CASTIL-BLAZE

 

 

 

François Henri Joseph BLAZE dit CASTIL-BLAZE

 

critique musical, librettiste et compositeur français

(Cavaillon, Vaucluse, 01 décembre 1784* – Paris 2e, 11 décembre 1857)

 

Fils d'Henri BLAZE, compositeur, et de Jeanne Thérèse Catherine BRUN.

Epouse à Avignon, Vaucluse, le 14 novembre 1812* Marie Anne Félise Euphrosine BURY (Avignon, 01 janvier 1777 –).

Parents d'Henri BLAZE DE BURY, critique musical, et de Christine Marie Euphrosine BLAZE (Avignon, 1817 – Paris 7e, 20 juin 1889*) [épouse à Paris le 24 octobre 1835 François BULOZ (Vulbens, Haute-Savoie, 20 septembre 1803 Paris, 12 janvier 1877), directeur de la Revue des Deux Mondes].

 

 

Il apprit la musique avec son père qui le destinait au barreau. Venu à Paris en 1790 pour y suivre des cours de droit, il y travailla également le solfège et l'harmonie. Revenu à Cavaillon en 1804, il fut sous-préfet, puis inspecteur de la librairie. En 1820 il s'installa à Paris et publia un livre assez important : De l'opéra de France, qui reste son meilleur ouvrage. Il devient le redouté critique musical du Journal des Débats et de la Revue de Paris. En 1847, il fait paraître un Mémorial du Grand Opéra, intéressant document en deux volumes qui expose les dessous d'une entreprise dont les difficultés administratives, matérielles et artistiques sont clairement étudiées et fustigées. Il édite ensuite — car il a créé sa propre maison d'édition — une pertinente étude sur les Théâtres lyriques de Paris (l'Académie impériale de musique, 1855 ; l'Opéra italien, 1856). Pendant plusieurs années, il fit représenter à l'Odéon une foule d'opéras traduits par lui : Don Juan et le Mariage de Figaro ; le Barbier de Séville ; Othello et la Pie voleuse (la Gazza ladra) ; Robin des Bois (le Freischütz), etc. Et ce qu'il ne pouvait faire jouer à Paris, il l'envoyait en province, où il donna la Flûte enchantée ; le Mariage secret ; Moïse et l'Italienne à Alger ; Huon de Bordeaux (Obéron) ; Léonore (Fidelio) ; Anne de Boulen. Il trouvait là une source opulente de profits ; les lois sur la propriété littéraire n’existaient pas alors et il rendit un véritable service artistique en faisant connaître au public français nombre de chefs-d'œuvre qu'il ignorait. Malheureusement, il voulut se produire comme compositeur : il échoua complètement dans ses opéras : Pigeon vole ; Belzébuth ou les Jeux du roi René ; Choriste et liquoriste. Comme écrivain, Castil-Blaze a beaucoup produit, mais on ne peut lire qu'avec méfiance la plupart de ses ouvrages prétendus historiques. Après avoir dit pis que pendre du Dictionnaire de musique de J.-J. Rousseau, il n'hésita pas à lui emprunter textuellement, sans le citer, quatre cents articles pour les intercaler dans son propre Dictionnaire de musique (1821). Ses autres écrits sont : Chapelle-musique des rois de France (1832) ; la Danse et les Ballets depuis Bacchus jusqu'à mademoiselle Taglioni (1832) ; Physiologie du musicien (1844) ; Molière musicien (1852) ; Sur l'Opéra, vérités dures, mais utiles (1856) ; l'Art des vers lyriques (1857). Il y a de l'ingéniosité dans le livre intitulé Molière musicien, et quelques vues intéressantes dans l'Art des vers lyriques ; mais ses ouvrages dits « historiques » , et notamment l'Académie impériale de musique, sont des amas de cancans et d'anecdotes égrillardes, au milieu desquels la question d'art disparaît complètement.

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

les Sybarites de Florence, drame lyrique en 3 actes, livret de Laffite, musique de Weber, Beethoven, Rossini, Meyerbeer, Aimon et Barbereau, arrangée par Castil-Blaze (Nouveautés, 08 novembre 1831)

Choriste et Liquoriste, opéra bouffon en trois actes, livret et musique de Castil-Blaze (1837, joué en province)

Belzébuth ou les Jeux du roi René, grand opéra en quatre actes, livret et musique de Castil-Blaze (1841, théâtre de Montpellier)

Pigeon vole ou Flûte et poignard, drame lyrique en un acte, livret et musique de Castil-Blaze (Théâtre-Italien, 12 août 1843)

 

 

 

 

 

livrets

 

le Mariage secret, opéra-comique en 3 actes, version française d'Il Matrimonio segreto, musique de Domenico Cimarosa (Nîmes, 11 mars 1817)

les Noces de Figaro, opéra-comique en 4 actes, version française de le Nozze di Figaro, musique de Mozart (Nîmes, 31 décembre 1818)

la Flûte enchantée, version française, musique de Wolfgang Amadeus Mozart (1820)

le Barbier de Séville ou la Précaution inutile, opéra-comique en 4 actes, version française, musique de Rossini (Lyon, 19 septembre 1821 ; Opéra de Paris, 09 décembre 1853 ; Opéra-Comique, 08 novembre 1884)

les Folies amoureuses, opéra-comique en 3 actes, musique de Mozart, Cimarosa, Paër, Rossini, Generali et Steibelt (Gymnase, 03 avril 1823)

