emplit ;

Et trop fragile, tout le brise ! Tout le brise !

 

SOPHIE (effrayée).

Tiens, Charlotte, crois-moi, ne reste pas ici...

Viens chez nous ; nous saurons te faire

Oublier ton souci ;

(Changeant de ton, avec enjouement.)

Le père a fait apprendre à tes enfants

De magnifiques compliments pour la Noël...

(Sophie va reprendre les jouets qu'elle a déposés en entrant.)

 

CHARLOTTE (à part, très troublée).

Noël ! Ah ! cette lettre :

(Répétant d'un ton sombre.)

« Si tu ne me vois reparaître,

Au jour fixé, devant toi,

Ne m'accuse pas ; pleure-moi !... pleure-moi !... »

 

SOPHIE (revenant vers Charlotte).

Alors ! c'est convenu, tu viendras ?

 

CHARLOTTE (sans conviction).

Oui, peut-être...

 

SOPHIE (avec une impatience affectueuse).

Non ! non ! certainement !

 

CHARLOTTE (essayant de sourire).

Certainement !

 

SOPHIE (insistant).

Bien vrai ?

 

CHARLOTTE (la rassurant).

Oui, j'irai, je le promets, Mignonne...

 

SOPHIE (câline).

Tu viendras !

 

CHARLOTTE.

Oui ! j'irai !...

 

SOPHIE (se retire doucement en regardant sa sœur avec tendresse).

Tu viendras ?

 

CHARLOTTE.

(Rappelant Sophie qui s'éloigne. Avec élan.)

Ah ! reviens ! Que je t'embrasse encore !

(Sophie s'éloigne. Charlotte seule, revient lentement vers la table.)

 

 

CHARLOTTE, ne se contraignant plus.

Va ! laisse-les couler !

Elles font du bien, ma chérie !

Les larmes qu'on ne pleure pas

Dans notre âme retombent toutes,

Et de leurs patientes gouttes

Martèlent le cœur triste et las.

Sa résistance enfin s'épuise ;

Le cœur se creuse et s'affaiblit :

Il est trop grand, rien ne l'emplit ;

Et trop fragile, tout le brise !

 

SOPHIE, effrayée.

Tiens, Charlotte, crois-moi, ne reste pas ici...

Viens chez nous ; nous saurons te faire

Oublier ton souci ;

Le père

A fait apprendre à ses enfants

De magnifiques compliments

Pour la Noël...

Elle va reprendre les jouets qu'elle a déposés en entrant.

 

CHARLOTTE, à part, très troublée.

Noël ! oh ! cette lettre :

Répétant d'un ton sombre.

« Si tu ne me vois reparaître,

Au jour fixé, devant toi,

Ne m'accuse pas ; pleure-moi ! »

 

SOPHIE, revenant vers Charlotte.

Alors, c'est convenu ! tu viendras...

 

CHARLOTTE.

Oui... peut-être...

 

SOPHIE.

Non ! non ! certainement !

 

CHARLOTTE, essayant de sourire.

Certainement...

 

SOPHIE.

Bien vrai !

 

CHARLOTTE.

J'Irai, je le promets, mignonne…

 

SOPHIE.

Tu viendras !

 

CHARLOTTE

Oui ! j'irai !...

Rappelant Sophie qui s'éloigne. Avec élan.

Que je t’embrasse encor !

Sophie s'éloigne.

 

 

    

 

23. Prière "Ah ! Mon courage" et Retour de Werther

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Prière, Lied d'Ossian et Duo

anthologie Fekete

distribution

 

 

SCÈNE III

CHARLOTTE, puis WERTHER.

 

CHARLOTTE (avec désespoir, spontanément et comme malgré elle).

Ah ! Mon courage m'abandonne !

Seigneur ! Seigneur ! Seigneur Dieu ! Seigneur !

J'ai suivi ta loi, j'ai fait et je veux faire

Toujours mon devoir ! En toi seul, j'espère

Car bien rude est l'épreuve et bien faible mon cœur !

Seigneur Dieu ! Seigneur Dieu ! Seigneur !

Tu lis dans mon âme ; hélas ! tout la blesse !

Hélas ! tout la blesse et tout l'épouvante !

Prends pitié de moi, soutiens ma faiblesse !
Dieu bon ! Viens à mon secours ! Entends ma prière !

Entends ma prière ! O Dieu bon ! Dieu fort !

O Dieu bon ! En toi seul j'espère ! Seigneur Dieu ! Seigneur Dieu !

(La porte du fond s'ouvre. Werther paraît.)

Ciel ! Werther !

(Werther est debout, près de la porte, pâle, presque défaillant, s'appuyant à la muraille.)

 

WERTHER (d'une voix entrecoupée sans presque regarder Charlotte).

Oui, c'est moi !... je reviens... et pourtant...

Loin de vous... je n'ai pas laissé passer une heure,

Un instant, sans dire :

Que je meure plutôt que la revoir !

Puis, lorsque vint le jour

Que vous aviez fixé pour le retour...

Je suis parti... sur le seuil de la porte

Je résistais encor... je voulais fuir ! Qu'importe

D'ailleurs tout cela !... me voici !

 

CHARLOTTE (très émue, cherchant à se contenir et à paraître indifférente).

Pourquoi cette parole amère ?

