Charles BATTAILLE

 

Charles Battaille par Eugène Battaille (1817-1882), en 1850

 

 

Charles Amable dit Charles BATTAILLE

 

basse et professeur de chant français

(Nantes, Loire-Atlantique, 30 septembre 1822* – Paris 10e, 02 mai 1872*)

 

Fils de Louis BATTAILLE, chirurgien, et de Rose LEPAUVRE.

Epouse à Paris 9e le 14 novembre 1861* Louise Catherine Albertine DELAPRÉ (Lyon, Rhône, 08 février 1840 –).

Père de Jean-Louis BATTAILLE (Paris 1er, 07 février 1863* –), poète et chansonnier [épouse 1. à Paris 1er le 21 novembre 1895 Marie Honorine RÉGNARD ; 2. à Paris 9e le 09 octobre 1920 Jeanne Marie DION] ; et de Louis Aristide dit Louis-Charles BATTAILLE (– 1937), chanteur [épouse à Paris 17e le 26 septembre 1905 Aimée Marie MICLOS dite Marie ROGER-MICLOS (Toulouse, Haute-Garonne, 01 mai 1860* Paris 16e, 19 mai 1951), pianiste].

 

 

Il était déjà docteur en médecine lorsqu'il abandonna la science pour l’art. Sorti du Conservatoire de Paris avec les trois premiers prix de chant, d'opéra et d'opéra-comique, il débuta à l'Opéra-Comique en 1848. Sa belle voix de basse chantante et son intelligence scénique le mirent bientôt en évidence. Il chanta également aux Concerts du Conservatoire (sociétaire du 31 octobre 1848 au 15 janvier 1849, puis soliste). Après un court séjour au Théâtre-Lyrique, Battaille rentra pour un instant à l'Opéra-Comique, mais la fatigue de sa voix l'obligea à renoncer au théâtre en 1857 et à se borner aux soins de la classe de chant qu'on lui avait confiée au Conservatoire depuis 1851. On lui doit un traité, De l’enseignement du chant : I. Nouvelles recherches sur la phonation, II. De la physiologie appliquée à l'étude du mécanisme vocal (Paris, 1861, 1863). Après le 4 septembre 1870, Battaille fut nommé sous-préfet d'Ancenis, fonctions qu’il a rempli non sans mérite, de septembre 1870 au 13 juillet 1871.

En 1861, il habitait 44 rue de Luxembourg [auj. rue Cambon] à Paris 1er. Il est décédé en son domicile 23 rue d’Hauteville à Paris 10e.

 

=> Nouvelles recherches sur la phonation, par Charles Battaille (1861)

=> De la physiologie appliquée à l'étude du mécanisme vocal, par Charles Battaille (1863)

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il y débuta le 22 juin 1848 dans la Fille du régiment (Sulpice).

 

Il y créa le 11 novembre 1848 le Val d'Andorre (Jacques Sincère) de Fromental Halévy ; le 18 mai 1849 le Toréador (Belflor) d'Adolphe Adam ; le 01 octobre 1849 la Fée aux roses (Atalmuc) de Fromental Halévy ; le 20 avril 1850 le Songe d'une nuit d'été (Falstaff) d'Ambroise Thomas ; le 28 décembre 1850 la Dame de pique (André Roskaw) de Fromental Halévy ; le 20 février 1852 le Carillonneur de Bruges (Matthéus Claës) d'Albert Grisar ; le 07 septembre 1852 le Père Gaillard (le Père Gaillard) d'Henri Reber ; le 16 novembre 1852 la Fête des Arts d'Adolphe Adam ; le 21 décembre 1852 Marco Spada (le Baron de Torrida) d'Esprit Auber ; le 16 février 1854 l'Etoile du Nord (Peters Michaeloff) de Giacomo Meyerbeer ; le 11 avril 1855 la Cour de Célimène (le Commandeur de Beaupré) d'Ambroise Thomas ; le 17 octobre 1855 le Houzard de Berchini (Gédéon) d'Adolphe Adam ; le 22 décembre 1855 les Saisons (Nicolas) de Victor Massé ; le 26 avril 1856 Valentine d'Aubigny (Gilbert) de Fromental Halévy ; le 26 janvier 1857 Psyché (Mercure) d'Ambroise Thomas.

