Marie CABEL

 

Marie Cabel dans Mignon (Philine) à l’Opéra-Comique, lithographie d’Alfred Lemoine d’après une photo de Bingham (1866)

 

Marie-Josèphe DREULLETTE dite Marie CABEL

 

soprano français

(Liège, Belgique, 12 janvier 1827 Maisons-Laffitte, Yvelines, 23 mai 1885*)

 

Fille de Louis Samson DREULLETTE, officier.

Epouse en 1847 (divorce) Georges CABU DIT CABEL (Namur, Belgique, 1822 av. 1884), professeur de chant [frère de Louis Joseph CABEL, baryton, et d’Edmond CABEL, ténor].

 

 

Fille d'un ancien officier de cavalerie de l'armée française, elle épousa fort jeune un professeur de chant, Georges Cabu, dit Cabel, auquel elle dut son éducation musicale, mais dont elle se sépara au bout de quelques années. Après s'être fait entendre, à Paris, aux concerts du Château des Fleurs (1847), elle débuta à l'Opéra-Comique (mai 1849) dans le Val d'Andorre et les Mousquetaires de la Reine, où elle passa complètement inaperçue. C'est au théâtre de la Monnaie, de Bruxelles, qu'elle se révéla l'année suivante et commença sa brillante réputation. Elle y passa deux années (1850-1851). Elle alla ensuite à Lyon, au Havre, à Genève, à Strasbourg, puis vint débuter triomphalement au Théâtre-Lyrique le 06 octobre 1853, où le Bijou perdu et le point d'orgue qu'elle exécutait dans la trop fameuse ronde des Fraises lui valurent un succès inouï. Jeune et jolie, accorte, fraîche et souriantes manquant souvent de style, mais ayant le diable au corps, douée d'une voix merveilleuse, avec cela lançant les traits de vocalisation les plus difficiles avec une sûreté vraiment prodigieuse, Mme Cabel fit courir tout Paris dans ses créations de la Promise, Jaguarita l'Indienne, le Muletier de Tolède, la Chatte merveilleuse, si bien que l'Opéra-Comique la rappela à lui en 1856, cette fois au grand plaisir du public. L'année précédente, elle avait créé à Bade les Amoureux de Perrette de Louis Clapisson. Elle créa à l'Opéra-Comique Manon Lescaut, le Château Trompette, le Carnaval de Venise, la Bacchante, le Pardon de Ploërmel, prit part aux reprises de Galatée, de la Part du diable, de l'Ambassadrice, de l'Etoile du Nord et du Songe d'une nuit d'été, retourna un instant au Théâtre-Lyrique en 1861, y joua en 1863 Peines d'amour, mauvaise adaptation française de Cosi fan tutte, de Mozart, puis revint à l'Opéra-Comique en 1865 pour y créer Zilda, le Premier jour de bonheur et Mignon (Philine). Mme Cabel quitta l'Opéra-Comique en 1871, et alla faire plusieurs tournées en province, se fit entendre de nouveau à la Monnaie de Bruxelles, obtint encore des succès retentissants à l'Opéra-Comique de Londres, et se retira définitivement du théâtre en 1877. Elle fut frappée, l'année suivante, d'une attaque de paralysie dont elle ne put jamais se guérir, et mourut dans l'état intellectuel et physique le plus misérable.

En 1863, elle habitait 11 rue Blanche à Paris 9e. Elle est décédée en son domicile, avenue Corneille à Maisons-Laffitte (Yvelines).

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y débuta le 23 mai 1849 dans le Val d'Andorre (Georgette).

 

Elle y fit son retour le 23 février 1856 dans Manon Lescaut (Manon).

 

Elle y créa le 10 septembre 1849 les Mousquetaires de la reine (Athénaïs de Solange) ; le 23 février 1856 Manon Lescaut (Manon) d'Esprit Auber ; le 09 décembre 1857 le Carnaval de Venise (Sylvia) d'Ambroise Thomas ; le 04 novembre 1858 la Bacchante d'Eugène Gautier ; le 04 avril 1859 le Pardon de Ploërmel (Dinorah) de Giacomo Meyerbeer ; le 23 avril 1860 le Château Trompette (Lise) de François-Auguste Gevaert ; le 28 mai 1866 Zilda (Zilda) de Friedrich von Flotow ; le 17 novembre 1866 Mignon (Philine) d'Ambroise Thomas ; le 15 février 1868 le Premier jour de bonheur (Hélène) d'Esprit Auber ; le 28 novembre 1868 le Corricolo (Caroline de Lussan) de Ferdinand Poise.

