CAYLUS

 

 

 

 

Étienne Henry Rosario CAYRE dit CAYLUS

 

ténor français

(maison Fabrègues, place Couverte, Gignac, Hérault, 06 octobre 1850* hôpital-hospice, Clermont-l’Hérault, Hérault, 06 juin 1926*)

 

Fils de Jean CAYRE (Sète, Hérault, 18 mai 1822* ap. 1890), tondeur, et de Joséphine Marie CAYLUS (Gignac, 11 juillet 1826* 1857), couturière, mariés à Gignac le 15 février 1849*.

Epouse à Paris 7e le 20 février 1890* Anne Constance DUPUIS (Batignolles-Monceau, Seine [auj. Paris 17e], 27 octobre 1854 – Gignac, 01 février 1915*), fille d’Henry Théodore DUPUIS (Rueil [auj. Rueil-Malmaison], Seine-et-Oise [auj. Hauts-de-Seine], 05 novembre 1829* Paris 7e, 29 août 1889*) ténor à la Société des Concerts du Conservatoire, et d’Anastasie Julie FRANÇOIS (Gaillefontaine, Seine-Inférieure [auj. Seine-Maritime], 03 février 1824* – Paris 7e, 02 novembre 1868*).

Parents de Lucie Sidonie Marie CAYRE-CAYLUS (Paris 16e, 21 août 1892* Toulon, Var, 09 octobre 1972), chanteuse qui fut élève de Léonce et Maria Escalaïs [épouse à Paris 7e le 04 janvier 1919* Georges Vincent BESSE (La Jarrie, Charente-Inférieure [auj. Charente-Maritime], 16 décembre 1884* Gignac, 24 avril 1947), capitaine d’état-major].

 

 

Elève d’Henri Laget au Conservatoire de Paris, il débuta sous le nom de Rosario. Il chanta au Théâtre-Italien à Paris : Aida (le messager, 22 avril 1876) ; la Forza del destino (Trabuco, 31 octobre 1876) ; Lucia di Lammermoor (Arturo, 06 janvier 1877) ; au Théâtre de Pise, dans des rôles de barytons : la Traviata (Giorgio Germont, 16 décembre 1878) et I Puritani (Riccardo, décembre 1878) ; dans un concert caritatif à l’Hôtel Lusignan à Paris en juin 1880 : Faust (Faust) et la Sonnambula (Elvino) ; à Monte-Carlo ; etc. Engagé à l’Opéra de Paris en janvier 1885, il y débuta dans Aïda (Radamès), aux côtés de Gabrielle Krauss, en adoptant désormais le pseudonyme de Caylus, patronyme de sa mère. Il chanta parallèlement en province (à Pézenas en octobre 1885 ; Faust à Nîmes le 24 octobre 1885 ; la Favorite à Sète en novembre 1885). Après avoir chanté à l’Opéra les rôles de Faust et de Radamès, les directeurs Ritt et Gailhard lui offrirent des rôles moins importants qu’il crut devoir décliner et il refusa de se rendre aux répétitions. S’étant produit tout l’hiver de 1885 à Rome et à Florence malgré son contrat, il fut condamné le 15 juillet 1886 à régler un dédit de 30.000 francs à l’Opéra. Il chanta ensuite au Liceo de Barcelone : Lucia di Lammermoor (janvier 1888) ; à la Scala d’Utrera (près de Séville) : El Trovador [Il Trovatore] (mars 1888) ; à nouveau à l’Opéra de Paris (Radamès, le 29 juillet 1889) ; au Grand Théâtre de Bordeaux (Faust, 29 octobre 1889) ; à Marseille (1893) ; au Covent Garden de Londres (Faust) ; etc. Il a enregistré des cylindres pour la marque Idéal-Phonographe en 1902.

En 1890, il habitait 135 rue Saint-Dominique à Paris 7e ; en 1892, 11 avenue de la Grande-Armée à Paris 16e. Il est décédé à soixante-quinze ans, domicilié à Gignac.

[Renseignements biographiques de Mme Christine Martinez-Augias].

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Il y débuta le 04 février 1885 dans Aïda (Radamès), qu'il chanta le 29 juillet 1889.

 

Il y chanta Faust (Faust) le 18 avril 1885.

 

 

 

 

MM. Ritt et Gailhard viennent d'engager un nouveau ténor, un oiseau rare, M. Cayre.

M. Cayre, qui s'appellera au théâtre Caylus, est originaire des environs de Montpellier. Il était jadis au Conservatoire élève de Laget et quitta l'école sans concourir pour aller faire carrière en Italie. Là il complétait ses études en jouant sur plusieurs scènes.

C'est à notre ami Edouard Philippe que l'on devra d'avoir découvert l'oiseau bleu que nous entendrons cette saison. Philippe avait organisé une réunion d'artistes chez M. Constans. C'est là qu'il fit chanter à M. Caylus l'Africaine, Aïda, puis le premier acte de Faust tout en entier, en présence de M. Fallières, ministre des beaux-arts, et de MM. Halanzier, Ritt et Gailhard.

Ce dernier ne pouvait donner la réplique au candidat ténor. Philippe, qui jadis a passé par le Conservatoire, dut chanter le rôle de Méphistophélès.

Bref, M. Caylus, mandé le lendemain à l'Opéra, fut engagé pour trois années, après s'être fait entendre une seconde fois sur la scène de l'Opéra devant les directeurs.

(la Presse, 04 janvier 1885)

 

 

A l'Opéra — Débuts de M. Caylus dans « Aïda ».

