Ernest BOULANGER

 

Ernest Boulanger en 1877

 

 

Henri Alexandre Ernest dit Ernest BOULANGER

 

compositeur français

(Paris 2e, 16 septembre 1815 – Paris 9e, 14 avril 1900*)

 

Fils de Marie Julie BOULANGER, cantatrice et de Frédéric BOULANGER, violoncelliste.

Epouse à Saint-Pétersbourg, Russie, le 14 septembre 1877 Raïssa, princesse de MYSCHETSKY ; parents de Nadia BOULANGER et de Lili BOULANGER, compositrices.

 

 

Admis comme élève au Conservatoire le 18 janvier 1830, il y reçut des leçons de Valentin Alkan pour le solfège, puis de Halévy pour le contrepoint, et enfin de Lesueur pour le style dramatique. Il obtint le premier grand prix de Rome en 1835 avec sa cantate Achille. En décembre 1835, il partit pour l'Italie avec le titre de pensionnaire du gouvernement. De retour à Paris vers la fin de 1839, il se mit à la recherche d'un livret d'opéra ; il l'obtint de Scribe qui lui donna les rognures de Robert le Diable, dans un acte intitulé le Diable à l'école, petit ouvrage représenté à l'Opéra-Comique le 17 janvier 1842 dont le succès fut très vif. Il donna, par la suite : les Deux Bergères (Opéra-Comique, 1843) ; une Voix (Opéra-Comique, 1845) ; la Cachette (Opéra-Comique, 1847) ; les Sabots de la marquise (Opéra-Comique, 1854) ; l'Éventail (Opéra-Comique, 1860) ; le Docteur Magnus (Opéra, 1864) ; Don Quichotte (Théâtre-Lyrique, 1869) ; Don Mucarade (Opéra-Comique, 1875). A cela il faut ajouter une cantate : le Quinze Août aux champs (Opéra, 1862), et deux opérettes non représentées, la Meunière de Sans-Souci et Marion, écrites pour le « Magasin des Demoiselles ». Il est également l’auteur de nombreux chœurs pour les grandes sociétés orphéoniques (les Navigateurs ; la Noce flamande ; la Goutte d'eau). Il a arrangé et réorchestré en partie Wallace ou le Ménestrel écossais, opéra de Catel, pour la reprise de cet ouvrage à l'Opéra-Comique en 1844. Sa musique est claire, élégante et fort agréable. Chevalier de la Légion d’honneur (août 1869), il a été professeur de chant au Conservatoire de Paris à compter du 01 octobre 1871, à la mort de Vauthrot, poste qu'il occupa jusqu'en 1894.

En 1887, il habitait 35 rue de Maubeuge à Paris 9e ; en 1893, 30 rue La Bruyère à Paris 9e, où il est décédé.

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

Achille, cantate pour ténor et orchestre (grand prix de Rome, 1835)

le Diable à l'école, opéra-comique en 1 acte, livret d’Eugène Scribe (Opéra-Comique, 17 janvier 1842) => fiche technique

les Deux bergères, opéra-comique en 1 acte, livret d'Eugène de Planard, création à l'Opéra-Comique (2e salle Favart), le 03 février 1843

     « Le livret est des plus simples. Un officier de marine a reçu, au bal masqué de la cour, l'aveu des sentiments qu'une charmante bergère éprouve pour lui. Il court le monde à la recherche de sa belle inconnue et, après avoir failli être dupe d'une mystification, il retrouve dans sa cousine la bergère masquée du bal. On a remarqué dans ce petit ouvrage la romance de la bergère, reproduite dans l'ouverture, et un joli trio en si mineur. » [Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869]

Une voix, opéra-comique en 1 acte, livret d'Alfred Bayard et Charles Potron, création à l'Opéra-Comique (2e salle Favart) le 28 mai 1845

     « Le canevas de cette pièce est fort léger. Un jeune officier français a entendu à Gênes une voix ravissante. Il s'est épris, sans la voir, de celle qui la possède. De retour en France, il croit la rencontrer dans une jeune veuve destinée à son ami Lireuil. Une scène de quiproquo le confirme dans son erreur, et, malgré l'apparition de la véritable chanteuse, il s'en tient à son choix. La musique, assez élégante, n'a pas été remarquée. Nous rappellerons seulement l'allegro du trio entre Edgar, le comte de Lireuil et l'aubergiste ; un duo chanté par Audran et Mme Potier, et le chœur final. Mme Casimir jouait le rôle de la Voix mystérieuse, et y vocalisait d'une manière charmante. Moreau-Sainti, Sainte-Foy complétaient le personnel de la représentation. » [Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869]

