Adèle ISAAC

 

 

 

Adèle Victorine dite Adèle ISAAC

 

soprano français

(57 rue Royale, Calais, Pas-de-Calais, 08 janvier 1854* – 134 rue Blomet, Paris 15e, 21 octobre 1915*)

 

Fille d'Armand Constant Joseph ISAAC (1824 – av. 1915), dessinateur, et de Victorine SALADIN (1834 – ap. 1915).

Epouse à Paris 9e le 25 novembre 1887* Auguste Charles Marie LELONG (Paris, 04 avril 1849 – ap. 1915), négociant.

 

 

Elève de l'école de Duprez, elle débuta au cours d'un gala de bienfaisance organisé au théâtre Montmartre durant le siège de Paris dans les Noces de Jeannette (Jeannette). La guerre finie, elle fut engagée à Liège, puis en septembre 1872 au théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Douée d'une voix qu'elle savait conduire avec goût, elle eut du succès dans : le Pré-aux-Clercs, le Domino noir, les Mousquetaires de la reine, Giralda, et fut appelée l'année suivante à l'Opéra-Comique, où elle débuta dans la Fille du régiment. Elle y resta peu de temps, fut engagée à Liège, puis à Lyon, et rentra à l'Opéra-Comique dans l'Etoile du Nord le 16 avril 1878. Sa réputation de cantatrice s'établit alors solidement, et son succès, très franc dans : Haydée, Galatée, Roméo et Juliette, le Caïd, Mignon, les Noces de Figaro, fut brillant et complet dans sa création des Contes d'Hoffmann. Elle sauva un jour la recette chez Pasdeloup en chantant à la fois, dans le Déluge, le rôle de Villaret et le sien. Elle passa alors en 1883 à l’Opéra, s'y montra successivement dans Faust, Hamlet, Guillaume Tell, Robert le Diable ; puis, en septembre 1885, reparut à l'Opéra-Comique pour y faire deux créations importantes dans Egmont et le Roi malgré lui. Elle resta encore trois ans à ce théâtre, le quitta en 1888 pour aller donner une série de représentations, et abandonna ensuite le théâtre vers 1890. Elle avait su s'imposer par la sûreté de ses vocalises et la pureté de son style.

En 1887, elle habitait 14 rue Choron à Paris 9e ; en 1895, 76 boulevard Magenta à Paris 10e ; en 1905, 19 rue Mozart à Paris 16e. Lors de son décès, elle était domiciliée 27 avenue Mozart à Paris 16e.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y a débuté le 01 juillet 1873 dans la Fille du régiment (Marie).

 

Elle y a chanté Richard Cœur de Lion (Laurette, 1873-74) ; Joconde (Edile, 1873-74) ; la Dame blanche (Anna, 1873-74) ; l'Etoile du Nord (Catherine, 16 avril 1878, 1885) ; Haydée (Haydée, 1878) ; Galathée (Galathée, 1878) ; Roméo et Juliette (Juliette, 1879) ; le Caïd (Virginie, 1879) ; Mignon (Philine, 1879) ; le Domino noir (Angèle, 1880) ; les Noces de Figaro (Suzanne, 1882, 1892) ; Carmen (Carmen, 1883) ; le Songe d'une nuit d'été (Elisabeth, 1886).

 

Elle y a créé le 10 février 1881 les Contes d'Hoffmann (Stella, Olympia et Antonia) de Jacques Offenbach ; le 06 décembre 1886 Egmont (Claire) de Gaston Salvayre ; le 18 mai 1887 le Roi malgré lui (Minka) d'Emmanuel Chabrier.

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle y a débuté le 05 avril 1883 au cours d'un Gala, dans Mefistofele (Marguerite) et Rigoletto (Gilda).

 

Elle y a chanté Hamlet (Ophélie, 24 septembre 1883) ; Faust (Marguerite, 1883) ; le Comte Ory (la Comtesse, 1883) ; Don Juan (Zerline, 1884) ; les Huguenots (la Reine, 1884) ; Robert le Diable (Isabelle, 1884) ; Françoise de Rimini (Françoise, 1884) ; Guillaume Tell (Mathilde, 1885) ; le Tribut de Zamora (Xaïma, 1885).

