Georges DOCQUOIS

 

 

 

Georges Louis Edmond dit Georges DOCQUOIS

 

auteur dramatique et poète français

(9 rue Wissocq, Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais, 21 juin 1863* – Orgeval, Seine-et-Oise [auj. Yvelines], 12 mars 1927)

 

Fils d'Antoine DOCQUOIS (Boulogne-sur-Mer, 15 mars 1829* Boulogne-sur-Mer, 17 janvier 1900*), professeur de musique, organiste et maître de chapelle, et de Georgina Hélène Fanny BOURDRI reconnue CODY (Amiens, Somme, 03 mars 1841* 1922), mariés à Boulogne-sur-Mer le 27 juin 1860*.

Neveu d'Adolphe Aimable DOCQUOIS (Boulogne-sur-Mer, 28 avril 1830* Saint-Martin-Boulogne, Pas-de-Calais, 24 avril 1902), directeur de l'école nationale de musique de Boulogne-sur-Mer.

Frère de Jeanne Augustine Marguerite DOCQUOIS (Boulogne-sur-Mer, 15 novembre 1875* ) [épouse à Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1898* Jean Georges HUYOT dit George AURIOL (Beauvais, Oise, 26 avril 1863* Paris, 03 février 1938), chansonnier].

Epouse à Boulogne-sur-Mer le 18 décembre 1889* Alice Marie Charlotte PICQUET (Boulogne-sur-Mer, 16 mars 1865* –) [belle-sœur d'Henri CAUDEVELLE (1869 –), artiste lyrique].

 

 

Il fit ses études au collège de sa ville natale. Il fut quelque temps comédien en province (Saint-Brieuc, 1884 ; Cherbourg, 1885), mais quitta vite cette carrière. Il collabora au « Journal » (1892), puis au « Journal amusant » et au « Sourire ». Il a donné à celui-ci plus de deux cents contes en vers d'un tour marotique. En 1895, avec Maurice Ropiquet et le compositeur Georges Charton, Docquois fonda, à Montmartre, le « Tréteau de Tabarin ». Il administra les théâtres khédiviaux du Caire et d'Alexandrie, durant la saison 1902-1903. Il a publié : le Congrès des poètes (1894) ; Bêtes et gens de lettres (1895) ; l'Armoire aux bonshommes (1900) ; les Minutes libertines (1904) ; les Péchés capiteux (1906) ; le Plaisir des nuits et des jours (1907) ; le Petit dieu tout nu (1908) ; la Petite flûte ; odelettes parisiennes (1909) ; Ce qui plaît aux dames (1914) ; la Chair innocente (1917) ; Nos émotions pendant la Guerre (1917) ; le Poème sans nom (1919). Il a fait représenter : Mélie, d'après J. Reibrach (théâtre Libre, 1892) ; la Demande, avec Jules Renard (Odéon, 1895) ; le Pont aux ânes, farce en vers (Odéon, 1897) ; Théâtre bref, en collaboration avec Emile Codey : Quand on l'est... (1897) ; Voyageuse (1897) ; Leur régime (Grand-Guignol, 1897) ; Mme Bigarot n'y tient pas, avec F. Cresson (Athénée, 1899) ; le Peigne, avec P. Acker (Folies-Dramatiques, 1901) ; la Petite Maison, avec Alexandre Bisson (Opéra-Comique, 1903) ; le Renoncement, en vers (Comédie-Française, 1903) ; Rue Saint-Thomas-du-Louvre, en vers (Comédie-Française, 1905) ; la Consigne, avec O. Méténier (Mathurins, 1905) ; Après l'Opéra, avec Jean Reibrach (Grand-Guignol, 1906) ; la Rôtisserie de la reine Pédauque, livret d’après Anatole France (1920). Il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur le 21 février 1925.

En 1897, il était officier d'Académie et habitait 7 rue Hégésippe-Moreau à Paris 18e. En 1925, il habitait 39 rue Ganneron à Paris 18e.

 

 

 

 

livrets

 

le Roi veut rire, bouffonnerie lyrique en 2 parties, musique d'Esteban Marti (Tréteau de Tabarin, 29 septembre 1896)

la Petite Maison, opéra-comique en 3 actes, avec Alexandre Bisson, musique de William Chaumet (Opéra-Comique, 05 juin 1903)

la Rôtisserie de la reine Pédauque, comédie lyrique en 4 actes, musique de Charles Levadé (Opéra-Comique, 12 janvier 1920)

 

mélodies

 

l'Ancienne, musique de Paul Delmet

 

 

 

 

 

carte adressée par Anatole France et Georges Docquois à Louise Perrold, créatrice de la Rôtisserie de la Reine Pédauque (coll. part. de Françoise Villaume)

 

 

 

 

Mais Montmartre conservait sa suprématie chansonnière. En 1895, au 58, rue Pigalle, dans l'ancien hôtel particulier de l'amiral Duperré, Paul Robiquet et Georges Charton, assistés de Henri Fursy comme secrétaire général, ouvraient le Tréteau de Tabarin. La salle, où une ancienne cuisine était transformée en « loge présidentielle », avait reçu un décor médiéval de Jambon, et la scène représentait le Pont Neuf.

Suivant l'exemple donné par le Cabaret des Quat'z'Arts, Robiquet et Charton entendaient remplacer les pièces d'ombres, qui constituaient généralement la principale attraction des cabarets artistiques, par une petite revue d'actualité. Ils s'avérèrent des novateurs en faisant jouer celle-ci, non par des chansonniers ou des amateurs, mais par des comédiens professionnels. La première de ces revues, Paris sur le pont, fut rimée par Georges Docquois et compta parmi ses interprètes un certain Seigneur, qui devait s'illustrer au théâtre sous le nom de Prince et au cinéma sous celui de Rigadin. L'année suivante fut marquée par l'engagement de Marguerite Deval aux appointements jusqu'alors inusités au cabaret de cent vingt francs par jour. On prédit la faillite au Tréteau de Tabarin. Il fit des salles combles.

