HERMANN-LÉON

 

Hermann-Léon dans Ne touchez pas à la reine (le Régent), dessin du costume d’Alexandre Lacauchie pour la création

 

Léonard HERRMANN dit HERMANN-LÉON

 

basse chantante française

(La Guillotière [auj. dans Lyon], Rhône, 03 juillet 1814* – Les Batignolles [auj. Paris 17e], 13 novembre 1858)

 

Fils de Sigismond HERRMANN et de Thérèse ROCHON.

Epouse à Paris 5e le 09 août 1836 Joséphine Pauline MOREAU (Paris, 19 février 1814 – ap. 1871) ; parents de Léon Charles Sigismond HERRMANN dit Charles HERMANN-LÉON (Le Havre, Seine-Maritime, 23 juillet 1838* – Paris 2e, 31 décembre 1907*), peintre animalier [épouse à Paris 2e le 20 juillet 1871* Caroline MAIRE (Cormeilles-en-Parisis, Seine-et-Oise [auj. Val-d’Oise], 24 juin 1830* – Paris 2e, 24 avril 1909*)].

 

 

Destiné au commerce par sa famille, il apprit néanmoins le dessin et la peinture, puis la musique. L'étude développa en lui une magnifique voix de basse-taille. En 1833, il vint à Paris et fut reçu pensionnaire au Conservatoire ; mais, faute de produire le consentement de son père, il dut se borner à suivre la classe de chant dirigée par Delsarte, et débuta en 1836 sur le théâtre de Versailles, dans le rôle de Bertram de Robert le Diable. Depuis cette époque, au Havre, à Nantes, à Liège, à Bruxelles, il chanta partout l'opéra, choisissant de préférence les œuvres de Meyerbeer et Halévy. Ce fut grâce à Auber qu'il débuta brillamment sur la scène de l'Opéra-Comique (juillet 1844), dans les Quatre Fils Aymon, de Balfe. Plusieurs rôles, repris et interprétés avec une grande souplesse de talent, ont été pour cet artiste de véritables créations : Méphistophélès dans la Damnation de Faust (version oratorio) ; le capitaine Roland, des Mousquetaires de la reine ; le Régent, dans Ne touchez pas à la reine ! ; Malipieri, dans Haydée ; Desbruyères, dans les Porcherons, et surtout le tambour-major du Caïd, et Gritzenko de l'Étoile du Nord. Il est entré au Théâtre-Lyrique en 1856, a passé l'été de 1857 au théâtre de Marseille, puis il a figuré sur plusieurs scènes secondaires.

En 1847, il habitait 1 cité Turgot à Paris 9e.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il y débuta le 15 juillet 1844 en créant les Quatre fils Aymon (Yvon) de Balfe.

 

Il y créa le 04 décembre 1844 Wallace ou le Ménestrel écossais de Catel [nouvelle version] ; le 22 avril 1845 la Barcarolle d'Esprit Auber ; le 03 février 1846 les Mousquetaires de la Reine (capitaine Roland de La Bretonnière) de Fromental Halévy ; le 10 novembre 1846 Gibby la Cornemuse de Louis Clapisson ; le 06 décembre 1846 la Damnation de Faust (Méphistophélès) d'Hector Berlioz ; le 16 janvier 1847 Ne touchez pas à la reine ! (le régent Don Fadrique) de Xavier Boisselot ; le 10 août 1847 la Cachette (le comte d'Arondel) d'Ernest Boulanger ; le 28 décembre 1847 Haydée (Malipieri) d'Esprit Auber ; le 21 février 1848 Gille ravisseur (Crispin) d'Albert Grisar ; le 03 janvier 1849 le Caïd (le tambour-major Michel) d'Ambroise Thomas ; le 31 mars 1849 les Monténégrins (Ziska) d'Armand Limnander ; le 09 novembre 1849 le Moulin des Tilleuls d'Aimé Maillart ; le 12 janvier 1850 les Porcherons (Desbruyères) d'Albert Grisar ; le 16 octobre 1850 le Paysan de Charles Poisot ; le 16 février 1854 l’Etoile du Nord (Gritzenko) de Giacomo Meyerbeer.

 

Il y chanta le Chalet (Max, 1848) ; le Diable à l’école (Babylas) ; le Songe d'une nuit d'été (Falstaff).

 

 

Sa carrière au Théâtre-Lyrique

 

Il y débuta le 18 janvier 1856 en créant Falstaff (Falstaff) d’Adolphe Adam.

 

Il y créa le 01 mars 1856 la Fanchonnette (le marquis d'Apuntador) de Louis Clapisson.

 

 

 

 

 

 

Hermann-Léon dans l'Etoile du Nord (Gritzenko), dessin d'Eustache Lorsay lithographié par Alexandre-Désiré Collette

 

 

Hermann-Léon de l’Opéra-Comique

 

Les fabriques de Lyon. — Le dessin et la musique. — Le théâtre. — Le champs de foire. — Le ténor. — La mue. — Le réveil d'une voix. — Basse-taille. — Robert le Diable. — M. de Gasparin. — Paris ! — La fuite. — La guitare. — Le Conservatoire. — Deux beaux fa. — Misère. — Une enseigne. — Cherubini. — Un faux en écriture paternelle. — M. Delsarte. — Débuts. — Voyages. — Peinture. —     Aix-la-Chapelle. — Débuts à Paris. — Créations. — Roland, le tambour-major et Grizenko. — Mélingue. — Souhait.