Pourquoi ne plus revenir ? quand ici

Chacun vous attendait... mon père...

Les enfants...

 

WERTHER (s'approchant avec une curiosité expressive).

Et vous ? vous aussi ?

 

CHARLOTTE (coupant court aux mots qu'elle sent sur les lèvres de Werther et sans lui répondre).

Voyez ! la maison est restée

Telle que vous l'aviez quittée !

A la revoir ainsi

Ne vous semble-t-il pas qu'elle s'est souvenue ?

 

WERTHER (jetant un regard autour de lui).

Oui ! je vois... Ici, rien n'a changé... que les cœurs !

Toute chose est encore à la place connue !

 

CHARLOTTE (tendrement et simplement).

Toute chose est encore à la place connue !

 

WERTHER (va par la chambre.)

Voici le clavecin qui chantait mes bonheurs

Ou qui tressaillait de ma peine

Alors que votre voix accompagnait la mienne !

 

CHARLOTTE (émue).

Alors que votre voix accompagnait la mienne !

 

WERTHER (venant près de la table.)

Ces livres sur qui tant de fois

Nous avons incliné nos têtes rapprochées.

(Allant au secrétaire sur lequel est placée la boîte aux pistolets.)

Et ces armes... un jour ma main les a touchées.

(D'une voix sourde.)

Déjà, j'étais impatient

Du long repos auquel j'aspire !...

 

CHARLOTTE (sans voir ce dernier mouvement, est remontée vers le clavecin sur lequel elle a pris un manuscrit. A Werther).

Et voici ces vers d'Ossian

Que vous aviez commencé de traduire.

 

 

SCÈNE III

CHARLOTTE, puis WERTHER.
 

CHARLOTTE.

La force m'abandonne !

Seigneur Dieu, Seigneur !

J'ai fait et veux faire

Toujours mon devoir ! En toi seul, j'espère

Car bien rude est l'épreuve et bien faible mon cœur !
Seigneur Dieu, Seigneur !

Tu lis dans mon âme ; hélas ! tout la blesse !
Si mes pleurs t'offensaient, j'en demande pardon !

Viens à mon secours — ô Dieu fort ! Dieu bon !

Pends pitié de moi ! soutiens ma faiblesse !

La porte du fond s'ouvre. Werther paraît.

Ciel ! Werther !

Werther est debout, près de la porte, pâle, presque défaillant, s'appuyant à la muraille.

 

WERTHER.

Oui, c'est moi !... je reviens... et portant...

Loin de vous... je n'ai pas laissé passer une heure,

Un instant,

Sans dire que je meure

Plutôt que la revoir... Puis, lorsque vînt le jour

Que vous aviez fixé pour le retour...

Je suis parti... sur le seuil de la porte

Je résistais encor... je voulais fuir... Qu'importe
D'ailleurs tout cela !... me voici !

 

CHARLOTTE, très émue, cherchant à se contenir et à paraître indifférente.

Pourquoi cette parole amère ?

Pourquoi ne plus revenir, quand ici

Chacun vous attendait... mon père...

Les enfants...

 

WERTHER, s' approchant.

Et vous ? vous aussi ?

 

CHARLOTTE, coupant court aux mots qu'elle sent sur les lèvres de Werther.

Voyez ! la maison est restée

Telle que vous l'avez quittée !

A la revoir ainsi

Ne vous semble-t-il pas qu'elle s'est souvenue ?

 

WERTHER , jetant un regard autour de lui.

Oui ! je vois... Ici, rien n'a changé... que les cœurs !

Toute chose est encore à la place connue.

Allant par la chambre.

Voici le clavecin qui chantait mes bonheurs

Ou qui tressaillait de ma peine

Alors que votre voix accompagnait la mienne.

Venant près de la table.

Ces livres sur qui tant de fois

Nous avons incliné nos têtes rapprochées.

Allant au secrétaire sur lequel est placée la boîte aux pistolets.

Et ces armes... un jour ma main les a touchées.

D'une voix sourde.

Déjà, j'étais impatient

Du long repos auquel j'aspire !...

 

CHARLOTTE, sans voir ce dernier mouvement, est remontée vers le clavecin sur lequel elle a pris un manuscrit. A Werther.

Et voici ces vers d'Ossian

Que vous aviez commencé de traduire.

 

 

 

    

 

24. "Voici le clavecin" et Lied d'Ossian

intégrale 1931

distribution

 

 

 

Prière, Lied d'Ossian et Duo

anthologie Fekete

distribution

 

 

 

Duo et Lied d'Ossian

anthologie Etcheverry

distribution

 

 

    

 

"Oui, c'est moi !"