Othello, opéra en 3 actes, version française, musique de Gioacchino Rossini (Lyon, 01 décembre 1823)

la Pie voleuse, opéra en 3 actes, version française de la Gazza ladra, avec d'Aubigny (Odéon, 02 août 1824)

Robin des bois ou les Trois balles, opéra fantastique allemand en 3 actes, version française du Freischütz, avec Thomas Sauvage, musique de Carl Maria von Weber (Odéon, 07 décembre 1824)

Léonore, grand opéra en 3 actes et 1 épilogue, version française de Fidelio, musique de Ludwig van Beethoven (1825, non représenté)

la Forêt de Sénart ou la Partie de chasse de Henri IV, opéra-comique en 3 actes, musique de Beethoven, Weber et Rossini (Odéon, 14 janvier 1826)

Monsieur de Pourceaugnac, opéra bouffon en 3 actes, musique de Rossini, Weber, etc. (Odéon, 24 février 1827)

Don Juan, opéra en 4 actes, version française de Don Giovanni, musique de Mozart, arrangée par Castil-Blaze (Odéon, 24 décembre 1827), puis en 5 actes, avec Blaze de Bury et Emile Deschamps (Opéra, 10 mars 1834)

Tancrède, mélodrame héroïque en 2 actes, version française de Tancredi, musique de Gioacchino Rossini (Odéon, 1827)

Euryanthe, opéra en 3 actes, version française, musique de Carl Maria von Weber (Opéra, 06 avril 1831)

la Marquise de Brinvilliers, drame lyrique en 3 actes, avec Eugène Scribe, musique d'Esprit Auber, Batton, Berton, Blangini, Boieldieu, Carafa, Luigi Cherubini, Herold et Paer (Opéra-Comique, 31 octobre 1831)

Anne de Boulen, opéra en 3 actes, version française d'Anna Bolena, musique de Gaetano Donizetti (1835)

l'Italienne à Alger, opéra bouffon en 4 actes, version française de l'Italiana in Algeri, musique de Gioacchino Rossini (1835)

Huon de Bordeaux, mélodrame en 3 actes, version française d'Obéron, musique de Carl Maria von Weber (1843)

Bernabo, opéra bouffe en 1 acte, musique de Cimarosa, Salieri, Paisiello, Guglielmi, Farinelli et Grétry (1856)

 

 

 

 

 

Destiné de bonne heure à endosser la robe d'avocat, mais passionné pour la musique, il suivit à Paris les cours du Conservatoire, où il fit de sérieuses études avec Perne et Catel. Plus fort sur le solfège et l'harmonie que sur le code, il passa néanmoins sa thèse, puis regagna la maison paternelle. Tour à tour peintre, employé, chef de bureau à la préfecture du département de Vaucluse, inspecteur de la librairie, marchand de vins en gros, il occupait ses loisirs à  jouer de plusieurs instruments et composait une foule de romances et pièces fugitives, publiées sous un nom qui, tout en rappelant le sien, ne pouvait le compromettre aux yeux de l'administration. C'est ainsi qu'il prit à Le Sage celui de Castil-Blaze, premier maître de Gil Blas. Il le francisa et le conserva jusqu'à la fin de sa carrière. Marié et déjà père de plusieurs enfants, il vint à Paris en 1819, et débuta, l'année suivante, par deux volumes ayant pour titre : De l'opéra en France. Dans cet ouvrage, il attaquait avec une certaine vivacité les habitudes routinières de notre musique dramatique. Ce livre lui donna entrée au Journal des Débats. Il en a rédigé la chronique musicale du 7 décembre 1820 à l'année 1832 d'une façon érudite et surtout piquante. Ses articles, signés XXX, fondèrent sa réputation et contribuèrent beaucoup à répandre dans le public le goût des études musicales. En 1821, Castil-Blaze publia son Dictionnaire de musique moderne (2 vol. in-8°, avec planches gravées), qui lui valut, l'année suivante, sa nomination de directeur du Conservatoire, emploi périlleux, qu'il crut devoir refuser, voulant conserver une entière liberté d'action qui lui permît de réaliser son rêve favori : propager en France, à l'aide de traductions plus ou moins littérales, les chefs-d'œuvre des grands maîtres. Cette noble ambition, réalisée en partie, est, à nos yeux, le plus beau titre de gloire de Castil-Blaze. Grâce à ces traductions arrangées par lui, les départements, qui s'en emparèrent, furent initiés à la connaissance de ces œuvres impérissables qui élèvent à la fois l'âme et le goût des spectateurs. Après avoir quitté le Journal des Débats, Castil-Blaze écrivit pendant quelque temps au Constitutionnel ; il passa ensuite à la Revue de Paris, puis il publia les ouvrages suivants : Chapelle-musique des rois de France (1832, in-18) ; la Danse et les Ballets, depuis Bacchus jusqu'à Taglioni (1838, in-18) ; le Piano (1840) ; les Prologues de l'Opéra (1844) ; le Mémorial du Grand Opéra (1847, in-8°), brochure qui contient la nomenclature des compositeurs, paroliers, chanteurs et danseurs de l'Académie de musique, depuis son origine jusqu'à nos jours ; Molière musicien (1852, 2 vol. in-8°), ouvrage qui contient des notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Regnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Evremont, Dufresny, Palaprat, Dancourt, Le Sage, Destouches, Jean-Jacques Rousseau, Beaumarchais, etc., et où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue française ; l'Académie impériale de musique, histoire littéraire, musicale, chorégraphique, pittoresque, morale, critique, facétieuse, politique et galante de ce théâtre, de 1645 à 1855 (2 vol. in-8°). Les erreurs de dates, chose étrange, sont presque continuelles dans cet ouvrage spécial, dû à un érudit. Nous citerons comme exemple, dans le répertoire de l'Académie de musique, la date du 5 décembre 1749, attribuée à la fois à deux opéras en cinq actes de Rameau, Naïs et Zoroastre ; le premier de ces ouvrages fut joué le 22 avril 1749. Un reproche encore plus grave à adresser à Castil-Blaze, c'est de juger avec une malveillance systématique tous les opéras représentés de 1838 à 1852. Il n'accorde pas une ligne d'appréciation à la musique du Lac des fées, d'Auber (1er avril 1839). L'ouverture est pourtant restée célèbre, et la partition charme encore le public allemand. Même dédain à l'égard du Charles VI, de Donizetti, et de bien d'autres œuvres estimables. Dom Sébastien, roi de Portugal, qui coûta la raison à Donizetti, ne paraît à Castil-Blaze qu'un enterrement en cinq actes !... Castil-Blaze a collaboré, en outre, à la Revue et Gazette musicale, à la Revue française, à la France musicale, au Dictionnaire de la conversation, etc. , travaillant sans relâche et avec une certaine audace à réhabiliter, « d'une manière éclatante et pompeuse, cette langue française que l'on accuse d'impuissance musicale, par la seule raison que des écoliers maladroits ne savent pas jouer d'un instrument dont ils ignorent la gamme et le doigté ! »