 

 

 

 

 

 

Adèle Isaac dans Manon Lescaut d'Auber, plâtre teinté d'Auguste Rodin (1882), musée de Dijon [photo ALF]

 

 

 

 

Son père, modeste graveur sans fortune, frappé de ses dispositions musicales, vint s'installer à Paris et l'enfant, qui n'avait pas encore quatorze ans, entra à l'école Duprez. Elle y était en 1870, pendant le siège, lorsqu'elle parut pour la première fois en public, à Montmartre, dans une représentation patriotique. Une fois sûre de son talent, elle accepta, en 1872, un engagement au théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Elle débuta dans le Pré-aux-Clercs, et joua le petit pâtre du Tannhäuser. Appelée par M. Du Locle, alors directeur de l'Opéra-Comique, à venir continuer ses débuts à Paris, elle se fit entendre le 1er juillet 1873 dans la Fille du Régiment. Divers rôles légers, Joconde entre autres, lui furent confiés ; mais, malgré l'accueil sympathique du public, le directeur ne renouvela pas son engagement. C'est alors qu'elle retourna en Belgique, à Liège, où elle se montra tour à tour chanteuse légère et chanteuse de grand opéra (la Reine Topaze, la Fanchonnette, Hamlet, Roméo et Juliette, Faust, Lucie, Rigoletto). Mlle Isaac fit une saison à Lyon. Elle gagna si bien la faveur des Lyonnais que, grâce à son talent, les fameux démêlés du directeur du Grand-Théâtre et du public furent apaisés. Enfin, après huit mois d'attente, elle reparut à Paris au théâtre de l'Opéra-Comique (1er juillet 1878), arrivant juste à point pour sauver la reprise de l'Etoile du Nord d'un désastre causé par l'insuffisance de Mlle Cécile Ritter, dans le rôle de Catherine. Elle-même, au contraire, y obtint un grand succès. Depuis cette époque, Mlle Isaac a trouvé dans chacun de ses rôles l'occasion d'un triomphe. Citons : Haydée ; Galatée ; le Caïd ; Philine, de Mignon ; Angèle, du Domino noir ; Carmen ; et surtout les Contes d'Hoffmann, où elle joua le triple rôle de Stella, d'Antonia et de l'automate Olympia avec un grand talent de comédienne et de chanteuse. En 1883, Mlle Isaac entrait à l'Opéra et débutait, le 24 septembre, dans l'Ophélie d'Ambroise Thomas. Son succès devint colossal à l'acte de la folie. La justesse et la sûreté de ses vocalises, la pureté de son style, le charme poétique qu'elle sut mettre dans ce rôle lui méritèrent des rappels enthousiastes. Après Ophélie, Mlle Isaac aborda plusieurs opéras du répertoire (Faust, Guillaume Tell, Robert le Diable) ; Gounod la prit pour sa Xaïma dans le Tribut de Zamora ; mais, en septembre 1885, elle revint à l'Opéra-Comique, où elle occupa le premier rang sans conteste et créa les rôles de Claire dans Egmont, l'opéra de M. Salvayre, et de Minka dans le Roi malgré lui, de Chabrier. En 1888, elle quitta l'Opéra-Comique et alla donner des représentation en province. Mlle Adèle Isaac a épousé, en novembre 1887, M. Charles Lelong, commissionnaire en marchandises.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)

 

 

 

 

 

Emile-Alexandre Taskin (docteur Miracle) et Adèle Isaac (Antonia) dans les Contes d'Hoffmann en 1881

 

 

 

 

J’ai suivi Mme Isaac pendant bien des soirs, nous disait un jour, dans la salle de la place Favart, un vieil habitué de l'Opéra-Comique, — jamais, au grand jamais, je n'ai surpris chez elle la moindre intonation douteuse, le moindre accroc aux plus laborieuses vocalises. — Mme Isaac, en effet, était la correction et l'impeccabilité mêmes : ces qualités n'empêchaient pas le charme exquis ou l'ampleur de sa voix, ni le brio qu'elle savait lui donner à l'occasion ; elles les assuraient seulement comme sur une base inébranlable. On était tranquille avec elle, au milieu des pires casse-cou, comme on ne l'est pas souvent avec les nouvelles venues, dans les rôles parfois si ardus du répertoire.

 

C'était une chanteuse accomplie, une vraie virtuose, mais avec une simplicité, un goût, une absence de prétention qu'on ne rencontre qu'assez rarement chez les virtuoses. Peut-être au contraire se défiait-elle trop de la facilité avec laquelle une interprète, supérieurement douée et qui sait toujours dominer ses rôles au lieu d'en être dominée, est entraînée à sortir de son personnage au profit d'un succès personnel. Le souci de la perfection exclut parfois la fantaisie et cette gracieuse spontanéité qui a tant de prix chez une jeune artiste. Mme Isaac ne s'abandonnait jamais, et jusque dans la verve la plus spirituelle, la réserve de son jeu si sûr, si crâne même, pouvait souvent passer pour de la froideur. Pourtant, qui fut plus adroite comédienne que la créatrice d'Olympia des Contes d'Hoffmann, l'interprète de l'Étoile du Nord, ou du Domino noir, de Suzanne des Noces de Figaro ou de la Comtesse du Comte Ory ?