la Cachette, opéra-comique en 3 actes, livret d'Eugène de Planard, création à l'Opéra-Comique le 10 août 1847 => fiche technique

les Sabots de la marquise, opéra-comique en 1 acte, livret de Jules Barbier et Michel Carré (Opéra-Comique, 29 septembre 1854) => fiche technique

le Mariage de Léandre, opéra-comique en 1 acte, livret de Clément Caraguel (Bade, septembre 1859)

l'Eventail, opéra-comique en 1 acte, livret de Jules Barbier et Michel Carré, création à l'Opéra-Comique (2e salle Favart) le mardi 04 décembre 1860

     avec Mme Faure-Lefebvre, Mlle Angèle Cordier, MM. Crosti, Ponchard.

     Première à la Monnaie de Bruxelles le 05 septembre 1862.

      « Rosalinde, jeune veuve, sa sœur Phébé, le capitaine Annibal et le poète Fabrice sont les personnages de cette petite pièce. Dans le cours de l'intrigue, Rosalinde laisse tomber son éventail aux pieds d'Annibal, afin qu'il le lui rapporte chez elle ; ce qui a motivé assez légèrement le titre. La partition, traitée avec esprit, renferme de jolis détails : la séguedille : Bel astre aux doux yeux, et l'air agréable de Rosalinde : J'ai vingt ans, je suis veuve. » [Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869]

le Quinze août aux champs, scène pastorale et dramatique de circonstance, livret de Michel Carré (Opéra-Comique, 2e salle Favart, 15 août 1862)

la Meunière Sans-Souci, opérette en 1 acte, livret d'Auguste Carré, publiée dans le Magasin des Demoiselles en 1863

le Docteur Magnus, opéra en 1 acte, livret d'Eugène Cormon et Michel Carré, création au Théâtre de l'Opéra (salle Le Peletier) le 09 mars 1864

     décors de Joseph Nolau et Auguste Rubé (une chambre dans la maison du Docteur), costumes de Paul Lormier, avec Mmes Levielli, Tarby ; MM. Victor Alexandre Joseph Warot, Bonnesseur, Raphaël Auguste Grisy (Fritz), Antoine Cazaux. 11 représentations à l'Opéra.

     « Ce livret fut donné au compositeur pour le dédommager de la non-représentation de son ballet Zara. » [Théodore de Lajarte, Bibliothèque musicale du Théâtre de l'Opéra, 1876]

     « Le sujet appartient au genre fantaisiste. C'est une suite de scènes assez décousues et qui n'intéressent que médiocrement. Le docteur Magnus est un prédicateur zélé, mais non infatigable ; après avoir endormi son auditoire, il s'endort à son tour. Son neveu Daniel, jeune étudiant allemand, arrive sur ces entrefaites ; il profite de ce sommeil général pour déposer un baiser sur la joue d'une fillette nommée Rosa, qui donne un soufflet à son voisin ; celui-ci jette de hauts cris, et voilà tout l'auditoire réveillé. Daniel met tout le village sens dessus dessous ; il fait libéralement les honneurs de la cave de son oncle, et des ballots d'un colporteur dont il distribue les marchandises aux jeunes filles ; il grise même le docteur, qui raconte ses peccadilles de jeunesse. Après avoir mis tout le village en liesse, Daniel part pour la guerre, Magnus reprend son prêche et les auditeurs se remettent à ronfler de plus belle. La musique a paru aussi légère que le livret ; les couplets du docteur ; l'allégro du duo entre Daniel et Rosa : Pour M. Fritz, ma foi, tant pis ! un chœur de buveurs et de jeunes filles choisissant des dentelles, tels sont les fragments les plus remarqués pour leur facture élégante et facile. » [Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869]

Don Quichotte, opéra-comique en 3 actes, livret de Jules Barbier et Michel Carré (Théâtre-Lyrique, 10 mai 1869) => fiche technique

Don Mucarade, opéra bouffe en 1 acte, livret de Jules Barbier et Michel Carré (Opéra-Comique, 10 mai 1875. => fiche technique

Marion, opérette en 1 acte, non représentée, écrite pour le Magasin des Demoiselles (1877)

la Malédiction, scène, paroles d'Eugène Bercioux

 

ballets

 

Zara, ballet en 3 actes, livret de Charles Nuitter, non représenté.

