Alexis BOUVIER

 

caricature d'Alexis Bouvier par André Gill

 

 

François Alexis dit Alexis BOUVIER

 

écrivain et chansonnier français

(Paris 9e, 15 janvier 1836 – Paris 18e, 18 mai 1892*)

 

Epouse Léonide LEVASSEUR (1839 ).

 

 

Ciseleur en bronze jusqu'en 1863, il compléta son instruction et composa tour à tour des chansons de style populaire dont quelques-unes : la Canaille, les Trois lettres d'un marin, ont eu un vif succès, des livrets d'opérette, des vaudevilles, et acquit une grande réputation par ses romans-feuilletons, où s'affirme une imagination féconde : le Mariage d'un forçat (1873), la Grande Iza (1878), Malheur aux pauvres ! (1880), le Club des coquins (1881). Il avait tiré de ses romans quelques drames : Auguste Manette, avec Léon Beauvallet (1875) ; le Mariage d'un forçat, avec Brault (1878) ; la Dame au domino rose (1882) ; la Sang-Brûlé, avec Guillaume Livet (1885) ; etc.

Il est décédé dans son domicile au 12 boulevard de Clichy à Paris 18e.

 

 

 

 

livrets

 

Versez, marquis !, opérette en 1 acte, avec Edouard Prével, musique de Frédéric Barbier (Folies-Marigny, 19 avril 1862)

Euréka !!!, opérette-bouffe en 1 acte, musique de Jouffray (Folies-Marigny, 06 novembre 1862)

la Veuve d'un vivant, opérette en 1 acte, musique de Charles Domergue (Folies-Marigny, 07 février 1863)

la Gamine du village, opérette en 1 acte, musique de Frédéric Barbier (Folies-Marigny, 15 juillet 1863) => fiche technique

Une paire d'Anglais, saynète bouffe, avec Edouard Prével, musique de Charles Domergue (1863)

Ma fille, opérette en 1 acte, musique d'Isidore-Edouard Legouix (Délassements-Comiques, 20 mars 1866)

Gervaise, opéra-comique en 1 acte, avec Hippolyte Lefebvre, musique de Frédéric Barbier (Théâtre-International, 17 juin 1867)

 

chansons

 

Canaille (la) [d'abord appelée la Chanson des gueux], musique de Joseph Darcier (1865)

Trois lettres d'un marin (les), musique de Joseph Darcier

 

 

 

 

 

la Canaille

 

Dans la vieille cité française

Existe une race de fer,

Dont l'âme comme une fournaise

A de son feu bronzé la chair.

Tous ses fils naissent sur la paille,

Pour palais, ils n'ont qu'un taudis.

C'est la canaille !

Eh bien ! j'en suis !

 

Ce n'est pas le pilier du bagne ;

C'est l'honnête homme dont la main

Par la plume ou le marteau gagne,
En suant, son morceau de pain.

C'est le père, enfin, qui travaille

Les jours et quelquefois les nuits.

C'est la canaille !
Eh bien ! j'en suis !

 

C'est l'artiste, c'est le bohème

Qui, sans souper, rime rêveur

Un sonnet à celle qu'il aime

Trompant l'estomac par le cœur.

C'est à crédit qu'il fait ripaille

Qu'il loge et qu'il a des habits.

C'est la canaille !

Eh bien ! j'en suis !

 

C'est l'homme à la face terreuse,

Au corps maigre, à l'œil de hibou,

Au bras de fer à main nerveuse

Qui, sortant d'on ne sait pas où,

Toujours avec esprit vous raille,

Se riant de votre mépris.

C'est la canaille !

Eh bien ! j'en suis !

 

C'est l'enfant que la destinée

Force à rejeter ses haillons,

Quand sonne sa vingtième année,

Pour entrer dans nos bataillons.

Chair à canon de la bataille,

Toujours, il succombe sans cris…

C'est la canaille !

Eh bien ! j'en suis !

 

Ils fredonnaient la Marseillaise,

Nos pères, les vieux vagabonds

Attaquant en quatre-vingt treize

Les bastilles dont les canons

Défendaient la vieille muraille !

Que de trembleurs ont dit depuis :

« C'est la canaille !... »

Eh bien ! j'en suis !

 

Les uns travaillent par la plume,

Le front dégarni de cheveux.

Les autres martèlent l'enclume,

Et se soûlent pour être heureux.

Car la misère, en sa tenaille,

Fait saigner leurs flancs amaigris…

C'est la canaille !

Eh bien ! j'en suis !

 

Enfin, c'est une armée immense,

Vêtue en haillons, en sabots.

Mais qu'aujourd'hui la vieille France

Les appelle sous ses drapeaux,

On les verra dans la mitraille,

Ils feront dire aux ennemis :

« C'est la canaille ! »

Eh bien ! j'en suis !

 

(Alexis Bouvier, 1865)

 

 

 

 

 

 

 

 

Encylopédie