Caroline DUPREZ

 

 

 

Caroline Alexandrine Léopoldine Marie dite Caroline DUPREZ

 

soprano français

(Florence, Italie, 10 avril 1832 – Pau, Pyrénées-Atlantiques, 17 avril 1875*)

 

Fille de Gilbert Louis DUPREZ, ténor et d'Alexandrine DUPREZ, soprano.

Epouse à Paris 2e le 12 septembre 1856 Amédée Ernest Léopold VAN DEN HEUVEL (Liège, Belgique, 28 mars 1832 – Paris 16e, 21 juin 1911), premier violon de l'Opéra de Paris.

 

 

Elle reçut les leçons de son père, le célèbre ténor, et s'intégra à la troupe de jeunes artistes que celui-ci dirigeait en province. Elle débuta à Paris au Théâtre-Italien en 1850 dans la Sonnambula, et parut dans Lucia di Lammermoor aux côtés de son père peu de temps après, et triompha Il Barbiere di Siviglia (Rosine). Elle chanta à Londres, à Bruxelles (1851), au Théâtre-Lyrique (où elle reprend Joanita, œuvre de son père qu'elle avait créée à Bruxelles), à l'Opéra-Comique (débuts le 21 décembre 1852), et resta attachée un certain temps à ce dernier théâtre : créations de Marco Spada d'Auber, de l'Étoile du Nord de Meyerbeer, de Jenny Bell d’Auber, des Saisons de Massé, de Valentine d'Aubigny d'Halévy, de Fior d’Aliza de Massé. De 1856 à 1858, elle chanta à l'Opéra de Lyon. En 1858 elle retourna au Théâtre-Lyrique et contribua au succès que remportèrent les Noces de Figaro. A l'Opéra, où elle débuta le 03 août 1860, elle a paru notamment dans la Muette de Portici, Isabelle de Robert le Diable, Mathilde de Guillaume Tell, Marguerite des Huguenots. Elle chanta à Bordeaux, Londres, Saint-Pétersbourg, et revint en 1866 au Théâtre-Lyrique pour succéder à Mme Miolan-Carvalho dans Marguerite de Faust. Elle était dotée d'une voix de soprano pleine de charme dans les notes élevées mais plus faible dans le médium. On a reproché à son père de lui avoir rendu la voix fragile pour l'avoir fait travailler prématurément avant son entière formation. Elle dut aller se fixer à Pau avec son mari, où la phtisie l'emporta, dans la force de l'âge et du talent.

 

 

 

 

Sa carrière au Théâtre-Lyrique

 

Elle y débuta le 11 mars 1852 en créant Joanita ou la Fille des Boucaniers (Joanita) de Gilbert-Louis Duprez.

 

Elle y chanta le 08 mai 1858 la première des Noces de Figaro (la Comtesse) de Mozart [version française de Barbier et Carré].

 

Elle y chanta Faust (Marguerite) de Gounod ; la Fille du Régiment (Marie).

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y débuta le 21 décembre 1852 en créant Marco Spada (Angela) d'Esprit Auber.

 

Elle y créa également le 16 février 1854 l'Étoile du Nord (Catherine) de Giacomo Meyerbeer ; le 02 juin 1855 Jenny Bell (Jenny Bell) d’Esprit Auber ; le 22 décembre 1855 les Saisons (Simonne) de Victor Massé ; le 26 avril 1856 Valentine d'Aubigny (Valentine d'Aubigny) de Fromental Halévy ; le 05 février 1866 Fior d’Aliza (Fior d'Aliza) de Victor Massé ; le 27 novembre 1856 le Sylphe de Louis Clapisson ; le 03 juin 1857 les Dames capitaines de Napoléon Henri Reber.

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle y débuta le 03 août 1860 dans Robert le Diable (Isabelle).