Castil-Blaze, malgré des saillies heureuses, n'a laissé qu'un nom d'anecdotier et de journaliste fantaisiste. La critique sérieuse a peu de chose à démêler avec ses productions littéraires et musicales. Ses admirations vacillantes, se portant alternativement du genre italien au genre allemand, n'ont pas de base solide ; et ses antipathies personnelles lui dictèrent trop souvent des articles fâcheusement passionnés. Aussi s'attira-t-il parfois de rudes représailles. Berlioz, entre autres, dont il avait attaqué les tendances romantiques, a pris une terrible revanche dans les Grotesques de la musique, livre où il a cloué Castil-Blaze, comme une chauve-souris, aux portes du temple de l'art musical.
Voici la liste des œuvres de cet infatigable travailleur : les Folies amoureuses, comédie de Regnard, arrangée en opéra-comique, musique de Mozart, Cimarosa, Rossini, Pavesi, Steibelt, etc. (Gymnase, avril 1823), grand succès ; le Barbier de Séville, opéra de Rossini (traduction), représenté à l'Odéon (6 mai 1824) ; la Pie voleuse, opéra de Rossini (traduction, 1822), représentée à l'Odéon, le 2 août 1824 ; Robin des bois ou les Trois balles, opéra fantastique en trois actes, en société avec Scribe et M. Thomas Sauvage, musique de Weber (Odéon, 7 décembre 1824). – (Ici, ouvrons une parenthèse, car l'histoire de ce scénario mérite d'être racontée à titre de curiosité anecdotique : en 1822, Loève-Weimar traduisit en français le poème allemand de Kind, qu'il vendit à M. Sauvage ; celui-ci, s'étant assuré la collaboration de Scribe, et celle de Castil-Blaze, chargé de faire les vers qui devaient figurer sous la musique, présenta le Chasseur noir au Gymnase. Il avait fallu mutiler l'admirable partition de Weber et la réduire aux proportions exiguës du cadre où elle allait entrer. La pièce était en un acte. L'obstacle suprême consistait à improviser chanteurs des gens ne connaissant pas une note de musique, et pour lesquels le genre allemand présentait d'énormes difficultés. Castil-Blaze leur serina d'abord les trios, dont l'exécution exigeait le plus d'études ; mais, après un mois de répétitions, il fallut y renoncer. La direction avait commandé des décors, et celui du ravin, préparé pour l'évocation infernale, servit au Dîner sur l'herbe, vaudeville de Scribe. C'est alors que Robin des bois fut composé avec Sauvage et Castil-Blaze, toujours en société avec Scribe, qui voulut garder l'anonyme. Des intrigues, qu'il ne nous appartient pas de juger, amenèrent le désistement complet de Scribe, ce qui n'empêcha pas Eric-Bernard, directeur de l'Odéon, de recevoir l'ouvrage et de le monter avec un grand luxe. L'ouverture fut très applaudie, mais les beautés mêmes de la partition déroutèrent les oreilles moutonnières des spectateurs. Leur nouveauté fit cabrer les partisans de l'eau claire musicale, et l'ouvrage s'acheva au bruit de nombreux sifflets. Le directeur était désespéré. Quant à Castil-Blaze, son énergie grandissait dans l'adversité. Il coupa habilement les passages qui n'avaient pas été compris, rajusta le scénario tant bien que mal, et présenta le tout au public le 16 décembre 1824. Cette fois, l'ouvrage alla aux nues, et trois cents représentations fructueuses prouvèrent le mérite de l'opéra allemand. Robin des bois fut repris au théâtre de l'Opéra-Comique, le 15 janvier 1835, avec un brillant succès... interrompu après la quatre-vingtième représentation, à cause des réclamations des compositeurs français. La traduction, donnée à l'Opéra le 7 juin 1841, ne produisit, en revanche, qu'un effet médiocre. Madame Stoltz se montra très faible dans le rôle principal. Le Théâtre-Lyrique fut plus heureux à la reprise du 24 janvier 1855. Rousseau de Lagrave chanta de la manière la plus remarquable le rôle de Tony, et madame de Ligne-Lauters (Gueymard) se montra on ne peut plus séduisante sous les traits d'Anna. Nous sera-t-il permis, à nous profane, de railler un peu ici ce qu'on est convenu d'appeler les habiles directeurs ! Madame Gueymard, aujourd'hui première chanteuse de l'Opéra, après avoir fait ses preuves au Théâtre-Lyrique, était tombée dans l'oubli, et, en 1857, c'est un hasard qui lui a permis de créer le rôle de Léonore du Trouvère. Celui qui dirigeait l'Opéra ne connaissait pas cette chanteuse-là. Il ne savait à qui confier la responsabilité d'une pareille création et était à bout d'expédients, quelqu'un prononça le nom de madame de Ligne-Lauters, et quand Verdi eut entendu cette voix charmante, l'avenir de la cantatrice fut assuré. Le public ratifia, par ses bravos enthousiastes, le jugement du célèbre maestro) ; la Partie de chasse d'Henri IV, comédie de Collé, arrangée en opéra-comique (Odéon, 1826) ; Monsieur de Pourceaugnac, de Molière, arrangé en opéra-comique (Odéon, 1827) ; la Forêt de Sénart, pastiche, arrangé en opéra-comique ; Don Juan, opéra en quatre actes, imité de Molière, musique de Mozart, arrangée par