Xavier DEPRAZ

 

Xavier Depraz dans Faust (Méphistophélès)

 

 

Xavier Marcel DELARUELLE dit Xavier DEPRAZ

 

basse française

(Albert, Somme, 22 avril 1926 – Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, Isère, 18 octobre 1994)

 

Epouse Danielle LUCCIONI, fille du ténor José LUCCIONI.

 

 

En 1947, il entre au Conservatoire de Paris où il a pour professeurs Fernand Francell pour le chant, Louis Musy pour la scène, et René Simon pour le théâtre. Trois ans après il obtient trois prix en présentant Boris Godounov, Don Carlos et Don Quichotte. Il créé à l'opéra de Mulhouse en 1951 le Rire de Nil Halerius de Marcel Landowski (de qui il créera également le Fou). Il débute dans l'opérette à Bobino (les Pieds Nickelés), mais est vite appelé à l'Opéra. Il entre à la R.T.L.N. en 1952, et chante cette année-là le Barbier de Séville (Basile) avec succès à l'Opéra-Comique. Ses dons s'épanouissent. Artiste conscient, travailleur, discret, il possède un large répertoire. Il chante sur nos deux scènes nationales. A la Radio, il reprend l'Œdipe d'Enesco en 1955. Il chante aussi à Lyon (les Troyens, Pelléas et Mélisande), à Bordeaux, à Monte-Carlo, à Marseille (Don Giovanni). Invité au Festival de Glyndebourne, il y chante le Comte Ory, et à Venise, Œdipus-Rex. A partir de 1971, il a commencé une carrière de comédien au cinéma et à la télévision (Ursus dans l'Homme qui rit, 1971 ; Jacques de Molay dans les Rois maudits, 1972). Il a été nommé professeur d'art lyrique au Conservatoire de Paris en 1973.

 

 

Xavier Depraz en 1953

Xavier Depraz en 1956

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Il a débuté le 03 février 1952 dans Thaïs (Palémon).

 

Il a chanté Rigoletto (Sparafucile, 1952) ; les Maîtres chanteurs de Nuremberg (Pogner, 1952) ; l'Aiglon (Maréchal Marmont, 1952) ; les Indes galantes (Osman, 1952) ; Boris Godounov (Pimen, 1953) ; Faust (Méphistophélès, 1954) ; la Flûte enchantée (Homme armé, 1954 ; Prêtre, 1955).

 

Il a créé le 15 avril 1955 Numance (Marquin) d'Henry Barraud.

 

Il a participé aux premières suivantes : le 21 juin 1957 de Dialogues des Carmélites (le Marquis de La Force) de Francis Poulenc ; le 21 avril 1968 du Prisonnier de Luigi Dallapiccola.

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il a débuté le 06 février 1952 dans le Barbier de Séville (Basile).

 

Il a chanté la Bohème (Colline) ; Falstaff (Pistolet) ; Louise (le Chiffonnier) ; Madame Bovary (Abbé Boursien) ; Roméo et Juliette (Frère Laurent) ; la Femme à barbe (le Sultan) ; le Jongleur de Notre-Dame (le Prieur, 1954).

 

Il a participé aux premières de : le 18 juin 1953 le Libertin (Nick Shadow) d'Igor Stravinsky [version française d'André de Badet] ; le 12 mai 1955 Eugène Onéguine (Prince Gremmin) de Piotr Ilitch Tchaïkovski [version française de Michel Delines] ; le 08 octobre 1959 le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók [version française de Dimitri Calvacoressi] .

 

Il a créé le 18 janvier 1961 Dolorès ou le Miracle de la femme laide (l'Ermite) d'André Jolivet ; le 21 octobre 1963 le Dernier Sauvage (Scatergood) de Gian Carlo Menotti [version française de Jean-Pierre Marty].

 

 

 

 

 

Xavier Depraz en 1959

 

 

 

 

 

 

 

le Libertin d'Igor Stravinsky

L'artiste atteint la plénitude de son talent sa plénitude à lui, qui est de mouvement, de hargne et d'ironie dans toutes les scènes où Nick Shadow intervient. Le rôle du diable est une réussite exceptionnelle et significative dans sa continuité, alors que toutes les autres réussites semblent et sont de rencontre. Je veux bien croire que M. Xavier Depraz, qui est étonnant de force et de vie, y soit pour quelque chose. Mais c'est là aussi que la partition « chante » le plus, que les recherches formelles se simplifient ou deviennent invisibles, sans que pour autant on ait envie de dire que l'auteur témoigne moins de maîtrise.