 

Elle y chanta la Muette de Portici (Elvire, 1863) ; Guillaume Tell (Mathilde) ; les Huguenots (Marguerite) ; la Juive (Eudoxie) ; le Comte Ory (la Comtesse) ; Lucie de Lammermoor (Lucie).

 

 

 

 

 

 

 

Caroline Duprez dans l'Etoile du Nord (Catherine), dessin de P. Faivre lithographié par Alexandre-Désiré Collette

 

 

Caroline Duprez de l’Opéra-Comique

 

Un conte de fée au dix-neuvième siècle. — Marie Malibran. — Mercadante. — Bériot. — La dangereuse marraine. — Un souhait funeste. — Croquemitaine en musique. — Di tanti palpiti criminel. — Second baptême. — Les leçons à la poupée. — La vocation céleste. — Troisième et dernier baptême. — La Lucia, une saison à Londres. — Juanita. — Marco Spada. — L'Étoile du Nord.

 

Une joyeuse et nombreuse société se trouvait réunie, un après-dîner d'été, sur une de ces terrasses parfumées qui sont un des charmes de la jolie ville de Florence. On venait d'enlever la table sur laquelle on avait dîné, et à sa place un petit berceau tout mignon, tout entouré de fleurs, retenait autour de lui les convives.

— Allons, mes amis, dit un homme jeune encore, à la figure expressive et intelligente, et dont les traits respiraient le bonheur ; à présent il s'agit de douer ma fille : les arts ne sont-ils pas les enchanteurs du dix-neuvième siècle ? Et je vous ai conviés à cet effet.

En entendant ces paroles, une charmante femme se prit à sourire, et, comme la fée Gracieuse, détachant une rose qui ornait son corsage et l'effeuillant sur le berceau :

— Gentille enfant, qui entres dans la vie, dit-elle, je te doue de la bonté, c'est la première de toutes les vertus ; et je prie Dieu de t'accorder de longs jours !... ajouta-t-elle en laissant s'échapper un soupir de son cœur, comme si un pressentiment funeste fût venu lui faire connaître que les siens étaient comptés, hélas !...

Cette enchanteresse était Marie Malibran !...

— Je veux qu'elle soit jolie comme un ange, fit Mercadante en déposant à son tour une branche de jasmin sur le berceau.

— Et moi, je lui commande d'être aimable comme sa mère, dit Bériot en saluant une jeune femme, pâle et souffreteuse, qui, couchée sur une chaise longue, assistait à la cérémonie.

— Vous êtes un vrai chevalier français, Bériot, fit l'amphitryon en remerciant l'artiste par un amical regard du compliment qui était adressé à sa jeune compagne. Et vous, Festa, de quoi douez-vous donc ma petite Caroline ? ajouta-t-il eu s'adressant à un des assistants, qui semblait plongé dans une méditation profonde.

Celui à qui il s'adressait parut chasser sa rêverie avec peine :

— Je veux que la bambina ait de l'esprit, et qu'elle en ait beaucoup...

— Et moi, sa marraine, interrompit une jeune et belle femme, une véritable fée du chant, Caroline Hunger, en élevant une petite baguette de saule sur la tête de l'enfant ; et moi, je la doue du talent et de la voix mélodieuse de son père.

— Retirez cette parole cruelle, Caroline ; reprenez votre prophétie, je vous en conjure ! s'écria le jeune père avec un soupir douloureux, car jamais, non jamais, au moins durant ma vie et d'après ma volonté, ma fille, mon enfant aimée, ne sera une artiste. Nous payons si cher, n'est-ce pas, mes amis, les quelques succès qui nous sont octroyés, que je veux éloigner des lèvres de celle que m'accorde le ciel cette coupe brillante et empoisonnée où l'on ne se désaltère jamais, et dont la liqueur souvent vous fait mourir !...

Et l'homme qui parlait ainsi était Duprez, notre grand et célèbre artiste, qui brillait alors dans toute sa gloire, mais qui sentait déjà, comme dans une vague douleur, l'injustice d'un public qui, dans un caprice, vous comble de faveurs, et, dans un autre, ne sait pas même rester juste !

