Charles BIANCHINI

 

 

 

 

 

Antoine Charles dit Charles BIANCHINI

 

dessinateur de costumes de théâtre français

(12 rue Confort, Lyon 2e, Rhône, 11 février 1859* – Paris, 03 mars 1905)

 

Fils d'Antoine Joseph BIANCHINI (1832 – av. 1893), négociant, et d'Elisabeth CHAVAS (1839 – ap. 1893).

Epouse à Paris 16e le 28 décembre 1893* (divorce le 14 mars 1900) Valentine Lucie LEBEAU (Paris 7e, 17 octobre 1864* –).

 

 

Il débuta en dessinant des costumes de fantaisie pour des revues et devint de 1883 à 1905 le dessinateur attitré de l'Opéra, tout en continuant à dessiner pour d'autres scènes parisiennes, notamment celle de l'Opéra-Comique. En 1897, il prit la direction du concert de l'Eldorado, mais fit rapidement faillite.

En 1893 il habitait 9 rue Boudeau à Paris 9e ; en 1900, 55 boulevard des Batignolles à Paris 8e.

 

 

 

 

Fils de négociant, il fut envoyé tout jeune en Angleterre, pour y apprendre la langue anglaise et le commerce. Mais il ne s'intéressait qu'aux choses du théâtre : administration, mise en scène, personnages, costumes, décors, etc. Il parcourut la Hollande avec une troupe qui jouait le Voyage d'Agrément. Peu à peu sa vocation se fixa au côté décoratif de la scène. Ses premiers essais de dessin, qui depuis l'ont fait souvent sourire, décelaient un goût et une invention remarquable ; il habillait déjà de costumes originaux et savants des bonhommes qui ne tenaient pas debout. Quelques années plus tard, le "métier était entré" et il débutait à l'Eldorado, puis il "montait" Sigurd pour Bruxelles, remontait la pièce pour Lyon et était appelé à l'Opéra de Paris, pour y remonter le même ouvrage. On rapporte qu'il dût vendre ses meubles pour se procurer les estampes et les études nécessaires à ce travail, qu'il refaisait pour la troisième fois, sur des documents authentiques. Depuis, il a monté à l'Opéra, les Deux Pigeons, Patrie !, la Dame de Monsoreau, Roméo et Juliette, la Tempête, le Rêve, Ascanio, le Mage. A la Comédie-Française, à laquelle il est également attaché, Hamlet, Monsieur Scapin, Vincenette, Souvent homme varie, le Flibustier, Une famille du temps de Luther, Alain Chartier, Henri III et sa Cour, les Originaux, Thermidor ; à l'Opéra-Comique, Madame Turlupin, le Roi d'Ys, l'Enclume, l'Escadron de la Reine, Esclarmonde, Dante, la Basoche ; à l'Odéon, Caligula, plus plusieurs pièces à l'Ambigu, à l'Eden, à la fête de Paris, Anvers, etc., au total 139 pièces en dix ans.

(Annuaire des Artistes, 1893)

 

 

 

 

 

Au mois de mai dernier, le bruit se répandit dans le monde des boulevards que M. Bianchini, le dessinateur de costumes de théâtre bien connu, venait d'être l'objet d'une tentative d'empoisonnement. On désignait la coupable, sa femme, avec laquelle, depuis plusieurs mois, il avait de mauvais rapports, ou, pour parler plus juste, des rapports mal définis. Des notes parurent bientôt dans certains journaux, et, comme la rumeur allait grossissant, Mme Bianchini se décida à solliciter elle-même une enquête.

Aujourd'hui, elle comparait en Cour d'assises. L'accusation a paru fondée au ministère public.

Voici les charges relevées par l'acte d'accusation :

En octobre 1897, Bianchini loua un appartement boulevard des Italiens, sous le nom d'un de ses amis, M. Ad. Mayer, rédacteur au Journal, qui devint bientôt son commensal habituel. Une liaison, qu'on assure n'avoir jamais été bien discrète, se noua entre Mme Bianchini et M. Mayer.

M. Bianchini venait de recevoir la commande des costumes du Prophète et de Fervaal, et il était tout heureux de ce retour de la fortune quand, le 10 mai 1898, il tomba soudainement malade. Dans la matinée, il avait eu un peu de migraine, suite naturelle d'un banquet où il avait assisté la veille (le banquet mensuel de l'Opéra-Comique). Sa femme lui fit prendre successivement un cachet d'antipyrine et deux tasses de café qu'elle avait préparées elle-même. A trois heures, la servante entra par hasard dans son cabinet et le trouva dans un état voisin du coma : il avait les yeux vagues et les pupilles dilatées.

— Il faut appeler le médecin, dit la servante.

— J'attendrai Mayer, répondit Mme Bianchini.

M. Mayer fit prévenir le docteur Courtain et avertit la direction de l'Opéra-Comique de la crise inexplicable à laquelle le dessinateur était en proie. Dans la soirée Bianchini fut examiné successivement par trois médecins : les docteurs Courtain, Chevassus et Mazet. Ils constatèrent de l'insensibilité, et une respiration stertoreuse, des troubles graves du réflex pupillaire et diagnostiquèrent une congestion cérébrale. L'état du malade leur paraissait désespéré.

Il ne mourut pas, cependant. Mais du 10 au 17 mai, il passa par des alternatives étranges : le matin, il allait toujours mieux ; puis, vers le soir, l'état s'aggravait rapidement ; le visage et les lèvres devenaient noirs, des plaques vineuses apparaissaient sur le thorax, les pupilles se dilataient.

L'attitude de Mme Bianchini avait déplu au docteur Chevassus. Cependant, il ne dirigeait sur elle aucun soupçon, quand le 13 mai elle s'avisa de lui demander une ordonnance d'atropine. C'était pour son chien, disait-elle. Cette imprudente démarche fut un trait de lumière pour le médecin : il reconnut, dans les crises intermittentes, qui l'avaient déconcerté jusqu'alors, une intoxication par l'atropine. Il n'éprouva plus aucune incertitude quand des hallucinations lui apparurent, les 14 et 15 mai. Il communiqua alors ses soupçons aux docteurs Gilles de La Tourette et Charcot qui avaient été appelés en consultation. Ils furent d'avis qu’il fallait enlever Bianchini aux soins de sa femme si on voulait l'arracher à une mort rapide. Ils réclamèrent le transport du malade au pavillon Henri-IV, en prenant prétexte du bon air de Saint-Germain. Mme Bianchini ne fit aucune opposition. L'enlèvement eut lieu le 17 à quatre heures et demie du soir. La crise habituelle ne se reproduisit pas : en huit jours, le dessinateur fut sur pied. Il eut seulement, le 22 mai, une attaque légère de phlébite, accident qui se produit souvent après une intoxication d'atropine.

La meilleure défense de Mme Bianchini paraît être dans l'embarras où se trouve l'accusation pour déterminer le mobile de la tentative criminelle. Le mari de l'accusée n'était pas gênant.

(Journal des débats, 07 mars 1899) 

 

 

 

 

 

 

 

maquette du costume du Roi d'Iran pour le Mage de Jules Massenet (Opéra, 16 mars 1891) par Charles Bianchini

 

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