(Marc Soriano, la Pensée, décembre 1953)

 

 

 

 

 

Xavier Depraz dans Faust (Méphistophélès)

 

 

 

Xavier Depraz dans Faust (Méphistophélès)

 

 

 

Xavier Depraz (Méphistophélès) et Andrée Gabriel (Siebel) dans l'acte II de Faust à l'Opéra en 1956

 

 

 

Xavier Depraz dans Faust (Méphistophélès) à l'Opéra en 1956

 

 

 

 

 

 

 

Xavier Depraz dans le Barbier de Séville (Basile)

 

 

 

Dans sa loge, avant la représentation du Barbier de Séville, j’ai interviewé Xavier Depraz.

 

Oui, à dix-huit ans, vocation théâtrale. Mais pas lyrique — dramatique ! En 1942, dans mon institution, à Saint-Germain-en-Laye, notre professeur de Lettres nous a fait jouer la Jeanne d'Arc de Péguy. Rien que des garçons... Là, j'ai eu le coup de foudre : j'ai senti que je serai acteur... Le rôle qui m'était dévolu ? Ne le répétez pas : j'étais... le souffleur. Depuis ce temps-là, j'ai souvent repris ce rôle, d'ailleurs...

 

Ensuite ? Là, ça devient plus sérieux : le rôle du maître à danser dans le Bourgeois gentilhomme. Je décide alors de préparer le Conservatoire... pour entrer à la Comédie-Française, évidemment. Mais c'est alors que je fais connaissance de deux camarades, les fils de Georges Thill : Raymond et Albert, qui m'ont parlé de leur père. Et j'ai pensé alors à la scène lyrique... Par ailleurs, notre professeur d'Histoire, Olivier Alain (le frère de Jehan Alain, le compositeur), m'a initié à la musique de Bach, au chant choral. Désormais, ma voie — ma voix aussi — était toute trouvée.

 

Ah ! non, pas tout de suite. Mes parents ont exigé (et ils avaient bien raison !) que je finisse d'abord mes études. Ce n'est qu'après mon service militaire que j'ai étudié le chant — avec Fernand Francell. Quatre mois de cours avant de me présenter au Conservatoire, où j'ai été reçu en octobre 1947. Comme professeurs ? D'abord, Fernand Francell. Puis, Panzéra pour le chant ; et Louis Musy, dans la classe de mise en scène. Au bout de trois ans : deuxième prix de chant, deuxième prix d'opéra-comique, premier prix d'opéra.

 

La quatrième année a été plutôt... agitée. J'ai travaillé en province : Nancy, Tunis, Marseille. Et surtout à Paris, à... Bobino, où je jouais dans les Pieds Nickelés (je remplaçais Armand Mestral)... Le music-hall : une excellente école pour les chanteurs-comédiens. Cela vous fait, vous brise, et vous apprend terriblement le métier ! Là, j'ai fait la connaissance des Frères Jacques : quels excellents artistes ! — A la fin de cette quatrième année, mes maîtres — Panzéra et Musy — m'ont demandé de me représenter au Concours du Conservatoire. J'ai alors obtenu le premier prix d'opéra-comique (dans Don Quichotte), et le prix d'Honneur de chant. Aussitôt, j'ai été engagé à l'Opéra, par M. Hirsch.

 

Oui, je joue à l'Opéra et à l'Opéra-Comique. Le répertoire que je préfère ? Vous le savez bien : celui de la Salle Favart. Avec la comédie lyrique, on « joue ». Bien plus intéressant, comme travail...

 

Remarquez-le, je n'ai jamais touché à la grande manifestation lyrique de l'Opéra. Et mon rêve, c'est toujours la grande tragédie. Aussi, est-ce un grand bonheur, pour moi, de me voir attribuer le rôle d'Œdipe — dans l’Œdipe d'Enesco, que l'Opéra va monter.

