Jenny CARRÉ

 

 

 

Jenny Louise dite Jenny CARRÉ

 

dessinatrice de costumes de théâtre française

(villa des Flots, rue Pierre-Guerlain, Le Crotoy, Somme, 08 août 1902* – Paris 8e, 01 avril 1945)

 

Fille d'Albert CARRÉ, directeur de théâtre, et de Marguerite CARRÉ, cantatrice.

Epouse Robert RIQUEZ dit FAVART (Alexandrie, Egypte, 19 février 1911 Nogent-sur-Marne, Val-de-Marne, 26 juillet 2003), acteur ; parents de Michel RIQUEZ dit FAVART, réalisateur (Paris 9e, 07 avril 1942 –).

 

 

Elle réalisa des costumes pour plusieurs théâtres, dont la Gaîté (Rip ; la Hussarde ; la Poupée ; le Petit Duc) et l'Opéra-Comique (le Roi bossu).

 

 

 

Marguerite Carré et sa fille Jenny

 

 

 

L’Aube d’une carrière.

Fille d'un de nos plus grands directeurs de théâtre, admirable metteur en scène et d'une cantatrice bien connue, Mlle Jenny Carré eut pu se contenter de se laisser bercer aux succès de ses parents.

Mais indépendante et dès son tout jeune âge très fière, ne voulant rien devoir qu'à son propre travail, Mlle Carré — sans peut-être en avoir encore conscience elle-même, — dès l'âge de 10 ans avait trouvé sa voie.

Tandis qu'enfant, Jenny Carré accompagnait sa mère au hasard de ses tournées, l'idée du dessin avait germé en elle.

Obtenant enfin l'autorisation de son père de se livrer à ce qui déjà était toute sa vie, la fillette commença de sérieuses études de dessin, tout d'abord sous la direction d'un élève de Detaille, tué malheureusement à la guerre, puis avec M. Lévy Dhurmer.

Toutefois ce fut à Lyon que devait avoir lieu la véritable révélation : voyant sa mère jouer la Belle Hélène, Jenny Carré frappée par un certain manque de style et surtout par le côté un peu désuet des costumes se mit au travail dans le plus grand secret, se préparant à infuser une vie nouvelle aux vieux personnages de la légendaire opérette d'Offenbach.

Le directeur de la Gaîté ayant eu connaissance de ce projet, se fit montrer les croquis et séduit par l'originalité de la jeune artiste, les fit exécuter lors de la reprise de la Belle Hélène en 1919 ; premier succès, premiers lauriers.

Puis ce furent Véronique et la Geisha, de jolis costumes conçus avec goût.

Cependant M. Carré estimant que sa fille pouvait et « devait faire mieux encore », la força — cessant toute production — à se remettre au travail ; pendant un an sous la direction de M. Multzer de l'Opéra-Comique, Mlle Carré apprit « le métier ».

L'interdiction paternelle enfin levée, Mlle Carré se vit sollicitée par M. Max Viterbo, directeur de la Cigale, et exécuta pour la réouverture de cet établissement des costumes féeriques qui contribuèrent puissamment au succès de la revue qui y fut donnée.

Dès lors la jeune dessinatrice était lancée et M. Bravard, l'habile directeur de la Gaîté-Lyrique, séduit par le talent de l'artiste, lui commanda immédiatement — suite ininterrompue de succès — les costumes de Rip, de la Hussarde, de la Poupée et du Petit Duc.

Mlle Carré se vit également demander les maquettes de « l'homme qui vendit son âme au Diable » et celles de « Poussière de soleil » d'Albert Roussel et dut même pour satisfaire un grand théâtre d'Amérique trouver de nouveaux costumes pour Aïda, les Noces de Figaro, Orphée, Cendrillon et Lakmé.

Fidèle à son premier théâtre, Jenny Carré revint ensuite à la Gaîté où, toujours avec la collaboration de Mlle Andrée Delahaye, merveilleuse exécutrice de ses dessins, elle croqua les délicieuses silhouettes de Surcouf, puis — intermède, — para les personnages de « Paris-Boulevards » revue d'inauguration du théâtre du Boulevard, revue sans frais de décors mais dans laquelle les costumes de la spirituelle artiste mettent comme un rayon de soleil.

Enfin, en attendant la reprise de Hans, le jouer de flûte, Mlle Carré composa pour la tournée d'opérettes dirigée par M. Salignac, tournée de propagande française en Amérique, les travestissements de Giroflé-Girofla et ceux de la Mascotte.

Carrière, on le voit, déjà bien remplie mais ce qu'on ne saurait trop louer, c'est l'originalité, marque spéciale du talent de Mlle Carré, les dessins imaginés par elle étant tout en conservant la note exacte de la pièce représentée, toute poésie et toute lumière et ses costumes ayant par eux-mêmes, si toutefois on ose s'exprimer ainsi, une personnalité.

(J. Tourguéneff, Lyrica, novembre 1926)

 

 

 

 

 

 

la Belle Hélène, costume de Jenny Carré, Gaîté-Lyrique, 1919

 

 

 

Encylopédie