Charles Friant (Werther), Suzanne Brohly (Charlotte) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 2567, mat. 1478, enr. le 12 mai 1924

 

 

    

 

"Pourquoi cette parole amère"

Marius Corpait (Werther), Germaine Bailac (Charlotte) et Orchestre

Odéon X 97446, enr. en 1909/1910

 

 

 

Lied d'Ossian

Ernest Van Dyck (Werther, créateur à Vienne) et Piano

Pathé mat. 60604, enr. à Londres en 1903

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Emile Scaramberg (Werther) et Orchestre

Fonotipia 39186, mat. XPh 760, enr. en 1905

 

 

 

Lied d'Ossian

Guillaume Ibos (Werther, créateur à l'Opéra-Comique) et Piano

cylindre Gaumont, enr. à Paris en 1907

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Franz Gautier (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 90t n° 4684, réédité sur 80t n° 148, enr. en 1907

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Carlo Albani de la Scala de Milan (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 90t n° 4910, réédité sur 80t n° 12, enr. en 1908

 

 

    

 

Lied d'Ossian

M. Ixe [Albert Vaguet] (Werther) et Orchestre

Henry H. 16 B, enr. en 1909/1912

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Edmond Clément (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 119, mat. 3403, enr. en 1916

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Edmond Clément (Werther) et Victor Orchestra dir Walter B. Rogers

Victor 64234, mat. B-11394, enr. à Camden, New Jersey, le 18 décembre 1911

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Léon Campagnola (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone GC-4-32301, mat. 17184u, enr. à Paris le 29 avril 1912

 

 

 

Lied d'Ossian

Emile Marcelin (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone 4-32413, mat. 20609b, enr. à Paris le 16 juin 1919

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Charles Friant (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 357, mat. 4780, enr. le 19 avril 1923

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Charles Friant (Werther) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 188.503, mat KI 1031-1, enr. en janvier 1927

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Francis Banuls (Werther) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Gustave Cloëz

Odéon 188.542, mat. KI 1384-3, enr. le 28 septembre 1927

 

 

    

 

Lied d'Ossian

José de Trévi (Werther) et Orchestre

Gramophone P 767, mat. 4-32810, enr. le 14 juin 1928

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Miguel Villabella (Werther) et Orchestre dir François Rühlmann

Pathé X 90.027, mat. N 250.204, enr. vers 1932

 

 

    

 

Lied d'Ossian

José Luccioni (Werther) et Orchestre dir Eugène Bigot

Gramophone DA 4901, mat. OLA 1288-1, enr. le 10 octobre 1936

 

 

    

 

Lied d'Ossian

Georges Noré (Werther) et Orchestre de l'Opéra dir Eugène Bigot

Pathé PDT 176, mat. CPTX 737, enr. au Théâtre des Champs-Elysées le 27 octobre 1947

 

 

 

Lied d'Ossian

Alain Vanzo (Werther) et Orchestre dir Jésus Etcheverry

enr .en 1959

 

 

 

Lied d'Ossian

Georges Liccioni (Werther) et Orchestre dir Jésus Etcheverry

enr. vers 1965

 

 

WERTHER (prenant le manuscrit).

Traduire... Ah ! bien souvent mon rêve s'envola

Sur l'aile de ces vers, et c'est toi, cher poète,

Qui, bien plutôt, était mon interprète !

Toute mon âme est là !

(Avec une tristesse inspirée.)

« Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps

Pourquoi me réveiller ?

Sur mon front je sens tes caresses,

Et pourtant bien proche est le temps

Des orages et des tristesses !

Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ?

Demain, dans le vallon, viendra le voyageur

Se souvenant de ma gloire première.

Et ses yeux vainement chercheront ma splendeur :

Ils ne trouveront plus que deuil et que misère ! Hélas !

Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ? »

 

 

WERTHER, prenant le manuscrit.

Traduire... Ah ! bien souvent mon rêve s'envola

Sur l'aile de ces vers, et c'est toi, cher poète,

Qui, bien plutôt, étais mon interprète !

Toute mon âme est là !

Lisant.

« Pourquoi me réveiller, ô souffle du Printemps ?
Sur mon front je sens tes caresses,

Et pourtant bien proche est le temps

Des orages et des tristesses !

Demain, dans le vallon, viendra le voyageur.
Se souvenant de ma gloire première.

Et ses yeux vainement chercheront ma splendeur :

Ils ne trouveront plus que deuil et que misère ! »

 

 

    

 

25. "N'achevez pas"

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

26. "Soit ! adieu donc !"

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

"N'achevez pas !"

Marius Corpait (Werther), Germaine Bailac (Charlotte) et Orchestre

Odéon X 97465, enr. en 1909/1910

 

 

 

"N'achevez pas !"

Lucy Perelli (Charlotte), Emile Marcelin (Werther) et Orchestre

Gramophone W 851, mat. 034299, enr. le 30 septembre 1926

 

 

CHARLOTTE (très troublée).

N'achevez pas !

Hélas !

Ce désespoir... ce deuil... on dirait... il me semble !...

 

WERTHER.

Ciel ! ai-je compris ? ai-je compris ? Dans cette voix qui tremble...

Dans ces deux yeux remplis

De larmes, n'est-ce pas un aveu que je lis !...

 

CHARLOTTE (frémissante).

Ah !... taisez-vous !

 

WERTHER (en s'exaltant de plus en plus).

A quoi bon essayer de nous tromper encore.

 

CHARLOTTE.

Je vous implore !

 

WERTHER (avec ardeur).

Va ! nous mentions tous deux en nous disant vainqueurs

De l'immortel amour qui tressaille en nos cœurs.

(S'exaltant.)

Ah ! ce premier baiser, mon rêve et mon envie !

Bonheur tant espéré qu'aujourd'hui j'entrevois,

Il brûle sur ma lèvre encore inassouvie

Ce baiser… ce baiser demandé pour la première fois !

 

CHARLOTTE (défaillante, tombe éperdue sur le canapé).

Ah ! ma raison s'égare...

