Alexandre GEORGES

 

Alexandre Georges lors de la création de Miarka (Musica, novembre 1905)

 

 

Alexandre Joseph Nicolas GEORGE dit Alexandre GEORGES

 

compositeur et organiste français

(Arras, Pas-de-Calais, 25 février 1850* Paris 8e, 18 janvier 1938*), enterré au cimetière d’Arras.

 

Fils d’Alexandre Joseph GEORGE (Arras, 1825 ), chantre laïc, et de Silvine Joseph SAVARY (1827 ).

Epouse Madeleine Henriette Gabrielle Marie COLLIER (Port Louis, Morbihan, 29 juin 1870* Paris 8e, 04 août 1933*), fille d’Eugène COLLIER (1836 ), juge de paix, et de Zoé Fannille Augustine CABARET (1849 ).

Père de Bernadette GEORGE dite Bernadette ALEXANDRE-GEORGES, pianiste.

 

 

Elève de l'école de musique classique (école Niedermeyer), il y obtint les premiers prix de piano, d'orgue et de composition et les deux diplômes décernés par l'Etat de maître de chapelle et d'organiste. Il est devenu professeur d'harmonie de cette école. Maître de chapelle à Saint-Jean-Saint-François, puis à Sainte-Clotilde, il fut nommé en 1899 organiste de l'église Saint-Vincent de Paul. Il s'est fait connaître d'abord en publiant un certain nombre de mélodies détachées et un recueil de mélodies en collaboration musicale avec le comte d'Osmoy, et plus tard deux autres recueils, les Chansons de Miarka (sur les vers de Jean Richepin), dont le succès fut grand, et les Chansons de Leïlah. Désireux de se produire au théâtre, il écrivit d'abord une musique de scène et des chœurs pour deux drames de Villiers de l'Isle-Adam, le Nouveau Monde (théâtre des Nations, 1883) et Axël (Odéon, 1894), ainsi que pour Alceste, drame (Odéon, 1891). Il a fait ensuite les opéras : Poèmes d'amour, 3 actes (1892) ; Chemin de croix, drame sacré en 3 actes (1896) ; Charlotte Corday, 3 actes (1901) ; Miarka, 5 actes (1905), sans doute son plus grand opéra, repris et réduit à trois actes pour l'Opéra de Paris en 1925 ; le public fut séduit par l'étrange mélancolie de cette partition. Miarka était la mise en action du roman de Richepin, dont le compositeur avait mis en musique les chansons, qui trouvaient leur place dans cet ouvrage. On connaît encore d'Alexandre Georges : le Printemps, opéra-comique en un acte, et Myrrha, « saynète romaine » en un acte. Il est également l'auteur d'un oratorio en trois parties, Notre-Dame de Lourdes, exécuté avec succès en 1900. On lui doit encore de la musique symphonique, 80 pièces brèves, et une trentaine de mélodies, dont quelques-unes avec chœurs, et une Passion (1902).

Le 17 janvier 1908, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur ; ses insignes lui furent remis le 10 février suivant par André Messager, alors directeur de l’Opéra de Paris.

En 1897, il habitait 76 rue Blanche à Paris 9e ; en 1908, 84 rue du Rocher à Paris 8e ; en 1922, 86 rue du Rocher à Paris 8e, où il est décédé.

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

le Printemps, opéra-comique en 1 acte, livret de Camille de Roddaz et Montjoyeux (Ministère des Travaux publics, 1888 ; Théâtre Lyrique de Rouen, 02 mai 1890, avec Mmes Panseron [Lia], Dupont [Mengli], MM. Gandubert [Lieou], Mondaud [Fang], Fronti [Ou]) => partition

Charlotte Corday, drame lyrique en 3 actes, 1 prologue et 5 tableaux, livret d'Armand Silvestre (Opéra-Populaire, Château-d'Eau, 16 février 1901) => fiche technique

Miarka, comédie lyrique en 4 actes et 5 tableaux, livret de Jean Richepin (Opéra-Comique, 07 novembre 1905 ; Opéra, 16 janvier 1925) => fiche technique

