Robert COUZINOU

 

 

 

Julien Pierre Bernard COUSINOU dit Robert COUZINOU

 

baryton français

(Sarlat [auj. Sarlat-la-Canéda], Dordogne, 02 octobre 1888* – rue de Cahors, Sarlat, 23 avril 1944*)

 

Fils de Géraud COUSINOU (Proissans, Dordogne, 06 juillet 1859* ap. 1911), employé des Postes, puis secrétaire en chef de la mairie de Sarlat, et d'Elisabeth Bernardine DOURSSAT (Sarlat, 26 janvier 1858* Sarlat, 19 juin 1895*), mariés à Sarlat le 22 décembre 1884*.

Frère de Gabriel Firmin COUSINOU dit aussi Gabriel DOURZA (Sarlat, 07 septembre 1891* ), poète et baryton (a chanté au Trianon-Lyrique en 1933) [épouse à Paris 17e le 17 novembre 1950 Angèle Juliette Marie Léontine TOURNIER].

Epouse à Paris 10e le 04 janvier 1912* Antoinette MAURY (Sarlat, 07 décembre 1886 – Paris 16e, 04 juillet 1945).

 

 

Il fit ses études musicales sous la direction du maître Darquier. Entré au Conservatoire en 1908, élève de Max Bouvet, il débute à l'Opéra-Comique le 11 janvier 1912 et entre à l'Opéra le 09 juin 1913. Il devait y devenir un des premiers barytons. En 1918, il entre au Metropolitan Opera de New York dans Valentin de Faust. Il y chante le répertoire et y crée le 27 décembre 1919 l'Oiseau bleu (le Chien) d'Albert Wolff. Après une saison au Covent Garden de Londres, il revient à l'Opéra de Paris où il sera entre autres un spirituel interprète de Ramiro dans l'Heure espagnole. D'autre part il sera le créateur de Pénélope (Ctésippe) de Gabriel Fauré à l'Opéra de Monte-Carlo le 04 mars 1913 ; de Nausicaa (Ulysse) de Reynaldo Hahn à l'Opéra de Monte-Carlo le 13 avril 1919 ; de Colomba (Barriccini) d'Henri Büsser au Casino municipal de Nice le 02 février 1921 ; du Chant du désert (Jack / l'Ombre rouge) de Sigmund Romberg au Théâtre Mogador le 11 octobre 1930. Il fut ensuite professeur au Conservatoire de Paris.

En 1912, il habitait 105 rue Lafayette à Paris 9e ; auparavant il habitait Caserne de la Pépinière à Paris.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il a débuté le 11 janvier 1912 dans Joseph (Gad).

 

Il a chanté Cavalleria rusticana (Alfio).

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Il a débuté le 09 juin 1913 dans Fervaal (Geywhir).

 

Il a chanté Lohengrin (Hérault, 1913) ; Faust (Valentin, 1913) ; les Huguenots (Maurevert, 1913) ; le Miracle (Gaucher d'Arcourt, 1913) ; Roméo et Juliette (Mercutio, 1914) ; Patrie ! (Jonas, 1915) ; Othello (Iago, 1916) ; le Cid (le Roi, 1916) ; le Sommeil d'Ossian (Ossian, 26 mai 1916) ; Briséis (le Catéchiste, 1916) ; Hamlet (Hamlet, 1917) ; Thaïs (Athanaël, 1918) ; Rigoletto (Rigoletto, 1920) ; Samson et Dalila (le Grand Prêtre de Dagon, 1920) ; Ascanio (le Mendiant, 1921) ; les Maîtres chanteurs de Nuremberg (Beckmesser, 1923) ; la Khovantchina (Dosiféi, 1923) ; la Traviata (d'Orbel, 1927).

 

Il a chanté aux créations des spectacles suivants : le 16 avril 1916 Carême prenant ; le 10 janvier 1917 la Victoire en chantant ; le 29 juin 1929 l'Impromptu de Neuilly (Napoléon Ier).

