GALLI-MARIÉ

 

Galli-Marié dans Carmen (Carmen) lors de la reprise à l’Opéra-Comique en octobre 1883 (photo Nadar)

 

 

Marie Célestine Laurence MARIÉ DE L'ISLE dite GALLI-MARIÉ

 

mezzo-soprano français

(8 rue de Provence, Paris 2e, 15 mars 1837 Vence, Alpes-Maritimes, 21 septembre 1905*), enterrée au Père-Lachaise (57e division)

 

Fille de Claude Marie Mécène MARIÉ, ténor, et de Francesca Maria HARTFUS.

Sœur d'Irma MARIÉ et de Paola MARIÉ cantatrices.

Epouse 1. à Paris 2e le 27 novembre 1855 Jean Pierre Victor GALLY (Semur-en-Auxois, Côte-d’Or, 22 octobre 1827* – Paris 9e, 18 juillet 1861*), sculpteur.

Epouse 2. Joseph DELAUR, négociant en vins de Marseille.

 

 

Fille et élève du ténor Marié, elle débuta à dix-huit ans en chantant les premiers rôles d’opéra à Strasbourg (1859), en Italie, à Lisbonne. Elle obtenait de grands succès à Rouen, où elle chantait le 23 avril 1862 la première française de la Bohémienne (la reine Mabb) de Balfe, lorsque Perrin, directeur de l'Opéra-Comique de Paris, alla la chercher et la fit débuter sur son théâtre le 18 août 1862, dans la Servante maîtresse, où le public lui fit l'accueil le plus chaleureux. Le 17 novembre 1866, elle y créa Mignon (Mignon) d’Ambroise Thomas (elle y chantera la 100e le 18 juillet 1867, et la 500e le 22 octobre 1878). Après une carrière ininterrompue d’une dizaine d’année elle alla chanter en province, chanta la première du Passant (Zanetto) de Paladilhe à la Monnaie de Bruxelles, puis revint à l’Opéra-Comique en octobre 1874 et y resta jusqu’en 1878, y créant Carmen (Carmen) le 03 mars 1875. Elle donna sa représentation d’adieux à l’Opéra-Comique en décembre 1883 et partait aussitôt après pour l’Italie. Elle y rentrait de nouveau le 27 octobre 1884, mais n’y reparut plus qu’exceptionnellement en 1884-1885. Elle se fit entendre à Londres en 1886 et y reporta un succès considérable, mais abandonna alors définitivement la scène pour se retirer dans le Midi à Vence où elle mourut en 1905 après n’être sortie de sa retraite que le 11 décembre 1890 pour prendre part à une représentation solennelle de Carmen, au bénéfice du monument de Bizet. Aux côtés de sa sœur Irma Marié, elle avait créé le 10 janvier 1869 aux Bouffes-Parisiens Madeleine d’Henri Potier, et le 08 février 1879 au Théâtre de Monte-Carlo le Chevalier Gaston (le Chevalier Gaston) de Robert Planquette. Son talent de comédienne plein d'originalité, absolument personnel et d'une rare variété, l'habileté qu'elle déployait comme chanteuse avec une voix de mezzo-soprano qui n'était pourtant pas de la meilleure qualité, lui valurent bientôt une place à part à l'Opéra-Comique. Créatrice inoubliable de Mignon et de Carmen, elle parut avec éclat dans les Amours du Diable, Lara, le Capitaine Henriot, Fior d'Aliza, Robinson Crusoé, la Petite Fadette, Fantasio, Don César de Bazan, Piccolino, la Surprise de l'amour, montrant dans ces divers ouvrages, comiques ou dramatiques, la même supériorité originale. Galli-Marié a laissé son nom à l’emploi qu’elle remplissait au théâtre.

Elle est décédée d’une maladie de cœur dans sa villa de Vence ; elle était alors domiciliée 33 rue de la Paix à Nice.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y débuta le 12 août 1862 dans la Servante maîtresse (Zerbine).

 

Elle y chanta l’Ombre (Jeanne) ; Marie ; les Porcherons (Marquise de Bryane) ; les Rendez-vous bourgeois (César, 500e le 20 mars 1873).

