Jules COSTÉ

 

Jules Costé en 1870

 

 

Edme Jules dit Jules COSTÉ

 

compositeur français

(Colmar, Haut-Rhin, 13 février 1828* – Paris 1er, 12 novembre 1883*)

 

Fils de François Nicolas Augustin COSTÉ (1790 ), premier avocat à la Cour royale de Colmar, et de Françoise Hortense FAVYER (1796 1864).

 

 

Il fut avocat, employé au ministère des finances, et pratiqua l’art en amateur. Il écrivit avec un autre amateur, Rainulphe Eustache, comte d'Osmond, un opéra-comique en un acte : Jacqueline (1855), et une opérette en un acte : Une pleine eau (1855). Il fit jouer ensuite, seul : les Horreurs de la guerre (1868) ; la Paix armée (1868) ; Au harem, ballet (1873) ; Cent mille francs et ma fille (1874). Enfin, il composa quelques airs pour deux vaudevilles représentés aux Variétés : le Dada (1875) et les Charbonniers (1877), qui contient les Couplets de la Casserole. Il était membre du Cercle de l'Union artistique ou Cercle des Mirlitons de la place Vendôme, créé en 1860 par le comte d'Osmond.

Il est décédé, célibataire, en son domicile, 44 rue Cambon à Paris 1er.

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

Jacqueline ou la Fille du soldat, opéra-comique en 1 acte, livret d'Eugène Scribe, Léon Battu et Edouard Fournier, musique avec le comte d'Osmond, représenté au Théâtre-Italien, le 15 mai 1855, au bénéfice de la Société des secours à domicile, puis à l'Opéra-Comique (salle Ventadour), le 08 juin 1855. Mlle Lefebvre et Sainte-Foy ont chanté les deux principaux rôles. Il a été joué trois fois à Paris, et à Nancy le 14 janvier 1856.

Une pleine eau, opérette bouffe en 1 acte, livret de Ludovic Halévy (sous le pseudonyme de Jules Servières), musique avec le comte d'Osmond (Bouffes-Parisiens, 29 août 1855) avec Berthelier.

     « La collaboration musicale a été tentée plusieurs fois et avec un insuccès presque constant. Aujourd'hui qu'on y a renoncé, nous ne connaissons guère que MM. d'Osmond et Costé, véritables frères siamois de la composition, qui s'obstinent à vouloir mener à bien une partition écrite à frais communs d'imagination. » [Albert de Lasalle, Histoire des Bouffes-Parisiens, 1860]

les Horreurs de la guerre, opéra bouffe en 2 actes, livret de Philippe Gille (Paris, Cercle de l'Union artistique, 1868, puis Théâtre de l’Athénée, 09 décembre 1868) => fiche technique

la Paix armée, opérette en 1 acte (Paris, Cercle de l'Union artistique, 16 avril 1868)

le Service obligatoire, opérette bouffe en 3 actes, livret d'Albert Marion, Henri Meilhac et Fournier-Sarloveze, musique avec Emmanuel Chabrier et René de Boisdeffre (Paris, Cercle de l'Union artistique [Cercle des Mirlitons], 21 décembre 1872)

Cent mille francs et ma fille, opérette bouffe en 4 actes, livret de Jaime fils et Philippe Gille (Théâtre des Menus-Plaisirs, 27 avril 1874). On a applaudi dans cet ouvrage un chœur de brigands.

le Dada, vaudeville en 3 actes d'Edmond Gondinet (Variétés, 18 février 1876) => partition de la polka

les Poupées parisiennes, pièce fantastique en 4 actes d'Adolphe-Antoine-Gaston Marot et Henry Buguet, musique avec Léo Delibes, Victorin Joncières, Gaston Serpette et René de Boisdeffre (Paris, Cercle de l'Union artistique, 06 février 1877)

les Charbonniers, opérette en 1 acte, livret de Philippe Gille (Variétés, 04 avril 1877 ; Opéra, 23 décembre 1880) => fiche technique

l’Arche de Noé, oratorio fantaisiste (1881) => partition de la polka par Louis-Edouard Deransart (-1905)

la Belle Catherine, opérette en 1 acte, livret du marquis de Massa et de Mesgrigny (Paris, Cercle de l'Union artistique, 06 janvier 1883)

 

ballets

 

Au harem, ballet en 1 acte (chez le comte d'Osmond, 05 juin 1873)

 

 

 

 

 

