Marie HEILBRONN

 

 

Maria HEILBRON dite Marie HEILBRONN

 

soprano français

(Anvers, Belgique, 05 mai 1851 – Grand Hôtel de Cimiez, Nice, Alpes-Maritimes, 31 mars 1886*)

 

Epouse à Paris 8e le 02 février 1881* Félix Charles Edmond, vicomte de LA PANOUSE (Paris 1er, 23 mai 1845* – 25 juillet 1918), lieutenant de vaisseau.

 

 

Elle est née de parents hollandais israélites. Fort jolie, douée d'une voix charmante et d'une rare intelligence scénique, elle fut élève au Conservatoire de Bruxelles, puis elle se fit admettre au Conservatoire de Paris, qu'elle ne fit que traverser, et le 3 avril 1867 débutait à l'Opéra-Comique dans la Grand'Tante, le premier ouvrage de Jules Massenet. Après quelques mois seulement passés à ce théâtre, elle partit pour la province, puis se produisit à Bruxelles, à La Haye et à Londres, d'où elle revint à Paris pour entrer aux Variétés, en 1873. Elle se montra à ce théâtre dans les Brigands, y créa la Veuve du malabar (Cocorilla) d'Hervé, ainsi que le rôle principal des Braconniers d'Offenbach, et, emportée par sa nature fantastique et capricieuse, le quitta de nouveau pour se rendre à Monte-Carlo. Peu de mois après elle entrait au Théâtre-Italien, allait faire ensuite la saison italienne de Londres, revenait au théâtre Ventadour, partait pour la Russie, puis s'en allait faire une grande tournée en Amérique. De retour en France en 1877, elle entrait à l'Opéra-National-Lyrique (la Gaîté), y créait le 18 avril le Bravo (Violetta Tiepolo) de Gaston Salvayre, y reprenait le rôle de Virginie dans Paul et Virginie, rentrait un instant à l'Opéra-Comique pour la reprise de Psyché, créait le 12 octobre 1878 les Amants de Vérone (Juliette) de Paul de Richard d'Ivry au théâtre Ventadour, et repartait pour la Russie. Fin 1879 elle était de nouveau en France, et était engagée à l'Opéra, on elle jouait successivement Faust, Don Juan et Hamlet. Elle résiliait bientôt son engagement, épousait le vicomte de La Panouse, et annonçait l'intention de quitter le théâtre. Cependant, elle rentra à l'Opéra-Comique pour y faire deux nouvelles créations importantes, l'une dans Manon (Manon) de Massenet, l'autre dans Une Nuit de Cléopâtre (Cléopâtre) de Victor Massé, puis reprit Roméo et Juliette. C'est alors qu'elle fut atteinte d'une maladie qui la conduisit rapidement au tombeau. Elle mourut à Nice le 31 mars 1886, et ses obsèques eurent lieu à Paris le 05 avril suivant.

En 1881, elle habitait 32 rue de Monceau à Paris 8e.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle débuta le 03 avril 1867 en créant la Grand'Tante (Alice de Kerdrel) de Jules Massenet.

 

Elle chanta Psyché (Psyché) d'Ambroise Thomas, lors de la première de la version en 4 actes, le 21 mai 1878 ; Roméo et Juliette.

 

Elle a créé le 28 novembre 1868 le Corricolo de Ferdinand Poise ; le 26 juillet 1870 le Kobold d'Ernest Guiraud ; le 19 janvier 1884 Manon (Manon) de Jules Massenet ; le 25 avril 1885 Une nuit de Cléopâtre (Cléopâtre) de Victor Massé.

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle débuta le 03 novembre 1879 dans Faust (Marguerite).

 

En 1880, elle chanta Don Juan (Zerline) et Hamlet (Ophélie).

