Ludovic HALÉVY

 

Ludovic Halévy et Albert Boulanger-Cavé dans les coulisses de l'Opéra, par Edgar Degas (1879)

 

 

Ludovic HALÉVY

 

écrivain français

(Palais de l'Institut, Paris 10e, 01 janvier 1834* – Paris 1er, 07 mai 1908*)

 

Fils de Léon HALÉVY, écrivain.

Epouse à Paris 1er le 30 juin 1868* Louise BREGUET (Paris 11e, 08 novembre 1847 – Sucy-en-Brie, Val-de-Marne, 29 mai 1930) [fille de Louis François Clément BREGUET (18041883), horloger et physicien].

Père d’Elie HALÉVY (Etretat, Seine-Maritime, 06 septembre 1870* Sucy-en-Brie, 21 août 1937), écrivain [épouse à Florence, Italie, le 17 octobre 1901 Florence NOUFFLARD (18771957)], et de Pol Daniel HALÉVY (Paris 9e, 12 décembre 1872* Paris 1er, 04 février 1962), écrivain [épouse à Paris 17e le 21 novembre 1898* Catherine Marianne VAUDOYER (1880–1968)].

 

 

Neveu de Fromental Halévy, le compositeur de la Juive, il commença de très bonne heure à écrire pour la scène. Ses principaux opéras bouffes, composés presque tous en collaboration avec son ami Henri Meilhac, sont : Orphée aux enfers (1861) ; la Belle Hélène (1864) ; la Vie parisienne (1866) ; la Grande-Duchesse de Gérolstein (1867) ; la Périchole (1868) ; les Brigands (1869) ; le Petit Duc (1878) ; auxquelles il faut ajouter le livret de l'opéra-comique Carmen (1875). Il écrivit également avec Meilhac des vaudevilles et des comédies : Fanny Lear (1868) ; Froufrou (1869), la meilleure pièce des deux collaborateurs ; Tricoche et Cacolet (1872) ; le Réveillon (1872) ; l'Eté de la Saint-Martin (1873) ;  Toto chez Tata (Variétés, 25 août 1873 ; Opéra, 04 avril 1875) ; la Boule (1875) ; Lolotte (1879) ; etc. En dehors des pièces de théâtre, signalons un recueil de scènes et d'esquisses d'Halévy publiées d'abord dans le journal « la Vie parisienne » et parues sous le titre de : Monsieur et Madame Cardinal (1873) ; les Petites Cardinal (1880 ; Albert Willemetz et Paul Brach en ont tiré l'opérette du même nom pour Jacques Ibert et Arthur Honegger) ; des souvenirs et impressions de la guerre, qui forment un volume intitulé : l'Invasion ; enfin, quelques romans : un Mariage d'amour (1881) ; Princesse (1886), et surtout l'Abbé Constantin (1882). Ses derniers ouvrages sont Karikari (1892) et un Discours sur les prix de vertu (1894). Halévy a tempéré ce que l'humeur de Meilhac avait naturellement de fantasque à l'excès, et ramené par quelque endroit les plus bouffonnes elles-mêmes et les plus extravagantes de leurs pièces sur le terrain de la réalité. Leur théâtre peint surtout ce qu'on est convenu d'appeler la « vie de Paris » : remarquable de légèreté, de finesse, de grâce, il n'a pas, cela va sans dire, beaucoup de substance. Mais on ne peut lui refuser sa place dans l'histoire de la scène française en la dernière moitié du XIXe siècle. Quant aux romans d'Halévy, ils ont une saveur très délicate, faite à la fois d'aménité et d'ironie. Il a été nommé chevalier (13 août 1864), officier (12 juillet 1890), puis commandeur (16 août 1900) de la Légion d'honneur. [Académie française, 04 décembre 1884].

En 1868, il habitait 31 rue de La Rochefoucauld à Paris 9e ; en 1897, 22 rue de Douai à Paris 9e ; il est décédé en son domicile, 26 place Dauphine à Paris 1er.