Castil-Blaze (Odéon, 24 décembre 1827), succès ; Eurianthe, opéra en trois actes, musique de Weber (Opéra, 6 avril 1831). Voici de quelle façon Castil-Blaze raconte les péripéties de cet ouvrage. « M. Meyerbeer avait écrit un opéra-comique, intitulé Robert le Diable, que l'insuffisance des acteurs ne permit pas de mettre en scène à Ventadour. Réduit aux formes d'un drame lyrique avec récitatifs, le livret perdit beaucoup sous le rapport de l'intérêt, de la clarté... Robert, arrangé de cette manière, allait être mis à l'étude au moment où l'Académie changea de gouverneur. En attendant que le nouvel opéra fût prêt à se mettre en route, on répétait Eurianthe, de Weber, que j'avais traduit en français. La prémière représentation de ce chef-d'œuvre était fixée au 1er avril. M. Meyerbeer est averti, quitte Berlin en poste, arrive à Paris, nous trouve à l'œuvre et se fâche tout cramoisi, de ce qu'un tour de faveur ou de caprice allait faire passer Eurianthe avant Robert. Il réclame contre cette licence. On lui demande s'il est prêt. Sur la réponse négative de ce musicien, nous continuons les répétitions d'Eurianthe. M. Meyerbeer, toujours courroucé, me prie de lui céder le pas ; je refuse. – « Faites donc attention, me dit-il, qu'en succédant à Robert, Eurianthe arrive juste à la belle saison d'hiver. – On se noie dans la rivière, dans le fleuve d'oubli. Je n'ai pas six cent mille écus de rente, et suis, par conséquent, bien pauvre d'esprit et de talent. C'est par nécessité que l'on vient à moi, je dois prendre à propos ma bisque ; si j'abandonne ma place, je la perds. » Le débat s'anime et va crescendo, les violons escaladent les sommités de leur diapason, la timbale est près de clore son roulement. Alors une de ces imbécillités bipèdes, crétins inévitables que l'on rencontre dans nos administrations théâtrales, tire de sa poche un écrit, et me dit avec une grotesque solennité : – « Monsieur, puisque vous tenez à conserver vos droits, veuillez bien signer ce dédit, portant obligation de payer 25,000 francs , si l'opéra de Weber n'est point représenté le 1er avril. – Soit fait ainsi qu'il est requis. – Vous signez bien gaiement ? – S'il plaisait à Votre Excellence de porter la somme à cent mille livres, j'approuverais l'addition et la rature. – Vous n'êtes donc pas solvable ? – Moi, je suis plus riche que Rothschild. – J'ai votre signature. – C'est ma parole qu'il faudrait avoir ; ma signature ne vaut rien. – Et c'est vous qui le dites ! – Oui, lorsque cela peut me faire honneur. – Les tribunaux... – Vous n'irez pas si loin. – Qui m'en empêchera ? – La pudeur. – Vous croyez donc que l'on ait de grands ménagements à garder envers vous ? – Non pas, ce serait me faire injure ; je me plais à recevoir le feu de toutes les colères : je ne vis que de ça. – Singulière pitance ! – Parlons raison, si c'est possible. Votre Excellence n'ira pas de but en blanc au tribunal, présenter elle-même cet acte solennel où ma signature et ma clef de sol, vivement jetée en parafe, se dessinent. Votre Grâce aura soin, de passer préalablement par le cabinet d'un avoué. Si le patron est absent. Votre Altesse y trouvera le premier, le deuxième ou le troisième clerc. Si le trio, tant soit peu vagabond, s'est permis de faire l'école buissonnière, Votre Seigneurie ne peut manquer d'y rencontrer le saute-ruisseau. Virtuose en herbe, ce bambin de la pratique va pouffer de rire à l'exhibition de ce titre de créance. Frais émoulu des écoles, peut-être encore sur les bancs, le gamin vous dira que votre acte est du genre de ceux que les Romains appelaient obligations contraires aux bonnes mœurs ; que nul ne peut être condamné pour des faits indépendants de son service et de sa volonté ; la partition d'Eurianthe est, par moi, déposée chez M. Leborne, bibliothécaire de l'Opéra ; les rôles sont dans les mains des chanteurs, les choristes tiennent leurs parties, les cahiers s'ouvrent sur les pupitres de l'orchestre, le régisseur et le machiniste sont munis de livrets imprimés. Afin de remplir mon office en entier, il ne me reste qu'à suivre les répétitions, la mise en scène, et chaque jour on me voit au poste le premier. Or, maintenant, si vos danseurs, arrêtés par une collection d'entorses et de rhumatismes, vos chanteurs affligés par une infinité de fluxions et de catarrhes, sont obligés de prendre et de garder la position horizontale, éminemment contraire à leurs exercices dramatiques ; si de pareils accrocs retardent jusqu'à l'année prochaine la représentation d'Eurianthe, il n'est en France aucun tribunal qui me condamne à payer le dommage. Voilà pourquoi je vous ai donné ma signature pour 25,000 francs, avec autant de prestesse que j'en aurais mis à tracer mes XXX au bas d'un feuilleton. Les prémisses détruisaient la conséquence, votre prose annulait ma signature. Avant de me jeter dans le fastidieux labeur des traductions, avant d'orner les opéras