Charles HOLLAND

 

Charles Holland en 1955

 

Charles HOLLAND

 

ténor Noir américain

(Norfolk, Virginie, Etats-Unis, 27 décembre 1909 – Amsterdam, Pays-Bas, 07 novembre 1987)

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

En représentation, il y débuta le 22 décembre 1954 dans la Flûte enchantée (Monostatos).

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il y débuta le 28 janvier 1955 dans les Pêcheurs de perles (Nadir).

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans sa loge, avant la représentation des Pêcheurs de perles, j’ai interviewé Charles Holland.

 

Comme vous êtes indiscret... faut répondre quand même ? Pour les lecteurs de « Musica » ! Ah ! c'est bien pour eux... Eh bien ! voilà comment est née ma vocation de chanteur... A cette époque-là, dans la petite ville de Norfolk, en Virginie (U.S.A.), Charles Holland, votre serviteur, était un petit noir de douze ans, fou de musique (déjà), et singulièrement attiré par le « chant ». Il faut vous dire, ici, qu'une de nos voisines possédait à ce moment-là ce qu'on appelait un « phonographe ». Et un jour — passant dans la rue — j'entendis, chez la voisine, le phono qui jouait une mélodie, une mélodie chantée par une voix d'or. Aussitôt, je fus littéralement transporté dans un autre monde. (C'était, je l'ai su plus tard, Enrico Caruso, le fameux ténor, qui, dans l'opéra de Donizetti Elixir d'Amour entonnait son fameux air : Una furtiva lagrima — Une larme furtive.) Lorsque, le lendemain, ayant fait une course pour notre voisine mélomane, celle-ci voulut me récompenser en me glissant quelque menue monnaie, je refusai, en lui disant : « Non, je voudrais, plutôt, entendre le disque que vous avez mis hier... ». Mais, quel disque ? La brave dame plaça sous l'aiguille des airs de fox-trot. Non, ce n'était pas cela... Une valse. Non, je secouai la tête. Patiemment, la bonne personne me fit écouter du jazz, des opérettes, des chansonnettes... Non, non, et toujours non. A la fin, presque par hasard, elle mit sur le plateau le disque de Caruso. Ah ! je le reconnus tout de suite ! Je l'écoutai, dans le ravissement, immobile, pétrifié. Enfin, la mélodie se termina. Et alors, je sus que, moi aussi, un jour, j'arriverais à être un chanteur d'opéra. Vous voyez, j'ai de la suite dans les idées. Oui, l'opéra.

 

Ah ! non, pas encore... J'ai commencé par chanter dans les chœurs, à l'église. Une église protestante baptiste. J'avais des culottes courtes. Mais, aussi, une voix agréable de tenorino — pour mon âge. J'étais fou de joie. Et de plus en plus fou de musique. De musique vocale surtout — bien entendu...

 

Pas longtemps. Quelques années après, l'on me conseilla d'aller tenter ma chance à New York. Je fus aiguillé sur Hall Johnson, le célèbre chef des Chœurs noirs, spécialisés dans les Negro Spirituals. Combien de temps ? Oh ! deux ou trois mois, à peine. A mon gré, ça ne marchait pas assez vite, avec lui. Et puis, je tenais tellement à devenir un chanteur d'opéra ! Vous avez raison : une idée fixe...

 

Non, attendez. Après cela, pendant trois ans, je vais suivre Fletcher Henderson, et son orchestre de jazz. New York, et des tournées dans toute l'Amérique. Existence très dure. Je ne regrette rien : on apprend beaucoup, à ce régime... Mais, je reste toujours fidèlement attaché à la musique classique — vers laquelle, à Norfolk, je me sentais tellement attiré.

 

Par la force des choses, Hollywood. Avec Hall Johnson, dont je m'étais alors rapproché. Toujours les Negro Spirituals. Et nous avons alors créé plusieurs films musicaux — dont, le fameux Verts Pâturages (Green Pastures), où j'ai chanté dans les chœurs noirs. Par la suite, j'ai été engagé comme vedette à la XXth Century Fox ; et aussi à la M.G.M.

 

Vous voyez, tout arrive. Mais... doucement. Enfin, je me lance dans la carrière de soliste. Des récitals dans tous les grands centres des Etats-Unis. Là, je puis donner libre cours à mes goûts. Et je me spécialise dans les mélodies classiques, chantées en français (Fauré, Debussy), en allemand (Brahms, Schubert), en italien (Monteverdi, Scarlatti)...

 

Comme tout le monde, quatorze mois sous l'uniforme. Une fois la guerre terminée, je décide de venir en Europe. En France, naturellement. Sous la baguette du grand chef d'orchestre noir Dean Dixon... En 1949... C'est exact, vous avez pu m'entendre chanter à la radio, à cette époque... Et comme je ne suis pas un ingrat, j'ai voulu lancer sur les ondes l'air de Donizetti, chanté par Caruso, et qui avait décidé de ma vie artistique : « Una furtiva lagrima »... Puis, quelques concerts — et me voici, un beau jour, chez Lamoureux...

 

J’ai laissé Dean Dixon repartir aux U.S.A., et je me suis installé à Paris. Mais non, mon cher, je n'avais nullement oublié mon rêve... Un peu de patience.

 

De 1949 à 1954, tournées en France : festival d'Aix-en-Provence, festival de Besançon. Récitals en Angleterre, en Finlande, en Norvège, en Suède. Bien sûr, toujours du classique. Du Mozart, aux Concerts Lamoureux, à Paris. Des enregistrements : du Mozart, encore et toujours. Les titres ? « Airs de concert » — des extraits de Cosi fan tutte, de Don Juan...

 

Beaucoup de télévision. Puis, Robert Dhéry m'a engagé aux Variétés, où, pendant cinq mois, l'année dernière, j'ai chanté dans Jupon vole. J'avais demandé instamment à mon directeur d'insérer, dans mon rôle, un grand air d'opéra (vous me reconnaissez-là...). Il a bien voulu y consentir. Et c'est ainsi que je chantais, à chaque représentation, la « Ballade », de Rigoletto.

 

Vous avez bien deviné. Oui, un jour M. Maurice Lehmann, administrateur de la Réunion des Théâtres Lyriques nationaux, est venu m'entendre, aux Variétés. Il m'a demandé de passer une audition, à l'Opéra. Et j'ai été engagé, en décembre 1954.

 

Ah ! vous m'avez entendu, dans le rôle de Monostatos, lors de la toute récente reprise de la Flûte enchantée, de Mozart. Et puis, le 28 janvier de cette année, M. Lehmann m'a donné le rôle de Nadir, dans les Pêcheurs de Perles...

 

Evidemment, c'est mon rêve d'enfant qui se trouve aujourd'hui réalisé. Pleinement. Oui, oui, je vis, en ce moment, les plus belles heures de ma vie... que je dois à la France, où j'ai reçu un accueil aussi amical que charmant, et que j'aime comme une seconde patrie.

 

(propos recueillis par Henri Gaubert, Musica, mai 1955).

 

 

 

 

 

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