 

Né à Lyon en 1816, Hermann-Léon manifesta dès son enfance le sentiment des arts, qui devait inévitablement, et malgré tous les empêchements, le conduire à la position brillante qu'il s'est faite au théâtre. Son père, l'un des plus laborieux habitants de cette grande ruche manufacturière dont le monde entier s'arrache les produits, le destinait naturellement au commerce ; mais, en homme intelligent qui comprend son époque et veut créer à son successeur une suprématie sur des concurrents dont le nombre va croissant chaque jour, il résolut de mettre aux mains de son fils une des spécialités qui donnent de suite à une maison le cachet de perfection et d'originalité que recherchent toujours les acheteurs du dehors.

En conséquence, le jeune Hermann prit des leçons de dessin et de peinture, qui en peu de temps lui permirent de devenir passé maître dans l'art de composer ces merveilleuses féeries de couleurs et d'agencement que l'ouvrier se charge ensuite de traduire ; mais tous les arts se donnent la main, de sorte que la musique, apprise comme délassement, se trouva bientôt en parallèle complet avec la peinture. De l'étude de la musique à la représentation théâtrale il n'y a qu'un pas, surtout quand on se trouve entre jeunes gens du même âge, parmi lesquels il en est au moins un possédé du désir de monter sur les planches ; si bien qu'Hermann ne laissait jamais échapper une occasion de tenir sa place sur les petits théâtres de société qui, à l'exemple de Paris, foisonnaient alors dans la seconde capitale du royaume.

On sait jusqu'où va la passion du théâtre, une fois qu'elle a pris possession d'une jeune tête, et Hermann avait cet esprit de persévérance sans lequel un avenir d'artiste est bien vite brisé : tout était pour lui prétexte à étude, et les deux scènes de Lyon faisaient ses délices depuis qu'il ne se contentait plus des innocentes exhibitions du champ de foire.

A cette époque, notre jeune homme possédait une fort jolie voix de ténor, dont les échos du temple protestant résonnaient harmonieusement ; mais, la quinzième année arrivée, il se produisit dans l'organisation physique un travail, dont les effets furent bientôt une cause du désespoir le plus profond : cette jolie voix avait entièrement disparu pour faire place à des sons gutturaux, rauques ou criards, impossibles à moduler, plus impossibles encore à traduire. C'est, du reste, un phénomène qui se présente habituellement et qui a nom la mue.

Hermann était en proie à un chagrin mortel, il se désolait à chaque instant du jour et secouait tristement la tête quand on lui affirmait que son organe retrouverait sa fraîcheur et son étendue, quand un matin, en s'éveillant, ô surprise ! croyant s'essayer en efforts inutiles comme d'ordinaire, des sons pleins et sonores s'échappent de sa poitrine, mais si étranges, ou plutôt si différents de ceux qu'il avait à jamais perdus, qu'il sauta tout bouleversé de sa couchette, ne pouvant pas croire que ce fût lui-même qui les proférât.

L'octave était tout bonnement changé. Aux minces filets du ténor avaient succédé les graves accents d'une voix de basse-taille magnifique.

Hermann s'en alla aussitôt par les rues, fredonnant avec un étonnement toujours croissant, arrêtant ses amis et leur faisant part de la nouvelle en leur donnant un échantillon immédiat de l'étrange fortune qui lui tombait en partage, au risque de faire retourner les passants. Alors commença pour lui une existence quelque peu agitée : c'étaient des réunions, des concerts d'amateurs, des auditions, entremêlées de représentations montées avec les amis, auxquelles se

joignait l'aurait de morceaux choisis dans le riche répertoire de Martin, et autres basses chantantes du cycle lyrique parisien.

L'évocation des nonnes de Robert le Diable était surtout le triomphe d'Hermann, qui, pour la première fois petit-être, fit entendre ce magnifique récitatif à des oreilles lyonnaises. Nous étions alors dans l'hiver de 1832, M. de Gasparin était préfet du Rhône, et dans une soirée, après que des applaudissements frénétiques eurent salué les dernières notes de l'infernal Bertram, le magistrat prit le jeune homme à part, et, en lui conseillant de suivre la carrière du théâtre, lui prédit des succès à venir.

Il n'en fallait pas tant pour faire éclore les désirs qui germaient depuis longtemps dans l'esprit du jeune homme ; mais comment vaincre la résistance opposée par un père à toute tentative de ce genre ? C'était un nœud gordien qu'il fallait nécessairement résoudre à la manière d'Alexandre, sous peine de se condamner à perpétuité aux châles et aux étoffes de fantaisie. Il faut en convenir, le théâtre, une fois qu'on y a mordu, offre beaucoup plus de séductions que le commerce. Qu'est-ce que l'or auprès de la gloire ?