 

WERTHER (se jetant à ses pieds).

Tu m'aimes... tu m'aimes ! tu m'aimes !

 

CHARLOTTE (le repoussant).

Non ! tout ce qui nous sépare

Peut-il être oublié ?

 

WERTHER (insistant).

Tu m'aimes !...

 

CHARLOTTE (se défendant toujours).

Pitié !

 

WERTHER.

Il n'est plus de remords !

 

CHARLOTTE.

Non !

 

WERTHER.

Il n'est plus de tourments !...

 

CHARLOTTE.

Ah ! pitié !...

 

WERTHER.

Hors de nous rien n'existe et tout le reste est vain !

 

CHARLOTTE.

Ah ! Seigneur ! défendez-moi !

 

WERTHER.

Mais l'amour seul est vrai, car c'est le mot divin !

 

[ CHARLOTTE.

[ Défendez-moi, Seigneur !

[ Défendez-moi contre moi-même

[ Défendez-moi contre lui, défendez-moi !

[ Pitié ! Pitié ! (dans les bras de Werther) Ah !

[

[ WERTHER.

[ Viens ! Je t'aime ! Il n'est plus de remords…

[ Car l'amour seul est vrai,

[ C'est le mot, le mot divin !

[ Je t'aime ! Je t'aime ! Je t’aime !

 

CHARLOTTE (se redressant, affolée).
Ah ! moi ! moi ! dans ses bras !

 

WERTHER (subitement revenu à lui, implorant Charlotte).

Pardon !

 

CHARLOTTE (résolument).

Non ! Vous ne me verrez plus...

 

WERTHER.

Charlotte !...

 

CHARLOTTE (avec un reproche déchirant).

C'est vous, vous que je fuis l'âme désespérée !

Adieu ! adieu ! pour la dernière fois !

(Elle s'enfuit et ferme sur elle la porte de la chambre. Werther se précipite sur ses pas.)

 

WERTHER (atterré).

Mais non ! c'est impossible... écoute-moi... ma voix

Te rappelle... reviens... Tu me seras sacrée !... Reviens ! Reviens !

(presque parlé) Rien !... pas un mot... elle se tait.

(résolument) Soit ! adieu donc ! Charlotte a dicté mon arrêt !

(Remontant vers la porte du fond.)

Prends le deuil, ô Nature ! Nature !

Ton fils, ton bien-aimé, ton amant va mourir,

Emportant avec lui l'éternelle torture !

Ma tombe peut s'ouvrir !

(Il s'enfuit.)

 

 

CHARLOTTE, très troublée.

N'achevez pas !

Hélas !

Ce désespoir... ce deuil... on dirait... il me semble !...

 

WERTHER.

Ah ! ciel ! ai-je compris... Dans cette voix qui tremble...

Dans ces deux yeux remplis

De larmes, n'est-ce pas un aveu que je lis !...

Se rapprochant de Charlotte.

A quoi bon essayer de nous tromper encore.

 

CHARLOTTE.

Je vous implore !

 

WERTHER.

Va ! nous mentions tous deux en nous disant vainqueurs

De l'immortel amour qui tressaille en nos cœurs.

S'exaltant.

Ah ! ce premier baiser, mon rêve et mon envie,

Bonheur tant espéré qu'aujourd'hui j'entrevois,

Il brûle sur ma lèvre encore inassouvie

Ce baiser demandé pour la première fois !

 

CHARLOTTE, défaillante.

Werther !

 

WERTHER.

Ah ! ma raison s'égare.

Tu m'aimes...

 

CHARLOTTE, le repoussant.

Non... tout ce qui nous sépare

Ne peut être oublié !

 

WERTHER, se jetant à ses pieds.

Tu m'aimes !... tu m'aimes !...

 

CHARLOTTE.

Pitié !

 

WERTHER.

Je t'aime !...
Il n'est plus de remords, il n'est plus de tourment...

 

CHARLOTTE, éperdue.

Seigneur clément,

Défendez-moi contre moi-même.

 

WERTHER.

Hors de nous rien n'existe et tout le reste est vain ;

Mais l'amour seul est vrai, car c'est le mot divin.

 

CHARLOTTE.

Défendez-moi, Seigneur !

 

WERTHER.

Viens !

 

CHARLOTTE, dans les bras de Werther.

Ah ! pitié !

 

WERTHER.

Je t'aime !

 

CHARLOTTE, se redressant, affolée.

Ah ! moi ! moi ! dans ses bras !

 

WERTHER, suppliant.

Pardon !

 

CHARLOTTE, résolument.

Vous ne me verrez plus...

 

WERTHER.

Grâce, Charlotte !...

 

CHARLOTTE.

Non !

C'est vous, vous que je fuis l'âme désespérée.

Adieu, pour la dernière fois !

Elle s'enfuit et ferme sur elle la porte de sa chambre.

 

WERTHER, se précipitant sur ses pas.

Mais non ! c'est impossible... écoute-moi... ma voix

Te rappelle.., reviens... Tu me seras sacrée !...

Rien!... pas un mot... elle se tait.

Soit ! adieu donc ! Charlotte a dicté mon arrêt !

Remontant vers la porte du fond.

Prends le deuil, ô nature !

Ton fils, ton bien-aimé, ton amant va mourir.

Emportant avec lui l'éternelle torture !