 

Elle y créa le 21 mars 1864 Lara (Kaled) d’Aimé Maillart ; le 29 décembre 1864 le Capitaine Henriot (Blanche d’Étianges) de François Auguste Gevaert ; le 05 février 1866 Fior d’Aliza (Piccinina) de Victor Massé ; le 16 juillet 1866 José-Maria (Diane Arméro) de Jules Cohen ; le 17 novembre 1866 Mignon (Mignon) d’Ambroise Thomas ; le 23 novembre 1867 Robinson Crusoé (Vendredi) de Jacques Offenbach ; le 11 septembre 1869 la Petite Fadette (Fadette) de Théodore Semet ; le 18 janvier 1872 Fantasio (Fantasio) d’Offenbach ; le 24 avril 1872 le Passant (Zanetto) d’Emile Paladilhe ; le 30 novembre 1872 Don César de Bazan (Lazarille) de Jules Massenet ; le 03 mars 1875 Carmen (Carmen) de Georges Bizet ; le 11 avril 1876 Piccolino (Marthe, Piccolino) d’Ernest Guiraud ; le 31 octobre 1877 la Surprise de l’amour (Colombine) de Ferdinand Poise ; le 18 janvier 1878 le Char (Alexandre) d’Emile Pessard ; le 19 novembre 1878 les Noces de Fernande (l’Infant) de Louis Deffès.

 

Elle y participa aux premières de : le 24 août 1863 les Amours du diable (Urielle) d’Albert Grisar ; le 05 juin 1868 les Dragons de Villars (Rose Friquet) d’Aimé Maillart ; le 10 novembre 1874 Mireille (Taven et Andreloun) de Charles Gounod.

 

 

 

 

Galli-Marié

 

 

 

Elle est la fille de M. Marié, qui fit pendant plus de quinze ans partie du personnel de l'Opéra. Douée d'une voix de mezzo-soprano assez courte, mais d'aptitudes scéniques incontestables, elle embrassa de bonne heure la carrière théâtrale et tint successivement l'emploi de fortes chanteuses d'opéra dans plusieurs villes importantes. En 1859, on la trouve à Strasbourg, en 1860 à Toulouse, d'où elle se rend, en 1861, à Lisbonne, pour chanter le répertoire italien au théâtre San-Carlos. De Lisbonne elle retient en France, accepte un engagement pour Rouen, où elle obtient un grand succès, et crée en cette ville, au mois d'avril 1862, le rôle principal d'un opéra de Balfe, la Bohémienne, qui n'avait pas encore été joue à Paris. La représentation de cet ouvrage ayant eu un certain retentissement, M. Perrin, alors directeur de l'Opéra-Comique, se rendit à Rouen pour y entendre Mme Galli-Marié, en fut très satisfait, et l’engagea séance tenante.

 

La jeune artiste débuta donc à l'Opéra-Comique, au mois d’août 1862, dans la Servante maîtresse, de Pergolèse, qui n'avait pas été jouée depuis près d'un siècle, et que l'on avait remontée à son intention. Son goût musical, la justesse de sa diction, son vrai talent de comédienne lui valurent de la part de la critique et du public un succès très vif et de très bon aloi. Mais comme son engagement à Rouen n’était pas expiré, Mme Galli-Marié se partagea, pendant toute la fin de la saison théâtrale, entre cette ville et Paris. Bientôt, cependant, elle fit exclusivement partie du personnel de l'Opéra-Comique, et fit à ce théâtre plusieurs créations importantes qui montrèrent toute la souplesse et la flexibilité de son talent. Également propre à exciter le rire et à provoquer les larmes, douée d'un tempérament artistique très original et très personnel qui lui permettait, sans imiter personne, de faire des types véritables des rôles qui lui étaient confiés, Mme Galli-Marié se fit applaudir dans toute une série d'ouvrages où elle représentait des personnages de nature et de caractères essentiellement opposés : Lara, le Capitaine Henriot, Fior d’Aliza, la Petite Fadette, José Maria, Robinson Crusoé, Fantasio, le Passant, Don César de Bazan, Carmen ; elle reprit aussi quelques pièces de répertoire, Marie, les Porcherons, les Amours du Diable, les Dragons de Villars, etc. Après une courte absence, pendant laquelle elle parcourut la Belgique, cette artiste distinguée est rentrée à l'Opéra-Comique au mois d'octobre 1874.

 

Mme Galli-Marié doit prendre place au rang des artistes nombreux qui, bien que doués d'une voix médiocre, ont rendu depuis un siècle à ce théâtre des services signalés par leur talent scénique et leur incontestable valeur au point de vue dramatique.

 

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, suppl. d’Arthur Pougin, 1878-1880)

 

 

 

 

 

Galli-Marié dans Mignon (Mignon) lors de la création (1866)

 

 

 

Galli-Marié dans Mignon (Mignon) lors de la création (photo Nadar, 1866)

 

 

 

Galli-Marié (photo Franck, 1872)

 

 

 

On annonce de Nice la mort de Galli-Marié, décédée hier soir à Vence, petit village des Alpes-Maritimes, où elle essayait vainement de rétablir sa santé très atteinte.