Ces dispositions prirent bientôt des proportions inquiétantes, et un soir Hermann sortit de la maison paternelle, sous prétexte d'aller en soirée, léger d'argent et n'emportant que sa guitare ; mince bagage avec lequel il grimpait sur l'impériale de la diligence de Paris, non sans avoir laissé pour son père une lettre dans laquelle il énumérait toutes les considérations qui lui faisaient poursuivre une carrière qu'une réelle vocation et son précieux organe ne pouvaient manquer de faire glorieuse et brillante.

Muni d'une lettre de M. de Gasparin, le fugitif alla frapper aux portes du Conservatoire, alors dirigé par Cherubini, et qui s'ouvrirent toutes grandes. Un comité fut convoqué, devant lequel il chanta l'évocation des nonnes avec une justesse d'intonation et un sentiment lyrique qui lui valurent les murmures flatteurs de l'aréopage. Martin, le fameux Martin, qui en faisait partie, s'écria : « Le drôle a deux beaux fa ! »

Hermann fut reçu d'emblée pensionnaire, il n'avait pas dix-huit ans. Mais la place manquait et il fallait attendre quatre ou cinq mois jusqu'à ce qu'un élève sortit pour jouir pleinement de cette faveur. Cependant il fallait vivre durant ces cinq mois, et on se rappelle qu'Hermann avait quitté Lyon dans des conditions fort modestes : un amour-propre, ou plutôt un orgueil que comprendront tous ceux qui ont souffert, l'empêchait d'avouer sa véritable position pécuniaire, et la misère la plus complète habitait son humble mansarde.

C'est alors que les leçons de dessin et de peinture portèrent leurs fruits, fruits amers et chèrement payés, mais qui eurent du moins pour résultat d'empêcher le jeune artiste de mourir de faim. Il faisait des copies de tableaux pour les marchands, des aquarelles, des enseignes même, — une entre autres pour un marchand de vins, représentant une main pressant une grappe de raisin, avec les pigeons et des colombes voletant à l'entour, pleine de poésie et de grâce, disparue à présent et que l'auteur payerait bien cher s'il la retrouvait, j'en suis sûr ; car elle lui rappellerait, maintenant qu'il est arrivé, ces jours sombres où le courage le mieux trempé ne réussit pas toujours à vaincre le désespoir. Pauvre enseigne joyeuse, il y avait des larmes mêlées aux gouttelettes exprimées dans ta coupe d'or : ces larmes-là on aime à s'en souvenir, — comme la mère qui entoure de plus de soins et d'amour l'enfant qui lui a coûté le plus de veilles et de souffrances.

Enfin un élève sortit du Conservatoire ; c'était Couderc, je crois : la place était libre, et le nouvel arrivé remettait au secrétaire de l'administration une lettre de son père, dans laquelle se trouvait le fameux consentement. M. de Beauchesne flaira la lettre en hochant la tête et demanda, avec cette bienveillance qui lui a valu l'estime et l'amitié de tous ceux qui l'approchent, si M. Hermann de Lyon avait bien réellement écrit ce consentement. Affirmation du jeune homme, après laquelle la lettre est remise à Cherubini. L'illustre compositeur fait venir l'élève et lui dit : « C'est vous qui avez écrit cette lettre ? »

Hermann balbutie, se trouble et se voit mis immédiatement à la porte du Conservatoire. L'affaire fit quelque bruit, à cause surtout des dispositions du sujet et de la beauté de sa voix ; chacun s'intéressait à cet innocent criminel dont l’amour de l'art avait conduit la main, et qui, certainement, eût trouvé grâce devant un juge moins classique que l'auteur des Deux Journées. L'excellent professeur Delsarte vint alors trouver Hermann, et, sûr de son avenir, lui proposa d'entrer dans la classe qu'il dirigeait ; quant au payement, un traité en réglait les clauses et l'époque, avec une large et bienfaisante sollicitude.

Après de bonnes et consciencieuses études, Hermann débuta, en 1836, sur le théâtre de Versailles, mais à condition qu'on y monterait Robert. Un grand succès légitima aussitôt les efforts de l'artiste, que les agents dramatiques assiégèrent aussitôt de propositions d'engagement. C'est ainsi qu'il partit pour Liège et vint ensuite au Havre. Il resta deux ans dans cette dernière ville, où Anténor Joly l'entendit et l'engagea comme première basse dans la troupe d'opéra au moyen de laquelle il exploitait la Renaissance, concurremment avec le drame. Mais, dès son arrivée à Paris, Hermann trouva le théâtre fermé. Un engagement s'offrait pour Nantes, il l'accepta, et de là partit plus tard pour Bruxelles, où il resta deux ans.

Pendant cette période vagabonde et voyageuse de sa vie, Hermann chanta toujours le grand opéra : Bertram, de Robert le Diable, son rôle de prédilection, et qui lui rendait, chaque fois qu'il le jouait, un écho de ses premiers succès de jeunesse ; Marcel, des Huguenots ; le cardinal, de la Juive, etc. Il ne se permettait que de rares exceptions dans le genre léger, et le Chalet et le Cheval de bronze sont, je crois, à peu près les seuls opéras-comiques qu'il se soit permis. Inutile d'ajouter que les plus beaux succès, les plus chauds applaudissements, ont, toujours et partout accueilli ce chanteur, qui avait en outre, et cela chose bien rare dans le métier, le grand mérite de jouer les rôles qu'il interprétait.

