Charles CICERI

 

 

 

Pierre-Luc-Charles dit Charles CICERI

 

peintre décorateur français

(Saint-Cloud, Seine-et-Oise [auj. Hauts-de-Seine], 18 août 1782 – Saint-Chéron, Seine-et-Oise [auj. Essonne], 22 août 1868*)

 

Epouse à Paris 2e le 24 février 1810 Alexandrine Marie Pauline ISABEY (Paris, 13 novembre 1791 – 08 janvier 1871), fille du peintre Jean-Baptiste ISABEY.

Parents d’Etienne Eugène CICERI (Paris 2e, 26 janvier 1813 Bourron-Marlotte, Seine-et-Marne, 21 avril 1890*), peintre de paysages et lithographe [épouse 1. Augustine BOULANGER ; épouse 2. Catherine DAUBOURG (1834 –)] ; d’Ernest CICERI (Paris 2e, 23 décembre 1815 – 1866) ; de Félicie Justine CICERI [épouse le décorateur François-Joseph NOLAU] ; de Lucie Nancy CICERI [épouse le décorateur Auguste Alfred RUBÉ].

 

 

Il reçut les leçons de Bellangé et, dès ses débuts aux Salons, se fit remarquer par son entente du clair-obscur. Le caractère fantastique qu'il savait donner aux ruines, aux paysages nocturnes, le fit désigner pour peindre les décors de l'Opéra. C'est dans cet ordre de travaux que Ciceri s'est acquis une réputation méritée. Nommé en 1809 peintre paysagiste de l'Académie impériale de musique, il conçut pour l'Opéra la plupart de ses décors. A sa mort, il était inspecteur des théâtres impériaux. Citons, parmi ses meilleurs décors, ceux de la Muette de Portici, de Guillaume Tell, de Robert le Diable, de la Vestale, des Petites Danaïdes, de Moïse, d'Armide, etc. Le musée d'Aix conserve de lui Falaises de l'Océan ; le musée de Versailles, Attaque de Vienne.

Lors de son décès, il était domicilié 56 rue du Faubourg-Poissonnière à Paris 10e.

– Son fils Eugène exécuta lui aussi des décors de théâtre, mais est principalement estimé pour ses vues de la forêt de Fontainebleau.

 

 

 

 

Né avec des dispositions pour la musique aussi remarquables que pour la peinture, et doué d'une voix superbe, il passa plus de dix ans au Conservatoire, étudiant avec passion l'harmonie et le chant. Il était même sur le point de débuter à l'Opéra, quand, à la suite d'une chute de voiture, il perdit ses plus belles notes de ténor. Il avait alors vingt-huit ans. Déjà, à cette époque, la peinture ne lui était pas étrangère ; dans les loisirs que lui laissait l'étude pénible des sons filés, des vocalises, des trilles, etc., il allait faire des pochades sur nature, petites gouaches spirituelles et vives, que ses nombreux amis avaient déjà remarquées. Bellangé, moins dans l'espoir de développer en lui un véritable tempérament de peintre que pour le distraire du chagrin que lui causait son avenir brisé, le prit dans son atelier et le fit dessiner du matin au soir. Ce rude traitement eut un double résultat : celui de lui faire oublier ses rêves de chanteur, et de faire surgir en lui, presque spontanément, le génie de la décoration, l'instinct du clair-obscur, de l'effet pittoresque, au suprême degré. Aussi produisit-il une véritable sensation lors de l'exposition de ses premières œuvres, représentant de vieilles rues noires, tortueuses, défoncées, illuminées d'un rayon de soleil ; quelques ruines poétiques de l'Allemagne, où la lune revêt un aspect fantastique, presque sinistre, tout un monde nouveau enfin ; car jamais peintre n'avait traduit avec autant d'audace, de puissance et de bonheur les impressions les plus étranges, les plus bizarres que puisse éveiller la nature. Le journalisme, qui avait unanimement salué ce talent nouveau, mit alors en avant l'excellente idée des décors de l'Opéra. L'idée fit son chemin, et l'administration de l'Académie de musique confia à Ciceri les décors de la Lampe merveilleuse. Dépeindre l'enthousiasme du public, la première fois que lui apparurent ces peintures magiques, est une chose impossible : ce fut du délire. On n'allait plus à l'Opéra que pour jouir de la vue de ces décors, et la salle était comble tous les soirs. Nous citerons surtout, parmi ces décors merveilleux, ceux de la Muette de Portici, de Guillaume Tell, de Robert le Diable, de la Vestale, des Petites Danaïdes, de Moïse, d’Armide, etc.

La vogue immense de Ciceri le porta malgré lui à se faire chef d'école ; il se vit alors entouré, dans son atelier, d'une foule de jeunes peintres français et étrangers, qui devinrent bien vite ses collaborateurs. On était en 1825 : le maître venait d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur ; il était depuis longtemps décorateur en chef de la maison du roi et de l'Opéra. En 1826, le sacre de Charles X lui offrit l'occasion de déployer une fois de plus toute la fantasmagorie de son talent.

Et pendant qu'il peignait par centaines ces décors merveilleux, l'infatigable artiste trouvait encore le temps d'exécuter des aquarelles splendides, que les amateurs s'arrachaient à prix d'or. Parmi celles qui ont eu le plus de succès, citons : la Piazzetta della Capella vecchia de Naples ; l'Attaque de Vienne, composition remarquable, bien qu'elle soit, comme sujet, tout à fait en dehors du genre de l'auteur ; elle fait partie du musée de Versailles ; des Vues de la Suisse en très grand nombre, et toutes d'un effet prodigieux, d'une justesse de ton inouïe, quelquefois d'une couleur splendide.

Bien que la décoration appartienne à l'art secondaire, il n'en est pas moins vrai qu'il fallait pour l'inventer et la porter au point où nous la voyons un ensemble de facultés assez rare, une organisation peu commune. Et cependant Ciceri, depuis vingt ans et pendant qu'il vivait encore, a été traité avec indifférence. Il n'en a pas moins créé l'art décoratif, dont il est resté la plus haute expression.

[Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1876]

 

 

 

 

 

 

                             

 

 

Le musée de l'Opéra a acquis récemment un album de croquis de Pierre Ciceri dont font partie les quatre dessins ci-contre. Ce recueil fut exécuté en Italie et contient les premières études de l'artiste pour les décors de Guillaume Tell et de Robert le Diable, on sait que ces décors furent à l'origine des mises en scène à grand spectacle qui firent la fortune du Docteur Véron, au XIXe siècle.

(l'Opéra de Paris n° 8, 1953)

 

 

 

                             

 

 

 

 

 

 

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