 

Elle y chanta Galatée ; la Part du diable (Carlo) ; l'Ambassadrice (Henriette) ; la Fille du régiment (Marie, 1857) ; l'Etoile du Nord ; le Songe d'une nuit d'été.

 

 

Sa carrière au Théâtre-Lyrique

 

Elle y débuta le 06 octobre 1853 en créant le Bijou perdu (Toinon) d’Adolphe Adam.

 

Elle y créa le 16 mars 1854 la Promise de Louis Clapisson ; le 16 décembre 1854 le Muletier de Tolède (Elvire) d'Adolphe Adam ; le 14 mai 1855 Jaguarita l'Indienne (Jaguarita) de Fromental Halévy ; le 18 mars 1862 la Chatte merveilleuse (Féline) d'Albert Grisar ; le 30 octobre 1862 Hymne à la musique de Charles Gounod.

 

Elle y participa à la première le 31 mars 1863 de Peines d'amour (Rosaliene) de Mozart [version française de Jules Barbier et Michel Carré de Cosi fan tutte].

 

 

 

 

 

Marie Cabel, lithographie de Charles Baugniet (1850)

 

 

 

Fille d'un ancien officier de cavalerie de l'armée française devenu plus tard agent comptable dans divers théâtres de Belgique. Elle montra dès ses plus jeunes années d'excellentes dispositions musicales, et Mme Pauline Viardot, qui habitait alors un château aux environs de Bruxelles, ayant eu occasion de l'entendre chanter, lui prédit un brillant avenir. Son père étant mort, elle donna d'abord des leçons de solfège et soutint sa mère à l'aide de son travail. Bientôt elle devint l'élève d'un jeune professeur de chant, M. Cabu, dit Cabel, qui en devint amoureux et l'épousa. Ce mariage ne fut pas heureux, car au bout de quelques années les deux époux divorcèrent.

En 1847, Mme Cabel vint à Paris et se fit entendre au château des Fleurs, établissement de concerts situé aux Champs-Elysées, puis elle obtint un engagement à l'Opéra-Comique, où elle débuta au mois de mai 1849 dans le rôle de Georgette du Val d'Andorre, après quoi elle se montra dans les Mousquetaires de la Reine. Elle passa alors complètement inaperçue, mais M. Hanssens, chef d'orchestre du théâtre de la Monnaie, de Bruxelles, étant venu l'entendre, la fit engager à ce théâtre, où elle se produisit en 1850 et 1851 avec un énorme succès. Cependant, en 1852, elle allait tenir l'emploi des chanteuses légères à Lyon, aux appointements de 3.000 francs par mois, puis, l'année suivante, se faisait entendre à Strasbourg et à Genève. Enfin, engagée au Théâtre-Lyrique, elle y vint débuter le 6 octobre 1853, dans un ouvrage nouveau d'Adolphe Adam, le Bijou perdu, et fit affluer la foule à ce théâtre par la façon dont elle jouait et chantait le rôle de Toinon. Jeune, fraîche, accorte, souriante, ayant le diable au corps, manquant à la fois de goût et de style musical, mais douée d'une voix adorable, d'une pureté merveilleuse, et dont le timbre brillant et argentin produisait un effet étonnant sur le public, avec cela lançant les traits les plus difficiles avec une crânerie et une sûreté surprenantes, Mme Cabel se fit rapidement une très grande réputation, qui s'accrut encore avec la création qu'elle fit dans la Promise, de Clapisson. Son succès ne fut pas moins grand dans plusieurs autres ouvrages nouveau, Jaguarita l'Indienne, le Muletier de Tolède, la Chatte merveilleuse, si bien que l'Opéra-Comique jugea bon de se rattacher.