 

Elle était âgée de soixante-cinq ans et, durant plus de trente années de théâtre, elle avait rendu célèbre ce nom de Galli-Marié, qui n'éveille plus grand souvenir dans la génération actuelle, mais qui n'en demeure pas moins associé aux plus triomphales soirées de l'Opéra-Comique et qui est notamment inséparable de ces deux œuvres immortelles qui se nomment Carmen et Mignon.

 

Galli-Marié incarna avec la même maestria et le même succès ces deux héroïnes pourtant si dissemblables, et c'est constater une vérité que de dire que personne ne l'a surpassée dans ces rôles qu'elle interprétait admirablement et qui furent la gloire de sa carrière.

 

La célèbre artiste était fille du ténor Marié, de l'Opéra, et après avoir débuté en province où on la remarqua bien vite, elle fut engagée à l'Opéra-Comique, et elle y parut pour la première fois le 14 août 1862 dans le rôle de Zerline de l'opéra de Pergolèse, la Servante maîtresse. Son succès y fut très grand, et il se confirma par la suite dans Lara, Fantasio, les Dragons de Villars, l'Ombre, Piccolino. Mais ses deux grands triomphes, nous l'avons dit, furent Mignon et Carmen, et c'est pour interpréter une fois encore ce dernier rôle qu'elle sortit de sa retraite, lors de la représentation de gala qui fut donnée dans la salle Favart, reconstruite après l'incendie.

 

Depuis on n'avait plus revu Galli-Marié, mais son souvenir n'était pas oublié de ceux qui l'ont entendue. C'est une grande chanteuse et une artiste de race qui disparaît.

 

(le Figaro, 23 septembre 1905)

 

 

 

 

 

portrait de Galli-Marié dans Carmen, représentation à l’Opéra-Comique, 1884, huile sur toile, 193 x 83,5 cm, par Henri-Lucien Doucet (1856-1895) [musée de l’Opéra]

 

 

 

Galli-Marié dans Carmen (Carmen), photo Nadar

 

 

 

Galli-Marié dans Carmen (Carmen), photo Liébert

 

 

 

Les gloires du chant : Galli-Marié.

Celle qui fut et restera Galli-Marié est née à Paris en novembre 1840, et n'eut jamais d'autre maître que son père. Celui-ci en fit une musicienne, d'abord. Il lui enseigna l’art de faire valoir, en artiste, une voix chaude mais sans moyens exceptionnels, (un mezzo-soprano assez court) et un tempérament vibrant, souple, intensif, qui lui permettait d'imprimer aux rôles les plus divers, les plus opposés, un caractère original, imprévu, définitif. Si l'on pouvait noter, et conserver, les impressions produites par les grands interprètes lyriques, le dossier de Galli-Marié serait étonnamment riche. Leur extraordinaire variété, non seulement dans l'ensemble de son répertoire, mais dans un seul et même rôle, a toujours frappé ceux qui l’ont entendue. C'est l'artiste qui fait rendre au personnage dont elle a la charge tout absolument ce qu’il comporte. Aussi son souvenir demeure-t-il inséparable de la plupart de ceux qu'elle a ainsi « créés », comme son nom restera typique, au même titre que celui d’une Dugazon ou d'une Falcon.

Son père, qui savait qu'il faut se jeter à l'eau pour apprendre nager, l'envoya d'abord courir les hasards des scènes de province. Mais les engagements arrivèrent de bonne heure. Elle avait 19 ans quand elle débuta a Strasbourg (1859). L'année suivante, on la voit fixée à Toulouse, puis triomphant à Lisbonne, chantant le répertoire italien... Elle avait, entre temps, épousé le sculpteur Galli. Le pauvre homme la laissa veuve bien peu de mois après, dès cette même année 1861 ; mais elle tint à rester, du moins, fidèle à son souvenir, en gardant, en illustrant son nom.

Sa vraie carrière commence avec 1862. De retour à Rouen, il lui échut, à peine engagée, une création qui, tout de suite, la mit en vedette, dans la Bohémienne, l'opéra anglais de Balfe, non encore représenté en France. Ce type, banalisé par les artistes ordinaires, prit avec Galli-Marié un caractère si surprenant d'originalité que Perrin, qui rôdait par là, l'engagea séance tenante pour l'Opéra-Comique de Paris. Et la jeune artiste dut, jusqu'à la fin de l'année, se partager entre les deux scènes.