 

Il a participé aux premières : le 04 janvier 1914 de Parsifal (un Chevalier) de Richard Wagner [version française d'Alfred Ernst] ; le 05 décembre 1921 de l'Heure espagnole (Ramiro) de Maurice Ravel ; le 29 novembre 1922 de Grisélidis (Marquis de Saluces) de Jules Massenet ; le 29 mars 1928 de Turandot (Ping) de Giacomo Puccini [version française de Paul Spaak] ; le 28 juin 1928 de Madame Butterfly (Sharpless) de Giacomo Puccini [2e et 3e actes seulement, version française de Paul Ferrier].

 

 

 

Robert Couzinou dans Samson et Dalila (le Grand Prêtre de Dagon)

 

 

Robert Couzinou (pourquoi diable son frère, qui est un débutant dans l'art lyrique, ne met-il pas toujours son prénom : Gabriel, dans ses annonces d'engagement ? Cela prête à des confusions regrettables pour les directeurs, pour le public, pour tout le monde) Robert Couzinou est rentré du Canada avec une belle moisson de lauriers.

Tous les journaux du pays, tant de langue anglaise que de langue française, ont signalé, sur le ton de l'enthousiasme, les étapes de sa tournée de concerts. Cette unanimité est de bon augure pour la redoutable épreuve que va affronter Robert Couzinou en interprétant Don Juan à l'Opéra. Foin des pronostics qui empruntent le son sifflant de la calomnie ou la forme écœurante de la lettre anonyme. C’est un fait que Couzinou a une jolie voix et qu'il s'en sert fort bien. C'en est un aussi que d'autres chanteurs, à l'Opéra et ailleurs, ont également de jolies voix et du talent. Mais, de grâce, que les vrais artistes ne se rabaissent pas eux-mêmes en critiquant d'avance toutes les distributions où ils ne figurent pas ! Il faudrait tout de même se faire une autre idée de l'art lyrique !

(Audion, Lyrica n° 22, décembre 1923)

 

Un Chanteur poète

En réponse à l'entrefilet paru dans notre dernier numéro, M. Gabriel Couzinou, frère de Robert Couzinou, nous informe qu'il chante désormais sous le nom de Gabriel Dourza. Il nous communique en même temps un volume de vers, la Chair pentélique, qu'il a écrit en Grèce pendant la guerre. Il nous semble bien que M. Couzinou-Dourza est un vrai poète.

Témoins ces vers du "Sonnet athénien" :

Tout est vain ici-bas sauf la poussière antique ;

Loin des sources d'Hellas point de chef-d'œuvre humain,

Le débris grec vaut mieux que le ciment romain ;

Tout n'est que cendre au vent hormis la cendre attique.

Il y a là, selon nous, avec un don des plus heureux de l'image, une frappe d'allure classique qui annonce un rare talent.

De tout cœur bravo.

(Audion, Lyrica n° 23, janvier 1924)

 

Le Chant du désert de Sigmund Romberg au Théâtre Mogador

M. Robert Couzinou, baryton de l'Opéra, a obtenu de M. Rouché un congé pour créer, à Mogador, le rôle double de Jack et de l'Ombre Rouge. Création complexe et complète ou passent successivement tous les sentiments et toutes les couleurs de la voix. L'excellent artiste s'en acquitte avec un brio et un talent indiscutables. Son organe chaud et caressant, son talent de chanteur, sa prestance élégante lui assurent un éclatant succès personnel.