 

=> l'Invasion, souvenirs et récits (1872)

=> Notes et Souvenirs, 1871-1872 (1888)

 

 

 

 

livrets

 

Entrez, messieurs, mesdames !, prologue, avec Joseph Méry, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 05 juillet 1855)

Une pleine eau, opérette bouffe en 1 acte, sous le pseudonyme de Jules Servières, musique du comte d'Osmond et Jules Costé (Bouffes-Parisiens, 28 août 1855)

Polichinelle dans le monde, pantomime en 1 acte, sous le pseudonyme de Jules Servières, avec William Busnach, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 19 septembre 1855)

Madame Papillon, opérette en 1 acte, sous le pseudonyme de Jules Servières, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 03 octobre 1855)

Ba-ta-clan, chinoiserie musicale en 1 acte, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 29 décembre 1855)

l'Impresario, opéra bouffe, version française avec Léon Battu, musique de Mozart (Bouffes-Parisiens, 20 mai 1856)

le Docteur Miracle, opéra-comique en 1 acte, avec Léon Battu, musique de Charles Lecocq (Bouffes-Parisiens, 08 avril 1857) et de Georges Bizet (Bouffes-Parisiens, 09 avril 1857)

l'Opéra aux fenêtres, opérette en 1 acte, musique de Léon Gastinel (Bouffes-Parisiens, 05 mai 1857)

le Cousin de Marivaux, opéra-comique en 2 actes, avec Léon Battu, musique de Victor Massé (Bade, 22 août 1857)

le Mari sans le savoir, opéra-comique en 1 acte, sous le pseudonyme de Jules Servières, avec Léon Halévy, musique de M. de Saint-Rémy [duc de Morny] (Bouffes-Parisiens, 31 décembre 1860)

la Chanson de Fortunio, opéra-comique en 1 acte, sous le pseudonyme de Jules Servières, avec Hector Crémieux, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 05 janvier 1861)

les Deux buveurs, opéra-comique en 1 acte, avec Hector Crémieux, musique de Léo Delibes (Bouffes-Parisiens, janvier 1861)

le Pont des Soupirs, opéra bouffe en 2 actes, avec Hector Crémieux, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 23 mars 1861 ; version en 4 actes, Variétés, 08 mai 1868)

les Eaux d'Ems, opérette en 1 acte, avec Hector Crémieux, musique de Léo Delibes (Bouffes-Parisiens, 09 avril 1861)

Monsieur Choufleuri restera chez lui le..., opérette bouffe en 1 acte, avec Hector Crémieux et Ernest L'Epine, musique d'Offenbach et de Saint-Rémy [de Morny] (Bouffes-Parisiens, 14 septembre 1861)

la Baronne de San-Francisco, opéra-comique en 2 actes, avec Hector Crémieux, musique d'Henri Caspers (Bouffes-Parisiens, 27 novembre 1861)

le Roman comique, opéra bouffe en 3 actes, avec Hector Crémieux, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 10 décembre 1861)

Une fin de bail, opérette en 1 acte, avec Hector Crémieux, musique d'Alphonse Varney (Bouffes-Parisiens, 29 janvier 1862)

Jacqueline, opérette en 1 acte, livret de Pol d'Arcy [Ludovic Halévy et Hector Crémieux], musique d'Alfred Lange [Jacques Offenbach] (Bouffes-Parisiens, 14 octobre 1862)

le Brésilien, vaudeville en 1 acte, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Palais-Royal, 09 mai 1863)

Néméa ou l'Amour vengé, ballet-pantomime en 2 actes, avec Henri Meilhac, chorégraphie d'Arthur Saint-Léon, musique de Léon Minkus (Opéra, 14 juillet 1864)

la Belle Hélène, opérette en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Variétés, 17 décembre 1864)

Barbe-Bleue, opéra bouffe en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Variétés, 05 février 1866)

la Vie parisienne, opéra bouffe en 5 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Palais-Royal, 31 octobre 1866 ; version en 4 actes, Variétés, 25 septembre 1873)

la Grande-Duchesse de Gérolstein, opéra bouffe en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Variétés, 12 avril 1867)

le Château à Toto, opéra bouffe en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Palais-Royal, 06 mai 1868)

la Périchole, opéra bouffe en 2 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Variétés, 06 octobre 1868 ; version en 3 actes, Variétés, 25 avril 1874)

la Diva, opéra bouffe en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Bouffes-Parisiens, 22 mars 1869)

les Brigands, opéra bouffe en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Variétés, 10 décembre 1869 ; Opéra-Comique, 15 juin 1931)

Pomme d’Api, opérette en 1 acte, avec William Busnach, musique de Jacques Offenbach (Renaissance, 04 septembre 1873)

Orphée aux enfers, opéra féerique en 4 actes (nouvelle version), avec Hector Crémieux, musique de Jacques Offenbach (Gaîté, 07 février 1874)