Pour sa débutante, Perrin eut une idée excellente : la reprise d'un petit chef-d'œuvre historique et trop oublié, la Servante maîtresse, de Pergolèse. Il fallut bien transposer un peu sa partie ; mais la partition n’y perdit guère et gagna du coup un regain de vogue extraordinaire. On trouva à la nouvelle Zerbine beaucoup de goût avec une verve sans pareille et une parfaite justesse de diction. — « Elle est petite et mignonne (écrit un critique), avec des mouvements de chatte, une physionomie mutine et lutine, et, dans tout son air, dans toute sa personne, quelque chose d'espiègle et de retroussé. Elle joue comme si elle avait servi dans les bonnes maisons de Molière ; elle chante d'une voix ronde, fraîche, piquante et moelleuse. On dirait une ravissante résurrection de Madame Favart. »

Ce qui n'empêcha pas Galli-Marié d'être toute différente dans un autre rôle, et au point qu’un spectateur qui l'eût vue pour la première fois l'eût crue incapable de montrer d'autres qualités que celles qu'elle déployait ce soir-là. Je veux parler d'une autre reprise, faite encore pour elle, celle des Amours du Diable, de Grisar, où son personnage d'Urielle obtint le plus grand succès d'imprévu et d'originalité. Et que dire, alors, de son troisième rôle, une création, cette fois, restée légendaire, le délicieux Kaled, de Lara, un travesti, où elle mettait tant de grâce touchante, d'esprit, de passion contenue, d'énergie farouche, d'imprévu encore, qu'on a pu dire que cette évocation était au moins aussi typique que celles de Carmen et même de Mignon ?

Tout le répertoire de l'artiste est ainsi fait de contrastes : c'est comme une spécialité et, à coup sûr, un des atouts de son jeu. Dans la Blanche d'Etianges du Capitaine Henriot (1864) elle se montre « cantatrice et tragédienne », comme si elle n'a jamais été autre chose. Dans Marie (de Herold), rôle pathétique, dans Mme de Bryane, de les Porcherons, rôle badin, dans la Piccinina, de Fior d’Aliza, rôle de folle, ces deux mêmes qualités du moins sont toujours louées : l'expression et le sentiment, au service des caractérisations les plus opposées.

Mignon, l'immortelle (1866), réunit un peu tout cela. Je ne m'étendrai pas sur la façon dont Galli-Marié le rendait : il y aurait trop à dire. Ce qui reste inoubliable, à travers le souvenir ou l'exemple de tant de Mignon qui se sont succédées depuis elle, c'est le caractère original, personnel, qu'elle lui a imprimé. De cette façon si complexe, faite de rêverie et de passion, d'espièglerie et de colère, de naïveté et de poésie, elle a donné là une empreinte définitive. On remarqua facilement, au surplus, que le caractère, si vrai jusque dans les « façons étranges » que l'artiste mêlait à son jeu, et les « intonations singulières » que plaçait sa voix, ne faisait, que trop ressortir le « placage de clinquant » du rôle de Philine. Et cette opposition est nécessaire.

Galli-Marié emporta encore les honneurs de la soirée dans le petit rôle de Vendredi, du Robinson Crusoë d'Offenbach (1867) : elle sut le rendre « séduisant » et sa grâce fine et délicate cacha ce que le personnage pouvait avoir de si facilement ennuyeux. Puis c'est une reprise des Dragons de Villars, auxquels cette nouvelle Rose Friquet valut un gros regain de succès ; enfin une autre création, mais éphémère, celle de la Petite Fadette, de Soumet (1869).

A la rentrée de 1871, qui commence la dernière période de sa carrière, elle repartit, d'abord, dans la Servante maîtresse, puis prit possession du rôle de Jeanne, dans l'Ombre, ce succès légendaire, alors, que toutes les artistes chantaient peu ou prou et qu'elle promena brillamment en province pendant les vacances. Quelques rôles nouveaux se rencontrent aussi, à cette époque : Fantasio, le Passant, Don César de Bazan, c'est-à-dire Fantasio, Zanetto et Lazarille, trois travestis encore (depuis Lara c'était comme une spécialité), mais de bien différente sorte : étudiant poète et valet. Passons sur Taven et le pâtre, de Mireille, chantés l'un et l'autre (en 1874) comme l'avait fait leur double créatrice, Caroline Lefebvre... et arrivons à Carmen, le troisième fleuron de la couronne de Galli-Marié. Il n'est pas besoin d’insister, n’est-ce pas, sur ce qu'y mit l'artiste de caractère et d'originalité, avec cette hardiesse provocante, cette grâce féline, cette souplesse de voix et de jeu, cette chaude couleur, terrible par instants, comme dans la fameuse scène des cartes, qui ont été, depuis elle, si rarement réunies toutes ensemble, et qu'entre autres interprètes originales et vraiment dignes d'elles, elle sembla avoir léguées en héritage à sa petite-nièce Jeanne.