(Cyrano n° 305, 20 avril 1930)

 

 

 

 

 

 

 

Robert Couzinou dans le Chant du désert (l'Ombre rouge)

 

 

L'Ombre rouge ! Tout Paris connaît maintenant le héros mystérieux de l'opérette le Chant du Désert ! Malgré les frissons qu'il fait courir dans la salle au cours de ses romanesques aventures nous avons osé l'affronter dans son repaire, pour les lecteurs d'Ambassades et Consulats. Robert Couzinou — c'est bien lui — nous reçoit dans sa loge avec la plus aimable bonne grâce. Né à Sarlat en 1888, il a la splendide carrure des gens du Périgord et a conservé, avec un léger accent, la bonne humeur, la sentimentalité et la loyauté de son pays natal dont il est fier. Après un brillant passage au Conservatoire, il entre à 23 ans à l'Opéra-Comique, puis à 25 ans à l'Opéra qu'il n'a quitté depuis que par instants pour se faire acclamer dans les grands théâtres de province et pour porter très haut sur les plus grandes scènes du monde, telles que le Covent Garden de Londres, le Metropolitan Opera House de New York, etc., la renommée de l'école française dont il est un des meilleurs représentants.

 

Baryton à la voix prenante et extrêmement nuancée, il ne lui suffit pas, comme à beaucoup, du prestige de son merveilleux organe, il joue ! Doué d'une profonde intelligence scénique et amoureusement épris de son art, travailleur acharné par ailleurs, il s'est imposé comme chanteur aussi bien que comme comédien et a atteint une rare classe artistique. Nous aimerions pouvoir montrer à nos lecteurs le souci, le scrupule avec lequel il étudie tous ses rôles, et l'attention qu'il apporte à préparer ses moindres effets ; il aime son art, mais il aime autant son public, et pour le satisfaire pleinement il ne veut rien laisser au hasard dans l'étude de ses interprétations. Il ajoute à cela, une personnalité puissante, un naturel, une sentimentalité, une poésie dans l'expression des sentiments qui donnent à ses créations un caractère de vérité et de vie dont il a le secret ; en un mot il joue avec tout son cœur, toute son âme de grand artiste.

 

Couzinou, encore tout jeune, s'est déjà imposé au tout premier plan dans le monde entier, en Belgique, en Espagne. en Angleterre, en Amérique, au Canada. Nous avons sous les yeux les articles parus sur lui lors de ses représentations et nous voudrions pouvoir reproduire ici toutes les appréciations élogieuses, toutes les critiques enthousiastes dont il a été l'objet mais elles sont trop ! Nous voulons cependant citer un extrait de l'Evening Post de New York à la suite de ses représentations au Metropolitan Opera « ... C'est un des meilleurs artistes que nous ayons vu depuis longtemps sur notre scène... Il apporte dans la création de ses rôles une grande atmosphère d'art. Que peut-on dire de plus et de mieux ? Nous souhaitons à tous les artistes en carrière, la finesse et le fini de son art. C'est le meilleur représentant de l'école française qui est la première entre toutes. »

 

Actuellement Robert Couzinou est en représentation au théâtre Mogador où il a créé le Chant du Désert. D'aucuns auraient pensé déchoir en descendant ainsi de l'opéra à l'opérette ; nous avons, dans les mêmes colonnes, trop regretté — à propos de l'interprétation de la Chauve-Souris — de ne pas voir nos grands artistes venir à l'opérette, pour ne pas louer hautement M. Couzinou. Nous nous étions d'ailleurs rencontrés à ce sujet avec M. Emile Vuillermoz qui fait autorité en la matière et ne pensons pas pouvoir mieux faire que de citer ici quelques lignes de lui parues dans Excelsior : « J'ai souvent eu l'occasion de louer de grands artistes allemands comme Lotte Lehmann, Lotte Schœne, Walter Kirchof ou Richard Tauber, de passer indifféremment de l'opéra à l'opérette et j'ai fréquemment adjuré nos directeurs de nous donner des interprètes de haute qualité vocale pour la musique légère. MM. Isola ont voulu faire l'expérience d'une opérette bien chantée. Ils ont confié à deux pensionnaires de l'Opéra dont M. Robert Couzinou, l'interprétation des rôles principaux du Chant du Désert. Ils en ont été récompensé par un succès éclatant qui, à lui seul, pourra soutenir leur nouveau spectacle. Couzinou a été acclamé avec une vigueur, une chaleur, et un enthousiasme à peu près sans exemple dans l'histoire de notre théâtre lyrique contemporain. » Nous n'ajouterons pas grand chose à cela, car il est certain que la création magistrale par Couzinou du double rôle de l'Ombre rouge et de Jack, où la situation romanesque s'allie fort bien avec la sentimentalité de l'interprète, fera époque en France.