Cette science de la scène et de la comédie, qui n'est point assurément une des moins curieuses faces du beau talent d'Hermann-Léon, lui assurait une réussite complète pour le jour où il ferait son apparition sur un théâtre parisien.

Au milieu de ses travaux et de ses triomphes, l'acteur et le chanteur trouvaient cependant moyen de s'effacer parfois devient le peintre ; dans un charmant voyage sur les bords du Rhin, il recueillait une admirable collection de points de vue uniques au monde. Durant cette intéressante excursion il chanta partout, dans les villes, dans les villages, donnant des concerts, ou entrant dans les répertoires des troupes établies. C'est ainsi qu'à Aix-la-Chapelle il chanta Bélisaire en français, pendant qu'on lui donnait la réplique en allemand, non sans exciter moins de transports de la part d'un public intelligent et si amoureux de l'art, que peu lui importait l'idiome, pourvu que la pensée du musicien fût rendue grave et pure.

Constatons encore que le jeu de l'acteur venait en aide à la perception de ceux qui s'obstinent a vouloir comprendre le sens d'un libretto.

Pondant un voyage à Paris, M. Auber, un homme qui sait par cœur son Europe musicale, fit engager notre artiste à l'Opéra-Comique ; et Hermann-Léon débuta en juillet 1844 par un rôle de vieillard presque centenaire, dans les Quatre fils Aymon, de Balfe, dans lequel il se révéla du premier coup et conquit aussitôt les suffrages du public parisien. Après cela, vint le Diable à l'école, un rôle comique, jeune, tout en dehors, et qu'il joua de manière à faire douter si c'était vraiment le centenaire de l'opéra chevaleresque qui avait subi une aussi complète transformation. Le capitaine Roland des Mousquetaires de la reine, lui valut une de ces ovations comme il est donné à peu d'artistes d'en recevoir dans leur vie : impossible, en effet, de mieux rendre l'un de ces vaillants soldats de fortune blanchis sous le harnais, dont d'Artagnan fut le brillant prototype.

Le régent, dans Ne touchez pas à la Reine ; Malipieri, dans Haydée, — un rôle odieux semé d'écueils musicaux, notamment la romance du premier acte, un tour de force dont Hermann se joua ; — le capitaine Viala, des Monténégrins ; Desbruyères, dans les Porcherons, et une foule d'autres témoignèrent une étonnante souplesse dont le beau tambour-major du Caïd couronna la brillante série. Ce tambour-major est l'un des rôles les plus ingrats qui soit à la lecture ; mais interprété par Hermann, chanté, mimé, lancé, il constitue l'une des plus drolatiques créations de son répertoire, et restera comme un de ces types dont les traditions se lèguent d'une génération de comédien à une autre.

Hermann-Léon joue en ce moment (1854) le rôle de Grizenko, dans l'Étoile du Nord, qu'il a créé d'une façon toute magistrale, avec une verve incroyable, une vérité de costume et d'allures qui font absolument de ce personnage épisodique, placé à côté de l'intrigue principale, l'une des plus étonnantes et des plus intéressantes figures de l'ouvrage ; il a la gloire d'avoir fait lui-même ce rôle, et c'est une bien grande bonne fortune pour des auteurs de rencontrer des interprètes de cette force, pour faire valoir une œuvre et mettre en lumière les riches filons d'or laissés dans l'ombre et inaperçus par eux.

Cet artiste, peintre de talent et qu'une modestie mal entendue empêche encore, — pour peu de temps, nous l'espérons, — d'exposer ses tableaux, réalise une de ces complètes organisations théâtrales dont l'équivalent se rencontre en Mélingue. Tous deux ils arrivent, à peu près seuls de leur époque, à produire l'illusion la plus absolue en se transformant selon les exigences du sujet ; à varier leurs physionomies, à donner, en un mot, aux personnages qu'ils représentent ce pittoresque si précieux qui fait la joie de l'amateur, et auquel le public se rend instinctivement et du premier coup. Le capitaine Roland, le tambour-major et Grizenko sont trois créations colossales, trois types qui feront pendant de longues années une brillante auréole au front de la précieuse basse de l'Opéra-Comique, et qu'auront bien de la peine à éclipser les grands rôles de Bertram et de Marcel.

Maintenant cette prodigieuse faculté d'arrangement scénique, qui se traduit par se costumer et faire sa figure, possédée à de si hauts degrés par les deux artistes que nous venons de nommer, nous conduit à un souhait dont les artistes comprendront et apprécieront l'esprit : de même qu'il y a au Conservatoire professeur de maintien théâtral et professeur d'escrime, ne parait-il pas nécessaire d'y créer un professeur de dessin, dont la mission serait d'initier les élèves à cette science de la physionomie, dont Lavater a pose les premiers principes, et qui les mettrait à même de varier à l'infini une uniformité qui nuit toujours à l'optique de la mise en scène ?