Carmen, opéra-comique en 4 actes, avec Henri Meilhac, musique de Georges Bizet (Opéra-Comique, 03 mars 1875)

la Boulangère a des écus, opéra bouffe en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Jacques Offenbach (Variétés, 19 octobre 1875)

le Fandango, ballet-pantomime en 1 acte, avec Henri Meilhac, chorégraphie de Louis Mérante, musique de Gaston Salvayre (Opéra, 26 novembre 1877)

le Petit Duc, opéra-comique en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Charles Lecocq (Renaissance, 25 janvier 1878)

la Petite Mademoiselle, opéra-comique en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Charles Lecocq (Renaissance, 12 avril 1879)

Janot, opéra-comique en 3 actes, avec Henri Meilhac, musique de Charles Lecocq (Renaissance, 22 janvier 1881)

la Roussotte, comédie-vaudeville en 3 actes et 1 prologue, avec Henri Meilhac et Albert Millaud, musique d'Hervé, Charles Lecocq et Marius Boulard (Variétés, 26 janvier 1881)

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me faufile parmi les choristes et me voici sur la scène des Variétés. Jacques Offenbach est là, assis à l'avant-scène, dans un fauteuil, très pâle, grelottant sous un paletot d'hiver. « Je suis souffrant, me dit-il, je n'ai pas dormi cette nuit, pas déjeuné ce matin ; je n'ai ni voix ni jambes. La répétition est détestable..., tous les mouvements défigurés... ralentis... et je n'ai pas le courage de m'en mêler. »

Il n'a pas fini cette phrase, et le voilà debout, furieux, brandissant sa canne. C'est aux choristes-femmes qu'il s'adresse : « Qu'est-ce que vous venez de chanter là, vous, Mesdames ?... Recommençons, recommençons tout le final ».

Offenbach va se placer près du piano, à côté du chef d'orchestre, et prend la direction de la répétition.

Il a soudainement retrouvé, comme par miracle, le mouvement, la force, la vie.

Il s'anime, s'excite, s'échauffe, se démène, parle, chante, crie, va secouer, tout au fond du théâtre, des choristes endormis, revient à l'avant-scène, puis court à gauche bousculer des figurants.

Il grelottait tout à l'heure ; il est en nage maintenant. Il ôte son paletot et l'envoie à la volée sur le fauteuil, il bat la mesure à tour de bras, casse sa canne, tout net, en deux morceaux, sur le piano, laisse échapper un juron, jette par terre sa moitié de canne, arrache violemment l'archet des mains du chef d'orchestre tout effaré, et, sans s'arrêter, avec une puissance extraordinaire, continue de battre la mesure, tenant et entraînant tout le monde à la pointe de son archet.

Que d'esprit dans cette physionomie si expressive et si originale. Que d'énergie dans ce petit corps, si frêle, si délicat, si chétif. Ce n'est plus le même homme, et ce ne sont plus les mêmes artistes, plus les mêmes choristes.

Le final est enlevé, de verve, d'un seul trait, sans accroc, dans une véritable furie de bonne humeur et de gaieté. Et tous, artistes, choristes, figurants, après la dernière note jetée, applaudissent Offenbach qui retombe épuisé sur son fauteuil en disant :

« J'ai cassé ma canne, mais j'ai retrouvé mon final. »

(Ludovic Halévy, extrait de Notes et Souvenirs, 1888)