(Michel Herbert, la Chanson à Montmartre, 1967)

 

 

 

 

 

Venu très jeune à Paris avec deux de ses amis, Jules Huret et Eugène Tardieu, Boulonnais comme lui, et qui devaient, eux aussi, se distinguer dans les lettres, Docquois tout en travaillant déjà pour le théâtre, écrivait à l'Echo de Paris, au Gil Blas, au Journal et au Figaro de délicats articles de reportage littéraire, des nouvelles, des contes en vers, des épigrammes et des gazettes rimées. De cette époque datent les ouvrages suivants : le Congrès des poètes, qui donna lieu à l'élection de Paul Verlaine comme prince des poètes, et ouvrit l'ère des principats ; Bêtes et Gens de Lettres, l'Armoire aux Bonshommes, les Minutes libertines, le Plaisir des Nuits et des Jours, le Petit Dieu tout nu, la Petite Flûte. Il avait fait aussi représenter au Théâtre-Libre une pièce en un acte, Mélie, et donnait, quelque temps après, Paris sur le Pont, que Catulle Mendès appréciait en ces termes au lendemain de la première : « Nous avons été charmé et de façon tout à fait imprévue et exquise par cette spirituelle revue de Georges Docquois. Nous ayons dû à ce poète une heure de véritable enchantement, et ce jeune artiste aura sans doute quelque plaisir à recevoir ces félicitations auxquelles Banville eût joint les siennes ». Puis, vinrent d'autres pièces : la Demande (avec Jules Renard, 1895), le Petit Champ (1896), le Pont aux ânes (Odéon, 1897), le Renoncement (Comédie-Française), Rue Saint-Thomas-du-Louvre (Comédie-Française, 1905), Un tour de Ninon (1906), la Petite Maison (avec Alexandre Bisson, musique de William Chaumet, Opéra-Comique, 1903), la Rôtisserie de la reine Pédauque, d'après le roman d'Anatole France, comédie lyrique, musique de Ch. Levadé (Opéra-Comique, 1920).

 

Un peu plus tard, il publiait deux livres de vers : la Cendre rouge et le Poème sans nom, œuvres d'un ordre plus élevé sur lesquelles René Lalou, dans son Histoire de la littérature française, porte le jugement suivant : « Georges Docquois, après avoir, trente ans durant, lutté de verve avec Raoul Ponchon, dans le domaine de la gazette rimée, devait manifester de plus hautes ambitions poétiques. C'est ainsi qu'en juin 1914, il jetait au vent cette Cendre rouge et ce Poème sans nom qui s'imposent par la profondeur des sentiments et la belle tenue littéraire. »

 

La guerre surprit Georges Docquois à Boulogne-sur-Mer, et lui inspira ce beau libre, Dans un port du Détroit, que les historiens de l'avenir ne consulteront pas sans profit. Trois autres ouvrages suivirent, inspirés également par les heures rouges de 1914-1918 : Nos émotions pendant la Guerre, la Chair innocente, Guillaume en vers et contre tous. En 1921, les Rosati, dans une de leurs assises annuelles, lui décernaient la Rose symbolique, et le ministre de l'instruction publique le nommait chevalier de la Légion d'honneur.

 

Avant d'apprécier l'œuvre et l'esprit de Georges Docquois, il convient de rappeler qu'en 1923, avec Georges Geiger, Gabriel de Lautrec et René Dubreuil, il avait fondé cette Académie de l'Humour dont le but n'était pas de faire de l'humour, mais d'en disserter, de le découvrir, de le signaler partout où il se trouve et de doter de prix les œuvres nouvelles de jeunes humoristes. Quand la mort le surprit, Docquois était président de cette académie.

 

Georges Docquois fut surtout un poète qui ne se laissa jamais entraîner dans le mouvement néo-littéraire, non point qu'il le méprisât, mais parce qu'il entendait demeurer de la bonne école, celle des grands devanciers. On peut dire qu'il resta parnassien, dans la belle acception du mot, et qu'il usa toujours avec maîtrise du vers régulier.

 

Il avait l'ironie légère et un peu précieuse du XVIIIe siècle. Alerte, pénétrante, sa poésie a parfois une tournure et une vivacité gauloises.

 

Sa prose (car il fut aussi un excellent prosateur) procède par petites touches, par phrases brèves, incisives, qui gardent presque toujours un rythme poétique. C'était un pur artiste qui écrivait comme il sentait, c'est-à-dire avec délicatesse, et son œuvre reflète toute sa vie.

 

Une plus longue étude serait nécessaire pour apprécier ce talent si fin et si délié.

 

Nul plus que Docquois n'eut le culte de l'amitié, et il fallait l'entendre s'élever véhémentement contre les calomnies de certains envieux toujours prompts à rabaisser le mérite d'autrui.

 

La maladie qui devait bientôt le terrasser n'avait en rien altéré son activité, mais une douce mélancolie s'était, ces derniers temps, répandue sur son visage si gai d'ordinaire, et sans doute avait-il le pressentiment de sa fin prochaine, quand il écrivait :

 

Un tragique rideau de brume avait soudain

Caché la splendeur du matin

Que tantôt pavoisait une pourpre de fête.

Brusquement la nuit s'était faite !

 

C'est un vrai poète qui disparaît... l'un de nos derniers parnassiens...

 

(Arnould Galopin, Larousse Mensuel Illustré, septembre 1928)

 

 

 

 

 

 

 

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