Son père, président à la cour royale de Nancy et député des Vosges, appartenait à une famille parlementaire de Normandie qui était venue se fixer en Lorraine sous le duc Léopold. Destiné au barreau dès son enfance, il fit son droit, fut reçu avocat, puis entra au ministère des finances. Il se lia avec le comte d'Osmond et composa avec lui la musique de Jacqueline, opéra-comique en un acte, dont les paroles étaient de Léon Battu. La pièce, fort applaudie d'abord aux Italiens, au bénéfice des pauvres, obtint le même succès, le 8 juin 1855, à la salle Favart. Une pleine eau, opérette en un acte, que donnèrent presque immédiatement les deux auteurs aux Bouffes-Parisiens, reçut un accueil non moins favorable. Cependant M. Jules Costé mit un intervalle assez long avant de se produire de nouveau. La victoire, quoique tardive, n'en fut que plus décisive avec les Horreurs de la guerre, opérette en deux, actes tirée d'un roman d'Alphonse Karr, qui eut à l'Athénée, le 9 décembre 1868, un succès très vif. Depuis lors, le jeune compositeur a fait représenter : aux Menus-Plaisirs, au mois d'avril 1874, Cent mille francs et ma fille, opérette bouffe en quatre actes, avec MM. Jaime fils et Philippe Gille ; aux Variétés, le 16 avril 1876, le Dada, vaudeville en trois actes, avec M. Gondinet ; le 4 avril 1877, les Charbonniers, opérette en un acte, avec M. Ph. Gille. Il a aussi composé la ronde des Poupées parisiennes, pièce fantastique en quatre actes, jouée le 7 avril 1877 au théâtre Taitbout.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1er supplément, 1878)

 

 

 

 

 

 

 

 

La Soirée des Mirlitons (6 février 1877).

Le Cercle de l'Union artistique s'est offert, ce soir, une de ces petites fêtes comme seul, parmi tous les cercles parisiens, il peut s'en offrir de temps à autre.

Les Mirlitons ont le bonheur de posséder une commission dite des Menus-Plaisirs, laquelle commission se compose surtout de M. Jules Costé, musicien, auteur dramatique, directeur, régisseur et metteur en scène. M. Costé tient à prouver que la commission des Menus-Plaisirs n'est pas une commission comme une autre ; qu'elle s'est bien sérieusement pénétrée des devoirs qui lui incombent et que, tant qu'elle sera là, le Cercle ne chômera pas de plaisirs menus ni autres.

Tout dernièrement, la commission donna au théâtre du Cercle une représentation complète des Folies-Bergère : clowns, jongleurs, singes savants, ballet. Redoublant d'activité, c'est une véritable première qu'elle offre ce soir aux membres du Cercle, mieux qu'une première, une répétition générale.

Les directeurs du Théâtre-Taitbout allaient lancer une pièce nouvelle — est-elle bien nouvelle ? n'insistons pas — les Poupées parisiennes.

M. Costé leur a tenu le raisonnement suivant :

— Toutes vos répétitions générales se ressemblent. Elles se donnent, à de rares exceptions près, devant une centaine de personnes, amies des artistes, des décorateurs, des costumiers et des ouvreuses, étrangères aux choses de théâtre, incapables de vous donner l'impression juste du public ordinaire. Eh bien, je vous propose, moi, une répétition devant un public d'élite, tout disposé à s'amuser ; une répétition qui, si elle a du succès, suffira à lancer votre pièce et qui, au lieu de vous coûter un jour de relâche, équivaudra pour vous à une recette de 1,000 francs — ce qui est une magnifique recette au Théâtre-Taitbout. Vous viendrez répéter généralement aux Mirlitons.

On pense si les directeurs du théâtre et les auteurs des Poupées parisiennes acceptèrent avec enthousiasme !

Mais quand une commission s’est mise à avoir une idée, elle la pousse généralement jusqu'au bout.

Lorsqu'on fut bien d'accord avec la direction de Taitbout, M. Costé se demanda comment on pourrait s'y prendre pour donner à la répétition des Poupées un intérêt autre que celui de la pièce.

Il venait précisément de se poser cette question, quand il rencontra M. Léo Delibes.

— Que faites-vous en ce moment ? demanda-t-il à l'auteur de Coppélia.

— Un opéra pour le Lyrique !

— Eh bien, on répète au Théâtre-Taitbout une pièce nouvelle... les Poupées parisiennes...

— Ah ! ah !