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sortir du collège, il entra dans l'administration et devint successivement rédacteur au secrétariat général du ministère d'Etat (1852), chef de bureau au ministère de l'Algérie et des colonies (1858), rédacteur au Corps législatif (1861). Tout en remplissant ces fonctions, M. L. Halévy s'adonna à ses goûts littéraires et commença par écrire pour le théâtre des libretti d'opérettes, dont Offenbach écrivit le plus souvent la musique. Après avoir donné aux Bouffes-Parisiens, sous le pseudonyme de Jules Servières, des opérettes en un acte : Une pleine eau ; Madame Papillon, il fit jouer ses œuvres sous son propre nom, collabora avec Léon Battu, Hector Crémieux, surtout avec Henri Meilhac, et obtint des succès qui le décidèrent à se démettre de son emploi pour s'occuper entièrement d'écrire pour le théâtre. Il s'est presque toujours associé à M. Meilhac. « Doué d'un sens exquis de la réalité, dit M. Sarcey, il a maintenu ce qu'il y a de trop fantasque et d'un peu bizarre dans le tour d'imagination de ce dernier. De ce travail en commun sont sorties, des œuvres qu'on n'estime pas assez à mon gré. On les a traitées un peu comme on fait de ces femmes chez qui l'on s'amuse beaucoup, mais que l'on méprise ; on les a vues des centaines de fois et l'on en a parlé avec la moue du dédain. C'est la Belle Hélène, Barbe-Bleue, les Brigands, la Grande-Duchesse, la Vie parisienne, le Château à Toto, etc. Il y a bien de l'imagination, de l'esprit et du bon sens dans ces amusantes parodies de la vie ordinaire. Ce sont des satires en action qui tranchent sur les grosses bouffonneries que ce genre a produites en ces derniers temps. » On doit à cet écrivain : Ba-ta-clan (1855), opérette ; l'Impresario (1856), opérette ; Rose et Rosette (1858), vaudeville ; le Mari sans le savoir (1860), opérette, en collaboration avec son père, et dont la musique est du duc de Morny ; la Chanson de Fortunio, le Pont des soupirs, Orphée aux enfers (1861), opérettes jouées aux Bouffes, et dont la dernière fut le premier grand succès de M. Halévy ; les Brebis de Panurge (1862), où il eut pour collaborateur Meilhac, avec qui il ne cessa depuis lors de travailler ; la Clef de Metella (1862), au Vaudeville ; les Moulins à vent (1862), aux Variétés ; le Brésilien (1863), au Palais-Royal ; le Train de minuit (1864), au Gymnase ; la Belle Hélène (1865), parodie en trois actes de la Grèce antique, jouée, aux Variétés avec un succès énorme ; Barbe-Bleue, en trois actes (1866), aux Variétés ; la Vie parisienne, en cinq actes (1866), au Palais-Royal ; la Grande-duchesse de Gérolstein (1867), aux Variétés. La vogue de cette pièce fut telle, que ce fut la première chose que l'empereur Alexandre voulut voir en arrivant à Paris, lors de l'Exposition universelle ; la Périchole, en deux actes (1868), aux Variétés ; le Château à Toto, en trois actes (1868), au Palais-Royal ; le Bouquet, en un acte (1868), au même théâtre ; Fanny Lear, en cinq actes au Gymnase ; Froufrou (1869), ravissante comédie en cinq actes, donnée sur le même théâtre ; la Diva, en trois actes (1869), aux Bouffes-Parisiens ; les Brigands, en trois actes (1869), aux Variétés ; Tricoche et Cacolet, comédie bouffonne en 5 actes (1871), au Palais-Royal ; Madame attend Monsieur, en un acte (1872), au même théâtre ; le Réveillon, vaudeville en trois actes (1872), au même théâtre.
M. L. Halévy a publié dans la Vie parisienne, recueil d'une moralité plus qu'équivoque, des esquisses signées ABC ; elles appartiennent à cette littérature décolletée et court-vêtue, bien digne du Second Empire, son parrain, et qui nous a fait une si fâcheuse réputation à l'étranger. En 1872, il a réuni en un volume douze de ces morceaux malsains, dont le meilleur est intitulé Madame et Monsieur Cardinal. Enfin, il a donné, dans le Temps, sur l'invasion prussienne en France, une série d'articles, remarquables surtout par l'entente de la mise en scène pittoresque, et qui forment un volume intitulé l'Invasion.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876)

 

Depuis 1872, ce spirituel et élégant écrivain a publié : l'Invasion, souvenirs et récits (1872, in-12) ; Madame et monsieur Cardinal, le Rêve, le Cheval de trompette, le Dernier chapitre, etc. (1873, in-12). Au théâtre, il a donné seul Deux femmes ou la Chambre condamnée, en un acte et en vers (1875, in-12), et, en collaboration avec M. W. Busnach, Pomme d'api, opérette en un acte, musique d'Offenbach. Comme toujours, c'est avec M. Henri Meilhac qu'il a le plus produit ; parmi les œuvres dues, dans ces dernières années, à ces deux auteurs, doués d'un esprit si vif, si alerte, si essentiellement parisien, nous citerons : Tout pour les dames ! en un acte (1868, in-12) ; l'Homme à la clef, en un acte (1869, in-12) ; les Sonnettes, en un acte (1872, in-12) ; Toto chez Tata, en un acte (1873, in-12) ; le Roi Candaule, en un acte (1873, in-12) ; l'Eté de la Saint-Martin, en un acte (1873, in-12) ; la Petite marquise, en trois actes (1874, in-12) ; l'Ingénue, en un acte (1874, in-12) ; la Mi-carême, en un acte (1874, in-12) ; la Boulangère a des écus, opéra bouffe en trois actes, musique d'Offenbach (1875, in-12) ; la Boule, comédie en quatre actes (1875, in-12) ; le Passage de Vénus, en un acte (1875, in-12) ; la Veuve, en trois actes (1875, in-12) ; Loulou, en un acte (1876, in-12) ; le Bouquet, en un acte (1876) ; le Singe de Nicolet, en un acte (1876) ; le Prince, en quatre actes (1876) ; la Cigale, en trois actes (1877), etc. Presque toutes ces pièces, étincelantes d'esprit, ont eu un très vif succès.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1er supplément, 1878)

