Zulma BOUFFAR

 

Zulma Bouffar dans le Voyage dans la lune

 

Magdelaine dite Zulma BOUFFAR

 

artiste lyrique française

(Nérac, Lot-et-Garonne, 23 mai 1843* 6 rue Piccini, Paris 16e, 20 janvier 1909*)

 

Fille d’Elie Agel BOUFFAR (1801 Hambourg, 1856) et de Victoire MARCHAND (1821 av. 1856).

 

 

Fille de comédiens elle débuta en Belgique auprès de ses parents dès l'âge de six ans. Plus tard, remarquée par Offenbach, elle fut engagée aux Bouffes-Parisiens où elle créa le 05 mai 1864 Lischen et Fritzchen (Lischen) ; elle obtint à ce théâtre un vif succès par son talent espiègle dans les opérettes du maître. Elle créa la Vie parisienne (Gabrielle) au Palais-Royal, les Brigands (Fragoletto) aux Variétés. Elle joua également aux Menus-Plaisirs, à la Gaîté, etc. En 1874, elle était au Théâtre-Bouffe de Saint-Pétersbourg. Revenue à Paris, elle joua au Châtelet, à la Renaissance, et prit en 1887 la direction de l'Ambigu qu'elle conserva jusqu'en 1902, année de sa retraite. Célibataire, entrée dans la maison de retraite des comédiens de Pont-aux-Dames (Seine-et-Marne), elle fut enterrée dans le cimetière de Couilly-Saint-Germain, peu de temps Coquelin aîné, fondateur de cette maison. Offenbach l’appelait « la Patti » de l’opérette. Elle se fit particulièrement applaudir dans la Vie parisienne, Geneviève de Brabant, le Roi Carotte.

 

 

 

 

opérettes créées

 

Lischen et Fritzchen (Lischen) de Jacques Offenbach (Bad Ems, 24 juillet 1863)

les Géorgiennes (Nini) de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 16 mars 1864)

Didon (Ascagne) de Blangini fils (Bouffes-Parisiens, 05 avril 1866)

la Vie parisienne (Gabrielle) de Jacques Offenbach (Palais-Royal, 31 octobre 1866)

le Château à Toto (Hector de la Trompette) de Jacques Offenbach (Palais-Royal, 06 mai 1868)

la Cour du roi Pétaud (Léon) de Léo Delibes (Variétés, 24 avril 1869)

les Brigands (Fragoletto) de Jacques Offenbach (Variétés, 10 décembre 1869)

le Roi Carotte (Robin Lusan) de Jacques Offenbach (Gaîté, 15 janvier 1872)

les Braconniers (Ginetta) de Jacques Offenbach (Variétés, 29 janvier 1873)

la Reine Indigo (Fantasca) de Johann Strauss [version française d’Adolphe Jaime et Victor Wilder] (Renaissance, 27 avril 1875)

la Voyage dans la lune de Jacques Offenbach (Gaîté, 26 octobre 1875)

la Tzigane (la princesse Arabelle) de Johann Strauss (Renaissance, 30 octobre 1877)

Kosiki (Kosiki) de Charles Lecocq (Renaissance, 18 octobre 1878)

la Camargo de Charles Lecocq (Renaissance, 20 novembre 1878)

l'Arbre de Noël de Charles Lecocq et Georges Jacobi (Porte-Saint-Martin, 04 octobre 1880)

 

 

 

 

 

