Jules CHANCEL

 

 

 

 

Joseph Gabriel Jules dit Jules CHANCEL

 

auteur dramatique français

(Marseille, Bouches-du-Rhône, 25 septembre 1867* – Versailles, Seine-et-Oise [auj. Yvelines], 18 janvier 1944)

 

Fils de Louis Auguste CHANCEL (1826 –), négociant, et de Marie Julie Caroline ROUX (1835 –).

 

 

Il abandonna l'étude de la médecine pour entrer dans le journalisme, après un séjour de deux ans en Allemagne, d'où il rapporta des études de mœurs publiées en 1892 à l'Echo de Paris ; il fit paraître ensuite au Figaro sa suite intitulée les Plaisirs gratuits de Paris. En 1894, sa comédie Maîtresse-femme (jouée à Marseille en 1895) le classa comme auteur dramatique, et depuis, soit seul, soit avec des collaborateurs, il a donné successivement à l'Athénée, aux Folies-Dramatiques, aux Nouveautés (Paris), l'Auréole (5 actes, 1901), l'Erreur (1897), Madame l'Ordonnance (1904), le Prince Consort (avec Xanrof, 1903), qui eut un grand succès, Rêve de valse (version française, avec Xanrof, 1910), etc. Il s'est aussi spécialisé dans la littérature enfantine, et il a publié chaque année un volume de sa série : les Enfants à travers l'histoire.

En 1905, il habitait 11 rue Steffen à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

 

 

 

 

livrets

 

Rêve de valse, opérette en 3 actes, version française avec Léon Xanrof, musique d'Oscar Straus (Théâtre de l'Apollo, 03 mars 1910)

Gri-Gri, opérette en 3 actes, version française avec Henriot, musique de Paul Lincke (Gaîté-Rochechouart, 04 décembre 1924)

 

 

 

 

 

L'opérette viennoise

L'opérette viennoise est incontestablement à la mode. Le public, aussi bien de Paris que de province, aime la Veuve Joyeuse, Rêve de Valse, la Danse des Libellules, Gri-Gri sans parler de la Chaste Suzanne, du Soldat de Chocolat, etc. etc.

Franz Lehár, Straus et Lincke triomphent sur la plupart des scènes d'opérette et cet engouement pour les compositeurs étrangers, suscite chez certains un peu de jalousie. A l'occasion de la première de Gri-Gri à la Gaîté-Rochechouart, j'ai reçu du maître André Messager, une longue lettre dans laquelle le délicieux auteur de Véronique se plaignait, non sans quelque amertume, de cette préférence accordée chez nous aux musiciens étrangers.

« On ne peut pas, m'écrivait-il, m'accuser de xénophobie et, quand j'étais à l'Opéra, j'ai fait, aux musiciens allemands on italiens, l'accueil qu'ils méritaient, mais il me semble qu'actuellement on abuse... N'y a-t-il donc plus de musiciens d'opérette en France ? »

Certes, le président de la Société des auteurs a cent fois raison. Il y a des musiciens en France, puisque d'abord il y a M. Messager, mais… admettons par exemple que j'aie porté le livret de Gri-Gri à M. Messager, il m'aurait probablement répondu avec son exquise amabilité qu'il était déjà engagé avec Sacha Guitry ou tel autre gros légume, possédant à lui au moins un théâtre garantissant la représentation fastueuse de l'ouvrage. En dehors de Messager, il reste les quelques musiciens d'opérette-concert nés de la guerre : les Christiné, les Yvain, les Borel-Clerc, les Moretti, etc. Certes, ces messieurs ont du talent et beaucoup, bien qu'à mon sens ils se cantonnent dans la formule de cette opérette-concert qui remplace tous les ensembles musicaux, tous les chœurs, les orchestrations soignées par des airs de danse dont la formule me semble difficilement continuable. Cette formule a connu le succès, elle peut le connaître encore quelque temps et nous serions heureux, nous librettistes, de pouvoir travailler avec ces maîtres de l'opérette moderne, mais… il y a encore un mais. Ces messieurs n'ont pas le droit de choisir tel livret qui leur convient, ils sont obligés d'accepter ceux qui leur sont fournis par le patron, le grand patron. Ils sont trustés par les adroits directeurs qui sont Quinson et Salabert.

Alors que nous reste-t-il ? Des musiciens pleins de génie, mais que nous ignorons, ou alors ces chefs d'orchestre à combine, ces fournisseurs sans talent qui vous bâclent une de ces musiques banales, comme on en subit trop et qui n'est pas même mauvaise, mais quelconque, terne : « Le robinet d'eau tiède » quoi !

J'ai eu, pour ma part cet été, la confirmation absolue de ce que j'avance. Des Mécènes normands avaient organisé, en mai dernier, un concours de livrets dont le prix, assez original, consistait dans la jouissance pour une année d'un ravissant petit manoir situé entre Trouville et Honfleur. J'ai eu la chance d'obtenir ce prix et je m'attendais à recevoir, outre ma villa, des propositions de musiciens. Or, je n'ai reçu que des offres de compositeurs fort peu engageantes.

Les Viennois, eux, se donnent plus de mal, aussi bien pour obtenir un livret que pour faire leur musique. Voulez-vous encore un exemple personnel ? A la suite de mes adaptations de Rêve de Valse et autres, faites avec Xanrof, on m’a proposé d'autres viennoises, mais je les ai refusées en déclarant que je voulais dorénavant fournir moi-même un livret complet et c'est ahus que l'on m'a demandé le livret de Gri-Gri, en me proposant comme musicien Paul Lincke, l'auteur estimé de Lysistrata, de Frau Luna, de Vers Luisants ; c'était d'ailleurs en 1905 et depuis Gri-Gri s'est promenée avec succès dans le monde entier.

L'histoire de cette opérette est assez amusante. Gri-Gri avait été reçue sous la forme de vaudeville au Palais-Royal, direction Charlot, et c'était Polaire qui devait en créer le rôle. Après la lecture, on s'aperçut que cette pièce était une excellente opérette à laquelle il manquait la musique et on nous demanda d'y ajouter des couplets. Malheureusement la direction se termina avant que le musicien fut choisi et c'est alors que je donnai ce livret à Paul Lincke qui se mit aussitôt à la besogne.

Certes, mon collaborateur Henriot et moi nous n'avons eu qu'à nous louer de Lincke, mais, avec la guerre, il eut été certes bien plus avantageux pour nous d'avoir un musicien français. La pièce a été jouée durant toute la guerre en Allemagne, en Belgique occupée, en Italie, partout enfin et les droits de cette époque sont difficiles à faire rentrer.

Cela regarde, paraît-il, certaine caisse des compensations qui, pour moment, me fait encore l’effet de compenser assez peu. Espérons et attendons !

Voici maintenant la pièce très gentiment montée et jouée à Paris par les excellents artistes de M. Buarini, l'un des derniers directeurs honnêtes qui nous restent.

Quant aux compositeurs français, qu'ils sachent bien que si certains librettistes se sont adressés à des Viennois ou Allemands, c'était avant la guerre d'abord, et ensuite parce que les musiciens français intéressants ne leur ont pas demandé leurs livrets.

S'il y a des musiciens en France, il y a aussi des librettistes... les étrangers le savent bien.

(Jules Chancel, Paris qui chante, 01 janvier 1925)

 

 

 

 

 

 

 

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