étrangers de vers mal rimés, bien rythmés, que l'on me paye jusqu'à mille écus pièce ; avant d'être musicien, j'étais avocat, je le suis encore, sacerdos in æternum : à quelque chose malheur est bon, vous le voyez. Heureux si la petite consultation que j'improvise peut vous épargner le désagrément, suite nécessaire de l'exhibition d'un acte ridicule. – Monsieur, je vous connaissais de réputation, maintenant je vous ai vu, soyez certain que si vous êtes de quelque chose, je me garderai bien d'en être. – L'arrêt est dur, monseigneur, mais je sais me résigner et je l'accepte. Je ris de tout, de tous et de moi-même ; la gaieté n'est-elle pas un trésor ? Le baron de Rothschild est-il plus riche que moi ? – Eurianthe ne fut représentée que le 6 avril, cinq jours après le terme fatal, et je ne reçus aucune sommation relative aux 25,000 francs ci-dessus mentionnés. »
Le succès fut des plus médiocres, et Castil-Blaze ajoute avec raison : « Eurianthe voulut paraître avant Robert ; Eurianthe fut immolée. Fin connaisseur, le public de Paris juge la musique d'après les décors, les habits, les chevaux caparaçonnés, le satin, les cuirasses et tout le luxe de la représentation ; négligez ces pompeux accessoires, et le talent du musicien s'évanouira devant un auditoire merveilleusement incapable de l'apprécier. » – Tout cela est un peu long, nous sommes obligés d'en convenir ; mais c'est curieux et surtout caractéristique. Le Théâtre-Lyrique ne fut pas plus heureux en 1857, lorsqu'il essaya de familiariser son public, qui avait applaudi le Bijou perdu, avec un des plus purs chefs-d'œuvre de Weber. Castil-Blaze donna ensuite l'Italienne à Alger, opéra de Rossini (traduction), au théâtre des Nouveautés, grand succès à Paris et dans les provinces ; Don Juan, opéra en cinq actes, de Mozart (traduction) avec M. Henri Blaze de Bury et Emile Deschamps (Opéra, 10 mars 1831) ; Pigeon vole, opéra en un acte, paroles et musique (12 août 1843, Théâtre-Italien), grand succès d'hilarité, dans le sens ironique. L'auteur avait flagellé tant de lépreux de la musique, qu'il devait s'attendre à toutes sortes d'humiliations. Ou égorgea son œuvre sans l'entendre.
On doit encore à Castil-Blaze les ouvrages suivants : traductions de la Flûte enchantée, de Mozart ; d'Othello, de Rossini, et du Mariage secret, de Cimarosa ; Huon de Bordeaux (Obéron), grand opéra en cinq actes, musique de Weber ; Léonore (Fidelio), grand opéra en trois actes, suivi d'un épilogue, d'après Bouilly, musique de Beethoven ; Bernabo, opéra bouffe en un acte, d'après Molière, paroles rajustées sur la musique de Cimarosa, Salieri, Paisiello, Guglielmi et Farinelli.
Castil-Blaze a aussi mis en dialecte provençal les airs de Figaro, de Basile, de Bartholo du Barbier de Séville, de Rossini, et publié les Chants populaires de la Provence, avec accompagnements de piano. On lui doit encore Choriste et Liquoriste, opéra bouffon en trois actes (1837), joué en province (non publié) ; Belzébuth ou les Jeux du roi René, grand opéra en quatre actes (1841), accepté pour le drame à l'Académie de musique, refusé pour la partition, et représenté sur le théâtre de Montpellier ; une messe à voix récitantes, que soutient un orchestre vocal ; un recueil de cantiques, antiennes et motets, avec accompagnement de piano ; divers autres morceaux de musique religieuse, des quatuors de violon, des sonates, des romances, etc. Il a, en outre, tiré des œuvres de Rossini une messe avec accompagnement d'orgue, et publié un recueil de musique de l'année 1100 à 1856 (1 vol. de 450 p. grand format, avec portraits) ; enfin, lorsque la mort est venue le frapper, il se proposait de faire paraître les ouvrages suivants : Histoire de l'Opéra-Comique (1753-1856) ; les matériaux étaient tout prêts. M. Blaze de Bury n'a pas jugé à propos de publier cet ouvrage, que son père avait préparé avec amour... ; le Livre des pianistes, histoire du clavecin, du piano, des clavecinistes, des pianistes, des pièces écrites pour ces instruments (in-8°) ; les Musiciens illustres, biographies choisies (in-18) ; Musiciana, salade légèrement assaisonnée (2 ou 3 vol. in-8°) ; Curiosités musicales et galantes sur le Grand Opéra (1 vol. in-8°).
Il nous semble encore voir ce petit vieillard, toujours vert malgré ses soixante-dix ans, l'œil chargé d'ironie, se promenant chaque matin sur le boulevard ; sa tenue et sa mise étaient irréprochables : bottes vernies, gants jaunes, habit barbeau à la dernière mode, deux fines moustaches relevées en crocs et annonçant des intentions assassines, regardant à droite et à gauche pour dire un mot aimable ou lancer une œillade aux jolies femmes qu'il croisait ; trait impuissant, telum imbelle sine ictu. Tout en lui était fin, narquois, agressif ; au demeurant, le meilleur homme du monde, sachant jouir de son esprit sans en faire trop souffrir les autres.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876)