Ma tombe peut s'ouvrir !

Il s'enfuit.

 

 

 

fin de l'acte III - représentation à l'Opéra-Comique en 1903 avec André Allard (Albert), Jeanne Marié de l'Isle (Charlotte) et X (un Domestique)

 

 

SCÈNE IV

ALBERT, puis CHARLOTTE.

 

ALBERT (entrant, préoccupé, sombre).

Werther est de retour... on l'a vu revenir...

(Étonné.)

Personne ici ?... la porte ouverte sur la rue...

Que se passe-t-il donc ?

(Il se dirige vers la chambre de Charlotte. Appelant.)

Charlotte !... Charlotte !

 

CHARLOTTE (terrifiée à la vue de son mari).

Ah !

 

ALBERT (d'un ton bref).

Qu'avez-vous ?

 

CHARLOTTE (de plus en plus troublée).

Mais rien !...

 

ALBERT (insistant).

Vous semblez émue... troublée...

 

CHARLOTTE (cherchant vainement à se remettre).

Oui !... la surprise...

 

ALBERT (presque violent).

Et qui donc était là ?

 

CHARLOTTE (balbutiant).

Là !...

 

ALBERT.

Répondez !

(Un domestique est entré, apportant une lettre.)

Un message ?

(Reconnaissant l'écriture et regardant fixement Charlotte.)

De Werther...

 

CHARLOTTE (ne pouvant retenir un cri de surprise).

Dieu !

 

ALBERT (gravement et sans perdre Charlotte de vue).

« Je pars pour un lointain voyage.

Voulez-vous me prêter vos pistolets ? »

 

CHARLOTTE (à part, se sentant défaillir).

Il part !

 

ALBERT (continuant).

« Dieu vous garde tous deux. »

 

CHARLOTTE (terrifiée).

Ah ! l'horrible présage !

 

ALBERT (à Charlotte, froidement).

Donnez-les-lui !...

 

CHARLOTTE (reculant épouvantée).

Qui ? moi ?

 

ALBERT (indifférent et la fixant).

Sans doute...

 

CHARLOTTE (comme fascinée par le regard de son mari, se dirige machinalement vers le secrétaire où est déposée la boîte aux pistolets).

Quel regard !

(Albert se dirige vers la chambre à droite, et avant d'y entrer, regarde encore Charlotte qui remonte, en se soutenant à peine, vers le domestique auquel elle remet la boîte. Le domestique sort.

Albert froisse la lettre qu'il tenait à la main, la jette au loin avec un geste de colère et entre vivement dans la chambre.

Une fois seule, Charlotte se rend compte de la situation, elle semble se remettre et court prendre une mante qui est déposée sur un des fauteuils.)

Dieu ! tu ne voudras pas que j'arrive trop tard !

(Elle s'enfuit désespérée.)

 

 

SCÈNE IV

ALBERT, puis CHARLOTTE.

 

ALBERT, entrant, préoccupé, sombre.

Werther est de retour... on l'a vu revenir...

Étonné.

Personne ici ?... la porte ouverte sur la rue...

Il se dirige vers la chambre de Charlotte. — Appelant.

Charlotte !...

 

CHARLOTTE, poussant un cri à la vue de son mari.

Ah !

 

ALBERT.

Qu'avez-vous ?

 

CHARLOTTE, de plus en plus troublée.

Rien !...

 

ALBERT.

Pourtant vous voilà

Troublée, émue...

 

CHARLOTTE.

Oui !... la surprise...

 

ALBERT, presque violent.

Et qui donc était là ?

 

CHARLOTTE.

Qui ? là !...

 

ALBERT.

Répondez !

Un domestique est entré, apportant une lettre.

Un message !

Reconnaissant l'écriture et regardant fixement Charlotte.

De Werther...

 

CHARLOTTE.

Dieu !

 

ALBERT, lisant, sans perdre Charlotte de vue.

« Je pars pour un lointain voyage.

Voulez-vous me prêter vos pistolets ? »

 

CHARLOTTE, à part, se sentant défaillir.

Il part !

 

ALBERT, continuant.

« Dieu vous garde tous deux. »

 

CHARLOTTE, à part, avec terreur.

Ah ! l'horrible présage !

 

ALBERT, à Charlotte, froidement.

Donnez-les-lui !...

 

CHARLOTTE, reculant épouvantée.

Qui ? moi ?

 

ALBERT.

Sans doute...

 

CHARLOTTE, comme fascinée par le regard de son mari, se dirige vers le secrétaire où est déposée la boîte aux pistolets.

Quel regard !

Albert se dirige vers la chambre à droite et, avant d'y entrer, regarde encore Charlotte qui remonte, en se soutenant à peine, vers le domestique auquel elle remet les armes. — Le domestique sort. — Albert froisse la lettre qu'il tenait à la main, la jette et entre vivement dans la chambre. — Une fois seule, Charlotte court prendre une mante qui est déposée sur un des fauteuils.

Dieu ! tu ne voudras pas que j'arrive trop tard !

Elle sort désespérée.

 

 

 

 

 

(version de la partition)

 

 

ACTE QUATRIÈME

 

 

PREMIER TABLEAU

 

LA NUIT DE NOËL

 

On aperçoit la petite ville de Wetzlar, vue à vol d'oiseau, la nuit de Noël. La lune jette une grande clarté sur les arbres et les toits, couverts de neige. Quelques fenêtres s'éclairent peu à peu. Il neige. Nuit dans la salle. La musique continue jusqu'au changement de décor.

