Auguste DORCHAIN

 

 

Auguste Léon dit Auguste DORCHAIN

 

poète et auteur dramatique français

(47 rue des Liniers, Cambrai, Nord, 19 mars 1857* 47 rue Jacob, Paris 6e, 07 février 1930*), enterré au Père-Lachaise.

 

Fils d’Augustin Joseph DORCHAIN (1829 ), négociant, et de Caroline Augustine FLEURY (1837 ).

Epouse en 1887 Berthe Marie Mélanie BARTHÉLÉMY (Mudaison, Hérault, 15 février 1857* – av. 1930), comédienne.

 

 

Il fit ses études au lycée de Rouen, vient faire son droit à Paris, puis se tourna vers les lettres. Poète délicat, à l'émotion sincère, il a publié : la Jeunesse pensive (1881), recueil couronné par l'Académie ; Sans lendemain (1890) ; Vers la lumière (1896) ; Poésies (1896), ainsi qu’un essai sur l’Art des vers (1905). Auteur dramatique, il a écrit, outre des à-propos : le Conte d'avril, comédie en quatre actes et en vers (Odéon, 1885) ; Maître Ambros, drame lyrique, musique de Widor (1886), en collaboration avec François Coppée ; Rose d'automne, comédie en prose (1895). On lui doit aussi une traduction du Captif, de Cervantès (1898), et une bonne étude sur Pierre Corneille (1918). Il fut fait chevalier (30 juillet 1894), puis officier (19 juillet 1913) de la Légion d’honneur.

En 1894, il habitait 13 rue Spontini à Paris 16e ; en 1913, 6 rue Garancière à Paris 6e, où il était encore domicilié lors de son décès.

 

 

 

 

livrets

 

Conte d'avril, comédie en 4 actes et en vers, d'après Shakespeare, musique de scène de Charles-Marie Widor (Odéon, 22 septembre 1885)

Maître Ambros, drame lyrique en 4 actes, avec François Coppée, musique de Charles-Marie Widor (Opéra-Comique, 06 mai 1886)

Jeanne d'Arc, pantomime en 3 actes, musique de Widor (Paris, Hippodrome, 25 juin 1890)

 

mélodies

 

Chanson d'automne, musique de Marguerite Labori => partition

 

 

 

 

 

Enfance dans sa ville natale, près de ses grands-parents, puis à Elbeuf, dans la boutique paternelle (son père était marchand de drap), enfin au lycée Corneille, de Rouen, dont l'empreinte sur lui fut profonde : il n'oubliera jamais le vieux poète, père de la tragédie française et maître des vertus viriles, sous le signe duquel il avait fait ses humanités ; il lui consacrera dans son âge mûr un très beau livre ; il s'entourera, comme de reliques familières, de souvenirs cornéliens, notamment d'un petit cabinet Louis XIII à volets abattants provenant de l'héritage du poète. Rouen, touchée de ce culte, lui donnera place en 1919 dans son Académie.

La légende veut que, sur les bancs du lycée, il ait déjà fondé une revue, la Ligue des poètes, qui prétendait à réagir contre les audaces des nouvelles écoles, et c'est qu'en effet il n'y eut jamais de tempérament poétique moins révolutionnaire ; il ne nourrissait d'autre ambition que de marcher dans les voies de ses grands aînés. Celui vers qui l'inclinait le plus sa gravité naturelle, Sully Prudhomme, fut conquis tout de suite par ce jeune homme si différent des autres, frémissant et pudique, qui, réunissant ses premiers vers en 1881, leur avait donné pour titre : la Jeunesse pensive. Cependant le problème de la destinée humaine préoccupait beaucoup moins l'auteur que l'attitude à observer pour un adolescent devant les tempêtes de la chair, et il s'agissait là en somme, non d'une crise intellectuelle, mais d'un simple débat de conscience comme en eût pu instituer un Polyeucte juvénile et célibataire. Le même débat, une crise analogue de la puberté, inspireront trente ans plus tard le beau recueil de François Mauriac, les Mains jointes, et, comme le spectacle n'en laissera pas indifférent Maurice Barrès, il toucha chez Dorchain le sensible Sully Prudhomme qui écrivit dans sa préface :

 

L'inspiration (du recueil) surtout nous a vivement intéressé : la source en est prise dans les plus nobles et les plus intimes souffrances de la jeunesse. Les mœurs en France, où l'on ne connaît pas les vraies fiançailles, rendent très difficile, depuis la puberté jusqu'au mariage, la condition des jeunes gens qui se respectent... De là des scrupules pleins d'angoisses, des défaillances et des luttes héroïques, tout un drame intérieur éminemment poétique.

 

L'exposé de ce « drame », à parler franc, n'alla point sans provoquer quelques sourires : Jules Tellier notamment mit une certaine malice à le rapprocher des dialogues moliéresques entre Diafoirus et son fils Thomas ; Ponchon en tira mille calembours :

 

Peut-être que Chincholle à Scholl eût ôté chin

Dont il n'a cure et qui semble utile à Dorchain...