Sangre y sol, drame lyrique en 3 actes, livret de Maria Star [Ernesta Stern] et Henri Cain (Casino municipal de Nice, 01 mars 1912)

la Maison du péché, drame lyrique en 4 actes, livret d'Henry Ferrare tiré du roman de Marcelle Tinayre (accepté à l’Opéra-Comique en 1913)

la Victoire, scène lyrique, livret d'André Rivoire (Opéra-Comique, 14 juillet 1919) => détails

le Violon de Krespel, opéra en 1 acte d'après les Contes d'Hoffmann (non représenté)

Daphnis et Chloé, opéra en 3 actes, livret de Rambaud et Grandmougin (non représenté)

Lycoenium, opéra (non représenté)

Fanny Elssler, opéra (non représenté)

le Baz Valan'n, opéra (non représenté)

Aucassin et Nicolette, comédie lyrique (non représenté)

Riv-Nah, drame lyrique en 3 actes, livret de Georges Masset (non représenté)

 

musique vocale

 

Balthazar ou la Fin de Babylon, oratorio, paroles de Charles Grandmougin

Chansons champenoises à la manière de Geneviève Dévignes

Chants de guerre, oratorio en 4 parties, pour soli, chœurs et orchestre, poème d'Emile Mariotte (1917) => livret

Chemin de Croix, drame sacré en 3 actes, poème d'Armand Silvestre (théâtre d'Application, 31 mars 1896)

De Profundis (1925)

Don Juan et Haïdée, cantate (1877)

Femmes grecques pour mezzo, chœur et orchestre (1915)

Messe à la gloire de Notre-Dame des Flots (1926)

Messe de Requiem (1925)

Messe O Salutaris

Myrrha, saynète romaine en 1 acte d'Armand Silvestre (1895)

Notre-Dame de Lourdes, oratorio en 3 parties, paroles de l'Abbé Jouin (1900)

Ode à la Paix universelle

Passion (la), mystère en 16 tableaux, paroles de l'Abbé Jouin, curé de l'église Saint-Augustin (Nouveau-Théâtre, 14 mars 1902)

     Cet ouvrage contenait une partie déclamée fort importante ; la partie chantante, en dehors des chœurs, avait pour interprètes Mlle Éléonore Blanc, MM. Bernaert, Paul Daraux (Jésus) et Warmbrodt (le Récitant).

 

                             

 

la Cène, extraite de la Passion (édition du 29 mars 1902)

 

Peyroulou, scène lyrique

Sapho, scène lyrique

Tarass Boulba, scène lyrique

Trois Motets

Vengeur (le), scène lyrique

 

musiques de scène

 

le Nouveau Monde, drame en 5 actes en prose d'Auguste de Villiers de l'Isle-Adam (Théâtre des Nations, 1883) => livret

Alceste, drame lyrique en 5 actes en vers d'Alfred Gassier, d'après Euripide (Odéon, 28 mars 1891) => livret

Axël, tragédie en prose en 4 parties d'Auguste de Villiers de l'Isle-Adam (Gaîté, 26 février 1894) => livret

 

                   

 

Aubade, extraite d'Axël (édition du 14 mars 1894)

 

Pulcinella, pièce en 3 actes en vers de Jehanne d'Orliac (1910)

Adonis (1910)

la Marseillaise ou le Chant de guerre de l'Armée du Rhin, drame en 2 actes et 3 tableaux d'André Mancel-Ferrier (1914) => partition

 

mélodies

 

A mon horloge, poésie de Ludovic Fortolis (1911) => partition

Absente (l'), poésie de Ludovic Fortolis [recueil Trois Chansons d'ici et d'ailleurs] (1913) => partition

Au crépuscule, les Elfes dansent, poésie de Ludovic Fortolis (1910) => partition

Barcarolle du Samouraï, poésie de Ludovic Fortolis [recueil Trois Idylles japonaises] (1913) => partition

Berceuse

Carita, poésie de Ludovic Fortolis [recueil Trois Chansons d'ici et d'ailleurs] (1913) => partition