 

Outre les œuvres déjà citées, il a publié : Marcel (1876, in-32) ; les Petites Cardinal (1880, in-12) ; Un mariage d'amour (1881, in-12) ; l'Abbé Constantin (1882, in-12) ; la Famille Cardinal (1883, in-12) ; Criquette (1833, in-12) ; Deux Mariages (1883, in-16) ; Princesse (1886, in-12) ; Trois Coups de foudre (1886, in-12). Il a, de plus, fait représenter, en collaboration avec M. Henri Meilhac : le Fandango, ballet (Grand Opéra, 26 novembre 1877) ; le Petit Duc, opéra-comique en trois actes (1878) ; le Mari de la débutante, comédie en quatre actes (Variétés, 1879) ; le Petit Hôtel, comédie en un acte (1879) ; Lolotte, comédie en un acte (1879) ; la Petite Mademoiselle, opéra-comique en trois actes (Renaissance, 1879) ; la Petite Mère, comédie en trois actes (1880) ; Janot, opéra-comique en trois actes (Renaissance, 1881) ; la Roussotte, comédie-vaudeville en trois actes (Variétés, 1881). M. Ludovic Halévy a été nommé membre de l'Académie française, à la place du comte d'Haussonville, le 4 décembre 1884. Il a prononcé son discours de réception le 4 février 1886. Quoique n'ayant écrit pour le théâtre qu'en collaboration et que sa personnalité disparaisse presque dans toutes ces œuvres collectives, il a su très bien la dégager, comme l'a dit M. Ed. Pailleron, dans ses romans et dans ses nouvelles, « œuvres individuelles, conçues dans un sentiment tout particulier, exprimées dans une forme toute moderne, frappées au coin du parisianisme. » Le parisianisme, c'est-à-dire cette façon particulière de voir les choses comme un Parisien les voit et d'en parler comme il en parle, « dans des livres courts, pour qu'il les lise ; dans sa langue d'initiés, pour qu'il les comprenne ; dans un esprit en apparence détaché, railleur, gai, mais avec des sous-entendus de passion assez dissimulés, des prétextes à émotions assez adroits, pour qu'on s'y laisse prendre », le parisianisme est, en effet, ce qu'on goûte avec le plus de charme dans les récits et les dialogues de M. Ludovic Halévy ; c'est ce qui fait le principal attrait de l'Abbé Constantin, de Deux Mariages, de l'Invasion et surtout de la Famille Cardinal, son meilleur titre littéraire.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)

 

 

 

 

 

Carnets, de Ludovic Halévy, publiés avec une introduction et des notes par Daniel Halévy (1862-1870) [Paris, 1935]. — Le nom d'Halévy reste familier à qui aime le théâtre et les lettres ; si Daniel Halévy lui a donné des prolongements nouveaux, plus proches de nous sans doute, on n'a pas oublié l'auteur de la Vie parisienne et de la Belle Hélène. Ludovic Halévy reste inséparable d'une certaine façon qu'on eut de vivre et de s'amuser sous le second Empire, à cette époque qui, quelque attaque que l'on ait dirigée contre elle, demeure pourtant dans le souvenir comme une époque de prospérité et d'allégresse. Les refrains d'Offenbach, les fêtes de Compiègne lui donnent une sonorité, une couleur particulières ; et la catastrophe qui la termina met l'accent sur la fièvre joyeuse de ses jours. A vrai dire, cette vue à la cavalière que l'on se fait du second Empire ne va pas sans une simplicité excessive. Les ombres ne manquèrent pas, si le devant de la scène fut jusqu'à la dernière minute éclairé, et elles furent sensibles aux acteurs mêmes qui menaient ou semblaient mener le jeu. Ludovic Halévy, un des rois de la fête, par les divertissements que, mieux que personne, il sut organiser, connut les menaces obscures qui pesaient sur ce monde heureux, à qui il fournissait sans cesse de nouveaux motifs d'allégresse ; et ce n'est pas sans doute ce qu'il y a de moins curieux, de moins émouvant dans les souvenirs qu'il écrivit au jour le jour que ce singulier mélange d'esprit et d'émotion, de raillerie et de sérieux qui les marque. Les deux volumes où Daniel Halévy les a recueillis ne sont pas seulement de la plus plaisante lecture, ils sont aussi du plus précieux enseignement.