 

 

Symphonie : la Nuit de Noël

 

(livret, édition de mars 1912)

 

 

ACTE QUATRIÈME

 

 

PREMIER TABLEAU

 

LA NUIT DE NOËL

  

On aperçoit la petite ville de Wetzlar, vue à vol d'oiseau, la nuit de Noël. — La lune jette une grande clarté sur les arbres et les toits, couverts de neige. — Quelques fenêtres s'éclairent peu à peu. — Il neige. — Nuit dans la salle. — La musique continue jusqu'au changement de décor.

 

 

Symphonie : la Nuit de Noël

 

 

    

 

27. 1er et 2e tableaux

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

Prélude de l'acte IV

Grand Orchestre Symphonique dir Gustave Cloëz

Odéon 170.005, mat. XXP 6489-2, enr. en juin 1928

 

 

 

 

 

 

Acte IV. 2e tableau. Guillaume Ibos (Werther) et  Marie Delna (Charlotte) lors de la première à l'Opéra-Comique, dessin de Paul Destez

 

 

(version de la partition)

 

 

ACTE QUATRIÈME

 

 

DEUXIÈME TABLEAU

 

LA MORT DE WERTHER

 

Le cabinet de travail de Werther. Un chandelier à trois branches, garni d'un réflecteur, éclaire à peine la table chargée de livres et de papiers. Au fond, un peu sur la gauche, en pan coupé, une large fenêtre ouverte, au travers de laquelle on aperçoit la place du village et les maisons couvertes de neige. Une des maisons, celle du Bailli, est éclairée. Au fond, à droite, une porte. La clarté de la lune pénètre dans la chambre. Seul, au premier plan, Werther, mortellement frappé, est étendu près de la table.

 

(livret, édition de mars 1912)

 

 

ACTE QUATRIÈME

 

 

DEUXIÈME TABLEAU

 

LA MORT DE WERTHER

 

Le cabinet de travail de Werther. — Un chandelier à trois branches, garni d'un réflecteur, éclaire à peine la table chargée de livres et de papiers. — Au fond, un peu sur la gauche, en pan coupé, une large fenêtre ouverte, au travers de laquelle on aperçoit la place du village et les maisons couvertes de neige. — Une des maisons, celle du bailli, est éclairée. — Au fond, à droite, une porte. — La clarté de la lune pénètre dans la chambre.

Seul, au premier plan, Werther, mortellement frappé, est étendu à terre.

 

 

    

 

28. "Charlotte ! Ah ! c'est toi !"

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

29. "Oui ! du jour même où tu parus"

intégrale 1931

distribution

 

 

    

 

30. "Pourquoi ces larmes ?"

intégrale 1931

distribution

 

 

SCÈNE PREMIÈRE
WERTHER, puis CHARLOTTE.

 

CHARLOTTE (entrant brusquement et appelant, avec angoisse).

Werther ! Werther ! Rien !...

(Tout à coup, elle aperçoit le corps de Werther et se jette sur lui, puis pousse un cri et recule, épouvantée.)

Dieu ! Ah ! du sang !

(le prenant dans ses bras)

Non ! non ! c'est impossible !

Il ne peut être mort ! Werther ! Werther ! Ah ! reviens à toi !

Réponds ! réponds ! Ah ! c'est horrible !

 

WERTHER (ouvrant les yeux, reconnaissant Charlotte).

Qui parle ?... Charlotte ! Ah !... c'est toi !... pardonne-moi !

 

CHARLOTTE.

Te pardonner, quand c'est moi qui te frappe,

Quand le sang qui s'échappe

De ta blessure, c'est moi qui l'ai versé !...

 

WERTHER (qui s'est soulevé un peu).

Non !

Tu n'as rien fait que de juste et de bon !

Mon âme te bénit pour cette mort

Qui te garde innocente

Et m'épargne un remords !

 

CHARLOTTE (affolée et se tournant vers la porte).

Mais il faut du secours ! du secours !

 

WERTHER (la retient, se soulevant sur un genou).

Non ! n'appelle personne...

Tout secours serait vain !

Donne

Seulement ta main...

(Il s'appuie sur Charlotte et se lève. Souriant.)

Vois !... je n'ai pas besoin d'autre aide que la tienne !

(Il tombe assis, puis, le front sur la main de Charlotte, et d'une voix très douce presque câline.)

Et puis, il ne faut pas qu'on vienne

Encore ici

Nous séparer... On est si bien ainsi

(Lui prenant la main.)

A cette heure suprême

Je suis heureux ; je meurs en te disant

Que je t'adore !...

 

CHARLOTTE (tendrement passionnée).

Et moi, Werther, et moi, je t'aime !

 

WERTHER.

Parle encore ! parle ! je t'en conjure !

 

CHARLOTTE.

Oui ! du jour même

Où tu parus devant mes yeux,

J'ai senti qu'une chaîne

Impossible à briser nous liait tous les deux !

A l'oubli du devoir j'ai préféré ta peine

Et pour ne pas me perdre, hélas ! je t'ai perdu !...

(continuant malgré la plus profonde émotion)

Mais si la mort approche, avant qu'elle te prenne...