 

 

 

 

 

Destiné au barreau, il fit dans sa jeunesse les études nécessaires pour la profession d'avocat, ce qui ne l'empêcha pas de cultiver la musique, dont les premières leçons lui furent données par son père. Arrivé à Paris en 1799, pour y suivre les cours de l'école de droit, il les négligea quelquefois pour ceux du Conservatoire. Après y avoir achevé l'étude du solfège, il reçut de Perne des leçons d'harmonie, et il se préparait à compléter son éducation musicale, lorsqu'il lut fallut renoncer à ses penchants pour s'occuper exclusivement de son état. Devenu successivement avocat, sous-préfet dans le département de Vaucluse, inspecteur de la librairie, etc., il lui restait peu de temps à donner à la culture de l'art qu'il aimait avec passion. Cependant il jouait de plusieurs instruments et avait composé beaucoup de romances et d'autres pièces fugitives qui avaient été publiées, lorsqu'il prit tout à coup la résolution de renoncer au barreau, à la carrière administrative, à tout ce qui pouvait enfin mettre obstacle à ses penchants ; confiant dans l'avenir, il prit la route de Paris, avec sa femme et ses enfants, plus soigneux de son bagage de partitions et de manuscrits que du reste de son mobilier. Deux projets l'amenaient dans la ville des arts : il voulait y faire représenter le Don Juan de Mozart et quelques autres opéras qu'il avait traduits et arrangés pour la scène française, et y publier un livre, espoir de sa future renommée. Ce livre parut sous le titre de l'Opéra en France (Paris, 1820, 2 vol. in-8°). Homme d'esprit, écrivain plein de verve, Castil-Blaze attaquait avec force dans cet ouvrage certains préjugés qui s'opposaient en France aux progrès de la musique dramatique. Il y signalait les défauts des livrets d'opéras, les vices de l'administration intérieure des théâtres, la mauvaise distribution des rôles, la classification fausse et arbitraire des voix, toutes les causes enfin qui mettaient alors obstacle à la bonne exécution de la musique. Il faisait aussi la guerre au goût passionné des Français pour les chansons, le considérant avec raison comme un obstacle aux progrès de l'art. Enfin, il ne ménageait pas les productions qui lui paraissaient appartenir plutôt au genre du vaudeville qu’à celui du véritable opéra. Ajoutons que la ferveur de son zèle l'avait entraîné jusqu'à l'injustice envers des compositeurs français qui, bien que faibles harmonistes, avaient pourtant fait preuve de mérite par le naturel des mélodies et la vérité dramatique de leurs ouvrages.

On ne lisait guère en France de livres sur la musique à l'époque où Castil-Blaze publia le sien ; il n'eut donc pas alors le retentissement qu'il aurait eu sin eût paru quelques années plus tard ; néanmoins l'auteur en recueillit le fruit, parce que le mérite de cette production le fit choisir comme rédacteur de la chronique musicale du Journal des Débats. Jusqu'au moment où Castil-Blaze commença cette suite d'articles piquants signés de XXX qui fondèrent sa réputation, des littérateurs, ignorants des premiers éléments de la musique, s'étaient arrogé le droit d'émettre seuls dans les journaux des opinions fausses, qu'ils prenaient pour des doctrines, sur un art dont ils ne comprenaient pas même le but : c'est à cette cause qu'on doit attribuer les préjugés qui régnaient dans la plus grande partie de la population contre l'harmonie, le luxe d'instrumentation et ce qu'on appelait la musique savante. L'auteur de la chronique musicale sut bientôt se faire remarquer par la spécialité de ses connaissances ; il imposa silence au bavardage des gens de lettres, et parvint à initier le public au langage technique dont il se servait, par l'entrain de sa verve méridionale. Quels que soient les progrès que puisse faire en France l'art d'écrire sur la musique dans les journaux, on n'oubliera pas que c'est Castil-Blaze qui, le premier, l'a naturalisé dans ce pays.