Les années qui suivirent cette date mémorable du 3 mars 1875 ne furent malheureusement plus marquées que par quelques jolis rôles sans portée : le Piccolino, de Guiraud, 9e travesti, si je compte bien, et si touchant !; l'Infant des Noces de Fernande, de Deffès ; le jeune Alexandre, du Char, de Pessard..., et surtout la Colombine de cette charmante Surprise de l'Amour, de Poise, qu'on devrait bien reprendre.

Il y eut une autre et amusante surprise, ce soir-là (31 octobre 1877) : celle de voir Irma Marié à côté de sa sœur. Quelqu'un écrivait justement à ce propos : « Leur rencontre sur la scène de l'Opéra-Comique est au moins aussi extraordinaire, que le serait celle des deux Juifs errants parcourant le globe au hasard, et l'on s'imagine sans peine l'effusion touchante qui a dû  s'ensuivre lorsqu'elles se sont vues subitement en face l'une de l'autre à la première répétition. » Irma incarnait la comtesse et Nicot était le Lelio qui soupirait pour elle, tandis que Morlet était l'Arlequin de Colombine : que de charmants disparus ! Irma resta quelque temps à l'Opéra-Comique : elle fut la Briséïs du Char... et de sa sœur, Alexandre ; elle fut la Bérénice, de Psyché...

C'est l'année du départ de Galli-Marié (1878). Sa retraite si prématurée ne fut pas tout à fait définitive, mais peu s'en faut. Ce n'est qu'en 1883 qu'elle reparut sur la scène (et cette fois, j’en puis évoquer le souvenir personnel, qui me reste inoubliable.). Après un silence de huit années, on avait repris, je dirais presque, réhabilité Carmen : il était impossible que sa créatrice ne reparût pas pour l’aider à prendre enfin la place qui lui était due. Pour le coup, elle conduisit l'œuvre de Bizet jusqu'à la centième. Et quelle verve extraordinaire ne lui avons nous pas vu déployer, quel accent, quelle vérité dans les moindres mots, les gestes, les attitudes, les plus simples !... Pour le coup, elle consentit à un nouveau bail avec le succès : on put l'applaudir encore dans les Dragons de Villars et dans Mignon, jusqu'en 1885, à cette splendide représentation de retraite du Mme Carvalho, où elle fut encore Taven, à côté de la créatrice de Mireille, où Faure et Talazac entouraient la créatrice de Marguerite.

Enfin, pour être complet, ou à peu près, je noterai encore Galli-Marié à Londres, en 1886, dans une troupe française où elle chanta Carmen et Rigoletto, et, le 11 décembre 1890, à l'Opéra-Comique, au bénéfice du monument de Bizet, dans une représentation de Carmen qui lui adjoignait Jean de Reszké, Lassalle et Nelly Melba. Elle s'entoura, dès lors, du silence le plus profond, se recueillit en quelque sorte, au loin, dans une retraite pittoresque, et c'est à Vence, le 21 septembre 1905, que la mort est venue l'y prendre.

(Henri de Curzon, Lyrica, mai 1927)

 

 

 

 

Galli-Marié, photo Nadar

 

 

 

Galli-Marié

 

 

 

Galli-Marié était comédienne autant que chanteuse et excellait à provoquer le rire ou à faire couler les larmes.

La nomenclature rapide de tant de rôles si divers, soit masculin, soit féminins (car elle portait à ravir le travesti) créés par cette grande artiste suffira à faire connaître ses dons exceptionnels. Elle savait être tendre et mélancolique, vive et délurée, chaste et réservée ou passionnée jusqu’à la violence.

Elle joua Lara, les Dragons de Villars, la Petite Fadette, les Amours du Diable, Marie, Don César de Bazan, Robinson Crusoé, le Passant, l’Ombre, Piccolino, etc.

Mais par-dessus tous ces rôles deux figures, aujourd’hui populaires en France, rayonnent splendidement la Mignon d’Ambroise Thomas et la Carmen de Bizet.

(programme de l’Opéra-Comique, janvier 1928)

 

 

 

 

Galli-Marié, photo Pierre Petit

 

 

 

lettre autographe de Galli-Marié

 

 

 

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