 

 

 

 

Mes rôles préférés ? En tout premier lieu, le rôle de don Basile dans le Barbier de Séville. Ensuite, le rôle de Colline dans la Vie de Bohème. Puis, le Nick Shadow, de Rake progress, œuvre de Stravinsky. J'aime beaucoup, aussi, le Chiffonnier, de Louise. Et aussi, ma récente création, dans Eugène Onéguine... Oh ! j'oubliais : le rôle du Sultan dans la Femme à barbe : nous nous y amusons tellement !

 

Ah ! les mélodies... Je regrette bien de n'avoir pas le temps d'en chanter davantage. Mon cœur va d'abord à Schubert. Et à Fauré aussi — évidemment...

 

A la Radio, on me demande surtout le répertoire lyrique. De nombreuses créations : Œdipe, d'Enesco, que je vais créer à l'Opéra — l'Ange de feu, de Prokofiev ; et, du même auteur, l'Amour des trois oranges, le Joueur le Château de Barbe-Bleue, de Bartók — Hécube, de J. Martinon — le Joueur de cornemuse, de Weiberger — Peter Grimes, de Britten — la Duchesse de Padoue, de Maurice Le Boucher...

 

Sur le plan de la musique pure, je reste indéfectiblement attaché à Jean-Sébastien Bach. C'est d'ailleurs avec lui que j'ai... appris la musique. Et c'est lui qui m'a conduit à la musique moderne... J'ai aussi un culte pour les Russes — oui, les « Cinq », naturellement ; en particulier pour Moussorgski et Borodine... Dans les modernes ? Honegger est un de mes préférés, avec Enesco, et Bartók. Enfin, je vous le déclare sans ambages, je suis un féru du grand Jazz symphonique (le bon, évidemment...).

 

Auteurs préférés ? Les classiques... Il n'y a qu'eux, pour vous enrichir l'esprit... En tête, je place le théâtre de Musset : fraîcheur, clarté, poésie... Sur le même plan, les Fables de La Fontaine... Dans les modernes, Cocteau : l'un de ceux qui m'ont entraîné vers le théâtre. Et Apollinaire... Dans la production contemporaine ? Un grand merci à Sartre qui, avec ses Chemins de la liberté, m'a profondément déçu, et, par là, m'a guéri de ma tendance au surréalisme, de mon désir de ne pas faire comme les autres... Don Basile remis dans le droit chemin par Sartre : de quoi faire un sketch excellent... Mais... sur quelle musique ?

 

Ah ! une anecdote — pour finir... Je veux bien. A Bobino, à mes débuts. J'avais un rôle de « mauvais garçon ». Le troisième et dernier acte se terminait sur les toits, où j'étais poursuivi par la police. Au moment d'être pris, je sortais mon « pétard », pour descendre les flics. Mais voici qu'alors se dresse devant moi une jeune fille — très pure, de caractère très noble — et qui, en dépit de la noirceur morale de mon personnage, m'aimait éperdument... Elle essaie de m'empêcher de tirer. Furieux, je lui crie : « Barre-toi, ou je te brûle ! » Alors, de la « poulaille », une voix, étranglée par l'émotion, se fait entendre : « Salaud ! Tu vas pas faire ça... » — Voyez-vous, la plus grande satisfaction d'un homme de théâtre, c'est d'arriver à faire oublier la fiction, pour la transformer — dans l'esprit du spectateur — en réalité vivante...

 

(Propos recueillis par Henri Gaubert, Musica, juillet 1956)

 

 

 

 

 

Xavier Depraz dans le Barbier de Séville (Basile) en 1956

 

 

 

[Xavier Depraz parle de Chaliapine (1965).]

 

Il y a un fait : Chaliapine est un « monstre sacré ». Tout ce qu'on a pu raconter sur lui, en bien ou en mal, on l'a dit parce que c'est une personnalité, et une personnalité exceptionnelle. L'erreur serait de chercher à l'imiter. Il a une richesse et une puissance que nous ne possédons pas. Laissons-lui sa manière d'interpréter, et surtout n'essayons pas de faire le quart de ce qu'il faisait.