 

Il était certain qu'un tel artiste serait attiré vers le disque et Polydor s'est assuré l'exclusivité de ses enregistrements. Couzinou a bien vite compris qu'il ne s'agissait pas seulement de chanter devant un micro comme sur la scène pour faire un bon disque et devant le problème nouveau qui se posait à lui, il a repris ses rôles destinés à l'enregistrement et les a étudiés spécialement pour le disque. Il a apporté là le même ardent souci de donner satisfaction à ses auditeurs, que nous avons cité plus haut pour la scène et il y a réussi au-delà de toute espérance. Nous avons vu ses partitions, travaillées à fond, annotées par ses soins, raturées, revues spécialement pour le disque et on ne peut être surpris qu'avec un tel travail ajouté aux qualités vocales de Couzinou on n'ait obtenu un excellent rendement. Nous citerons tout particulièrement la Légende de la Sauge qui semble vraiment son chef-d’œuvre et qui est d'ailleurs son préféré ; c'est un enchantement de l'y entendre d'autant plus que le disque, chose malheureusement encore assez rare, est d'une limpidité et d'une fidélité absolues et n'a pas perdu une seule des si délicates nuances apportées par Couzinou dans l'interprétation. Dans les très bonnes choses nous avons encore la touchante Berceuse de Louise et aussi le grand air de Rysoor, de Patrie, de Paladilhe dont nous avons d'ailleurs parlé en son temps. Il a encore enregistré l'air d'Hérode, d'Hérodiade, le duo des Pêcheurs de perles avec Franz Kaisin, « Lakmé ton doux regard se voile » de Lakmé, puis ses deux airs principaux du Chant du Désert.

 

Pour terminer nous nous permettrons de dévoiler un secret que nous a confié Ignace Coulon, le sympathique directeur de Polydor, nous espérons qu'il ne nous en voudra pas et que Couzinou n'en souffrira pas dans sa modestie. Il vient de faire pour cette firme toute une série d'enregistrements de Goublier qui sortiront prochainement ; Couzinou s'y est surpassé et il parait que les essais ont révélé une réussite qui dépassera de loin ce qui a été fait jusqu'ici. Attendons-les donc avec impatience et ça nous sera une occasion de faire à nouveau des compliments à un artiste sympathique et méritant entre tous.

(J. Lallement, Ambassades et Consulats, août 1930)

 

 

 

 

 

Disque enregistré par Robert Couzinou en 1913

 

 

 

 

Air "C'est ici le berceau de notre liberté !"

extrait de l'acte IV de Patrie ! de Paladilhe

Robert Couzinou (Rysoor) et Orchestre

 

 

 

"Je ne veux que son amour"

extrait du Chant du désert de Romberg [version fr. de Roger Ferréol et Saint-Granier]

Robert Couzinou et Orchestre du Théâtre Mogador dir Gaston Diot

Polydor 521.603, enr. en février 1930

 

 

 

Semailles !

chanson (Ch. Moulin-Caligula / Gustave Goublier)

Robert Couzinou et Orchestre

 

 

 

le Clairon

chanson patriotique (Paul Déroulède / Emile André)

Robert Couzinou

Polydor 521.836, enr. en 1932

 

 

 

Quand Madelon

chanson-marche (Louis Bousquet / Camille Robert)

Robert Couzinou

Polydor 521.838, enr. en 1932

 

 

Voir également les enregistrements de Grisélidis (acte I "Oiseau qui pars à tire d'aile"), d'Hérodiade (acte III "Salomé, laisse-moi t'aimer"), de Thaïs (acte I "Voilà donc la terrible cité"), de Monsieur Beaucaire ("la Rose rouge")

 

 

 

 

 

 

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