Chanson de guerre des Marsouins, poésie de Christian Frogé (1917) => partition

Chanson du ruisselet (la), poésie de Ludovic Fortolis [recueil Trois Chansons d'ici et d'ailleurs] (1913) => partition

Chanson écossaise, poésie de Burns (vers 1910) => partition

Chanson flamande, poésie du XVe siècle (vers 1910) => partition

Chansons de Leïlah (les), poésies d'Emile Mariotte (1899)

Chansons de Miarka (les), poésies de Jean Richepin (1888) [01. Hymne à la Rivière ; 02. Hymne au Soleil ; 03. les Deux Baisers ; 04. Marche Romané ; 05. le Savoir ; 06. l'Eau qui court ; 07. la Parole ; 08. Nuages ! ; 09. la Poussière ; 10. la Pluie ; 11. Hymne des Morts ; 12. Fête Nuptiale ; 13. Cantique d'Amour ; 14. Miarka s'en va] => partition

Credo !, poésie d'E. Herbomez (1917) => partition

Cyclamen (le), poésie de Ludovic Fortolis (1910) => partition

Etoiles filantes, poésie de François Coppée (1898)

 

         

 

Etoiles filantes, pour mezzo-soprano (édition d'avril 1908)

 

Feuille de Bouleau (la)

Flibustier (le)

Gavotte du masque, poésie de Montjoyeux (vers 1899) => partition

Hymne à la Patrie, poésie d'Armand Silvestre

 

                   

 

Hymne à la Patrie

 

Juillet

Légende bretonne

Légendes norvégiennes, poésies de Ludovic Fortolis (vers 1903) [01. la Princesse de Neige ; 02. la Sorcière de Finmarken ; 03. la Harpe Vengeresse ; 04. le Beau Pirate ; 05. Qu'aimes-tu de moi ? ; 06. Celle à qui je rêve ; 07. Elsa la Brune ; 08. la Ronde des Fées] => partition

Noël

Obstination, poésie de François Coppée

 

                   

 

Obstination (édition d'août 1908)

 

Ombre et la Femme (l'), paroles anglaises de Ben Jonson, paroles françaises de Ludovic Fortolis [recueil Trois Chansons anglaises] (1913) => partition

Pieuvre (la)

Prière des Mousmés (la), poésie de Ludovic Fortolis [recueil Trois Idylles japonaises] (1913) => partition

Primevère (la), paroles anglaises de Thomas Carew, paroles françaises de Ludovic Fortolis [recueil Trois Chansons anglaises] (1913) => partition

Rends-moi mon cœur, enfant jolie !..., paroles anglaises de Sir John Suckling, paroles françaises de Ludovic Fortolis [recueil Trois Chansons anglaises] (1913) => partition

Sous les bambous touffus, Ho-Hu..., poésie de Ludovic Fortolis [recueil Trois Idylles japonaises] (1913) => partition

 

œuvres instrumentales

 

A la Kasbah ! morceau de concert pour flûte et piano (1911) => partition

Chants de la Paroisse (les), pour harmonium

Kosaks pour violon et clarinette

Légende de Larmor, solo de trompette en ut (morceau de concours) (1904) => partition

Leïlah, poème symphonique

Monde religieux ; Monde tragique ; Monde passionnel, préludes

Naissance de Vénus (la), poème symphonique

Paradis Perdu, poème symphonique

Poèmes d'amour, recueil sur les poésies d'Armand Silvestre (Bodinière, 01 mai 1892) => partition

Trio de l'ut dièse, pour piano, violon et violoncelle (1873) => partition

 

 

 

Alexandre Georges en août 1908 (photo Manuel)

 

 

A dix ans, étonnait les dilettanti d'Arras, sa ville natale, par la façon dont il exécutait sur l'orgue et le piano, les œuvres des maîtres et par l'ardeur qui l'entraînait d'instinct vers toute œuvre grandiose. Il fut envoyé à Paris, et transplanté dans cette pépinière qui a produit tant de musiciens solides, l'Ecole Niedermeyer. Il y fit de rapides progrès, et en sortit, brillant lauréat, foncièrement rudimenté.