Duprez était Français, élève de Choron ; il s'était formé à cette école parfaite qui a fait de si grands talents ; mais il lui fallait le baptême de l’Italie, piscine sacrée où tous viennent chercher leur gloire future. Plus heureux que beaucoup, notre célèbre compatriote l'avait conquise grande et entière, et avec elle lui était venu le bonheur, puisqu'un ange lui était né.

Pendant la première enfance de la petite Caroline, le jeune père, fidèle à son système, éloignait d'elle tout ce qui pouvait faire développer le don funeste de sa marraine. Comme les vieux rois de nos antiques contes des fées, il n'avait pas enfermé sa fille dans une tour d'airain ou d'argent, loin de tous sons mélodieux ; mais il avait fait de la musique une pénitence ; et il ne s'agissait pour la gentille Caroline, quand elle était surprise dans quelques méfaits, ni du fouet, ni de Croquemitaine, mais tout simplement de chanter une romance ; et la pénitence opérait peu merveilles, car le petit démon bouleversait tout dans le logis.

— Mais pourquoi donc es-tu toujours méchante, Caroline ? lui demandait un jour sa mère, moitié grondeuse, moitié souriante.

— Parce que je ne suis récompensée par papa que quand je ne suis pas sage ! fit la petite espiègle en se jetant au cou de sa mère pour dissiper le nuage grondeur.

Un soir, c'était à Naples, l'enfant avait cinq ans à peine, une société aussi brillante, aussi nombreuse, aussi célèbre que celle du jour de son baptême, se trouvait réunie chez son père, qui, cette fois, célébrait dans un joyeux souper le succès nouveau qu'il venait d'obtenir. On riait, on causait, on félicitait tous ensemble l'heureux amphitryon, et, dans toute cette gaieté, on avait oublié la petite Caroline, qui, assise au bout de la table, grignotait tristement son pain en attendant de voir charger son assiette des bonnes choses qu'elle convoitait. Tout à coup les éclats de rire sont interrompus, un silence profond vient succéder au tapage qui se faisait entendre, et cela pour écouter une voix faible, enfantine, mais juste et mélodieuse, qui chantait l'air si célèbre : Di tanti palpiti !... C'était notre jeune héroïne qui, renonçant à se faire servir par son silence, essayait d'un crime pour attirer l'attention, car chanter, n'était-ce pas un crime pour elle ?...

Vous jugez de la surprise et de l'admiration des convives ! — L'enfant fut bourrée de confitures, couverte de baisers, et cette fois encore reçut le baptême de l'art, car tous les assistants lui promirent un avenir brillant et glorieux. Malgré tout, ou peut-être à cause de tout cela, Duprez, loin de se relâcher de sa sévérité musicale pour sa fille, en redoubla encore, et le

chant lui fut même retiré comme pénitence. Mais le ciel, qui vient toujours en aide aux vocations véritables, et il est bien juste qu'il les protège, puisque c'est lui qui les fait naître, le ciel, disons-nom, voulut que, le père de notre charmante Caroline fût nommé professeur de chant au Conservatoire de Paris. Tout naturellement la pauvre enfant fut exclue de la classe. Mais elle avait l'oreille fine ; puis le fruit défendu est une si bonne chose !... Bref, le diable s'en mêla sans doute, car il advint que, de toutes les élèves de Duprez, celle qui savait le mieux la leçon était sa fille, et que peu à peu le professeur s'habitua, quand il avait des élèves rétives à ses conseils, d'aller chercher Caroline, qui, se tenait, dans une chambre voisine avec sa mère, et la conduisait devant le piano.

— Chante ce passage, mon enfant, disait-il, afin de montrer à ces têtes dures comment il faut me comprendre.