Elle débuta sur les théâtres de Bruxelles et de Liège, où Offenbach la remarqua ; en 1863, il l'engagea pour les Bouffes-Parisiens, lui fit chanter, à Ems, le principal rôle d'une petite saynète de sa composition, Lischen et Fritzchen, rôle dans lequel il la présenta au public des Bouffes en janvier 1864. Son jeu fin et spirituel, sa grâce piquante, l'espièglerie qu'elle mettait dans ses créations furent aussitôt très goûtés. On la vit successivement dans les rôles de Moschetta de Il Signor Fagotto (1864) ; de Nini, dans les Géorgiennes (1864) ; de Jeanne et de Jean, dans Jeanne qui pleure et Jean qui rit (1865) ; d'Eros, dans les Bergers (1865) ; d'Ascagne, dans Didon (1866) ; de Julie, dans les Rendez-vous bourgeois. En octobre 1866, les Bouffes-Parisiens ayant été momentanément fermés, Mlle Zulma Bouffar entra au théâtre du Palais-Royal, où elle créa le rôle de Gabrielle, dans la Vie parisienne, de Meilhac et Offenbach ; ce dernier lui envoya la partition avec cette dédicace : « A Zulma Bouffar, la Patti de l'opérette. » Elle joua ensuite Geneviève de Brabant au théâtre des Menus-Plaisirs, puis revint au Palais-Royal créer le rôle d'Hector de la Trompette, dans le Château à Toto (1868) ; celui de Léon, dans la Cour du roi Pétaud (1869) ; celui de Fragoletto, dans les Brigands (1869). Après la guerre, elle reparut au théâtre de la Gaîté, ou Offenbach la fit engager pour jouer Robin Lusan, dans le Roi Carotte (1872), puis celui de Ginetta, dans les Braconniers (1873). Pendant la saison 1873-1874, Mlle Zulma Bouffar fit des excursions en Belgique et dans le nord de la France et aborda avec un grand succès le rôle de Clairette, dans la Fille de Madame Angot. En 1875, elle créa le rôle de Fantasca, dans la Reine Indigo, de Johann Strauss, au théâtre de la Renaissance. C'est un des rôles les plus difficiles qu'elle ait abordés. « Mlle Zulma Bouffar, dit M. Félix Jahyer, a de l'esprit et sait le pratiquer, une verve entraînante, de la grâce et, ce qui est une qualité excessivement rare, de la gaieté véritable. Sa voix, sans avoir un grand volume, porte dans toute la salle, parce qu'elle est juste et bien posée. Elle chante comme elle parle, avec un naturel parfait. Nulle n'a plus qu'elle l'habitude des planches, ce qui contribue puissamment à rendre son jeu aimable et communicatif. »

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1er supplément, 1878)

 

