Louis GUEYMARD

 

Louis Gueymard dans Robert le Diable (Robert) par Gustave Courbet, 1857 (Metropolitan Opera de New York)

 

 

Louis GUEYMARD

 

ténor français

(Chapponay, Isère [auj. Rhône], 17 août 1822* Saint-Fargeau [auj. Saint-Fargeau-Ponthierry], Seine-et-Marne, 08 juillet 1880*)

 

Fils d’Etienne GUEYMARD (1782 ) et de Benoîte CABOT, propriétaires.

Epouse à Paris 2e le 18 février 1858 (séparation de corps le 14 août 1868) Pauline GUEYMARD-LAUTERS, cantatrice.

 

 

Après avoir étudié quelque temps à Lyon, où il débuta en 1845, il vint à Paris, passa par le Conservatoire de Paris, où il obtint en 1846 un accessit d’opéra, et en 1847 un second prix de chant et un second prix d’opéra. Il débuta le 12 mai 1848 à l'Opéra de Paris. Chanteur médiocre au point de vue de l'art proprement dit, mais doué d'une voix solide et infatigable, d'ailleurs dévoué, consciencieux et toujours prêt à bien faire, Gueymard prit bientôt dans le répertoire une place importante. Parallèlement, il se produisit au Covent Garden de Londres en 1852. Gueymard, qui avait épousé en 1858 sa camarade, Mme Deligne-Lauters, dont il se sépara judiciairement au bout de quelques années, quitta l'Opéra en 1865. Il s'en alla tenir alors son emploi dans diverses villes de province, notamment à Bordeaux, et à La Nouvelle-Orléans (1873-1874). Mais sa voix avait perdu de sa vigueur et, par là même, lui avait enlevé la meilleure part de son talent. Il avait également chanté aux Concerts du Conservatoire (sociétaire, 20 novembre 1849 ; soliste, 1852).

En 1855, il habitait 33 rue Pigalle à Paris. Avec sa femme, il avait acquis un hôtel, rue Charles-Laffitte à Neuilly-sur-Seine, Seine [auj. Hauts-de-Seine], revendu lors de leur séparation. Il est décédé en son domicile à Saint-Fargeau, près de Melun.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Il y débuta le 12 mai 1848 lors de la 300e de Robert le Diable (Robert) (500e le 13 novembre 1867).

 

Il y créa le 06 novembre 1848 Jeanne la Folle (Philippe) de Louis Clapisson ; le 16 avril 1849 le Prophète (Jonas) de Giacomo Meyerbeer ; le 16 avril 1851 Sapho (Phaon) de Charles Gounod ; le 17 octobre 1853 le Maître chanteur (Rodolphe) d’Armand Limnander ; le 18 octobre 1854 la Nonne sanglante (Rodolphe) de Gounod ; le 13 juin 1855 les Vêpres siciliennes (Henri) de Giuseppe Verdi ; le 17 mars 1858 la Magicienne (René de Thouard) de Fromental Halévy ; le 09 mars 1860 Pierre de Médicis (Pierre de Médicis) de Joseph Poniatowski ; le 28 février 1862 la Reine de Saba (Adoniram) de Gounod ; le 03 octobre 1864 Roland à Roncevaux (Roland) d’Auguste Mermet.

 

Il y participa à la première le 02 février 1853 de Louise Miller de Giuseppe Verdi ; le 12 janvier 1857 du Trouvère (Manrique) de Verdi [version française d’Emilien Pacini] ; le 07 septembre 1859 de Roméo et Juliette (Tebald) de Vincenzo Bellini [version française de Charles Nuitter].

 

Il y chanta les Huguenots (Raoul de Nangis, 1848) ; le Prophète (Jean de Leyde, 1850) ; Lucie de Lammermoor (Edgard, 1850) ; la Favorite (Fernand, 1852) ; Moïse et Pharaon (Aménophis, 1852) ; la Juive (Eléazar, 1855) ; Guillaume Tell (Arnold, 1856) ; la Muette de Portici (Masaniello, 1863) ; le Cheval de bronze.

 

 

 

 

 

Louis Gueymard, photo d'Eugène Disdéri, 1864

 

 

 

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit précédemment sur ce jeune et laborieux artiste dans un parallèle des deux ténors de l'Opéra [Gustave Roger et Louis Gueymard]. Son engagement expire le 31 décembre 1855. Gueymard touche 4.000 francs par mois.

(H. de Villemessant et B. Jouvin, Figaro, 09 juillet 1854)

 

 

 

 

 

Il est né à Chapponay, petit village de l'Isère, de modestes cultivateurs. Il fut initié de bonne heure aux rudes travaux de la campagne. Il reçut d'abord les leçons de Rozet, chef d'orchestre du Grand-Théâtre lyonnais, et entra, en 1845, au Conservatoire de Paris dans la classe de Levasseur. Deux seconds prix remportés aux concours de 1847, mais plus particulièrement la bonne amitié de Levasseur, le firent admettre à l'Opéra. Il y débuta, le 12 mai 1848, dans Robert le diable. C'était bien de l'audace. Le public, quoique un peu troublé dans ses habitudes par cette voix encore verte, applaudit cependant le néophyte, qui ne tarda pas à remporter un succès de bon aloi dans Jeanne la folle. Puis le rôle de Philippe le Beau, qu'il créa avec une ampleur remarquable, lui conquit de chaudes sympathies. Enfin, l'Opéra monta le Prophète et M. Gueymard fut chargé du rôle de Jonas, l'un des anabaptistes, jusqu'au jour où, Roger, qui avait créé le principal personnage, étant tombé malade, il fut chargé de le doubler. Il excita dans ce rôle le plus vif enthousiasme. Arnold, de Guillaume Tell, mais surtout les Huguenots, donnèrent la note suprême du talent de M. Gueymard. Depuis, il a paru avec un succès toujours croissant, notamment dans Sapho, la Nonne sanglante, les Vêpres siciliennes, la Magicienne, Roland à Roncevaux (1864), et repris les principaux rôles de la Juive, du Cheval de bronze, du Trouvère, etc. Il résilia son engagement avec l'Opéra en 1868. La voix de cet artiste avait une grande sonorité et une mâle franchise. Brillant ténor, son talent viril s'est souvent inspiré des traditions de Duprez.