(Albert Blanquet, les Théâtres de Paris, Galerie illustrée des célébrités contemporaines, 1854)

 

 

 

 

 

A l'époque où M. Hermann-Léon avait de la voix, il n'eut jamais qu'une voix factice : le chanteur ne parvenait à produire des sons empâtés qu'en lâchant, avec des précautions excessives, l'air contenu dans ses joues bouffies. Aujourd'hui, la poitrine de l'artiste est vide comme une vessie dégonflée : Aquilon souffle toujours, mais la voix s'obstine à ne pas vouloir sortir. — Le réengagement de M. Hermann-Léon est une erreur de M. Meyerbeer qui l'a imposé à ce théâtre lors de la mise en répétition de l'Étoile du Nord. Avoir Faure sous la main et aller chercher en province M. Hermann-Léon, c’est préférer Childebrand à Cyrus. En confiant à un chanteur éreinté le rôle du caporal de la garde impériale, ou peut dire que M. Meyerbeer a donné les étrivières à son chef-d’œuvre sur les épaules du public ; et cette fustigation doit coûter au théâtre 14.000 francs pendant deux années encore.

Ce chanteur a pourtant un mérite qu'il serait injuste de méconnaître, celui de savoir donner à son visage la parfaite ressemblance d'un rôle et de se vêtir avec une scrupuleuse fidélité historique.

Créations de feu Hermann-Léon : — le Diable à l’école. — les Mousquetaires de la Reine. — le Caïd. — les Monténégrins. — Haydée.

(H. de Villemessant et B. Jouvin, Figaro, 22 octobre 1854)

 

 

 

 

 

Hermann-Léon, que le théâtre vient de perdre à un âge prématuré, — quarante-cinq ans à peine, — fut un des artistes les plus estimables de l'Opéra-Comique. Le public se souviendra longtemps des nombreuses créations où il a laissé l'empreinte d'un sentiment artistique très personnel et très fin. Ses camarades n'oublieront jamais l'artiste distingué qui était aussi un galant homme. De plus érudits en cette matière difficile des souvenirs dramatiques, des voix plus éloquentes ou plus intimes vous parleront de celui qui est le deuil de la semaine. Je veux, aujourd'hui, lui consacrer cette chronique tout entière.

En attendant le dessin, je vous livre ces croquis.

 

Hermann-Léon chanta, pour la première fois, sur le théâtre du Havre, en 1835, comme baryton. Ces premiers essais furent très suivis, et pendant l'espace de deux ans, de 1835 à 1837, il devint la gloire et l'applaudissement d'une ville qui ne rachète pas l'insuffisance de ses connaissances musicales par une indulgence exemplaire. Nous retrouvons Hermann-Léon à Versailles, où, après la création du rôle de Biju dans le Postillon de Lonjumeau, il est engagé, à l'Opéra-Comique.

 

Ses débuts eurent lieu le 15 juillet 1844, dans les Quatre Fils Aymon, de Balfe. Puis vinrent diverses créations parmi lesquelles plusieurs furent remarquables. C'est d'abord le rôle du capitaine Roland des Mousquetaires de la Reine, et celui du tambour-major du Caïd. Il joua dans les Porcherons, le Diable à l'école, Gilles Ravisseur, les Monténégrins et l'Étoile du Nord. Hermann-Léon brillait surtout par une interprétation originale du rôle qu'il remplissait, et personne n'a poussé plus loin que lui la science du costume. Celui des Monténégrins, — je prends au hasard, — restera comme un modèle de perfection et de réalité. Dans le Diable à l'école, où il remplaçait Henri, il sut donner une allure satanique à un rôle mollement indiqué, et cette reprise lui sera peut-être comptée parmi ses meilleures créations.

 

Le personnage de Gritzenko dans l'Étoile du Nord devait être sa dernière apparition à l'Opéra-Comique. Il quitte Paris et commence, par Lille, une tournée départementale qui devait le ramener encore parmi nous. Hermann-Léon entre au Théâtre-Lyrique, et c'est Adam qui se charge de sa pièce de début, Adam, qui composait alors au courant de la plume, — qui donnait en gros sous la monnaie du Chalet, du Postillon de Lonjumeau et du Brasseur de Preston, et se reposait d'une partition en deux actes par trois partitions en trois actes, composa pour lui ce lever de rideau sans nom qui se nomme Falstaff. Hermann-Léon créa aussi, boulevard du Temple, le rôle du marquis d'Apuntador dans la Fanchonnette, — mais à la quinzième représentation de cette pièce, il abandonnait pour toujours le théâtre et mourait de cette première mort qui est, pour l'artiste, l'indifférence présente d'un public qui l'a fêté autrefois.

 

Hermann-Léon était grand, taillé en athlète, et de la carrure de ces hommes qui semblent bâtis pour résister aux chocs de la vie. Le teint mat de sa figure, qu'encadrait une abondante chevelure brune, le recommandait à la sympathie de chacun. Ceux qui l'ont connu le retrouveront tout entier dans un médaillon que nous avons été assez heureux pour examiner, et qui porte en exergue :

Le sculpteur Faillot à son ami Hermann-Léon

M. Faillot est aussi l'auteur d'une statuette qui représente Hermann-Léon dans le rôle du capitaine Roland des Mousquetaires de la reine. Cette statuette en plâtre a toute la valeur et toute la sévérité du marbre.