 

Mme Adèle Isaac, — aujourd'hui Mme Lelong, — est née à Calais, en 1854, mais son éducation fut parisienne, et lorsque ses aptitudes lyriques prirent un caractère décisif, c'est à l'école de Duprez qu'elle fut confiée. Elle y resta d'assez longues années : à peine une apparition de circonstance, dans une représentation charitable, en 1870, put montrer au public quelles espérances il était en droit de fonder sur elle.

 

C'est en 1872 qu'elle débuta sérieusement, mais non à Paris : à Bruxelles, qui se trouva ainsi avoir la primeur de son beau talent. On a noté son passage dans le Pré-aux-Clercs et dans Tannhäuser, où elle eut à créer le modeste mais délicat personnage du pâtre ; dans le Domino noir, qui devait rester un de ses succès les plus fréquents ; dans Giralda, dans Don Juan, dans les Mousquetaires de la Reine. Ses succès ne manquèrent pas d'attirer l'attention du directeur de notre Opéra-Comique, qui se hâta de l'engager. On peut dire cependant que Mme Isaac ne fit alors que toucher barre à Paris. On l'entendit, au cours de l'année 1873-74, dans divers rôles du répertoire, dans la Dame blanche, et dans la Fille du régiment surtout, où elle fut tout à fait remarquable, pleine de verve et d'esprit comme jeu, de grâce et d'émotion comme voix. Mais c'est en Belgique qu'elle revint gagner décidément sa réputation de première chanteuse.

 

Sur la scène de Liège, comme celle de Bruxelles, si éclectique et si favorable au développement artistique des interprètes, Mme Isaac put, en variant ses études, atteindre également, dans l'opéra et dans l'opéra-comique, la plénitude de son talent. Le Songe d'une nuit d'été lui servit de début, et que de fois n'a-t-elle pas brillé depuis dans l'intéressant rôle d'Élisabeth ! Puis, ce furent le Barbier de Séville et les Diamants de la couronne, Hamlet et Faust, Lucie et Rigoletto ; puis l'Ombre et Martha, Zampa et la Philine de Mignon ; puis la Reine Topaze et la Fanchonnette... C'était, en l'étendant, tout le répertoire de Mme Miolan-Carvalho dont elle se rendait maîtresse, et même avec une voix plus puissante, un style, d'ailleurs, et un sentiment dramatique tout personnels.

 

A cette époque, 1875, un nouvel engagement la conduisit à Lyon, où le Grand-Théâtre subissait une crise assez grave, et où il y avait une situation à sauver. Mme Isaac y fit deux saisons, avec un plein succès, et le talent souverain qu'elle déploya dans son répertoire ordinaire releva à tous les points de vue l'état de choses compromis. Outre tout ce que nous venons d'énumérer, dans les deux genres de l'opéra et de l'opéra comique, elle créa sur cette scène les rôles de Jaguarita et de Carmen, et pour la première fois aborda Roméo et Juliette, où elle devait trouver un de ses plus beaux triomphes. Le Grand-Théâtre de Lyon peut conserver avec reconnaissance le souvenir de l'étoile brillante et modeste qui, sans plaindre un instant sa peine, a répandu deux ans de suite sur son public le varié et prestigieux bouquet d'un aussi riche répertoire.

 

Tout présageait donc pour Mme Isaac un début éclatant à Paris, dès qu'on saurait l'y fixer. M. Carvalho le fit, en 1878, et pour un rôle digne d'elle, celui de Catherine dans l'Étoile du Nord. On était loin du gracieux début de 1873. L'artiste, que précédait cette sûre renommé, revenait éprouvée et mûrie : la première place était à peu près libre à l'Opéra-Comique ; elle sut la prendre et la garder. — Chose singulière, pourtant, sa belle carrière compte à peine une ou deux vraies créations ! Il y a de ces hasards-là. La période de l'histoire de l'Opéra-Comique où parut Mme Isaac renferma plus de pièces légères ou de courte haleine que d'œuvres de caractère, parmi ses nouveautés, et en somme peu de rôles vraiment faits pour l'artiste. Peut-être en trouverait-elle davantage aujourd'hui, si elle était restée ; mais à cette époque, c'est l'ancien répertoire qui lui apporta le meilleur de ses triomphes.