 

En son temps, il a amené une révolution. Il a donné une vérité à ses personnages. On a, avec lui, abandonné le « théâtre de salon » profit d'une conception plus exigeante : le drame lyrique. Pour nous, qui vivons à l'heure du cinéma et de la télévision, nous nous devons d'aller plus loin en ce sens, et de faire de plus en plus du vrai théâtre.

 

Monstre sacré, Chaliapine l'était. Il fut aussi, bien sûr, une vedette internationale. Mais qu'est-ce qu'une vedette internationale ? c'est en quelque sorte un phénomène, un « numéro ». De nos jours, cela ne peut plus exister. C'est une notion anachronique qui ne peut se concilier avec l'idée d'un véritable théâtre lyrique tel que nous devons le concevoir.

 

L'exemple de Chaliapine ne doit pas nous mener à rechercher le vedettariat mais à retrouver cet enthousiasme, cet amour du théâtre et aussi cette simplicité qui l'habitaient. Car l'essentiel est là : amour du théâtre et simplicité.

 

Pour un artiste lyrique, le véritable objectif n'est pas d'obtenir la consécration d'une quelconque renommée internationale, mais de parvenir à incarner le personnage correspondant à chaque rôle. A cet égard, l'exemple de Chaliapine constitue pour nous une leçon. Il ne montait pas sur les planches pour chanter un air, mais pour créer un personnage. Il n'y avait pas Chaliapine dans Méphisto, Chaliapine dans Boris, Chaliapine dans Basile. Non. Il y avait sur scène Méphisto, il y avait Boris, et il y avait Basile. Chaque fois, c'était une composition différente. Et s'il a marqué si profondément ses rôles, c'est parce qu'il était avant tout un homme de théâtre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le Barbier de Séville de Rossini [version française de Castil-Blaze]

Renée Doria (Rosine), Marguerite Legouhy (Marceline), Carlo Baroni (Almaviva), Jacques Jansen (Figaro), Louis Musy (Bartholo), Xavier Depraz (Basile), Charles Daguerressar (Pédrille), Paul Payen (l'Officier), André Noël (le Notaire), Le Prin (l'Alcade)

Chœurs et Orchestre de l'Opéra-Comique dir. Jean Fournet

enr. en public à l'Opéra-Comique le 19 juin 1955

 

 

 

Air de la Calomnie "C'est d'abord rumeur légère"

extrait de l'acte II du Barbier de Séville de Rossini [version fr. de Castil-Blaze]

Xavier Depraz (Basile) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir Jules Gressier

enr. en 1956

 

 

 

Air des Prêtres "O Isis, Osiris"

extrait de l'acte III de la Flûte enchantée de Mozart [v. fr. de Prod'homme et Kienlin]

Xavier Depraz (Sarastro) et Orch de l'Ass. des Concerts Colonne dir Louis de Froment

enr. en 1960

 

 

 

"Dans ce séjour tranquille"

extrait de l'acte III de la Flûte enchantée de Mozart [v. fr. de Prod'homme et Kienlin]

Xavier Depraz (Sarastro) et Orch de l'Ass. des Concerts Colonne dir Louis de Froment

enr. en 1960

 

 

 

Sérénade "Vous qui faites l'endormie"

extrait de l'acte IV de Faust de Gounod

Xavier Depraz (Méphistophélès) et Orchestre de l'Opéra dir Jean Laforge

enr. en avril/mai 1958

 

 

 

Ronde "Le Veau d'Or est toujours debout"

extrait de l'acte II de Faust de Gounod

Xavier Depraz (Méphistophélès) et Orchestre Symphonique dir Jésus Etcheverry

enr. en 1962

 

 

 

Sérénade "Vous qui faites l'endormie"

extrait de l'acte IV de Faust de Gounod

Xavier Depraz (Méphistophélès) et Orchestre Symphonique dir Jésus Etcheverry

enr. en 1962

 

 

 

les Marchés de Provence

(Louis Amade / Gilbert Bécaud)

Xavier Depraz et le grand Orchestre de Raymond Lefèvre

ORTF, 08 juin 1966

 

 

 

la Guerre de Troie

Xavier Depraz, Michel Roux et Jacques Mars

ORTF, 04 janvier 1969

 

 

Voir également les enregistrements de Don Quichotte (acte I. Duo-sérénade ; acte V. la Mort) et de Gustave Botiaux

 

 

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