 

 

Sa carrière au Théâtre-Lyrique

 

Il y débuta en 1859.

 

Il y chanta les premières suivantes : le 11 mai 1859 l'Enlèvement au sérail (Osmin) de Mozart [version française de Prosper Pascal] ; le 05 mai 1860 de Fidelio (Rocco) de Beethoven ; le 15 octobre 1860 le Val d'Andorre (Jacques Sincère) de Fromental Halévy.

 

Il y créa le 18 février 1860 Philémon et Baucis (Jupiter) de Charles Gounod ; le 08 mai 1861 Au travers du mur (Thomassini) de Joseph Poniatowski ; le 30 octobre 1862 Hymne à la musique de Charles Gounod ; le 07 janvier 1863 Ondine de Théodore Semet.

 

 

 

 

 

Né d'un père médecin, qui le destina de bonne heure à suivre la même carrière que lui. Il étudia la médecine à Nantes pendant cinq ans, fut reçu interne au concours de cette ville, et pendant quatre ans exerça les fonctions de prosecteur d'anatomie. Il fut reçu bachelier ès sciences à Caen, et passa à Paris ses quatre premiers examens cour le doctorat. Cependant un penchant irrésistible l'entraînait vers le théâtre ; il se destina d'abord au drame et à la tragédie, mais, encouragé par le célèbre professeur Garcia, il se fit recevoir au Conservatoire, où il emporta, après deux ans d'études, les trois premiers prix de chant, d'opéra et d'opéra-comique, succès presque sans précédent au Conservatoire.

 

Basset, alors directeur de l'Opéra-Comique, devina le jeune artiste et l'engagea à de brillantes conditions. Son début eut lieu le 22 juin 1848 dans le rôle de Sulpice de la Fille du régiment, opéra de Donizetti ; malheureusement, les tristes journées de juin commencèrent le lendemain de cette représentation, et les chants cessèrent... M. Battaille avait été remarqué, et se signala à la fin de cette funeste année 1848, en créant, d'une façon magistrale, le rôle du vieux chevrier du Val d'Andorre, d'Halévy. Il obtint ensuite les plus brillants succès dans le Carillonneur de Bruges, la Fée aux roses, le Toréador, le Songe d'une nuit d'été, Marco Spada, etc. ; sa plus belle création fut celle de Pierre le Grand, dans l'Etoile du Nord, opéra de Meyerbeer, ouvrage dans lequel il déploya, en même temps qu'une grande science de chant, son art de comédien, auquel il dut toujours la moitié de ses succès.

 

Après s’être éloigné quelque temps de la scène, M. Battaille reparut au Théâtre-Lyrique, où il se fit de nouveau applaudir dans divers rôles, entre autres celui d'Osmin de l'Enlèvement au sérail, de Mozart. Il y reprit aussi le rôle du chevrier dans le Val d'Andorre, son premier triomphe. M. Battaille s'est depuis quelque temps retiré définitivement du théâtre, et se consacre entièrement au professorat. Il est, depuis 1851, professeur de chant au Conservatoire, et on lui doit un mémoire intitulé : Nouvelles recherches sur la phonation (1861, in-8°), suivi d'un second qui le complète : De l'enseignement du chant ; deuxième partie : De la physiologie appliquée à l'étude du mécanisme vocal (1863, in-8°). Ces différents ouvrages, ainsi que ses savantes créations, ont valu à M. Battaille diverses décorations étrangères, entre autres celle de Saints-Maurice et Lazare. Ses études sur la phonation lui ont valu aussi un prix de physiologie de l'Académie des sciences. La voix de M. Battaille est celle de la basse-taille, elle est d'une agilité merveilleuse et d'une gravité vraiment exceptionnelle ; on a pu l’entendre, dans l'Etoile du Nord, donner le contre-mi bémol grave avec beaucoup de puissance, et dans l'Enlèvement au sérail le contre-ré grave ; ce ne sont là, sans doute, que des curiosités vocales ; mais unies à cette science et à ce tempérament d'artiste qui distinguent M. Battaille, elles constituent un ensemble rare de qualités précieuses.