 

Haydée, d'abord, où elle fit son second début, avec Talazac (qui sortait à peine du Conservatoire), et où elle donna à ce joli personnage une couleur et une poésie qu'on n'y retrouvait pas depuis longtemps. C'est du reste un des rôles qui ont le plus mis en relief l'autorité de l'artiste, et Mme Isaac lui est demeurée fidèle jusqu'à la fin. Galathée vint ensuite, avec plus de largeur et plus de style encore ; puis Roméo et Juliette, et ce rôle idéal de Juliette, que tant de chanteuses ont abordé sans en réaliser la juste image, et où Mme Isaac sut mettre autant d'élévation que de noblesse. Elle le chantait encore en 1887, toujours avec Talazac, qui, lui aussi, avait rencontré là un de ses triomphes.

 

Mais après cela, ce sont de vrais personnages de comédie que nous trouvons dans le répertoire de Mme Isaac. Outre cette voix incomparable de sûreté et d'élégance, c'est une verve spirituelle et délicate que nous avons pu applaudir (1879-1880) dans Virginie du Caïd, Philine de Mignon, et cette Angèle du Domino noir, longtemps abandonné, elle partie, et où nulle ne l'a fait oublier un instant. La triple création des Contes d'Hoffmann arriva à son tour (1881) : c'est la période triomphale de Mme Isaac. L'aimable Stella, l'étonnante poupée Olympia, la touchante Antonia vinrent tour à tour charmer, amuser, séduire dans la même soirée un public qui se renouvela jusqu'à cent treize fois de suite. Que ne nous a-t-on rendu depuis, avec sa créatrice, cette triple figure, au lieu de la sacrifier dans les misérables représentations d'un Lyrique manqué, voici quatre ans ! — Peut-être serait-il temps encore ?

 

Mme Isaac était mûre pour le délicieux rôle de Suzanne, des Noces de Figaro, qu'elle n'avait, croyons-nous, jamais chanté. Elle ne contribua pas peu, on s'en souvient, par la perfection de son art tour à tour enjoué, avec le comte ou Figaro, et si poétique, dans l'air du parc, au succès de cette belle reprise de 1882, qui nous rendait Mme Carvalho auprès de Mlle Van Zandt, de Fugère et de Taskin. Aussi était-elle encore tout indiquée quand, par une heureuse inspiration, on imagina en 1883 de reprendre Carmen, qu'elle avait, d'ailleurs, nous l'avons vu, jouée à Lyon. On sait le triomphe de l'œuvre de Bizet : il détermina la créatrice du rôle, Mme Galli-Marié, à s'y montrer de nouveau quand Mme Isaac dut le quitter pour entrer à l'Opéra. La comparaison amena de naturelles discussions, mais Mme Isaac n'y perdit pas tant qu'on le pensait. Sans doute, le personnage en lui-même, avec son côté canaille et désordonné, ne lui convenait guère ; mais nulle ne l'a chanté comme elle, et quand on voit entre quelles mains il est tombé aujourd'hui, on a peine à comprendre les critiques dont l'impeccable artiste fut alors, auprès de quelques-uns, l'objet.

 

Mme Isaac eut-elle raison, à ce moment, d'aller passer ces deux années (1883-1884 et 1884-1885) à l'Opéra ? Oui, si nous en jugeons par les œuvres jouées à l'Opéra-Comique pendant cette période, qui ne lui auraient fourni aucun rôle nouveau. Et puis, quoi de plus naturel à elle, que d'avoir voulu montrer à notre public parisien combien, dans ce répertoire, qui lui avait valu tant de succès à Lyon, elle possédait de brio et de véritable autorité ? Elle débuta dans Hamlet et dans Faust, deux figures assez différentes en somme, où son style si pur et sa délicate virtuosité furent hautement appréciés. Le Comte Ory lui fournit ensuite l'occasion de montrer plus spécialement ses qualités d'enjouement et d'esprit, et elle y fut, comme dans Zerline de Don Juan, qui suivit, tout à fait charmante.

 

Une autre reprise, à la fin de l'année, nous la fit voir dans le gracieux personnage de Françoise de Rimini ; mais elle prit également les rôles classiques de la Reine, dans les Huguenots, d'Isabelle, dans Robert le Diable, et de Mathilde, dans Guillaume Tell, et s'y montra des plus distinguées. Après cela, nous ne trouvons plus à noter qu'une éphémère reprise du Tribut de Zamora, où Mme Isaac remplit le rôle de Xaïma... La même année, elle rentrait à l'Opéra-Comique, dans le même personnage qui lui avait servi de début, sept ans auparavant, dans l'Étoile du Nord.