Il fut nomme maître de chapelle à Saint-Jean-Saint-François d'abord, puis à Sainte-Clotilde où il s’honora de l’amitié du savant maître César Franck, qui tenait le grand orgue. En même temps il rentrait à l’Ecole Niedermeyer, professeur de piano, de solfège et enfin d'harmonie, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

Alexandre Georges ne connut pas les succès prématurés parce qu’il ne chercha jamais les triomphes faciles et le jour est proche où il sera ouvertement classé parmi les compositeurs français les plus personnels et les plus vibrants. Ses œuvres sont frappées au bon coin et sortiront de l'ombre simultanément.

Ce distingué compositeur a néanmoins obtenu déjà de légitimes succès, entre autres : le Printemps, opéra-comique en un acte (théâtre des Arts à Rouen) ; les Chansons de Miarka, poème de Richepin ; les Poèmes d'amour, Myrra et le Chemin de la Croix, poèmes d'Armand Silvestre, Axël, poème de Villiers de L’Isle-Adam (théâtre de la Gaîté et concerts Lamoureux) ; le Nouveau Monde, de Villiers de L'Isle-Adam (théâtre des Nations) ; Notre-Dame de Lourdes, oratorio, en collaboration de l’abbé Jouin, curé de Saint-Augustin ; les Chansons de Leïlah (sœurs cadettes des Chansons de Miarka), poésies tirées du diwan, poème de Mariotte ; Charlotte Corday, drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux, poème d’Armand Silvestre (Opéra populaire, 1901).

Dans les cartons, citons le Violon de Krespel, un acte tiré des Contes d’Hoffmann ; Daphnis et Chloé, 3 actes de Rambaud et Grandmougin ; Riv-Nah, drame lyrique en 3 actes, de Georges Masset, reçu à la Monnaie de Bruxelles ; Balthazar, oratorio de Grandmougin, exécuté à Paris, à Boulogne et à Rouen ; le Chœur des Pasteurs, tiré d’un album de mélodies faites en collaboration du comte d’Osmoy ; le Chant des Haleurs, de Richepin.

Alexandre Georges est titulaire du grand orgue de Saint-Vincent-de-Paul.

(Annuaire des Artistes, 1902)

 

 

 

 

Alexandre Georges et ses deux jeunes filles (Musica, novembre 1905)

 

 

 

S'il est des vocations tardives, celle d'Alexandre Georges donna des signes certains de sa précocité. Dès l'âge de dix ans, l'enfant, dont la jeunesse s'écoula à Saint-Pol-sur-Ternoise, montrait pour l'orgue et le piano de remarquables dispositions. Admis à l'école Niedermeyer il recevait, aux côtés de Fauré et de Messager entre autres, l'enseignement de Saint-Saëns et il ne tarda pas à obtenir les premières récompenses. Il en sortait pour prendre part, comme engagé volontaire, à la campagne de 1870. Et il s'y voyait confier, la paix conclue, les fonctions de professeur de piano, de solfège et d'harmonie qu'il exerça de 1871 à 1904. Maître de chapelle à Saint-Jean-Saint-François, puis à Sainte-Clotilde, où César Franck siégeait au grand orgue, il succéda à Boellmann en 1898 à la tribune de Saint-Vincent-de-Paul qu'il n'abandonna qu'en 1929. C'est d'ailleurs à la composition qu'il s'est à peu près entièrement consacré, à la scène surtout, à laquelle on pourrait affirmer qu'il doit sa notoriété si le drame de Miarka n'était issu du célèbre recueil de chansons, dont Richepin disait qu'il ne pouvait plus concevoir les paroles sans la musique et qui connurent, dès leur apparition, une vogue que le temps n'a pas épuisée.