 

C'était un artiste dans le sens le plus élevé et le plus sincère, et nous aurons bientôt à parler des curiosités que Hermann-Léon a entassées autour de lui. Son cabinet, plein d'antiquailles authentiques, ne figurera peut-être pas parmi les plus riches, mais il ne peut manquer de prendre rang au milieu des mieux choisis. La cour de son habitation ressemble à la préface d'un atelier de mouleur : ce ne sont que débris de pierres tombales, moulages variés, empreintes de statues, modèles de corniches et de frises. L'argent que Hermann-Léon a gagné au théâtre, le labeur de l'artiste a été entièrement dissipé par le collectionneur, et si le talent n'a pas manqué à Hermann-Léon, on peut dire que la fortune n'avait pas ses grandes entrées chez lui. C'est du reste le privilège des entasseurs de richesses artistiques, de mourir pauvres !

 

Dans la retraite qu'on lui avait imposée, Hermann-Léon songeait encore au théâtre. Ses dernières aspirations se portèrent sur les Variétés, et huit jours, — huit jours seulement, avant sa mort, — il fut trouver M. Hippolyte Cogniard. Des négociations allaient peut-être s'entamer, et M. Clairville songeait déjà à sa pièce de début, — lorsque la catastrophe fatale résilia tout.

 

J'ai vainement cherché, — parmi les biographies de toutes sortes qu'on nous débite depuis quelques années, — une biographie d'Hermann-Léon. En présence de cette lacune, je dois me contenter des bruits de foyer, et j'écris ces lignes au courant des souvenirs de ses contemporains.

Un soir, Hermann-Léon avait du monde à dîner, et, comme il était sur l'affiche, il dut quitter la tablé aussitôt après le dessert. Mais, en partant, il promet d'être de retour avant une heure. Comment s'y prendra-t-il ? l'opéra qu'il joue a trois actes et ne finit qu'à minuit. Cela n'a pas d'importance, comme vous allez voir. En arrivant au théâtre, Hermann-Léon se plaint d'une indisposition et prie qu'on fasse une annonce pour réclamer l'indulgence du public en sa faveur. L'annonce faite, il entre en scène.

— Comme il est pâle ! disent les spectateurs de l'orchestre.

— C'est un cadavre ! murmure la première galerie.

— Le pauvre homme ! crie le parterre, et comme la pâleur d'Hermann ne fait qu'augmenter, le public, pris d'un bel accès de pitié, demande à haute voix qu'on baisse la toile et que l'artiste aille se soigner.

C'est tout ce que Hermann-Léon demandait. Il rentre chez lui et conte l'aventure à ses invités.

Mais d'où venait cette pâleur, objecterez-vous ? — Rien de plus simple : — Hermann-Léon n'avait pas mis de rouge et avait joué avec sa figure de ville !

 

Dans les Mousquetaires de la Reine, — son plus grand succès, incontestablement, — il manqua complètement de chance.

A la première représentation, — il perd son chapeau.

A la seconde représentation, — il perd ses gants.

A la troisième, — il perd son éperon gauche.

A la quatrième, il perd le fourreau de son épée.

Et à la cinquième, enfin, en entrant en scène, il oublie la réplique.

— Très bien ! fait Hermann-Léon, il ne me manquait plus que de perdre la mémoire !

 

A la répétition générale d'un opéra-comique qui désire garder l'anonyme, Hermann-Léon chantait son grand air, si bas, si bas, que le souffleur lui-même ne pouvait se flatter de le suivre. Les fioritures sont faites à la cantonade, — il lance des notes de poitrine sur la pointe des pieds, il vocalise à bouche fermée ! — Quelques artistes qui, placés au parterre, écoutent, mais n'entendent pas, attendent que l'air soit fini et partent d'un applaudissement formidable.

Qui fut étonné ? — Hermann-Léon.

— Je trouve ces applaudissements très inconvenants ! dit-il ; mais cette fois avec une VOIX DE STENTOR !

C'est tout ce que les autres voulaient.

 

Une des manies d'Hermann, — qui n'a pas les siennes ? — était de vouloir toujours dominer dans la pièce qu'il jouait, et son rôle, pour le contenter, devait forcément l'obliger à se tenir au milieu de la scène.

Lorsqu'on en vint à régler le second acte de la Fanchonnette, au Théâtre-Lyrique, un des auteurs du poème, — M. de Saint-Georges, je crois, — se chargea d'indiquer aux artistes leur position respective. Hermann-Léon qui, dans cet acte-là, ne se trouve mêlé qu'accessoirement à l'action, devait passer le dernier.

— Vous vous mettrez à gauche, lui dit M. de Saint-Georges.

Plaintes, récriminations, objections d'Hermann. On le traite comme un débutant ; il doit être au milieu de la scène, il veut être au milieu ; il ne peut faire d'effet que s'il est au milieu ; s'il n'est pas au milieu, il abandonne son rôle.

— Mais c'est impossible ! fait M. de Saint-Georges.