— Il y a là dedans des rondeaux et des couplets dont vous devriez bien composer la musique !

— Moi ?

— Oh ! pas tous... Trois ou quatre morceaux seulement...

— Pour le Théâtre-Taitbout ?

— Chantés par Mme Betty ils feraient un effet énorme...

— Mme Betty…

Delibes regarda Costé avec inquiétude, puis, lui prenant le bras, il l'entraîna machinalement dans la direction de Passy, où — comme chacun sait        est située la maison du docteur Blanche.

Mais, chemin faisant, Costé compléta sa pensée.

Ce n'est pas pour le Théâtre-Taitbout que travaillerait Delibes. Il s'agissait tout simplement d'organiser aux Mirlitons une soirée bien complète : une fantaisie de gens d'esprit qui échappait nécessairement à toute critique.

— Mais, le lendemain, on jouera les Poupées à Taitbout, objecta Delibes, et malgré l'excellente réputation de ce théâtre, au point de vue musical surtout, je ne pourrais mettre mon nom sur son affiche sans me faire un certain tort à l'Opéra.

— Qu'à cela ne tienne ! On ne signera pas ; on ne nommera pas les auteurs de la musique nouvelle, on ne touchera aucun droit !

— Et la pièce ?

— La pièce ne nous regarde pas. Bonne ou mauvaise, nous ne la connaîtrons que le soir de la répétition.

— Et les journaux seront discrets ?

— Parbleu ! comme toujours !

Delibes se laissa fléchir. Il partagea la besogne avec Costé. Puis on demanda des couplets à Joncières, sévère auteur de Dimitri, un duo et l'ouverture à Gaston Serpette, un air à M. Boisdeffre, membre du Cercle et musicien de beaucoup de talent.

Voilà dans quelles conditions exceptionnelles les Poupées parisiennes ont été représentées ce soir à ces messieurs du Mirliton.

La petite salle de théâtre est pleine. On cause, on rit, on s'interpelle, jusqu'au moment où M. Ventajou, le chef d'orchestre du Théâtre-Taitbout, donne le signal de l'attaque. Aux musiciens ordinaires de MM. Beauvallet, on a ajouté, pour la circonstance, quelques musiciens de l'Opéra. Aussi M. Ventajou est-il bien heureux. Cette partition des Poupées parisiennes est le plus beau jour de sa vie. Lui, Ventajou, faire exécuter à des musiciens de l'Opéra de la musique inédite de Delibes, de Joncières, de Serpette, de Costé, de Boisdeffre, quel honneur, quel incommensurable honneur !

Les auteurs, MM. Marot et Buguet ; les directeurs, MM. Beauvallet, sont là parmi les invités, et un observateur attentif pourrait voir leurs quatre cœurs se gonfler d'aise.

Un autre directeur de théâtre est également dans l'auditoire. (Les Mirlitons ont invité tous les directeurs qui leur gardent des fauteuils à leurs premières.) C'est M. Halanzier. Vient-il pour Mlle Quérette ou pour Mlle Tassilly ? Nous le saurons sans doute bientôt.

On se passe un joli programme illustré par Marcellin.

Puis, enfin, la toile se lève.

La première officielle des Poupées parisiennes devant avoir lieu demain soir au Théâtre-Taitbout, je n'ai pas à juger la pièce.

Mais la musique nouvelle n'ayant été faite que pour le Cercle de l'Union artistique, ne relève pas de la critique, et il m'est permis de dire qu'elle est fort distinguée.

On a confondu dans les mêmes applaudissements la ronde des poupées de Costé, les couplets du jeu de courses de Joncières, les couplets du trac de Delibes, l'air écrit pour Mlle Tassilly par M. Boisdeffre et le duo de Serpette, chanté par Tassilly et M. Grivel.

Malheureusement, les pensionnaires de MM. Beauvallet père et fils, s'ils sont médiocres comédiens, ne brillent guère comme chanteurs. Il faut ajouter, à titre de circonstance atténuante, que l'acoustique de la salle des Mirlitons n'est pas bonne.

A la fin du spectacle, la Commission, l'infatigable Commission, a remis aux dames artistes de magnifiques bouquets de roses et de lilas montés sur des mirlitons — géants, en haut desquels il y avait d'adorables petites poupées.

Bref tout s'est passé aussi bien que possible dans le plus aimable des Cercles.

(Arnold Mortier, les Soirées parisiennes de 1877, 1878)

 

 

 

 

 

Encylopédie