Elle reparut à ce théâtre dans un nouvel opéra d'Auber, Manon Lescaut, et cette fois le public ne lui marchanda pas ses applaudissements. Elle reprit alors plusieurs pièces du répertoire, l'Étoile du Nord, l'Ambassadrice, Galatée, le Songe dune nuit d’été, et mit le comble à sa renommée par sa création de Dinorah du Pardon de Ploërmel, bientôt suivies de celles qu'elle fit dans Château-Trompette et dans Zilda. En 1863, Mme Cabel retourna au Théâtre-Lyrique pur jouer Peines d'amour, traduction de Cosi fan tutte, de Mozart, puis elle revint à l'Opéra-Comique établir le rôle de Philine dans la Mignon de M. Ambroise Thomas. Peu après, elle quitta Paris, et depuis lors elle a donné des représentations en province, en Belgique, et à l'Opéra-Comique de Londres, où, en 1872, elle a obtenu de très grands succès.

(F.-J. Fétis, Biographie universelle des Musiciens, supplément d'Arthur Pougin, 1881)

 

 

 

 

 

Son père, Louis-Samson Dreullette, ancien officier de cavalerie dans l'armée française, devenu plus tard agent comptable des principaux théâtres de la Belgique, était un musicien amateur de mérite ; aussi vit-il avec joie sa fille bégayer l'art musical presque au berceau. « Un jour, raconte un biographe, la petite Marie fut arrêtée par une dame qui l'avait écoutée chanter. « Quel âge as-tu , mon enfant ? Neuf ans, madame. Est-ce que tu reçois des leçons de solfège ? Non, madame, j'apprends seulement à toucher du piano. C'est dommage !... il faudra dire à tes parents de te donner des maîtres ; tu as une voix charmante, tu acquerras du talent, de la réputation, puis de la richesse ; tu auras un château, des voitures, tu seras un jour ce qu'était ma sœur. Celle qui parlait ainsi, c'était Mme Viardot ! » La jeune Marie mit à profit le conseil de la grande cantatrice, et bien lui en prit ; car son père mourut, et Marie Dreullette, grâce aux excellentes leçons de M. Georges Cabu, dit Cabel, put faire vivre sa mère en donnant des leçons de solfège. La jeune Marie épousa son professeur et le suivit à Paris, en 1847. Elle reçut le baptême des bravos parisiens aux concerts du Château des Fleurs, puis elle alla se faire entendre au Jardin d'hiver de Lyon. De retour à Paris, après une courte absence, Mme Cabel obtint, à un concert donné dans la salle Sax ; un succès si brillant qu'il attira l'attention de M. Basset, alors directeur de l'Opéra-Comique. Mme Cabel fut engagée à ce théâtre, où elle débuta, le 23 mai 1849, dans le rôle de Georgette, du Val d'Andorre, opéra d'Halévy. « L'actrice chargée de succéder à Mlle Louise Lavoye, écrivit alors le critique musical du Moniteur, M. Fiorentino, chante avec facilité : sa voix est étendue et d'un timbre pur et distingué ; mais ses intonations, d'une justesse quelquefois contestable, blessent les oreilles délicates. Si, comme cantatrice, elle avait fort à faire pour soutenir le parallèle avec l'artiste qui avait créé le rôle, il semblait que, sans efforts , il lui était facile de la remplacer comme actrice. Nous n'oserions néanmoins assurer que les grâces de Mme Cabel, qui rappellent la définition qu'un ancien donnait des femmes du Midi, corpus solidum et succi plenum, offrent aux yeux, à l'imagination du spectateur, ce type gracieux et virginal qu'après six ans au théâtre Mlle Louise Lavoye avait conservé dans tous ses rôles. » Voila une appréciation aigre-douce. M. Fiorentino a-t-il voulu faire des compliments, a-t-il voulu faire une critique ? Nul autre que lui ne le sait : peut-être sa caisse pourrait-elle nous édifier à ce sujet. On sait que la plume du trop fameux critique était d'or, et qu'on n'en devenait digne qu'à beaux deniers comptants.