 

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876)

 

 

 

 

Charles Battaille, lithographie de Firmin Gillot d'après Emile Bayard, parue dans l'album du Gaulois (1865)

 

 

 

Son père était médecin à Nantes, et résolut de lui faire embrasser la même profession. Après avoir été faire ses études à Caen et s'y être fait recevoir docteur, Battaille revint donc s'établir dans sa ville natale. Mais la clientèle n'arrivant pas assez vite à son gré, il résista aux nouvelles instances de son père, qui avait toujours contrarié son goût pour le théâtre, et s'en vint tenter la fortune à Paris. Un biographe contemporain affirme qu'il fut refusé à l'unanimité, en novembre 1845, aux examens d'admission du Conservatoire. Ceci est évidemment inexact puisque, dès le concours de 1846, Battaille obtenait un accessit de chant. En 1847, il remportait simultanément les trois premiers prix de chant, d'opéra et d'opéra-comique, et se voyait couronner en même temps que Balanqué, Meillet et M. Gueymard, et en compagnie d'une jeune fille appelée à devenir l'une des premières artistes de son temps, Mlle Félix-Miolan, aujourd'hui Mme Carvalho. Au Conservatoire, Battaille avait été l'élève de Manuel Garcia.

 

Il fut engagé presque aussitôt à l'Opéra-Comique, où ses débuts, qui devaient avoir lieu le 23 février 1848, furent retardés par les événements. Ce n'est que le 22 juin suivant qu'il fit son apparition sur la scène Favart, où il se montra pour la première fois dans un rôle secondaire, celui de Sulpice de la Fille du Régiment. Mais sa voix de basse chantante était belle, guidée avec un goût remarquable, il montrait déjà de l'intelligence comme comédien, et Halévy, qui se connaissait en artistes et qui s'apprêtait à donner son Val d'Andorre, n'hésita pas à lui confier la création d'un des rôles les plus importants de cet ouvrage, monté d'une façon presque exceptionnelle, et qui était joué, pour les autres personnages, par MM. Audran, Jourdan, Mocker, Mlles Lavoye, Darcier et Révilly.

 

Le succès de Battaille fut complet dans ce rôle de Jacques Sincère, le vieux chevrier, dont il sut faire un type, et dans lequel il déploya des qualités dramatiques vraiment remarquables. Bientôt il montra toute la souplesse et la flexibilité de son talent, en en jouant un autre d'un caractère tout opposé, celui de don Belflor dans le Toréador, d'Adolphe Adam. Ici, Battaille fut plein de rondeur, de bonhomie, de gaîté, fit voir qu'au point de vue du chant il comprenait aussi bien le genre bouffe que le genre dramatique, et réunit tous les suffrages. Je ne ferai que donner les titres de ses autres créations, qui sont les suivantes : la Fée aux Roses (Atalmuc), le Songe d'une nuit d'été (Falstaff), la Dame de pique (Roskaw), le Carillonneur de Bruges (Mathéus), le Père Gaillard (Gaillard), Marco Spada (Torrida), l'Étoile du Nord (Pierre), la Cour de Célimène (le Commandeur), le Hussard de Berchini (Gédéon), les Saisons (Nicolas), Valentine d'Aubigny (Gilbert), et Psyché (Mercure).

 

Il faut avoir vu jouer à Battaille le Toréador et l'Étoile du Nord pour se rendre bien compte de la souplesse de son jeu comme comédien ; il faut lui avoir entendu chanter la cavatine de don Belflor : Oui, la vie n'est jolie... et l’admirable romance du czar Pierre : Pour fuir ton souvenir, qui semble me poursuivre, pour comprendre quelle était son intelligence des divers styles musicaux et avec quelle aisance, quelle facilité, quelle sûreté il passait de l'un à l’autre. Sa belle voix de basso cantante, ronde, pleine, bien timbrée, flatteuse et caressante parfois, énergique et puissante en d'autres cas, faisait merveille dans les genres les plus opposés.