Daniel Halévy nous apprend que ce fut le 8 août 1862 que son père, qui avait alors vingt-huit ans, commença à noter sur un carnet ce qu'il voyait, ce qu'il entendait, ce qu'il connaissait. Ludovic Halévy devait continuer jusqu'en septembre 1899 et remplir ainsi cinquante-cinq carnets. Le malheur est que, vers la fin de sa vie. des scrupules exagérés lui firent raturer un grand nombre de ces carnets. De nouveaux scrupules — et la crise actuelle — ont contraint Daniel Halévy, sinon de raturer lui aussi, du moins de faire des coupes sombres et d'établir un choix dans ce qui restait à sa disposition : c'est ainsi que les souvenirs qu'il nous donne ne concernent que les années 1866 à 1870 ; et sans doute, dans une introduction nourrie de citations, en parcourant rapidement pour nous les premiers carnets, il nous fait entrer tout naturellement dans les notes de 1866. On ne saurait trop regretter pourtant la parcimonie avec laquelle Daniel Halévy, trop modeste, nous fait connaître ces carnets, dont les extraits qui nous sont livrés s'affirment d'un intérêt si riche. Assurément les années dans lesquelles il nous introduit sont essentielles, marquant la fin d'une époque et même d'un monde. On imagine cependant que les notes prises, au jour le jour, par Ludovic Halévy pendant ces années qui suivirent la guerre, et où se constitua le nouveau régime républicain qui est encore le nôtre, sont également d'importance, et l'on espère bien que le succès obtenu par la publication d'aujourd'hui décidera Daniel Halévy à lui donner une suite nécessaire.

« Voilà le vrai bonheur, écrit Ludovic Halévy : aimer ses parents, ses amis, ses livres et son chez soi. » La formule est sage ; mais ses souvenirs seraient moins attachants si ses parents n'avaient pas appartenu à un milieu d'artistes, si ses amis n'avaient pas été mêlés à la société la plus brillante, s'il n'avait pas été contraint de sortir bien souvent de chez lui. Pour être bon mémorialiste, il faut avoir évidemment le don et le goût de l'observation, le talent aussi de l'expression — et rien de tout cela ne manquait à l'écrivain ; — mais il faut aussi avoir quelque chose à observer. Sur ce point, Halévy n'eut pas à se plaindre. Son heureux destin lui permit d'être toujours aux premières loges, ou, ce qui vaut mieux, dans les coulisses, en un temps où les événements étaient divers, où l'esprit était abondant, et où l'on n'avait pas le droit de publier dans les journaux ce qui se passait, ce qui se disait. Il écrivait tout ce qui ne pouvait pas s'imprimer, ce qui lui donnait une assez jolie matière, et ses informateurs, comme on dit aujourd'hui, étaient particulièrement bien renseignés.

Il avait grandi dans les coulisses de l'Institut, où il habitait avec son père, Léon Halévy, et son grand-père, l'architecte Hippolyte Lebas, qui était secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts. Il était entré à dix-neuf ans dans l'administration. Chef de bureau à vingt-cinq ans, décoré à trente ans, il avait commencé par être affecté au ministère d'Etat. Le hasard lui fournit le patronage et l'amitié de M. de Morny, qui le nomma secrétaire-rédacteur au Corps législatif, chargé d'établir le compte rendu des séances : ainsi connut-il les coulisses de la politique.

De son protecteur, il parle d'ailleurs avec une affection émouvante : « Quelque chose manquait à ma journée, quand je ne l'avais pas commencée avec lui », écrit-il en 1865, au lendemain de la mort de M. de Morny ; et quelques mois après, il donnera sa démission de secrétaire-rédacteur. « Attaché pendant près de quinze années à la chaîne administrative », si douce que cette chaîne lui ait été à porter, singulièrement sous M. de Morny, il éprouve un soulagement extrême à recouvrer sa liberté ; mais si, de son passage au milieu des représentants de son pays, il emporte la plus profonde indifférence politique, il y gagna pourtant une connaissance des hommes et un souci national qui s'affirment dans ses notes : « Bien des ambitions se sont agitées autour de ma très modeste personnalité, écrit-il ; quant aux convictions... absentes, complètement absentes, aussi bien à droite qu'à gauche. Des gens qui sont peu de chose et qui veulent devenir quelque chose. » A son fils, venu à l'âge d'homme, il interdit deux seules carrières : l'administration, la politique.