En 1821, ce littérateur musicien publia un Dictionnaire de musique moderne (Paris, 2 vol. in-8°). Cet ouvrage, formé par la réunion des matériaux que l’auteur avait rassemblés pour son livre de l'Opéra en France, offre des notions justes des diverses parties de l'art ; cependant, la rapidité qui avait présidé à se rédaction y avait laissé glisser quelques négligences dans plusieurs articles importants : elles ont été corrigées dans des cartons qui ont fait reproduire l'ouvrage avec un nouveau frontispice, comme une deuxième édition (Paris, 1825, 2 vol, in-8°). Depuis lors Mées, professeur de musique à Bruxelles, a donné une réimpression du Dictionnaire de musique de Castil-Blaze, précédé d'un Abrégé historique sur la musique moderne, et d'une Biographie des théoriciens, compositeurs, chanteurs et musiciens célèbres qui ont illustré l’École flamande et qui sont nés dans les Pays-Bas ; par ordre alphabétique (Bruxelles, 1 vol. in-8°, 1828). On a reproché à l'auteur de ce dictionnaire d'avoir reproduit textuellement un grand nombre d'articles du Dictionnaire de J.-J. Rousseau, après avoir montré beaucoup de mépris pour ses connaissances en musique : l'accusation est malheureusement fondée ; mais on a eu tort de dire que sa nomenclature est incomplète en ce qu'elle ne contient pas certains articles sur la musique ancienne ; car il ne fallait pas oublier que le titre du livre est : Dictionnaire de musique moderne. Le traité de l'Opéra en France, augmenté d'un Essai sur le drame lyrique et les vers rythmiques, a été remis en vente en 1826, comme une deuxième édition. Après avoir rédigé pendant plus de dix ans la Chronique musicale du Journal des Débats, Castil-Blaze a quitté ce journal, en 1832, pour travailler au Constitutionnel ; mais il n'a pas fait longtemps les articles de musique de celui-ci. Pendant plusieurs années il a rédigé la partie musicale de la Revue de Paris. Il a fourni aussi quelques articles au Ménestrel, journal de musique, à la Revue et Gazette musicale de Paris, à la France musicale, et au Magasin pittoresque. En 1832, il a fait imprimer deux ouvrages dont l'un a pour titre : Chapelle musique des Rois de France (Paris, Paulin, un vol. in-12), et l'autre : la Danse et les Ballets depuis Bacchus jusqu'à mademoiselle Taglioni (Paris, Paulin, un vol. in-12). Ces deux volumes sont formés d'une réunion d'articles que l'auteur avait publiés en 1829 et 1830, dans les tomes IV et VII de la Revue de Paris. Le premier est une sorte d'histoire abrégée d'une part, et mêlée de digressions de l'autre, de ce qui concerne la chapelle des rois de France. Les documents authentiques ont manqué à Castil-Blaze pour donner à son livre l'intérêt dont il était susceptible. On trouve beaucoup de choses relatives à la musique dans l'ouvrage sur la danse et les ballets. En 1831, il a annoncé le projet qu'il avait de réunir un choix de ses Chroniques musicales pour en former un livre : la première livraison de cette collection a été publiée en 1831, en six feuilles in-8° ; mais l'entreprise n'a pas eu de suite.

Des traductions des Noces de Figaro, de Don Juan, de la Flûte enchantée et du Mariage secret avaient été faites par Castil-Blaze avant qu’il vint se fixer à Paris ; il les publia dans cette ville en 1820 et dans les années suivantes. Les succès de la musique de Rossini à cette époque le déterminèrent à continuer ses travaux de traduction„ afin de faire jouir les villes de province du plaisir d'entendre les principaux ouvrages du maître de Pesaro, et successivement il fit paraître le Barbier de Séville, la Pie voleuse (la Gazza ladra), Othello, Moïse et l'Italienne à Alger. Il a aussi arrangé Anne de Boulen pour la scène française, d'après le libretto de Romani et la partition de Donizetti. Quelques pastiches furent aussi essayés par lui et formés d'une réunion de morceaux puisés dans des partitions de Rossini, de Mozart, de Paer et de quelques autres maîtres. Le théâtre de l'Odéon de Paris ayant été spécialement destiné, en 1822, à la représentation des opéras allemands et italiens traduits, tous les ouvrages qui viennent d'être cités y furent joués et obtinrent de brillants succès ; mais celui que le publie accueillit avec le plus d'enthousiasme fut le Freyschütz, de Weber, traduit sous le titre de Robin des Bois. La vogue de cet opéra ne fut pas moindre en France qu'en Allemagne ; lorsqu'il a été repris à l'Opéra-Comique, en 1835, le public a montré le même empressement à l'entendre. La traduction d'Eurianthe, faite aussi par Castil-Blaze, a été moins heureuse lorsqu'elle fut représentée à l'Opéra, en 1831. Il a fait jouer en province une traduction de l'Obéron du même compositeur sous le titre de Huon de Bordeaux, ainsi qu'un arrangement de Fidelio, de Beethoven, auquel il a rendu son titre primitif de Léonore. La traduction de Don Juan, retouchée par lui et par son fils, obtint du succès, nonobstant les altérations faites à l'immortel ouvrage de Mozart. Castil-Blaze s'est fait connaître comme compositeur par quelques morceaux de musique religieuse, des quatuors de violon, gravés à Paris, des trios pour le basson, dont il avait joué autrefois, et un recueil de douze romances dans lequel on remarqua le Chant des Thermopyles, et la jolie romance du Roi René. Il ne s'est pas borné à ces essais, car il a abordé le théâtre pour son propre compte, et a fait représenter à l'Opéra-Comique Pigeon vole, dont il avait composé les paroles et la musique, et qui ne réussit pas. C'est le même ouvrage dont il a fait graver la partition sous le titre de la Colombe. Postérieurement il a fait jouer sur les théâtres des départements Belzébuth, ou les Jeux du roi René, grand opéra en quatre actes, et un opéra bouffon en trois actes intitulé : Choriste et Liquoriste. Les partitions de ces ouvrages ont été publiées par lui. On lui doit aussi les Chants de la Provence, recueillis et arrangés avec accompagnement de piano ; Paris, chez l'auteur. Castil-Blaze se hasardait quelquefois à écrire des airs, duos ou chœurs pour ses traductions d'opéras italiens et allemands, où pour les pastiches formée de morceaux pris dans les partitions de grands maîtres ; pastiches dont les plus connus sont : les Folies amoureuses, la Forêt de Sénart, la Fausse Agnès, d'après la pièce de Destouches, et Monsieur de Pourceaugnac, d'après la comédie de Molière. Se frottant les mains, il disait en secret à ses amis que ses propres morceaux avaient toujours fait plus d'effet que les autres. Une de ses jubilations était qu'un chœur de la Forêt de Sénart, donné par lui comme étant tiré d'un opéra de Weber, quoiqu'il en soit l'auteur, avait été chanté dans les concerts du Conservatoire de Paris, redemandé souvent, et toujours applaudi avec enthousiasme, comme une production originale de l'auteur du Freyschütz.