     « Cet ouvrage ne fut pas heureux. Mlle Taglioni avait été chargée de la chorégraphie ; le rôle principal, écrit pour Emma Livry, fut répété successivement par elle et par Mlles Ferraris et Vernon. Enfin, les répétitions cessèrent, et, comme dédommagement (!), le compositeur reçut le livret du Docteur Magnus. Les décorations qui avaient été faites pour Zara servirent, l'une pour Don Juan, l'autre, plus tard, pour la Source. » [Théodore de Lajarte, Bibliothèque musicale du Théâtre de l'Opéra, 1876]

 

chœurs

 

Goutte d'eau (la)

Navigateurs (les)

Noce flamande (la)

 

 

 

 

 

Ernest Boulanger à Rome en 1836

 

 

 

 

Admis au Conservatoire en 1830, il y suivit les cours de Valentin Alkan pour le piano, d'Halévy pour le contre-point, et de Lesueur pour la composition dramatique. En 1835, il remporta le premier grand prix de composition musicale et se rendit en Italie. De retour à Paris, M. Boulanger, après avoir subi les dégoûts qui abreuvent tous les jeunes lauréats, obtint de Scribe, un poème en un acte : le Diable à l'école. Cet ouvrage, représenté au théâtre de l'Opéra-Comique, le 17 janvier 1842, obtint un fort joli succès, et c'était justice. « M. Boulanger a la mélodie facile, disait un journal de l'époque. Son instrumentation et sa facture dénotent une main exercée. » On remarqua l'ouverture, l'air de Roger (qui n'avait pas dédaigné de prêter son appui au débutant) et le trio final. Voici la liste des autres opéras de M. Ernest Boulanger : les Deux Bergères, opéra-comique en un acte (Opéra-Comique, 1843) ; Une voix, opéra-comique en un acte, de Bayard et Charles Potron (Opéra-Comique, 20 mai 1845) ; cette Voix était celle de Mme Casimir, une cantatrice émérite, dont le talent assura à ce petit acte un très agréable succès ; la Cachette, opéra-comique en trois actes (Opéra-Comique, 1847) ; les Sabots de la marquise, opéra-comique en un acte, de Jules Barbier et Michel Carré (Opéra-Comique, 29 septembre 1854), œuvre pleine de grâce et de verve. Les couplets : A vous je m'intéresse sont restés populaires. Les vaudevillistes en ont fait un de leurs timbres favoris. Les charmantes mélodies de cet opéra, où la science s'allie dans une juste mesure à l'imagination, représentent les seuls progrès enviables dans le genre éminemment français de l'opéra-comique. La musique a le bon goût de se borner à être l'auxiliaire des paroles ; elle n'ambitionne que la vérité et trouve le succès ; l'Eventail, opéra-comique en un acte (Opéra-Comique, 1860), marivaudage à l'eau de rose, qui n'était guère de nature à inspirer un compositeur ; le Docteur Magnus, opéra en un acte, de MM. Cormon et Michel Carré (Opéra, 9 mars 1864). Il est étrange qu'après avoir obtenu deux succès réels à l'Opéra-Comique, M. Boulanger, en désespoir de cause, ait été forcé de porter à l'Opéra une œuvre qui ne convenait à cette scène sous aucun rapport. La pièce, lourdement interprétée, fut jouée onze fois.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876)

 

Ses dernières œuvres sont deux opéras-comiques qui ont eu du succès : Don Quichotte, en trois actes, représenté au Théâtre-Lyrique en 1873, et Don Mucarade, en trois actes, représenté en 1875. M. Ernest Boulanger a été décoré de la Légion d'honneur en 1869.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1er supplément, 1878)

 

 

 

 

 

Dans le courant de l'année 1843, l'Opéra-Comique représentait un ouvrage intitulé les Deux Bergères. Il était signé, pour le livret : Planard, pour la musique : Boulanger. Sur l'affiche, en regard du principal rôle féminin, on lisait : Mme Boulanger. Etait-ce hasard ou parenté entre musicien et chanteuse ? Cette réunion de deux mêmes noms était la chose la plus exquise, la plus touchante, la plus douce : la mère devenue l'interprète de son fils. Et quelle mère ! Cette artiste admirable qui, de 1815 à 1845, fut la gloire de l'Opéra-Comique par la grâce et le charme de son talent ! Celle qui incarna Zerbine du Muletier, Jenny de la Dame Blanche, Suzanne de Marie, Paméla de Fra Diavolo, Rita de Zampa, Jacinthe du Domino noir !

Le fils faisait et a fait honneur à la mère. Sa carrière musicale, que nous allons retracer, est des plus distinguées, et la place de M. Ernest Boulanger parmi nos compositeurs est de celles que beaucoup pourraient envier.