Mlle Zulma Bouffar qui, depuis quelques années, semblait avoir renoncé au théâtre, a été engagée, en 1886, à l'Ambigu, par M. Rochard. Avant même que le très grand succès du Fils de Porthos eût été épuisé, le théâtre de l'Ambigu, voulant produire sa nouvelle pensionnaire, reprit les Mystères de Paris (1887). Dans cette pièce, Mlle Zulma Bouffar fut chargée du rôle de Rigolette. Elle s'y fit applaudir, grâce à l'originalité de son jeu et à sa très grande expérience de la scène.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle était fille de comédiens de province, et parut naturellement de très bonne heure sur les planches, jouant des rôles d'enfants dans diverses villes, notamment à Lyon et à Marseille, avant de débuter, comme chanteuse, dans un café-concert de Bruxelles. Au cours d'une tournée en Belgique, Offenbach, de passage à Liège, la remarqua. Elle n'avait que dix-neuf ans à peine. Il lui fit chanter, à Ems, le principal rôle d'une saynète de sa composition, Lischen et Fritzchen, et l'engagea pour les Bouffes-Parisiens, où elle débuta dans ce même rôle, puis dans une autre opérette d'Offenbach, les Géorgiennes. Son succès y fut des plus vifs. Un jeu fin, spirituel, l'espièglerie qu'elle mettait dans toutes ses créations, une beauté plus piquante que régulière, mais expressive et gracieuse, lui valurent d'emblée la faveur du public. On la vit successivement dans les rôles de Moschetta, de Il signor Fagotto, de Jean et de Jeanne dans Jeanne qui pleure et Jean qui rit ; elle parut dans les Bergers, Didon (1866), les Rendez-vous bourgeois (1867), etc. En 1867, le théâtre des Bouffes-Parisiens ayant été momentanément fermé, Zulma Bouffar entra au théâtre du Palais-Royal, où elle créa le rôle de Gabrielle dans la célèbre Vie Parisienne, de Meilhac et Offenbach. Jamais elle ne devait être plus applaudie. Elle joua ensuite Geneviève de Brabant aux Menus-Plaisirs, parut de nouveau au Palais-Royal dans le Château à Toto (1869), dans la Cour du roi Pétaud, etc., puis se rendit à Saint-Pétersbourg, où elle remporta le même succès qu'en France. Au lendemain de la guerre, on la revit à Paris, toujours fêtée par le public de la Gaîté dans : le Roi Carotte (1872), les Braconniers (1873), le Voyage dans la lune, etc., et par celui de la Renaissance dans la Tzigane, Kosiki, la Reine Indigo, la Camargo, etc. En 1876, elle parut un moment vouloir abandonner le théâtre. On la revit cependant dans diverses pièces du Châtelet et de la Porte-Saint-Martin : l'Arbre de Noël, les Mille et une nuits, la Fille du Diable, etc., et elle se fit même applaudir à l'Ambigu, dans le rôle de Rigolette, des Mystères de Paris. Mais elle n'en devait pas moins rester, dans le souvenir du public, l'interprète inoubliable des meilleures opérettes d'Offenbach. Sa voix, sans grand volume, était juste et bien posée, son jeu, d'une aisance et d'un naturel parfaits, sa diction très sûre : surtout sa gentillesse spirituelle et mutine, lui assurait dès l'abord la sympathie du public. Elle fut, selon l'expression si juste d'Offenbach, la Patti de l'opérette, en un temps où l'opérette atteignit sans doute sa perfection.

(André Mary, Larousse Mensuel Illustré, avril 1909)

 

 

 

 

 

 

 

 

Zulma Bouffar dans Geneviève de Brabant

 

 

 

 

Son père était comédien, musicien et professeur ; sa mère jouait aussi.

Enfant de la balle, elle débuta à six ans, ou à peu près, à Marseille, dans la Fille bien gardée, et vint à Lyon où elle chanta avec succès. Son père l'amena à Paris, contracta pour elle un engagement avec un café-concert du boulevard de Strasbourg, mais, avant qu'elle ne parut, un décret interdit ces exhibitions d'enfants. Elle partit pour Bruxelles, chanta au Casino des Galeries Saint-Hubert en même temps que Darcier : quelque temps auparavant au Casino du Marché aux Poulets, elle chantait de petits duos avec Marie Cico, âgée environ de onze ans.

Elle avait une façon à elle de débiter ses chansonnettes mais le café-concert ne lui suffisait plus ; elle passa à Liège, jouant dans le Grand-papa Guérin, et se voyant emportée par Delannoy dans le Vieux caporal.

En 1855 - elle n'avait donc pas encore douze ans, - on l'enrégimente dans une troupe allemande qui allait à Cologne ; elle parcourt l'Allemagne, la Hollande, la Suède, le Danemark, chantant toujours en français. Son père meurt à Hambourg. Sa mère était morte depuis longtemps ; la voilà orpheline à treize ans. Elle continue ses tournées ; à Rotterdam, elle rencontre Naza, directeur du théâtre d'Ixelles-Bruxelles. Il la confie aux soins de sa femme, la fait jouer chez lui, deux ans, d'où elle passe à Liège, 1860-1862. Elle tient l'emploi des ingénuités, des soubrettes, des déjazets, chante l'opérette et tout le répertoire des Bouffes.