 

A. Georges débutait sous de favorables auspices en 1890 au théâtre des Arts de Rouen, avec un opéra-comique chinois, le Printemps, dont le livret avait été écrit par un ami de Flaubert, le comte d'Osmoy, suivi des Poèmes d'amour, opéra lyrique en trois actes (Th. de la Bodinière, 1892), et de Charlotte Corday, drame lyrique en trois actes, un prologue et cinq tableaux (Opéra populaire du théâtre du Château-d'Eau, 6 mars 1901), l'un et l'autre en collaboration avec Armand Silvestre. Dans la seconde, « tragédie tumultueuse et tendre », l'attention du compositeur s'est portée presque exclusivement sur le personnage de Charlotte Corday et sur le développement musical des deux idées auxquelles obéit la meurtrière de Marat : « Et sous sa robe d'or Judith cacha le glaive », et le vers de Thomas Corneille : « Le crime fait la honte et non pas l'échafaud. » La partition se recommande par l'élévation de la pensée, ses oppositions heureuses entre certains tableaux intimes comme le salon de Mme de Motteville et ses colloques mélancoliques, les chansons et les rondes des enfants dans les jardins du Palais-Royal et les bruits de la foule ou les imprécations des girondins, par la sobriété et la vigueur d'un style qui ne décèle jamais l'effort. Elle ne fit sur la scène éphémère du Château-d'Eau qu'une brève apparition. Mais quatre ans plus tard, le 7 novembre 1905, Alexandre Georges trouvait sa revanche à l'Opéra-Comique dans le succès de Miarka.

 

Voisin de Jean Richepin, rue de La Rochefoucauld, A. Georges s'était épris, vers 1888, des chansons éparses dans le roman de Miarka, la fille à l'ourse, et les avait mises en musique encore que le poète en eut réservé le privilège à Chabrier. Mais l'audition suffit pour faire oublier à Richepin sa promesse. Il présenta lui-même, à l'éditeur Enoch, Alexandre Georges qui, son manuscrit sous le bras, se trouva face à face avec Chabrier en personne. Séduit, à son tour, par ces mélodies dont l'inspiration jaillissante, le lyrisme parfois visionnaire et l'émotion ont trouvé, pittoresque ou sensible, une expression si neuve, si lumineuse et si personnelle, celui-ci ne songea pas un instant à faire valoir ses droits. Depuis lors, Nuages, l'Hymne au soleil, l'Hymne à la rivière, l'Eau qui court, la Parole, entre autres, ont fait le tour du monde musical. Il était naturel que, sur les conseils de l'éditeur, les auteurs songeassent à leur recréer sur la scène leur atmosphère littéraire. La tâche était délicate de les associer avec assez de tact dans l'artifice et assez intimement à l'action pour n'en point rompre le cours. Le procédé avait été employé, d'ailleurs, dans une pièce, Chopin, représentée quelques mois auparavant par une troupe italienne. Et il a été repris depuis sur la scène ou à l'écran. Le livret met en œuvre l'histoire d'une bohémienne abandonnée dès sa naissance sous la garde d'une vieille femme de sa race, la Vougne, dans un village de la Thiérache, et qui s'enfuit, après avoir incendié la ferme où elle avait trouvé asile, pour rejoindre la tribu de Romanis que les hasards de ses courses aventureuses ont ramenée dans le pays. Les principaux épisodes se résument en six épigraphes : Miarka naît ; Miarka grandit ; Miarka s'instruit ; Miarka n'aime pas ; Miarka se défend ; Miarka s'en va.

 

La première représentation de Miarka, dont les principaux rôles étaient échus à Marguerite Carré et Héglon et à Jean Périer, fut un des événements de la saison. La critique, selon son habitude, ne se trouva pas unanime. Tandis qu'un Pierre Lalo, un Souday, un Adolphe Julien incriminaient la conception d'un scénario dont l'unique objet était d'encadrer des « hors-d'œuvre à la douzaine », et les disparates d'une partition composée d'éléments de valeur inégale, des juges non moins doctes, comme Alfred Bruneau, admiraient sans réserves l'habileté avec laquelle une telle adaptation avait été effectuée. « Musique délicieuse, ardente, bizarre, aimable, poignante, enlaçante, où tous les mystères de la poésie s'approfondissent », écrivait Catulle Mendès. Et, avec plus de modération, mais non moins d'autorité sans doute, la majorité de la presse française et étrangère louait la délicatesse ou l'éclat et la personnalité d'une inspiration tour à tour fraîche, légère ou enflammée, farouche et souvent hardie. Interrompue dans sa fructueuse carrière à l'Opéra-Comique pour des raisons d'ordre administratif, Miarka était reprise en 1925 à l'Opéra sous la forme d'un drame lyrique en trois actes, dont la courte scène du prologue, et deux tableaux au lieu de cinq, non sans dommage.