(Avec transport.)

Ah ! ton baiser, du moins, je te l'aurai rendu !

(Elle l'embrasse.)

Que ton âme en mon âme éperdument se fonde !

Dans ce baiser qu'elle oublie, à jamais, tous les maux, les chagrins !

Qu'elle oublie les douleurs, tout...

 

WERTHER et CHARLOTTE (ensemble).

Oublions tout ! Tout... oublions tout !

(Rires bruyants au loin. Voix des enfants dans la maison du Bailli.)

 

VOIX DES ENFANTS.

Noël ! Noël ! Noël !

 

CHARLOTTE (douloureusement).

Dieu ! Ces cris joyeux, ce rire en ce moment cruel !

 

VOIX DES ENFANTS (au dehors).

Jésus vient de naître !

Voici notre divin maître

Rois et bergers d'Israël.

Noël !...

 

WERTHER (se soulevant un peu, avec une sorte d'hallucination).

Ah ! les enfants... les anges... oui, Noël,

C'est le chant de la délivrance,

C'est l'hymne de pardon

Redit par l'innocence !

 

CHARLOTTE (se rapprochant, effrayée de ce délire qui commence).

Werther !

 

WERTHER (de plus en plus halluciné).

Pourquoi ces larmes ?... Crois-tu donc

Qu'en cet instant ma vie est achevée ?

Elle commence, vois-tu bien...

 

[ VOIX DE SOPHIE (au loin, dans la maison du Bailli).

[ Noël ! Dieu permet d'être heureux !

[ Le bonheur est dans l'air ! Tout le monde est joyeux !

[ Le bonheur est dans l'air ! Dieu permet d'être heureux !

[  

[ VOIX DES ENFANTS.

[ Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël !

 

WERTHER (qui a écouté, debout, frémissant, les yeux grands ouverts s'appuie sur le fauteuil et s'y laisse tomber avec un gémissement).

Dieu permet d'être heureux !...

 

CHARLOTTE (le regardant, avec angoisse).

Ses yeux se ferment !... sa main se glace...

Il va mourir... mourir !... ah ! pitié, grâce !

Je ne veux pas... je ne veux pas... ah ! Werther !

Werther, réponds... tu peux encore m'entendre.

(Pressant Werther contre elle.)

La mort entre mes bras,

N'osera pas te prendre !

Tu vivras !... Tu vivras !... vois... je ne crains plus rien.

 

 

SCÈNE PREMIÈRE
WERTHER, puis CHARLOTTE.

 

CHARLOTTE, entrant brusquement et appelant, avec angoisse.

Werther !... Rien !...

Tout à coup, elle aperçoit le corps de Werther et se jette sur lui, puis pousse un cri et recule, épouvantée.

Dieu ! du sang !

Non ! non ! c'est impossible !

Il ne peut être mort ! — Werther ! reviens à toi !

Réponds ! réponds ! — Ah ! c'est horrible !

 

WERTHER, ouvrant les yeux, reconnaissant Charlotte.

Qui parle ?... Charlotte, ah ! c'est toi, pardonne-moi !

 

CHARLOTTE.

Te pardonner, quand c'est moi qui te frappe,

Quand le sang qui s'échappe

De ta blessure, c'est moi qui l'ai versé !...

 

WERTHER, qui s'est soulevé un peu.

Non !

Tu n'as rien fait que de juste et de bon !

Mon âme reconnaissante

Te bénit pour cette mort

Qui te garde innocente

Et m'épargne un remords !

 

CHARLOTTE, affolée et se tournant vers la porte.

Mais il faut du secours !

 

WERTHER, se soulevant sur un genou.

Non! n'appelle personne...

Tout secours serait vain !

Donne

Seulement ta main...

Il s'appuie sur Charlotte et se lève. Souriant.

Vois!... je n'ai pas besoin d'autre aide que la tienne !

Il tombe assis, puis, le front sur la main de Charlotte, et d'une voix très douce, presque câline.

Et puis, il ne faut pas qu'on vienne

Encore ici

Nous séparer... On est si bien ainsi

Lui prenant la main.

A cette heure suprême :

Je suis heureux ; je meurs en te disant

Que je t'adore !...

 

CHARLOTTE, avec élan.

Et moi, Werther, et moi, je t'aime !

 

WERTHER.

Dieu puissant !

 

CHARLOTTE.

Oui ! du jour même

Où tu parus devant mes yeux,

J'ai senti qu'une chaîne

Impossible à briser nous liait tous les deux !

À l'oubli du devoir j'ai préféré ta peine

Et pour ne pas me perdre, hélas ! je t'ai perdu !...

Mais si la mort approche, avant qu'elle te prenne...

Avec transport.

Ah ! ton baiser, du moins, je te l'aurai rendu !

Elle l'embrasse.

Que ton âme en mon âme éperdument se fonde !

Qu'elle oublie, à jamais, en ce baiser, le monde,

Les maux, les douleurs, tout...

 

WERTHER et CHARLOTTE, ensemble.

Oublions tout !

Rires bruyants au loin. Voix des enfants dans la maison du bailli.

 

VOIX DES ENFANTS.

Noël !

 

CHARLOTTE, douloureusement.

Ces cris joyeux, ce rire en ce moment cruel !

 

VOIX DES ENFANTS, au dehors.