Comme on le pense bien, ce n'est pas dans les coulisses des théâtres que Ludovic Halévy se meut avec le moins d'aisance. De 1866 à 1870, il tient l'affiche, et sur plusieurs scènes. Barbe-bleue date de février 1866, et la Vie Parisienne de novembre. En avril 1867, la Grande-duchesse de Gérolstein s'impose d'autant mieux qu'on y trouve « des allusions contre le pouvoir absolu et contre l'esprit militaire » et que les événements donnent aux moindres plaisanteries « une portée et une violence bien inattendues ». En 1869, tandis que les Brigands connaissent une carrière heureuse, Froufrou tire des larmes de la cour et de la ville ; le succès en est si considérable que Halévy se demande si véritablement la pièce qu'il a faite avec Meilhac est un chef-d’œuvre ; et il répond modestement : « Non, Froufrou n'est pas un chef-d'œuvre. Froufrou, qui débute par trois actes d'excellente comédie, se termine par deux actes de mélodrame de grand effet, mais d'un effet un peu cruel et un peu violent. Non, Froufrou n'est pas un chef-d'œuvre, mais Froufrou est, je crois bien, une très exacte et très fidèle peinture de la société actuelle — je parle des trois premiers actes. »

Peinture de la société actuelle, c'est à quoi s'efforce Halévy dans ses notes. Il la saisit sur le vif. Ayant publié dans la Vie parisienne les chapitres sur Mme Cardinal, dont des morceaux entiers figurent déjà dans les Carnets, il se demande — son père s'étant montré scandalisé — s'il n'a pas été trop loin. Il a pourtant conscience d'avoir donné la note exacte : « Un peu violente, c'est possible, mais c'est la vérité, conclut-il. Voilà bien telles que je les ai vues, telles que je les connais, ces demoiselles de l'Opéra, et mesdames ou mesdemoiselles leurs mères. » Faut-il ajouter que Taine, après avoir lu ces chapitres qui n'étaient pas signés, déclara à son ami Marcelin qui, comme on sait, dirigeait la Vie parisienne : « C'est un chef-d'œuvre, mais un chef-d'œuvre naïf, inconscient ; c'est évidemment de quelqu'un qui ne se doute pas qu'il fait de la haute comédie. » Pour être un grand critique, on n'en est pas moins homme, et par suite soumis à l'erreur.

Mais qu'il jette les yeux sur la politique, la société ou le théâtre, Halévy ne s'en tient pas à des notations de mots ou d'anecdotes ; il commente, et essaie de dégager des leçons de ce qu'il voit et de ce qu'il entend. Il comprend et fait comprendre ; et nous trouvons sous sa plume tableaux et formules qui valent encore pour aujourd'hui.

Le plaisant est que si nous saisissons dans les Carnets d'Halévy des actualités présentes, lui-même les apercevait dans le journal de Collé, qu'il pratiquait volontiers. Il annonce, citant le mémorialiste du XVIIIe siècle : « Lisez les passages suivants, et voyez quelle extraordinaire application au temps présent. » Ce n'est pas seulement par des rapprochements avec Collé qu'il montre que, d'un siècle à l'autre, les choses ne changent guère. Il reproduit des passages des Souvenirs du comte d'Estourmel, et notamment celui-ci qui fut écrit à la date du 29 janvier 1831 : « On m'écrit de Paris que l'on y est toujours en proie au dévergondage politique et littéraire... Le genre échevelé et insurrectionnel est proclamé le plus saint des devoirs... La spéculation joue le principal rôle dans les entreprises littéraires. » Et Halévy ajoute : « Les choses en étaient déjà là il y a près de quarante ans. » Ne pourrions-nous dire qu'elles en sont encore là aujourd'hui ? Heureusement Halévy ajoute : « Et cette époque si sévèrement jugée par M. d'Estourmel était en train de donner à la France : Musset, Balzac, Lamartine, Victor Hugo, etc. Si M. d'Estourmel était injuste à l'égard de son temps, je le suis peut-être moi à l'égard du mien. » Et sans doute il s'écrie : « Et cependant, non. » Qui sait pourtant si, en tout temps, tout est aussi bon ou aussi mauvais que les contemporains veulent bien le dire.