Musicien, peintre, sculpteur, on part à Rome, chargé des lauriers que vient de vous décerner l'institut. Dans la Ville Eternelle, on travaille, on admire et on s'assimile les beautés de l'art antique dont Rome est restée le sanctuaire. Mais le séjour réglementaire est achevé, il faut songer au retour. On revient. Peintre, comment ferez-vous connaître vos connaissances acquises, l'inspiration puisée ? Qui prendra vos tableaux ? Sculpteur, comment prouverez-vous votre habileté à modeler l'argile, à faire vivre le marbre ? Musicien, qui jouera votre opéra, votre messe ou votre oratorio ?

Comme tous les Prix de Rome, M. Ernest Boulanger éprouva les déboires du retour, la difficulté des débuts, les dégoûts devant les théâtres fermés impitoyablement. Enfin, la fortune s'humanisa. Scribe voulut bien confier au jeune musicien un poème en un acte, le Diable à l'Ecole, qui, habillé — fort bien, ma foi ! déclara dame Critique — de la musique de M. Ernest Boulanger, vit le jour à l'Opéra-Comique. Puis ce fut un acte encore, sur la même scène : les Deux Bergères, dont nous avons parlé. Autre acte, autre succès : Une Voix, qui était celle de Mme Casimir, principale interprète. Enfin, voici trois actes : la Cachette, mal servie par Planard, son librettiste, faisant pourtant convenable figure, grâce à la musique.

Ici se place une délicate bleuette qui a la grâce fragile d'un Saxe, le mignard délicieux d'un Watteau : les Sabots de la Marquise. Sur une donnée heureuse de Jules Barbier et Michel Carré, l'ouvrage eut grand succès, et les couplets Va pour Nicolas ! l'air A vous je m'intéresse, devenaient bientôt populaires. La partition fut bissée presque en entier à la première ; la valeur d'artistes tels que Sainte, Bussine, Mlle Lemercier, ne pouvait que rehausser le mérite des Sabots de la Marquise.

M. Ernest Boulanger entra à l'Opéra avec le Docteur Magnus, opéra en un acte de Cormon et Michel Carré. M. Warot, que l'auteur du Docteur Magnus devait retrouver comme son collègue au Conservatoire, jouait dans cet ouvrage.

Au temps où Paris se transportait à Bade, M. Boulanger vit représenter dans la station cosmopolite son Mariage de Léandre, et quand Emma Livry mourut, brûlée, elle devait animer de sa danse divine un ballet, Zara, inventé par M. Nuitter et Taglioni, l'immortelle sylphide, et pour lequel le compositeur apprêtait les rythmes ailés de sa mélodie.

Depuis son Don Mucarade, au Théâtre Lyrique, le musicien est devenu professeur de chant. Après avoir été sinon un des maîtres, du moins le conseiller et le guide de Gueymard, M. Boulanger, par son enseignement du chant au Conservatoire, a su former des chanteurs d'élite tels que Fournets, Dupeyron, Douaillier, actuellement à l'Opéra ; Mme Molé-Truffier, la charmante pensionnaire de M. Carvalho. Citons aussi Mlle Figuet, à qui la mort n'a pas voulu laisser continuer une carrière qui s'annonçait brillante, à en juger par les bravos dont furent soulignés les premiers pas de cette artiste sur la scène de notre Académie nationale de musique.

Tout récemment, M. Boulanger a pris sa retraite de professeur. Il est redevenu compositeur. Ses loisirs nombreux, son ardeur vaillante et très verte vont nous donner mélodies en album, chœurs pour orphéons, musique de chambre et, souhaitons-le, un opéra ?

Dans son salon, l'autre jour, comme nous attendions en regardant le portrait de Mme Boulanger, une apparition souriante s'encadra dans la porte : une fillette blonde, portant dans les traits une ressemblance frappante avec la créatrice de la Dame aux Camélias et du Domino noir.

— Ma fille ! à qui je vais donner sa leçon, — nous dit M. Boulanger.

Et dans l'escalier, notre visite faite, la porte à peine fermée, une voix fraîche vint jusqu'à nous. La leçon commençait.

Heureux père !

(Figures contemporaines tirées de l'album Mariani, 1896)

 

 

 

 

 

         

 

On n'est pas parfait

chansonnette interprétée par Berthelier de l'Opéra-Comique

paroles de Joachim Duflot, musique d'Ernest Boulanger

 

 

 

 

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