Et l'enfant chantait, et, quand elle avait émerveillé les élèves, justifié le maître, enfin vaincu la difficulté et exécuté ce que les autres regardaient comme impossible, l'heureux père oubliait ses résolutions, la pressait dans ses bras, l'embrassait avec tendresse en murmurant d'une voix émue et les yeux remplis de douces larmes :

« Oh ! tu es ma digne élève, toi ! tu es ma fille bien-aimée, tu me remplaceras un jour !... » Puis, la réflexion chassant l'enthousiasme, il déposait brusquement l'enfant à terre et lui disait avec humeur : « Allez-vous-en, mademoiselle, on n'a pas besoin de vous ici. Occupez-vous de vos poupées, car la musique ne vous regarde pas. »

Caroline souriait malignement, faisait une gentille révérence et s'en allait effectivement rejoindre ses poupées, qu'elle berçait en chantant les vocalises qui venaient de charmer les élèves de son père.

Ce fut donc, vous le voyez, malgré notre célèbre maestro que sa fille devint une grande artiste ! Car il pensait seulement et désirait surtout l’élever pour le monde, où les charmes de sa personne, son esprit, sa grâce et la fortune qu'elle devait avoir lui assuraient une place brillante ; mais le ciel en disposa autrement, et aujourd'hui notre charmante cantatrice appartient à l'art et à la gloire française.

Ce ne fut pourtant qu'en 1850 que Duprez consentit à former sa fille pour le théâtre, et jamais talent dramatique ne se développa avec une telle promptitude, car elle débuta, en 1851, sur la scène des Italiens, et dans un des plus mélodieux rôles du répertoire, dans celui de la Lucia. Elle y eut un succès aussi complet que mérité. Ce dernier baptême lui assigna sa place à jamais.

Du Théâtre-Italien, la jeune Caroline voulut aller s'essayer à celui de la reine à Londres. Elle y passa une saison ; mais, regrettant notre belle France, elle y revint au plus vite, et le Théâtre-Historique eut l’heureuse idée d'ouvrir sa porte aux transfuges. Duprez lui confia ses deux enfants Caroline, sa première-née, et Juanita, son premier ouvrage. L'un et l'autre y eurent un succès complet, et cela jusqu'au moment où l'Opéra-Comique, jaloux de son rival du boulevard, lui enleva la jeune artiste.

A ce nouveau théâtre Caroline eut un nouveau succès, et Marco Spada commença à faire ressentir à l'heureux père que sa fille pourrait l'égaler un jour ; car il était, croyait-on alors, impossible de rencontrer plus de talent, de grâce, de charme et de mélodie qu'on n'en trouvait réunis dans la jeune artiste. Tout le monde le pensait ainsi, quand l'Etoile du Nord de Meyerbeer est venue montrer que la fille du grand maestro n'avait pas encore dit son dernier mot à l'art. Dans ce nouveau rôle Caroline est sublime ! et si Duprez pouvait être surpassé, il le serait par sa fille ! — Fraîcheur de voix, légèreté de vocalise, étendue de notes, talent réel, enfin tout, est réuni dans celle qui voit à peine la vie s'ouvrir devant elle, car elle ne compte que vingt ans. Que d'années de gloire lui promet le ciel ! — Meyerbeer lui-même a été ravi en entendant son harmonieuse interprète, et son grand génie s'est incliné devant cette enfant sublime.

Aussi, pour nous servir des expressions d'un homme d'esprit, M. Pitre-Chevalier, comme cantatrice, Caroline Duprez s'est élevée au premier rang ; comme comédienne, elle joint la décence virginale à la plus exquise aisance et à la maturité d'une artiste de quarante ans. Comme femme, elle unit la triple auréole de la beauté, de la vertu et de la considération ; car elle est montée sur le théâtre comme l'oiseau que porteraient ses ailes, sans poser le pied dans les coulisses, sans quitter l'enceinte d'une famille honorée, les habitudes d'une vie exemplaire, les relations d'un monde irréprochable.