Les nouveaux directeurs de l'Opéra, MM. Ritt et Gailhard, comptent beaucoup sur leur nouveau ténor, M. Caylus, et ils ont invité la presse avec une certaine solennité à venir entendre son premier début dans Aïda.

Nous souhaitons de grand cœur que M. Caylus réponde à l'attente de ses directeurs. Pour le moment, cet artiste ne semble pas destiné à révolutionner l'art en France.

M. Caylus s'appelle Cayre de son vrai nom et est élève de M. Laget. Il a été présenté à M. Gailhard dans une soirée de M. Constans, ex-ministre de l'Intérieur, et M. Gailhard s'est empressé de l’engager dès qu'il a été mis à la tête de l'Académie de musique. Certes M. Caylus n'est pas sans qualités. Sa voix est agréable quoiqu'un peu blanche ; les notes élevées sonnent bien ; le médium est un peu meilleur. En somme, c'est un vrai timbre de ténor, chose qui, comme on sait, devient rare.

Comme acteur, M. Caylus a tout à apprendre. Il ne sait ni marcher ni rester immobile. Ses gestes sont d'une gaucherie extraordinaire, et l'ensemble de sa physionomie est fort commun, vulgaire même.

Comme chanteur, le débutant laisse encore beaucoup à désirer. Son émission est assez franche, mais manque d'ampleur ; son style manque de « lié » et de « fondu » ; il y a dans le chant de M. Caylus un regrettable mélange de défaillance et de brusquerie. Cependant, il n'a pas mal dit la romance du premier acte. En somme, il a peut-être l'étoffe d'un bon ténor de demi-caractère et pourra rendre service dans les opéras comme Faust ou le Freyschütz, mais il a encore beaucoup à travailler.

(le Matin, 05 février 1885)

 

 

On dit aussi Mme Krauss décidée à abandonner l'Opéra, au cas où une diminution quelconque d'appointements lui serait proposée. C'est une éventualité sur laquelle les directeurs n'ont pas encore à se prononcer, puisque l'engagement de la grande cantatrice n'est pas arrivé à expiration. En attendant cette époque critique, elle continuera à nous donner de belles représentations, comme celle d'Aïda, mercredi dernier, où elle s'est montrée remarquable, suivant son habitude. Un jeune débutant du nom de Caylus lui servait de Radamès. Il ne serait pas juste de se montrer trop sévère pour un artiste qui ne devait pas être évidemment en possession de tous ses moyens. A première audition, les rôles de force ne nous paraissent pas être du répertoire de M. Caylus. Il réussira mieux sans doute dans les personnages de demi-caractère, comme celui de Faust par exemple.

(le Ménestrel, 08 février 1885)

 

 

MM. Ritt et Gailhard, directeurs de l'Opéra, ont assigné devant le tribunal civil de la Seine, en résiliation de son traité et en payement du dédit de 30.000 fr. stipulé dans son engagement, M. Cayre, dit Caylus, le ténor qui débuta l'an passé dans le rôle de Rhadamès d'Aïda.

M. Cayre disparut un beau jour et, peu de temps après, les directeurs de l'Opéra apprirent que, au mépris de son engagement, il était tout simplement en train de chanter sur la scène de l'Apollo, à Rome. De là procès. L'affaire est venue hier, mais le ténor ne s'est pas présenté. Le tribunal (1re chambre) a remis son jugement à huitaine.

(Journal des Débats, 27 février 1886)

  

 

Le tribunal de la Seine vient de statuer dans l'instance introduite par MM. Ritt et Gailhard, directeurs de l'Opéra, contre un de leurs ténors, M. Caylus, qui a débuté, il y a un an environ, dans Radamès, d'Aïda, et qui, mécontent ensuite de la direction, qui lui distribua à partir de ce jour-là, des rôles secondaires, partit pour l'Italie, au mépris de son engagement, et chanta, tout l'hiver dernier, à Rome et à Florence. MM. Ritt et Gailhard assignèrent M. Caylus, qui avait d'abord refusé de se présenter devant le tribunal, est revenu sur sa détermination. Maître G. Lachaud a plaidé pour lui.

Maître Roger Allou soutenait la demande de MM. Ritt et Gailhard.

C'est avec raison, disent ces derniers, que la direction a distribué à M. Caylus des rôles secondaires ; ses débuts n'ont pas été brillants. On ne pouvait lui laisser les grands emplois. D'ailleurs, l'engagement de M. Caylus ne spécifiait rien. Il était engagé comme artiste du chant, rien de plus. De son côté, M. Caylus ne pouvait rompre ainsi de plein droit son traité qui le liait.

M. Caylus répondait que les directeurs de l'Opéra ne l'avaient engagé que pour les premiers rôles ; le chiffre de ses appointements, fixés à 12,000 fr., 15,000 fr., 18,000 fr., le prouve bien. Pouvait-on, après lui avoir distribué Faust et Radamès, lui faire chanter don Alvar ou Laërte ? MM. Ritt et Gailhard ont tout fait pour le forcer à rompre son traité. Une pareille situation était impossible. C'était sa carrière perdue. En Italie, on l'a applaudi, presque acclamé ! Le tribunal ne saurait d'ailleurs le condamner à un dédit aussi manifestement exagéré.

M. le substitut Falcimaigne s'en est rapporté à la justice.

Le tribunal a rendu son jugement et condamné M. Caylus au payement du dédit de 30,000 francs.

(Officiel-Artiste, 22 juillet 1886)

 

 

 

 

 

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