Dans ses dernières productions littéraires, le talent de Castil-Blaze s'est affaibli. Souvent il s'y abandonne à des saillies de mauvais goût ; son style prend une teinte vulgaire ; le sérieux de la musique n'est plus ce qui l'occupe ; à chaque instant il se perd dans de longues excursions en dehors de son sujet, et les anecdotes où il se complaît ne sont pas toujours contenues dans les bornes de la décence. L'objet principal de ses travaux est encore l'opéra, comme au début de sa carrière ; mais au lieu d'idées puisées dans le domaine de l'esthétique, il s'amuse à prendre dans les recueils inédits de Beffara des faits, des dates, des aventures graveleuses, et à en faire des travaux de spéculation. C'est dans cette catégorie qu'il faut ranger les ouvrages suivants : L'Académie royale de musique depuis Cambert, en 1689, jusques et y compris l'époque de la Restauration. Ce travail, publié en onze articles dans la Revue de Paris, depuis 1834 jusqu'en 1838, est rédigé d'après les manuscrits de Beffara (1 vol. in-8°) — Mémorial du grand Opéra, brochure in-8°. — Le Piano, histoire de son invention, de ses améliorations successives, et des maîtres qui se sont fait un nom sur cet instrument. Ce travail a paru dans la Revue de Paris, en 1839 et 1840. Il est emprunté, en grande partie, à une suite d'articles publiés par l'auteur de cette notice, dans sa Revue musicale, en 1830. — l'Art des vers lyriques (Paris, Delahays, 1858, in-8°) — Sur l'Opéra, vérités dures, mais utiles (Paris, l'auteur, 1856, in-8°) Physiologie du Musicien (Bruxelles, 1844, in-32) Molière musicien, notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, etc. ; Paris, 1852, 2 vol. in-8°. Le titre de cet ouvrage n'a presque aucun rapport avec son contenu, composé de toutes sortes de sujets, et toujours puisé dans les source de Beffara, comme les suivants : — Théâtres lyriques de Paris. L'Académie impériale de musique, histoire littéraire, musicale, chorégraphique, pittoresque, morale, critique, politique et galante de ce théâtre ; Paris, 1855, 2 vol. in-8°, et un gros volume in-4° de musique. — Théâtres lyriques de Paris. L'Opéra italien, de 1548 à 1856 ; Paris, 1856, 1 vol, in-8°. Le manuscrit de l'Histoire de l'Opera-Comique, annoncée souvent par Castil-Blaze et qu'il n'eut pas le temps de publier, fait aujourd’hui partie de la Bibliothèque de l’Opéra, pour laquelle il a été acquis par M. Nuitter, archiviste de ce théâtre.

A cet aperçu de la vie prodigieusement active de Castil-Blaze, il faut ajouter le travail d'éditeur de ses propres ouvrages ainsi que de ceux des compositeurs dont il avait arrangé les partitions ; car il faisait tout lui-même, arrangements pour le piano et pour tous les instruments, dispositions des planches pour les graveurs, choix du papier, soins de l'impression, corrections des épreuves, tenue des livres de commerce, correspondance universelle, et cela sans un seul commis. Parvenu par ses travaux à une aisance qu'on pouvait appeler du nom de fortune, avant que des revers fussent venus le frapper, il allait volontiers faire de longs séjours dans le midi de la France, dont le climat était favorable à sa santé, et dont les habitudes lui étaient sympathiques. Plus tard, il crut à la nécessité de se remettre au travail pour réparer des pertes, et il vint se confiner à Paris dans la petite pièce étroite et basse dont il avait fait son cabinet, et qu'il ne quittait presque jamais. Sa santé, qui avait reçu de rudes atteintes depuis quelques années, lui rendait nécessaires l'air et l'exercice ; néanmoins il s'obstinait à ne respirer que dans un espace de quelques pieds carrés et à ne se donner de mouvement que celui de sa plume entre ses doigts. Une maladie de quelques jours le mit au tombeau, le 11 décembre 1857.

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, 1866-1868, avec complément d'Arthur Pougin, 1878-1880)

 

 

 

 

 

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