Que son ange gardien la maintienne en cette position si heureuse et si exceptionnelle !

(Comtesse de Bassanville, les Théâtres de Paris, Galerie illustrée des célébrités contemporaines, 1854)

 

 

 

 

 

C'est le triomphe le plus complet que l'on puisse signaler de l'art sur la nature. Une voix médiocre, sèche et pointue, mais développée et même surfaite par un savoir consommé et une volonté de fer. Dans des créations qui semblent écrasantes pour une organisation frêle en apparence, Mlle Duprez commence par un Waterloo pour finir par un Austerlitz. Au total, c'est une virtuose hors ligne, une grande artiste.

On a écrit dans le temps sur M. de Salvandy que l'auteur d'Alonzo était la lune de Chateaubriand ; on peut dire de Mlle Duprez que c'est l'ombre chinoise de son père, ou — si la comparaison vous paraît déplacée — le talent du célèbre ténor regardé par le gros bout de la lorgnette. Organe, style, manière de respirer et de prononcer, ficelles du métier, — la fille de Duprez semble avoir reçu tout cela, classé et étiqueté d'avance, des mains du grand artiste en retraite. Le plaisir qu'on éprouve à l'entendre est un peu celui que vous donnerait un équilibriste jonglant avec des porcelaines : on est finalement ravi que les vocalises de cette jeune virtuose ne se soient pas cassées à la fin du morceau.

Un chanteur de talent, homme de beaucoup d'esprit, formulait un jour devant nous ce jugement sur la prima donna de l'Opéra-Comique :

— Mlle Duprez chante avec la croix d'honneur du professeur à sa boutonnière.

Son engagement a 18 mois à courir ; elle gagne 30.000 fr. par an et dois jouer treize fois par mois.

Marco Spada. — la Fille du régiment. — l'Étoile du Nord.

(H. de Villemessant et B. Jouvin, Figaro, 22 octobre 1854)

 

 

 

 

 

Elle vint en France avec ses parents et reçut les leçons de son père. A sa sortie du Conservatoire, elle s'essaya dans la troupe lyrique qui accompagnait M. Duprez en province et débuta ensuite sur la scène des Italiens, à Paris, dans la Sonnambula, en octobre 1850 ; au moins de janvier suivant, elle parut dans Lucie de Lammermoor, à côté de son père, qui, pour cette circonstance, avait repris le rôle d'Edgardo. L’Elisir d'amore, qu'elle aborda peu après, lui fut médiocrement favorable. La délicatesse de sa constitution l’éloigna du théâtre pendant quelque temps. Après avoir rempli deux engagements de saison à Londres et à Bruxelles, elle se fit applaudir au Théâtre-Lyrique dans Joanita ; passant, en 1853, à l'Opéra-Comique, elle y joua le rôle d'Angela dans le Marco Spada de M. Auber, écrit pour ses débuts, et demeura attachée à ce théâtre, où elle créa successivement, avec un remarquable succès, plusieurs rôles, entre autres celui de Catherine de l'Etoile du Nord (février 1854), celui de Jenny Bell dans l'ouvrage de ce nom (1855), celui de Simone dans les Saisons, de Massé, et celui de Valentine d'Aubigny, dans l'opéra-comique d'Halévy (1856). En 1857, elle résilia son engagement pour entrer au Théâtre-Lyrique, où elle contribua puissamment, l’année suivante, au succès longtemps soutenu de la reprise des Noces de Figaro. On l'a vue plus tard à l'Opéra, où elle a repris notamment le rôle d'Elvire dans la Muette de Portici, en 1863, rôle dont elle a chanté l'air final, Arbitre d'une vie, avec un style et une expression dramatique dont Mme Damoreau, dans ses plus beaux jours, n'avait jamais approché. Au mois de septembre 1856, Mlle Duprez s'est mariée à M. Amédée van den Heuvel, artiste musicien de l'orchestre de l'Opéra. Mme Van den Heuvel-Duprez possède une voix de soprano qui a beaucoup de charme dans les notes élevées, mais qui est faible dans le médium et n'a pas dans les cordes graves tout le moelleux désirable. On peut attribuer la ténuité et la fragilité de cette voix au développement hâtif que Duprez a donné à l'organe avant son entière formation. Il y a dans le timbre quelque chose de surmené et de maladif qui fait craindre à chaque instant que la note se casse ou que le gosier éclate. Du reste, la méthode exquise de cette prima donna rachète les lacunes de son organe, et son jeu élégant, plein d'âme et de hardiesse, est justement vanté. En ce moment, Mme Van den Heuvel, qui, depuis près de deux ans, a quitté, avec raison, notre bruyante Académie impériale de musique, est engagée à l'Opéra-Comique pour y créer le rôle de Fior d'Aliza, partition de Massé, poème extrait d'un volume de M. de Lamartine ; et nous sommes certain que Mme Van den Heuvel retrouvera dans ce personnage élégiaque, conforme à sa nature et à son tempérament artistique, ses grands succès de Marco Spada et de l'Etoile du Nord. Mme Duprez n'a fait cette fois qu'un court séjour à l'Opéra-Comique et paraît s'être pour toujours éloignée du théâtre.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866)