 

Vers la fin de 1857, je crois, l'excellent artiste, atteint d'une grave affection de larynx, se crut obligé de renoncer à une carrière dans laquelle il n'avait rencontré que des succès. Pourtant, après avoir pris quelque repos, il entra en 1860 au Théâtre-Lyrique, y reprit son rôle de Jacques Sincère du Val d'Andorre, fit une de ses plus importantes créations dans Philémon et Baucis, de M. Gounod, puis retourna pour un instant sur la scène de ses premiers succès. Mais bientôt il abandonnait définitivement le théâtre, bornant son action artistique au professorat qu'il exerçait au Conservatoire depuis le 1er février 1851.

 

Battaille s'était occupé d'études sur la construction, la nature et les facultés de l'appareil vocal. Il publia sur ce sujet une brochure importante, dont voici le titre complet : « Nouvelles recherches sur la phonation, Mémoire présenté et lu à l'Académie des sciences le 15 avril 1861, par Ch. Battaille, ex-interne des hôpitaux, ex-prosecteur d'anatomie à l'École de médecine de Nantes, professeur de chant au Conservatoire impérial de musique et de déclamation (Paris, V. Masson, 1861, in-8° avec planches) ». Ces recherches constituaient, comme il le disait lui-même dans le dernier chapitre, « la première partie d'un ouvrage ayant pour titre : De l'enseignement du chant, lequel sera publié incessamment en entier. » Deux ans après, en effet, il lançait une nouvelle publication : « De l'enseignement du chant, 2e partie. De la physiologie appliquée à l'étude du mécanisme vocal. » Mais tout cela ne formait pas un corps d'ouvrage complet. Je ne sache pas pourtant que Battaille ait terminé cette publication.

 

Battaille aimait beaucoup à parler en public. Sa belle tête, fière, fine et intelligente, couverte de cheveux noirs, abondants et ondulés, son regard fixe et scrutateur, bien qu'atteint de myopie, sa parole élégante, facile et ornée, sa grande habitude du public, lui donnait sur son auditoire une autorité véritable. En 1865, 1866 et 1867, il fit, tantôt dans les salons de la rue de la Paix ou dans ceux du Grand-Orient, tantôt dans l'Amphithéâtre de l'École de médecine ou à l'Association philotechnique, un certain nombre de conférences, qui furent remarquées : sur la musique et ses transformations, sur le Don Juan de Mozart, sur le Pré-aux-Clercs d'Herold, etc. Le texte d'un de ces entretiens fut même publié, dans les Conférences de l'Association philotechnique, année 1865 (Paris, V. Masson, 1866, in-12).

 

En réalité, Battaille fut un artiste extrêmement distingué, auquel la perte précoce de sa voix ne laissa pas le temps d'arriver à la célébrité, ni même peut-être d'atteindre à l'apogée de son talent, mais qui a laissé un nom honorable sous tous les rapports, et qui a été à la fois chanteur remarquable, comédien bien doué, professeur accompli et théoricien distingué.

 

Une particularité de sa vie est assez curieuse : Battaille, à la suite des événements du 4 septembre 1870, avait été nommé sous-préfet d'une petite ville du département de la Loire-Inférieure, Ancenis. Il professait d'ailleurs des opinions libérales, et prit au sérieux son nouveau rôle, mettant toute son intelligence au service de ses fonctions et déployant beaucoup de zèle et d'activité dans l'organisation et l'armement des corps levés dans son district. Il se signala même d'une façon toute particulière, dans des circonstances exceptionnelles : la petite vérole s'étant déclarée dans une commune des environs, qui se trouvait cruellement ravagée par le fléau, Battaille se souvint qu'il était médecin, se joignit à ses confrères, et s'en allait chaque soir porter ses soins aux malades, après avoir passé sa journée à gérer les affaires de sa sous-préfecture.

 

Battaille est mort à Paris le 2 mai 1872, enlevé en trois jours par une fièvre muqueuse.

 

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, suppl. d’Arthur Pougin, 1878-1880)

 

 

 

 

 

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