Mme Cabel aborda, le 10 septembre 1849, le rôle d'Athénaïs de Solange, dans les Mousquetaires de la reine ; l'effet parut médiocre. L'artiste, acceptant sa défaite, quitta l'Opéra-Comique, et, après avoir réussi dans les concerts, elle prit l'emploi de première chanteuse légère du théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, où elle créa avec succès la Fée aux roses, la Dame de pique, Berthe du Prophète, le Toréador, le Caïd et le Songe d'une nuit d'été. Le public de Lyon l'acclama à son tour, au mois de septembre 1852, dans le Toréador et Galatée. Mme Cabel se rendit ensuite à Strasbourg, puis à Genève. Elle obtint dans cette dernière ville un succès inouï, et y reçut, à sa représentation de clôture, une broche ornée de brillants, d'un travail merveilleux, et accompagnée, d'une lettre très flatteuse de S. A. I. la grande-duchesse de Russie. Le retentissement des succès de Mme Cabel décida Jules Seveste, alors directeur du Théâtre-Lyrique, à engager l'éminente artiste, dont le véritable début eut lieu, le 6 octobre 1853, par le rôle de Toinette, dans le Bijou perdu, opéra d'Adolphe Adam. L'enthousiasme fut général, et le pont-neuf des fraises, terminé par un admirable point d'orgue, est resté le chef-d'œuvre de Mme Cabel. La Promise, de Clapisson, le Muletier de Tolède, d'Adam, et surtout Jaguarita l'Indienne, d'Halévy, rendirent Mme Cabel l'idole du boulevard du Temple. Ce dernier rôle permettait à l'artiste de montrer aux yeux du public une partie des trésors de sa luxuriante beauté, ce qui était loin d'amoindrir le succès de la vocaliste par excellence. Enfin, M. Perrin engagea la diva, qui débuta, de nouveau, au théâtre de l'Opéra-Comique, le 23 février 1856, par le rôle de Manon, de Manon Lescaut, opéra d'Auber. Le personnage assombri par les paroliers n'était pas favorable à la cantatrice, qui n'excella que dans la Bourbonnaise : C'est l'histoire amoureuse. Le Carnaval de Venise, opéra d'Ambroise Thomas, n'exigeait qu'une vocaliste ; c'est dire que l'artiste s'y fit applaudir, ainsi que dans la Bacchante, d'Eugène Gautier. Mme Cabel, après avoir paru dans les reprises de la Fille du régiment et de l'Etoile du Nord, créa le rôle de Dinorah du Pardon de Ploërmel, opéra de Meyerbeer. Elle interpréta à ravir la valse de l'Ombre. Les reprises de Galatée et de la Part du diable (rôle de Carlo) furent très favorables à la réputation de la cantatrice, qui tira aussi tout le parti possible du rôle de Lise, dans le Château Trompette, opéra de Gevaert. En 1860, elle recommença ses pérégrinations en province et à l'étranger, puis reparut, temporairement, en 1861, à l'Opéra-Comique. Le 3 septembre de la même année, le Théâtre-Lyrique était en fête : Mme Cabel y chantait le Bijou perdu, et retrouvait son succès d'autrefois. Elle obtint, en 1862, un triomphe mérité dans la Chatte merveilleuse, faible opéra de Grisar, et créa avec talent, en 1863, un rôle ingrat dans Peines d'amour (traduction du Cosi fan tutte, de Mozart). Mme Cabel a fait sa rentrée à l'Opéra-Comique, le 23 décembre 1865, par le rôle d'Henriette de l'Ambassadrice, opéra de M. Auber.

La nature a doué magnifiquement cette cantatrice. Elle lui a donné, sous le rapport physique, une beauté de visage et de formes qui ne laisse rien à désirer, et, sous le rapport musical, une voix d'un timbre flatteur, étendu et flexible.

En résumé ; Mme Cabel est avant tout vocaliste ; elle a plus de voix que de science et de style, et, si, un jour, cet organe si pur et si agile vient à s'altérer, l'expression, qui est l'âme du chant, ne consolera pas les dilettantes des défaillances de la voix, car l'expression fait complètement défaut à Mme Cabel, qui n'en restera pas moins une artiste de premier ordre.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876)

 

Elle est morte à Maisons-Laffitte le 23 mai 1885 des suites d'une paralysie qui l'avait éloignée depuis longtemps du théâtre. Sa dernière création à l'Opéra-Comique fut le rôle de Philine, dans Mignon. Elle y eut un grand succès. Après quelques tournées faites à l'étranger, Mme Cabel avait abandonné tout à fait la scène vers 1877.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)

 

 

 

 

 

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