 

 

 

 

 

Marie Heilbronn en 1867, photo Nadar

 

 

 

 

 

 

Née à Anvers en 1849, d'une famille originaire des bords du Rhin. Elle débuta, bien jeune encore, au théâtre de Bruges et se fit remarquer dans la Fille bien gardée. Admise au conservatoire de Bruxelles, dans la classe de Cornélis, elle obtint au concours le premier prix de piano et de chant. Venue à Paris, elle acheva ses études avec Duprez et entra à l'Opéra-Comique, où elle parut, le 3 avril 1867, dans la Grand'Tante, de Massenet, et l'année suivante dans le Corricolo, de Poise. Elle alla jouer, en 1869, à Ems et de là au Théâtre-Français de La Haye, où elle fut très applaudie. Revenue à la salle Favart, elle interpréta d'une façon brillante la Fille du régiment et le Pré-aux-Clercs, puis créa, le 26 juillet 1870, Catherine de Kobold, de Guiraud. Elle se destinait à la carrière italienne, lorsque M. Bertrand, le nouveau directeur des Variétés, lui demanda de remplacer Mlle Van Ghell. Elle apprit rapidement le rôle de Bibletta des Braconniers, d'Offenbach, et le joua avec beaucoup de brio le 20 janvier 1873 ; elle interpréta encore la Veuve du Malabar, d'Hervé. Engagée déjà comme soprano, aux Italiens, elle aborda le répertoire de Verdi, d'abord sous la direction de Strakosch et ensuite sous celle d'Escudier en 1877. Elle créa la même année, au Théâtre-Lyrique, avec infiniment de charme, Violetta Tiepolo du Bravo, de Salvayre, et reprit, après Mlle Ritter, Paul et Virginie, de Massé. Pendant une saison, elle chanta à Saint-Pétersbourg et à Moscou. A son retour, M. Ambroise Thomas la désigna pour reprendre Psyché, à l'Opéra-Comique, et il n'eut pas lieu de se repentir de son choix. Capoul ayant loué la salle Ventadour, Mlle Heilbron joua avec lui les Amants de Vérone, du marquis d'Ivry (1878). Juliette triompha autant que Roméo, par sa voix chaude et pénétrante, sa grâce et sa beauté. Elle donna au mois de décembre quelques représentations au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Appelée par Mme Albani, pour la remplacer à Londres en 1879 au théâtre de Covent-Garden, elle chanta Ophélie d'Hamlet, la Traviata, les Amants de Vérone et Lohengrin, à côté de Capoul et de Gayarre. Elle débuta à notre Grand Opéra, dans Marguerite de Faust, et, ne s'entendant pas avec M. Vaucorbeil, elle offrit sa démission, qui fut acceptée, après avoir chanté Zerline de Don Juan. Elle épousa, au commencement de l'année 1881, M. le vicomte de La Panouse, lieutenant de vaisseau, qui perdit sa fortune lors du « krach » de 1882 et partit pour le cap de Bonne-Espérance. Vivant désormais séparée de son mari, de corps et de biens, elle contracta un nouvel engagement à l'Opéra-Comique. Elle y reprit, avec le plus vif succès, Roméo et Juliette et termina sa carrière artistique par deux de ses plus belles créations : Manon, de Massenet (1884) et Une nuit de Cléopâtre, de Massé (1885). Un an après elle mourut laissant, dit-on, plus de deux millions.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)

 

 

 

 

Marie Heilbronn dans Manon (Manon) lors de la création

 

Marie Heilbronn dans Manon (Manon) lors de la création

 

Marie Heilbronn dans Manon (Manon) lors de la création

 

 

Massenet et Marie Heilbronn avaient débuté ensemble au théâtre en 1869 à l'Opéra-Comique. Le musicien faisait représenter son premier ouvrage : la Grand'Tante ; l'artiste qui devait tenir le principal rôle, Marie Roze, lui ayant été retirée au dernier moment, fut remplacée par une jeune débutante de dix-sept ans, Marie Heilbronn.

Quinze ans plus tard Massenet rencontre par hasard, au cours d'une soirée, Marie Heilbronn, qui s'était retirée du théâtre, ayant épousé entre temps un homme fort riche ; mais elle brûlait de remonter sur les planches. Massenet lui dit qu'il est en train de terminer une Manon :

— Quoi, Manon Lescaut ? demande Heilbronn.

— Non, Manon tout court : cela suffit.

Le compositeur va chercher sa partition, rejoint Heilbronn chez elle, dans son appartement des Champs-Élysées et passe le restant de la nuit à lui chanter Manon. Heilbronn, attendrie jusqu'aux larmes, disait en soupirant à travers ses pleurs : « Mais c'est ma vie, tout cela ! »

 

 

 

Marie Heilbronn dans Manon (Manon)

 

 

 

 

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