— Arrangez-vous, fait l'artiste.

— La situation s'y oppose ; la situation commande, il faut obéir !

— Jamais ! répond fièrement Hermann-Léon ; je ne suis pas un artiste de coin, moi !

 

Un homme qui ne veut pas se tenir dans les coins, doit rechercher les rôles qui, comme chant et comme jeu, accaparent les trois quarts de la pièce : — tel était Hermann-Léon. Toujours en quête d'une création nouvelle, d'une création importante surtout, Hermann-Léon se trouvait quelquefois exposé à d'innocentes mystifications. Mais comme il avait assez d'esprit pour en rire, il en riait franchement.

 

Un jour, Brunswick le rencontre dans le foyer de l'Opéra-Comique.

— Bonjour, Hermann, fait-il. Je vous cherchais.

— Vraiment ? répond celui-ci.

— Oui... je vous fais un rôle. Etes-vous content ?

— Enchanté, qu'est-ce que c'est ?

— Voilà : au premier acte, lorsque vous entrez en scène, votre attitude exprime le désespoir où vous êtes d'être tombé dans la disgrâce du roi ; de vils courtisans vous ont desservi auprès de Sa Majesté, il y a une conjuration, un changement de dynastie en perspective ; vous chantez un grand air.

— Parfaitement ; après ?

— Après, trois ou quatre scènes se passent. Vous êtes rentré dans les bonnes grâces de votre souverain ; le complot a été découvert, vos ennemis sont en fuite et le roi vous confie le commandement de ses armées. Vous chantez un grand air.

— Très bien, cela se dessine.

— Attendez ! au second acte, vous avez été battu par l'ennemi. Malgré des prodiges de valeur, il vous a fallu succomber sous le nombre. Cet échec, dû en grande partie à la trahison inattendue d'un général sur lequel vous aviez le droit de compter, remet de nouveau en question votre crédit à la cour. Perplexité, — imprécations, — défis jetés à la fatalité, — vous chantez un grand air.

— Ah ! après ?

— Après, vous voyant abandonné, vous songez à la mort, mais comme vous allez vous saisir de votre vieille épée, une jeune fille orpheline qui a été recueillie par vous, vingt-deux ans avant le lever du rideau, vient raffermir votre cœur, et avant de vous quitter, vous fait, à voix basse, l'aveu de son amour. Votre confiance renaît, la joie inonde votre front, vous chantez un grand air.

A ce moment, Hermann-Léon qui écoutait attentivement le récit du scénario de Brunswick, releva timidement la tête. On en était au QUATRIÈME GRAND AIR !

— Eh bien, fait Brunswick qui a remarqué son mouvement, est-ce que vous n'êtes pas content du rôle ?

— Ravi ! répond Hermann-Léon, mais est-ce que vous ne trouvez pas qu'il y a beaucoup de grands airs ?

 

Vous connaissez le charmant opéra-comique d'Ambroise Thomas, qui s'intitule le Songe d'une nuit d'été ? Il y a dans cette pièce un rôle qu'Hermann-Léon aurait bien voulu remplir ; — j'ai nommé Falstaff. Aussi, dès qu'on s'occupa de son engagement au Théâtre-Lyrique, Hermann-Léon demanda et obtint que sa première création fût, comme principal personnage, le personnage secondaire du Songe d'une nuit d'été.

Dans cette pièce, qui s'appelait Falstaff, du nom de son héros, Hermann jouissait d'une obésité comme on n'en avait jamais vu depuis les obésités les plus reculées. Pour arriver à cet effet immense, Hermann s'était rembourré, — c'est le mot, — de matelas en crin, qui, habilement dissimulés, rendaient l'illusion complète, — j'allais dire la graisse. Par malheur, dès la seconde représentation, Hermann dut abandonner cet embonpoint factice, qui aurait fini par le maigrir lui-même, tant il était lourd et fatigant à porter, et, pour remplacer les matelas, il se fit faire un costume complet en caoutchouc que l'on gonflait comme un ballon ! — Voilà de la conscience, ou je ne m'y connais pas.

Mais Hermann avait compté sans la malignité et les épingles de ses camarades ! Ceux-ci, dès leur entrée en scène, n'avaient qu'une idée piquer le ventre d'Hermann ! et le malheureux Falstaff, qui avait commencé son rôle avec la rondeur d'un tonneau, le finissait — à plat !

L'air comprimé était parti tandis qu'il chantait son air.

 

Dans les derniers temps de sa vie, Hermann-Léon, qui consacrait la presque totalité de sa petite fortune à l'achat d'objets de curiosité, était impitoyable à l'article des dîners. Dès qu'un ami venait lui rendre visite à six heures, il flairait un dîneur ; — il y en a tant à Paris !

— Comment allez-vous ? disait l'ami, en entrant.

— Mal ! répondait invariablement Hermann, — au moment où vous êtes entré, j'allais me coucher !

Voilà où nous entraîne l'amour du bric-à-brac !

 

En se retirant du théâtre, Hermann-Léon s'était livré entièrement à la peinture, et peut-être était-il en chemin de devenir un grand paysagiste. Il y avait deux hommes en lui : — le chanteur et le peintre. Il ne m'appartient pas de juger l'un ; — quant à l'autre, il revient de droit à ce fin connaisseur, notre ami Jean Rousseau.

