Jean BÉRAIN

 

Jean Bérain, gravure de Claude Duflos d'après Joseph Vivien (1709)

 

 

 

Jean BÉRAIN

 

architecte, dessinateur et graveur français

(Saint-Mihiel, Meuse, 1639 Paris, 24 janvier 1711)

 

Epouse Louise RAUHAUT ( av. 1711). Père de Jean BÉRAIN (Paris, 1674 – Paris, 1726), dessinateur, et de Pierre-Martin BÉRAIN (– ap. 1742), historien et prévôt du chapitre de Hazelach, en Alsace.

 

 

Fils d’un arquebusier lorrain, élève de Charles Le Brun, il eut le titre de « dessinateur de la chambre et du cabinet du roi » (1673) et dirigea les fêtes de la cour sous Louis XIV. Il fournit des modèles à André Charles Boulle et créa, pour la Manufacture royale de Beauvais, les tentures célèbres des Grotesques à fond jaune, et des Triomphes marins. Auteur de maquettes de costumes pour le théâtre et l’opéra (notamment pour Lully), il devint en 1680 le décorateur officiel de l’Académie royale de musique, succédant à Carlo Vigarani. A la mort de Le Brun, Bérain fut chargé de la composition et du contrôle de la décoration des vaisseaux (1690). Ses dessins, masques, costumes, décorations, qui marquent la transition du style Louis XIV au style Louis XV, forment un important recueil (1711). Il est mort, âgé d’environ 77 ans, dans les galeries du Louvre, où le roi lui avait donné un appartement. Son fils Jean obtint la survivance de dessinateur de la chambre du roi (1711).

 

 

 

 

costume de Neptune par Jean Bérain

 

 

 

L'histoire, très significative, des costumes d'Opéra peut se faire fort aisément, et depuis les origines, grâce à la documentation abondante et remarquable — croquis, reports, modèles en couleurs, cartons, albums complets — conservée, sous l'administration de M. Charles Bouvet, aux archives et à la bibliothèque de notre Académie nationale de Musique et de Danse. Et dès qu'on ouvre les premiers recueils, c'est-à-dire ceux qui se rapportent aux premiers temps de l'Opéra (1671-72), on se trouve en face de dessins qui ne sont pas loin d'être de petits chefs-d'œuvre. L'artiste qui les a signés, et qui a imaginé le genre du costume d'opéra, s'appelait Jean Bérain (on l'appelle aussi Bérain-le-Vieux, pour le distinguer de son fils Jean). Il a dû travailler pour Cambert, le créateur de l'opéra français, pour sa Pomone et ses Peines et Plaisirs de l'Amour. En tout cas, dès que l'astucieux « Baptiste », dès que Lully, en d'autres termes, eut supplanté Cambert à la direction de « l'Académie Royale de Musique », c'est Bérain qui dessina tous les costumes (tous les habits de théâtre, comme on disait alors), nécessaires pour monter les innombrables comédies-ballets et drames musicaux dont, des années durant, allaient se régaler le Roi, la Cour et la Ville. Bérain, qui avait le même âge que le Roi-Soleil — né en 1638, il est mort en 1711 — tenait aussi de sa noblesse et même de sa majesté, le crayon aux doigts. C'est le Louis XIV du costume.

 

Les lignes essentielles de ses habits de théâtre, il ne les a d'ailleurs pas cherchées en dehors de ce que lui fournissaient les modes du temps. Dans ses habits de princes et de princesses, de héros légendaires, de rois mythologiques, de divinités mêmes, on retrouve presque toujours le « tonnelet », les larges canons de dentelles, les chausses, les lourdes « robes à paniers » de l'époque.

 

Quelques flots de rubans, un « corps » à écailles, une jupe à grands forages, un voile... et, grâce à Bérain, voilà les héros d'opéra pourvus des costumes qu'il leur fallait. Ses jupes, ses tuniques, ses cuirasses, couvertes de rinceaux et de treillages, paraissent incrustées comme des meubles de Boulle, mais son imagination en fait les accoutrements d'un monde nouveau où les personnages, pour vivre, ont besoin du caprice et de la fantaisie des artistes. La fantaisie de Bérain se donne jour, surtout dans le domaine des divinités infernales, des sorcières à serpents et des hommes-oiseaux. Et, dans cette société exotique, il choisira, pour thème principal de ses arabesques, les ailes aiguës de la chauve-souris. Mais qu'il s'agisse de coiffer d'un échafaudage de plumes la tête auguste d'un dieu — c'est-à-dire celle de Louis XIV en personne — il rehaussera sa verve légère de toute la grandeur d'un Le Brun.

 

De nos jours, les costumiers des Ballets Russes semblent s'être inspirés, souvent, des anciens croquis de Bérain-le-Vieux. Que ne l'ont-ils fait, chaque fois, avec le goût exquis de l'artiste français du Grand Siècle !

 

(programme de l'Opéra de Paris de 1936)

 

 

 

 

 

costume de ballet dessiné par Jean Bérain

 

 

 

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