Ludovic Halévy était sensible d'ailleurs aux fluctuations de la température politique ; et il n'hésitait pas à changer d'opinions selon les événements : « Il faut savoir changer d'opinion », écrit-il. N'est-ce point par là qu'il nous touche, témoin de son temps d'autant plus précieux qu'il est davantage mêlé aux émotions communes. Il ne faut pas oublier que, familier de M. de Morny, il le fut davantage encore de Prévost-Paradol. Celui-ci était un frère pour lui. Orphelin de bonne heure, Paradol avait été élevé par la mère de Ludovic. On sait le rôle brillant qu'il joua dans la presse d'opposition à l'Empire, son élection à trente-huit ans à l'Académie ; comment, se ralliant au gouvernement libéral d'Emile Ollivier, il fut envoyé en juin 1870 à Washington, comme ministre de France ; et son suicide quelques jours après son arrivée en Amérique, à la nouvelle de la guerre franco-allemande. Sur l'étrange et douloureux destin de cet homme dont le talent était considérable, et qui, par son caractère, selon le mot de Guizot, « à la fois familier et hautain », exerçait tant d'attrait, sur les circonstances qui parurent d'abord mystérieuses de sa mort, les Carnets de Ludovic Halévy contiennent assurément leurs plus belles pages. Mais de cette amitié qui s'y affirme, on peut retenir aussi que Paradol n'était pas étranger aux inquiétudes politiques d'Halévy.

Dès avril 1866, Halévy dit sa croyance à la guerre, inévitable — non certes qu'on ne puisse l'empêcher, mais parce que l'empereur la désire afin de faire diversion à un certain mécontentement intérieur, et pour assurer à la France la frontière rhénane. A la fin de 1865, jetant un regard sur les grands et petits événements de l'année qui s'achevait, il écrit que l'on peut constater en politique « un vaste statu quo plein de périls et de menaces ». A la fin de 1866, il inscrit sur son Carnet : « La voilà finie cette année 1866. Elle a été funeste pour la France qui a eu le Mexique et la Prusse. La nouvelle année va commencer dans une véritable confusion politique, et 1867 aura gros à faire pour réparer les bévues et les folies de 1866. » En janvier 1867, il note encore : « Il est certain qu'il y a dans l'air un fond d'incertitude et d'anxiété. Les gens les plus affamés d'ordre et de repos commencent à perdre confiance et à ne plus voir où l'on va. »

Mais 1867 est une année de trêve : c'est l'année de l'Exposition : « Paris n'est plus qu'une immense guinguette, oui, mais quelle guinguette ! » Il y a des diamants jusqu'aux quatrièmes loges à l'Opéra, les soirs de gala. Les souverains de toute l'Europe se donnent rendez-vous à la cour des Tuileries, et plus encore à celle de la Grande-duchesse de Gérolstein. Ce n'est plus aux guerres, ce n'est plus aux révolutions que l'on songe, mais seulement aux refrains que débite si merveilleusement Mlle Schneider.

Puis, les lampions éteints, les jours de nouveau s'assombrissent : « Ce qui perdra l'Empire, note Halévy le 21 juillet 1869, ce ne sera pas tant sa mauvaise politique, que l'absence de politique. Il n'y a plus, à proprement parler, de gouvernement en France depuis quelques années. Il y a sur le trône un homme, pas mauvais du tout, plein des meilleures intentions ; mais cet homme, en ce moment et depuis pas mal de temps déjà, a la déveine, et il vieillit, et il a certainement beaucoup perdu de cette confiance qu'il avait en lui-même. Les événements d'ailleurs sont faits pour le déconcerter. L'Empire est sorti d'une lassitude générale du pays et de son dégoût pour les agitations politiques, à la suite de la crise de 1848. Plus de liberté, plus de régime parlementaire, plus de bavardage, plus d'avocats, un pouvoir fort, très fort, voilà ce qu'on demandait, voilà ce que l'Empire a donné. C'est tout autre chose à présent. Tout ce qu'on a mis sous les pieds de l'empereur en 1850, le pays le redemande, et l'empereur se prépare à nous rendre une façon de gouvernement parlementaire. » Révolution ? assurément ; mais à ceux qui le disaient : « Qu'avez-vous donc, répliquait l'empereur, jamais on n'a été aussi tranquille pendant une révolution. » Le trouble n'en était pas moins général ; et les résultats mêmes du plébiscite étaient impuissants à l'atténuer.

Tout le monde attendait la catastrophe, et pourtant la guerre éclata soudain comme un coup de tonnerre dans un beau jour : « On a cru tout d'abord à une plaisanterie », note Halévy. C'était, hélas, la réalité ; et Thiers, le soir de la déclaration de guerre pouvait dire à Buffet, tandis que la foule chantait la Marseillaise sur les boulevards : « Ecoutez-moi bien, je connais l'état militaire de la France et celui de la Prusse. Nous sommes perdus. » Ce dernier mot met l'accent sur le pathétique des joyeuses et troubles années qui revivent dans les Carnets de Ludovic Halévy.

(Claude Barjac, Larousse Mensuel Illustré, décembre 1935)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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