 

A Myrrha (1909), succédaient, en 1912, les trois actes de Sangre y Sol, d'après un livret de Maria Star et Henri Cain, représenté au Casino municipal de Nice le 1er mars, drame intime et violent situé dans le climat d'une Espagne de volupté, de superstition et de mort, dont la musique vibrante, pittoresque, exalte la passion et réfléchit le décor éclatant. Les deux rôles de Luz et de Paco étaient créés par la cantatrice espagnole Ixo et le ténor Salignac.

 

Alexandre Georges a écrit d'autre part la musique de scène pour Alceste d'Euripide (Odéon, 1892) et pour les drames de Villiers de l'Isle-Adam, le Nouveau Monde (1891) et Axel (1894), dont il avait entrepris de tirer un opéra en trois actes que la mort ne lui a pas permis d'achever.

 

Il a laissé quatre ouvrages lyriques, Fanny Elssler, le Baz Valan, la Maison du péché et Aucassin et Nicolette qui n'ont pas été représentés.

 

On lui doit en outre un poème lyrique, Chants de guerre, en trois parties avec un prologue, composé pendant les répétitions de Miarka, d'après un poème d'E. Mariotte et inspiré tout ensemble par les sentiments qui agitent une mère et une fiancée dont le fils et l'ami part pour la guerre, par l'état d'âme du soldat avant et pendant la bataille et par la joie de son retour. Les Chants de guerre ont été exécutés par de nombreuses sociétés chorales et instrumentales. A la musique religieuse. Alexandre Georges a donné des oratorios comme Balthazar, le Chemin de croix, Notre-Dame de Lourdes, la Passion, la Messe à la gloire de Notre-Dame-des-Flots, surtout le Requiem et la Cantate à la gloire des grands morts de Lorette, qu'il dirigea, l'un sur le parvis de la cathédrale d'Arras, l'autre sur le plateau même de Lorette. Du catalogue de ses œuvres, qui atteignent le nombre de cinq cents environ, on peut détacher, en outre, des mélodies comme les Chansons de Leilah, Légendes bretonnes, Idylles japonaises, Chants des Flandres, de Wallonie, de Rhénanie, Chansons norvégiennes, des chœurs pour voix d'hommes, les Haleurs, Courbet, Chants de l'indépendance basque, des chœurs mixtes, des poèmes lyriques, Sapho, Riv-Nah, des poèmes symphoniques, entre autres la Naissance de Vénus, de la musique de chambre, des pièces pour orgue ou harmonium, les Chants de la paroisse, etc.

 

Alexandre Georges s'était vu décerner par l'Institut le prix Lasserre et le prix Rothschild. Pédagogue excellent, il a formé de nombreux élèves, parmi lesquels des grands prix de Rome comme Henry Büsser et Omer Letorey, qui, à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, se sont pieusement groupés aux côtés de leurs anciens condisciples Chantrier, Planchet, Mansuelle et Delaquerrière pour chanter Io Romané, créé par eux lors de la première audition à l'école Niedermeyer. « L'artiste ardent, modeste et probe, dont la longue existence de labeur et d'inspiration » nous lègue un grand exemple, revit tout entier dans cette sincérité, qu'il regardait comme la première des vertus dans la haute conscience, la spontanéité généreuse et l'indépendance d'un art dont le caractère ethnique s'affirme d'autre part par la vivacité d'une imagination chatoyante, l'eurythmie, l'équilibre de la passion et de la clarté, la sensibilité pure et dont on a pu dire qu'il allait aussi bien à l'âme de l'élite qu'au cœur des foules. Ce ne sera pas le moindre de ses mérites que d'avoir réalisé ce qu'il souhaitait par-dessus tout : que la musique française demeurât française exclusivement.

 

(Paul Locard, Larousse Mensuel Illustré, septembre 1938)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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