M. Gueymard a épousé, en 1858, Mme Pauline Lauters.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876)

 

Il est mort à Saint-Fargeau (Seine-et-Marne) le 8 juillet 1880. Après son départ de l'Opéra, il alla donner des représentations en province, puis partit pour la Nouvelle-Orléans, au mois d'octobre 1873. Il n'était déjà plus le brillant ténor d'autrefois. Sa voix avait perdu de son éclat et l'artiste lui-même se sentait fatigué. Il quitta définitivement la scène et alla habiter, près de Corbeil, un magnifique domaine, entouré de vastes enclos, et dont les arbres baignaient dans la Seine. Là il se livrait avec passion à la culture et visitait le premier ses champs dès l'aube, quand la mort est venue le surprendre. Depuis longtemps il vivait séparé de sa femme, Pauline Deligne-Lauters.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)

 

 

 

 

 

Louis Gueymard dans les Huguenots (Raoul de Nangis) à l'Opéra en 1865

 

 

 

Un chanteur qui a eu ses heures de gloire sur notre première scène lyrique, Louis Gueymard, depuis longtemps disparu, depuis longtemps oublié, est mort hier, près de Corbeil, où il s'était retiré en quittant l'Opéra.

M. Louis Gueymard est né en 1822 dans un modeste village de l'Isère, et sa jeunesse s'écoula aux champs dans les rudes travaux rustiques. Une voix de ténor splendide, un sentiment musical naturel le firent arriver à Lyon où il prit ses premières leçons de chant ; puis il entre à Paris en 1845, comme pensionnaire du Conservatoire.

Son début à l'Opéra, le 12 mai 1848, dans Robert le Diable fit sensation ; le chanteur sut donner à ce rôle une puissance et une expression dramatique qui le placèrent d'emblée au premier rang. Les succès de Louis Gueymard devaient se succéder sans interruption pendant vingt ans, jusqu'en 1868, époque à laquelle il se retira subitement, alors que de belles années de triomphe lui étaient réservées.

Outre plusieurs rôles du répertoire, Arnold de Guillaume Tell, Raoul des Huguenots, Jean de Leyde du Prophète, qu'il chanta après Roger, ses principales créations furent : la Nonne sanglante, de Gounod ; les Vêpres siciliennes, de Verdi (1855) ; le Trouvère (1856) ; la Magicienne, d'Halévy (1858), enfin Roland à Roncevaux, de Mermet, en 1864. Quiconque a entendu cet ouvrage à l'Opéra ne saurait oublier avec quelle puissance d'organe Gueymard attaquait le final sonore : Superbes Pyrénées, ni les transports d'enthousiasme dont il électrisait la salle.

Les obsèques de l'artiste qui fut une gloire de l'Opéra contemporain auront lieu, demain samedi, à dix heures précises, dans le petit village de Saint-Fargeau (Seine-et-Marne).

Le train partant de Paris (gare de Lyon) à sept heures du matin, a une correspondance, à Corbeil, pour Saint-Fargeau. La maison de M. Gueymard est dans le village même.

(la Presse, 11 juillet 1880)

 

 

 

 

 

Le ténor Gueymard, qui occupa pendant de longues années une des premières places à l'Opéra de Paris, vient de mourir au village de Saint-Fargeau, près de Corbeil, où il vivait retiré depuis 1868. Louis Gueymard, né à Chapponay (Isère) le 17 août 1822, avait fait ses études au Conservatoire de Paris, d'où il était sorti en 1848 pour entrer tout droit à l'Opéra. Après avoir créé un rôle dans Jeanne la Folle de Clapisson et joué quelques personnages accessoires tels que Jonas du Prophète, il ne tarda pas à passer au premier rang. Il s'y maintint pendant longtemps, grâce à la puissance de sa voix et à sa constitution robuste, qui lui permit de soutenir, sans défaillance, le poids du répertoire. Ses principales créations furent la Nonne sanglante, la Reine de Saba et Sapho de Charles Gounod, les Vêpres siciliennes et le Trouvère de Verdi, la Magicienne d'Halévy et Roland à Roncevaux de Mermet. Gueymard avait une voix d'une ampleur extraordinaire, mais d'un timbre peu distingué. Sa manière avait quelque chose de rude et de brutal, mais il ne reculait jamais lorsqu’il fallait donner de grands coups de gosier, et, comme on dit, il payait comptant. Il avait épousé Mme Lauters, devenue, après ses succès au Théâtre-Lyrique, une des étoiles de l’Opéra. Cette union ne fut pas heureuse et ne tarda pas à se dénouer. Ainsi que nous l'avons dit, il s’était retiré dans la vie privée, depuis 1868, bien que la conservation de ses moyens vocaux lui eût permis de suivre encore, pendant quelques années, la carrière qu'il avait embrassée. Depuis cette époque il n'avait rien fait pour secouer l'oubli, qu'il laissait lentement et philosophiquement tomber sur sa mémoire. Ses obsèques ont eu lieu, hier samedi, dans le petit village où il s'est éteint.

(le Ménestrel, 11 juillet 1880)

 

 

 

 

 

Louis Gueymard, caricature d'Etienne Carjat, 1857

 

 

 

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