 

La pureté de la forme, la grâce penchée du vers, la sincérité de l'auteur emportèrent toutes les résistances, et Auguste Dorchain, introduit dans le chœur du Parnasse, y prit rang derrière Sully et Coppée, non moins accueillant que l'auteur des Vaines tendresses et qui l'appelait « mon petit Dorchain ». Des poèmes comme les Etoiles éteintes, honneur des anthologies présentes et futures, expliquent et justifient parfaitement cette faveur :

 

Vois-tu, vers le zénith, cette étoile nageant

Dans les flots de l'éther sans borne ?

L'astronome m'a dit que sa sphère d'argent

N'était plus rien qu'un cercueil morne.

 

Tous ses bruits, un par un, se sont tus sous le ciel.

L'espace autour d'elle est livide ;

Dans le funèbre ennui d'un silence éternel
Elle erre à jamais par le vide.

 

Pourtant, elle est si loin que depuis des mille ans

Qu'elle va, froide et solitaire,

Le suprême rayon échappé de ses flancs

N'a pas encor touché la terre.

 

Aussi rien n'est changé pour nous ; chaque matin

La clarté de l'aube l'emporte,

Et chaque soir lui rend son éclat incertain...
Personne ne sait qu'elle est morte.

 

Le pilote anxieux la voit briller au loin,

Et là-bas, errant sur la grève,
Des couples enlacés la prennent à témoin

De l'éternité de leur rêve.

 

C'est la dernière fois, et demain nos amants

N'y lèveront plus leurs prunelles :

Elle aura disparu, — comme font les serments

Qui parlent d'amours éternelles.

 

Ces Etoiles éteintes d'Auguste Dorchain furent en quelque sorte son Vase brisé. Il ne s'éleva jamais plus haut dans l'émotion, encore qu'un second recueil : Vers la lumière, paru en 1894, témoigne chez l'auteur, marié à l'une de ses interprètes, Marie Barthélémy, de l'Odéon, et goûtant à son foyer tous les légitimes apaisements que souhaitait sa scrupuleuse jeunesse, d'un louable effort à s'évader de préoccupations un peu étroites et à monter vers les régions supérieures du sentiment et de la pensée.

Dans l'intervalle Auguste Dorchain avait abordé le théâtre et connu un vrai succès avec Conte d'avril (1885), inspiré de la Nuit des rois de Shakespeare, mais élagué de son burlesque et ramené à quelques épisodes délicats entre Viola et Orsino. « Parmi les vers frais et tendres, dit André Dumas, fusent d'heureux couplets que n'eût pas reniés Banville. » Pour l'amour (1901), évocation de l'Espagne de Philippe IV, malgré le pathétique de son conflit cornélien entre le devoir et la passion, fut loin de rencontrer le même accueil : on en a accusé les changements du goût, car l'intrigue était de bonne qualité, la frappe des vers de main d'ouvrier. Le sujet seul manquait d'imprévu : aussi bien le triomphe de Cyrano venait-il de prouver qu'il y a toujours un public pour le drame en vers et que c'est là une question d'espèce, non d'école. Quoi qu'il en soit, Dorchain ne donna plus au théâtre que des à-propos et une petite comédie en prose, Rose d'automne, reprise au Vaudeville et dernièrement à l'Odéon. Il avait aussi écrit avec Coppée un livret lyrique, Maître Ambros (1886), musique de Widor, représenté à l'Opéra-Comique, mais qui n'y fit que passer.

Critique et historien du théâtre, on doit encore à Dorchain un Art des vers (1905) qui, sans faire oublier le délicieux traité de Banville, le complète sur bien des points et demeure en tout cas dans sa ligne : l'auteur n'y montre pas plus de complaisance qu'à ses débuts pour les licences à la mode ; la prosodie qu'il enseigne est la prosodie traditionnelle. Ce livre sans grande profondeur, code périmé des sévères disciplines en usage au passage Choiseul, est du moins fort agréable à feuilleter : avec ses libres allures, c'est une manière de testament ; le ci-gît du Parnasse y court dans le filigrane en même temps que celui de l'auteur, dépassé par les nouvelles écoles et qui ne faisait plus que se survivre dans la conférence, les préfaces et rééditions d'œuvres classiques ou romantiques, comme celles qu'il donna d'André Chénier et d'Auguste Brizeux. Une mention particulière doit être accordée à son Pierre Corneille (1917), l'étude, sinon la mieux informée, au moins la plus cordiale et la plus pieuse qu'on ait consacrée à notre grand tragique.

Il préparait un troisième — et dernier — recueil de vers que ses amis voudront sans doute publier, et qui achèvera de dessiner dans notre esprit l'image un peu effacée, discrète, recueillie et comme à mi-côte de ce poète trop négligé des nouvelles générations et qu'un stupide accident d'automobile a précipité de son rêve sur la dalle d'un amphithéâtre d'hôpital.

(Charles Le Goffic, Larousse Mensuel Illustré, juin 1930)

 

 

 

 

 

 

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