 

1886 lui rendit alors enfin un de ses rôles les plus achevés, Élisabeth du Songe d'une nuit d'été, auprès de Maurel. Il devait lui tarder de le reprendre, car il semblait spécialement fait pour elle, — de l'esprit, de la noblesse, de la virtuosité, c'est tout le rôle. Mme Isaac, à sa verve de jadis, ajouta toute son autorité nouvelle et fut parfaite. Elle eut moins de bonheur avec les deux créations qui lui échurent par la suite ; non pas qu'elle leur prêtât moins de talent, mais Egmont était glacial et vécut à peine quelques soirées, et le Roi malgré lui, interrompu d'abord, comme on sait, par le sinistre de 1887, ne fut pas accueilli avec beaucoup plus de faveur. C'est plutôt dans le répertoire, les Noces de Figaro ou Roméo et Juliette, qu'on put applaudir Mme Isaac, jusqu'à son départ, qui eut lieu en 1889.

 

Ce départ était malheureusement comme une retraite, qui, toute prématurée qu'elle soit, paraît définitive aujourd'hui. A peine avons-nous revu Mme Isaac quelques soirées, dans la reprise des Noces de Figaro, que l'on fit en 1892 et où elle fut si médiocrement entourée ; et un instant, à l'occasion de la millième de Mignon, il y a deux ans... L'éminente artiste laisse du moins des souvenirs qui ne s'éteindront pas. Cet ensemble de qualités, de dons variés, où doit exceller la « première chanteuse », dans le répertoire de l'Opéra-Comique, a toujours été difficile à rencontrer dans son épanouissement, et rares sont les noms (Caroline Duprez, Faure-Lefebvre, Ugalde, Carvalho...) qu'on peut citer avant Mme Isaac. Depuis elle, en connaissez-vous ?

 

 

***

Voici le tableau de sa carrière artistique :

 

1° BRUXELLES

1872-73

le Pré-aux-Clercs (Isabelle), début.

les Noces de Jeannette (Jeannette).

le Domino noir (Angèle).

Giralda (Giralda).

Don Juan (Zerline).

Lara (la Comtesse).

les Mousquetaires de la Reine (Athénaïs).

Tannhäuser (le pâtre), création.

2° PARIS

 

1873-74

OPÉRA-COMIQUE

la Fille du régiment (Marie), début.

Richard Cœur de Lion (Laurette).

Joconde (Edile).

la Dame blanche (Anna).

3° LIÈGE

1874-75

le Songe d'une nuit d'été (Élisabeth), début.

Faust (Marguerite).

le Barbier de Séville (Rosine).

les Diamants de la couronne (Catarina).

Rigoletto (Gilda).

Hamlet (Ophélie).

Lucie de Lammermoor (Lucie).

la Traviata (Violetta).

la Reine Topaze (Topaze).

la Fanchonnette (Fanchonnette).

le Docteur Crispin (Annette).

l'Ombre (Jeanne).

Martha (Martha).

Mignon (Philine).

Zampa (Camille).

Manon Lescaut (Manon).

(Et le répertoire précédent.)

4° LYON

1875-77

le Songe d'une nuit d'été (Élisabeth), début.

Jaguarita l'Indienne (Jaguarita).

Carmen (Carmen).

Roméo et Juliette (Juliette).

(Et le répertoire précédent.)

5° PARIS

1878

 

 

 

1879

 

 

1880

1881

1882

1883

 

1883

 

 

1884

 

 

 

1885

 

 

1885

1886

 

1887

1892

OPÉRA-COMIQUE

l'Étoile du Nord (Catherine), rentrée.

Haydée (Haydée).

Galathée (Galathée).

Roméo et Juliette (Juliette).

le Caïd (Virginie).

Mignon (Philine).

le Domino noir (Angèle).

les Contes d'Hoffmann (Stella, Olympia, Antonia), création.

les Noces de Figaro (Suzanne).

Carmen (Carmen).

OPÉRA

Hamlet (Ophélie), début.

Faust (Marguerite).

le Comte Ory (la Comtesse).

Don Juan (Zerline).

les Huguenots (la Reine).

Robert le Diable (Isabelle).

Françoise de Rimini (Francesca).

Guillaume Tell (Mathilde).

le Tribut de Zamora (Xaïma).

OPÉRA-COMIQUE

l'Étoile du Nord (Catherine), rentrée.

le Songe d’une nuit d'été (Élisabeth).

Egmont (Claire), création.

le Roi malgré lui (Minka), création.

les Noces de Figaro (Suzanne).

6° CONCERTS

 

LYON. — Gallia.

PARIS. — la Damnation de Faust, Rédemption, etc.

 

(Henri de Curzon, Croquis d’artistes, 1898)

 

 

 

 

 

 

 

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