De nombreux amis ont accompagné Hermann-Léon jusqu'à sa dernière demeure ; — plaçons-nous sur son passage, — et découvrons-nous.

 

(Charles de Courcy, Figaro n° 392, 18 novembre 1858)

 

 

 

 

 

Fils d’un industriel de Lyon. Destiné d'abord au commerce, il avait étudié la peinture et la musique, lorsque, se sentant doué d'une voix puissante et sonore, il songea à en tirer parti et conçut l'idée d'aborder le théâtre. Ne pouvant décider sa famille à entrer dans ses vues, et bien décidé pourtant à mettre son projet à exécution, il prit le parti de quitter furtivement Lyon pour venir à Paris, et l'on assure que cette fuite prit tout le caractère d'une aventure romanesque. Une fois arrivé, Hermann-Léon se mit à travailler sérieusement ; mais comme son père lui refusait toute espèce de secours et qu'il n'avait rien pour vivre, il mit à profit son jeune talent de peintre, fit des dessins et des aquarelles qu'il vendait pour se procurer le strict nécessaire, et put ainsi continuer ses études. Il était devenu l'élève de Delsarte, et Sous la conduite d'un tel maître ses progrès ne tardèrent pas à être rapides ; il s'était fait admettre aussi au Conservatoire, dans la classe de vocalisation d'Henry (8 juillet 1834), mais il n'y resta que six mois environ.

Bientôt, Hermann-Léon fut engagé au théâtre de Versailles, où il débuta en 1836 dans la Dame Blanche et dans le Barbier de Séville, et où sa belle voix de basse chantante, dont les notes graves étaient superbes, produisit une vive impression. De Versailles, le jeune chanteur alla tenir son emploi à Liège, puis au Havre, où Anténor Joly, alors directeur de la Renaissance, à la recherche de bons artistes, l'entendit et l'engagea ; mais lorsqu'Hermann arriva à Paris, le théâtre avait fermé ses portes, succombant sous la malchance. Il partit alors pour Nantes, où il resta une année, et de là se rendit à Bruxelles, où ses succès furent si grands qu'il fut engagé à l'Opéra-Comique. Il débuta à ce théâtre de la façon la plus heureuse, le 15 juillet 1844, dans un nouvel ouvrage de Balfe, les Quatre Fils Aymon, fit ensuite une excellente création dans le Diable à l’école, et mit le comble à sa réputation par la manière remarquable dont il joua et chanta le rôle du capitaine Roland dans les Mousquetaires de la Reine, d'Halévy. Hermann-Léon, en effet, n'était pas seulement doué d'une voix magnifique, remarquable par son timbre, son étendue et sa solidité, il était encore un chanteur fort distingué, joignait à ce talent celui d'un comédien accompli, et donnait d'autant plus de relief à ce dernier que ses études de peintre lui avaient fait acquérir un grand sentiment de la plastique et qu'il savait s'habiller comme personne.

Après les rôles qui viennent d'être mentionnés, Hermann-Léon en créa plusieurs autres qui ne lui furent pas moins favorable : le régent dans Ne touchez pas à la Reine, Malipieri dans Haydée, Ziska dans les Monténégrins, Desbruyères dans les Porcherons, le tambour-major dans le Caïd, puis la Barcarolle, Gibby la Cornemuse, Gille ravisseur, le Moulin des Tilleuls, etc.

Il passait ainsi du dramatique au comique, et montrait toute la souplesse d'un talent remarquable surtout par l'ampleur et la variété. Au bout de quelques années pourtant il quitta l'Opéra-Comique, avec l'espoir d'entrer à l'Opéra. Il avait chanté, en province et à l’étranger, quelques-uns des ouvrages du grand répertoire lyrique : Robert le Diable, les Huguenots, la Juive, et son ambition était de s'y montrer sur la première scène musicale de France. Il n'y put réussir, en dépit de ses désirs, et rentra à l'Opéra-Comique, où il créa encore, entre autres rôles, celui du soldat Gritzenko dans l'Étoile du Nord, de Meyerbeer. Mais bientôt il quitta de nouveau la scène de ses succès, et parut au Théâtre-Lyrique dans un petit opéra d'Adolphe Adam, Falstaff.

Hermann-Léon était devenu capricieux, lunatique, et ne se trouvait bien nulle part. Il ne put rester longtemps au Théâtre-Lyrique, demeura inoccupé, et, pour charmer ses loisirs, se remit à faire de la peinture. Voyant, par sa faute ou celle des événements, les scènes lyriques se fermer devant lui, il songea à transformer sa carrière et à se montrer sur un théâtre de genre. Il était en pourparlers avec celui des Variétés et allait sans doute s'y faire engager lorsqu'il mourut presque subitement.

Hermann-Léon a laissé un fils, [baryton] qui jouit [dans les années 1872-1882] d'une certaine réputation comme chanteur de concert.

(Fétis, Biographie universelle des musiciens, suppl. d’Arthur Pougin, 1878-1880)

 

 

 

 

 

 

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