 

 

 

 

Caroline Duprez au Théâtre-Lyrique, d'après un portrait d'Alexis Fay, 1859

 

 

 

Au nombre des meilleurs élèves formés par Duprez, on distingue sa fille, Caroline, devenue la femme de Vanden Heuvel, bon pianiste accompagnateur et compositeur. Elle a brillé au premier rang sur les scènes de l'Opéra-Comique et du théâtre Lyrique par un talent fin, élégant, et par une rare intelligence. Sa vocalisation est brillante et correcte.

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, 1866)

 

Chanteuse remarquable, naquit à Florence en 1832, à l'époque des grands succès que son père obtenait en Italie. Elle fut son élève, et lorsque M. Duprez, après avoir quitté l'Opéra, parcourut quelque temps la province, il fit jouer sa fille avec lui et l'accoutuma ainsi à la scène. En 1850, Mlle Caroline Duprez débutait avec bonheur au Théâtre-Italien de Paris ; elle se faisait entendre ensuite à Londres, puis à Bruxelles, où elle remplissait le rôle principal d'un opéra écrit par son père, Joanita, et était bientôt engagée au Théâtre-Lyrique pour jouer le même ouvrage. Du Théâtre-Lyrique elle passa à l’Opéra-Comique, où elle resta plusieurs années et où elle fit des créations très importantes dans Marco Spada, l’Etoile du Nord, Valentine d'Aubigny, Jenny Bell, les Saisons, etc., puis entra à l'Opéra pour y tenir l'emploi des chanteuses légères. En 1858 elle était engagée de nouveau au Théâtre-Lyrique pour y jouer le rôle de la comtesse dans les Noces de Figaro, et elle rentra un peu plus tard à l'Opéra-Comique pour y créer le principal personnage d'un opéra de M. Victor Massé, Fior d'Aliza. Ce fut la dernière fois qu'elle parut à la scène ; douée d'une santé très délicate, que les fatigues du théâtre avaient fortement ébranlée, elle dut, sur l'avis des médecins, aller s'établir dans le midi de la France, et se fixa en effet à Pau, où elle parut se rétablir, et où même elle put bientôt se livrer à l'enseignement. Cependant, au bout de quelques années, l'affection phtisique dont elle était atteinte reparut plus violente que jamais, et un hiver rigoureux vint achever de miner son tempérament. Cette artiste vraiment distinguée mourut à Pau au mois d'avril 1875. Mlle Caroline Duprez avait épousé un pianiste accompagnateur fort habile, M. Amédée Vandenheuvel.

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, supplément d’Arthur Pougin, 1881)

 

 

 

 

 

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