Jésus vient de naître !

Voici notre divin maître

Rois et bergers d'Israël.

Noël !...

 

WERTHER, se soulevant un peu, avec une sorte d'hallucination.

Ah ! les enfants... les anges... oui, Noël,

C'est le chant de la délivrance,

C'est l'hymne de pardon

Redit par l'innocence !

 

CHARLOTTE, se rapprochant, effrayée de ce délire qui commence.

Werther !

 

WERTHER, de plus en plus halluciné.

Pourquoi ces larmes ?... Crois-tu donc

Qu'en cet instant ma vie est achevée ?

Elle commence, vois-tu bien...

Voici que je m'en vais vers mon père... et le tien !

Il me consolera jusqu'à ton arrivée !

 

VOIX DE SOPHIE.

Dieu permet d'être heureux !

Le bonheur est dans l'air ! tout le monde est joyeux !

 

VOIX DES ENFANTS.

Noël ! Noël !

 

WERTHER, qui a écouté, debout, frémissant, les yeux grands ouverts s'appuie sur le fauteuil et s'y laisse tomber avec un gémissement.

Dieu permet d'être heureux !...

 

CHARLOTTE, le regardant, avec angoisse.

Ses yeux se ferment !... sa main se glace...

Il va mourir... mourir !... ah ! pitié, grâce !

Je ne veux pas... je ne veux pas...

Werther, réponds... tu peux encore m'entendre.

Pressant Werther contre elle.

La mort entre mes bras,

N'osera pas te prendre !

Tu vivras !... Tu vivras !... vois... je ne crains plus rien.

 

 

 

Mort de Werther

anthologie Etcheverry

distribution

 

 

    

 

"Non ! n'appelle personne..."

Charles Friant (Werther), Suzanne Brohly (Charlotte) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 2567, mat. 1477, enr. le 05 mai 1924

 

 

    

 

Mort de Werther

Léon Campagnola (Werther) et Orchestre

Disque Pour Gramophone GC-4-32293, mat. 16949u, enr. vers 1910

 

 

    

 

Mort de Werther

Jean Marny (Werther) et Orchestre

Pathé saphir 80t n° 337, mat. 3787, enr. en 1922

 

 

WERTHER (d'une voix éteinte).

Non !... Charlotte... je meurs... oui... mais écoute bien :

Là-bas, au fond du cimetière,

Il est deux grands tilleuls... C'est là que pour toujours

Je voudrais reposer... Si cela

M'était refusé, si la terre

Chrétienne est interdite au corps d'un malheureux,

Près du chemin ou dans le vallon solitaire

Allez placer ma tombe... En détournant les yeux

Le prêtre passera... Mais à la dérobée

Quelque femme viendra visiter le banni,

Et d'une douce larme en son ombre tombée

Le mort, le pauvre mort, se sentira béni !

(Sa voix s'arrête ; il fait quelques efforts pour respirer, puis, ses bras, d'abord étendus, retombent, sa tête s'incline, il meurt.)

 

CHARLOTTE (ne pouvant croire à ce qu'elle voit, prend la tête de Werther dans ses mains, puis pousse un cri d'épouvante).

Ah !

 

VOIX DES ENFANTS (au loin).

Jésus vient de naître

Voici notre Divin maître ;

 

[ CHARLOTTE (l'appelant désespérément).

[ Werther !...

[ (faiblissant) ah !...

[

[ VOIX DES ENFANTS.

[ Rois et bergers d'Israël !

 

CHARLOTTE (comprenant tout enfin, elle s'évanouit et tombe inanimée par terre devant le fauteuil).

Tout est fini !...

(Le rideau commence à baisser lentement.)

 

VOIX DES ENFANTS.

Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël ! Noël !

(Au dehors, au loin, rires bruyants, chocs de verres, cris joyeux.)

 

 

WERTHER, d'une voie éteinte.

Ah !... Charlotte... je meurs... oui... mais écoute bien :

Là-bas, au fond du cimetière,

Il est deux grands tilleuls... C'est là

Que je voudrais reposer... Si cela

M'était refusé, si la terre

Chrétienne est interdite au corps d'un malheureux,

Près du chemin ou dans le vallon solitaire

Allez placer ma tombe... En détournant les yeux

Le prêtre passera... Mais à la dérobée

Quelque femme viendra visiter le banni,

Et d'une pure larme en son ombre tombée

Le mort, le pauvre mort, se sentira béni !

Sa voix s'arrête ; il fait quelques efforts pour respirer, puis, ses bras, d'abord étendus, retombent, sa tête s'incline, il meurt.

 

CHARLOTTE, ne pouvant croire à ce qu'elle voit, prend la tête de Werther dans ses mains, puis pousse un cri d'épouvante.

Ah !

 

VOIX DES ENFANTS.

Jésus vient de naître

Voici notre Divin maître...

Noël !

 

CHARLOTTE, appelant désespérément.

Werther !... Tout est fini !...

Elle tombe évanouie aux pieds de Werther. Au dehors, au loin, rires bruyants, chocs de verres, cris joyeux.

 

 

 

 

 

         

 

Fantaisie sur Werther

Musique de la Garde Républicaine dir César Bourgeois

Disque Pour Gramophone W 34, mat. 30129 et 30130, enr. à Paris le 06 avril 1914

 

 

 

 

 

 

 

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