Zulma Bouffar, tant à cause de son jeune âge que de sa gentillesse, était l'enfant gâtée du public. Geoffroy, qui était venu en représentations à Liège, voulut la faire entrer au Palais-Royal ; elle préféra rester en Belgique, et alla jouer aux Galeries Saint-Hubert. Après une tournée en Hollande, elle vint à Hombourg (1863) où Offenbach l'entendit. Sa figure expressive, sa petite voix juste, décidèrent le maestro à lui confier le rôle de Lischen dans Lischen et Fritzchen que l'on donna pour la première fois à Ems. Cette pièce servit de début à l'artiste dans la salle du passage Choiseul dont l'ouverture se fit le 5 janvier 1864.

Jeune, espiègle, spirituelle, elle devait plaire, et elle plut : on la vit tour à tour dans Il Signor Fagotto, la Géorgienne (janvier 1864), Jeanne qui pleure et Jean qui rit (3 novembre 1865), les Bergers (rôle d'Eros), Didon (5 avril 1866). Elle passa même par les Folies-Dramatiques, rôle d'Eolin dans la Fille de l'air, et s'essaya au Théâtre lyrique dans la Flûte enchantée.

Lorsque les Bouffes fermèrent leurs portes, Zulma Bouffar entra au Palais-Royal où elle créa pour son début le rôle de Gabrielle dans la Vie parisienne (31 octobre 1866), ce qui lui valut sur la partition, cette dédicace d'Offenbach : « à Zulma Bouffar, la Patti de l'opérette. »

A partir de cette époque, elle joua de préférence les travestis. On la vit encore dans :

Geneviève de Brabant, Menus Plaisirs (26 décembre 1867), le Château à Toto, Palais-Royal (6 mai 1868), la Cour du roi Pétaud, les Brigands, Variétés (10 décembre 1869). Son nom se retrouve dans toutes les entreprises où paraît Offenbach. En 1872, c'est encore lui qui la fait engager à la Gaîté pour créer le rôle de Robin dans le Roi Carotte (15 janvier). Le 29 janvier 1873, elle joue dans les Braconniers aux Variétés. Après des excursions à Bruxelles, Rouen, Gand, Liège, etc., Mlle Bouffar revint à la Renaissance où elle triompha dans la Reine Indigo (mai 1875), toujours grâce à sa verve, à son esprit, à sa voix juste et bien posée, puis dans Kosiki (18 octobre 1876), la Tzigane (31 octobre 1877), la Camargo (20 novembre 1878).

« C'est, sans contredit, une des actrices les plus agréables de Paris surtout quand elle « grignote » des couplets d'Offenbach », écrit Paul Mahalin. La singularité de son nom n'avait pas été aussi sans frapper la critique : « Zulma !... Bouffar !... Quel singulier assemblage ! s'écriait dans la Presse Paul de Saint-Victor. On dirait d'une plume d'oiseau de paradis sur un bonnet de coton ».

Et Alphonse Daudet rimait dans le Parnassiculet contemporain :

« Plus douce que le nénuphar

Dans l'eau claire, une aurore blanche

Baise ton pied rose et ta hanche

Ivoirine, ô Zulma Bouffar ! »

Mais la hanche ivoirine avait épaissi, et, comme le dit encore Mahalin : « Les tendances regrettables que son nez affichait à « faire carnaval » avec son menton se sont accentuées de plus en plus. On pouvait, en vérité, lui appliquer le mot de Murger sur Mlle Parent de l’Opéra.

« C'est la fille de l'Amour et de Polichinelle ».

Après s'être retirée du Théâtre, Mlle Zulma Bouffar fit sa rentrée à l'Ambigu, en 1887, dans le drame les Mystères de Paris, rôle de Rigolette ; puis en 1891 succéda à E. Rochard dans la direction de ce théâtre. Elle inaugura sa venue par le Médecin des folles (18 septembre), mais sans jouer.

Mlle Zulma Bouffar ne garda que peu de temps cette direction. En 1902, âgée de 59 ans, elle obtint la pension de 500 fr. de la Société des artistes.

(Henry Lyonnet, Dictionnaire des Comédiens français, 1912)

 

 

 

 

 

 

 

 

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