Léon JEHIN

 

 

 

Léon Noël Joseph dit Léon JEHIN

 

chef d'orchestre et compositeur belge

(Spa, Belgique, 17 juillet 1853* – Park Palace, Monaco, 14 février 1928*)

 

Fils d’Antoine JEHIN ( av. 1889), musicien, et de Marie Elisabeth NAGANT.

Epouse à Paris 9e le 26 décembre 1889* Blanche DESCHAMPS-JEHIN, cantatrice.

 

 

Elève de son père (directeur de l’école de musique de Spa), puis des conservatoires de Liège (1864) et de Bruxelles (1865, où il fut l’élève de Léonard, Kufferath, Gevaert, etc.). Tout en faisant déjà partie, comme premier violon, de l'orchestre du Théâtre de la Monnaie (1870-1880), il suivit pendant deux ans le cours de perfectionnement organisé par Vieuxtemps. Il fut nommé, en 1881, professeur adjoint d'harmonie au Conservatoire royal de Bruxelles et chef d'orchestre du Théâtre d'Anvers, mais passa l'année suivante déjà au Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, et y remplit, de 1882 à 1888, les fonctions de second chef d'orchestre. Il dirigea en même temps les concerts du Vauxhall et ceux de l'Association des artistes musiciens. En 1889 , il fut second chef au théâtre lyrique de la Renaissance à Paris. En 1892, il conduisit pendant deux saisons l'orchestre de Covent-Garden, à Londres, où il dirigea les premières en Angleterre de Philémon et Baucis et du Rêve. Enfin, il fut appelé à la direction de l'orchestre du Théâtre et des concerts de Monte-Carlo, où il termina brillamment sa carrière de directeur de la musique (Opéra de Monte-Carlo, 1893-1928). Il y dirigera entre autres les créations mondiales de la Damnation de Faust (version scénique), Messaline, le Cobzar, Don Quichotte, Pénélope, les Demoiselles de Saint-Cyr, Chérubin. En tant que compositeur, il a fait preuve d'habileté et de bon goût. On a de lui un ballet Lison, un Scherzetto symphonique, une Suite de ballet (quatre parties) et une Marche jubilaire pour orchestre, un Minuetto pour petit orchestre, une Elégie pour instruments à archet, une Romance pour violon et orchestre et plusieurs mélodies pour chant et piano. Il dirigea l'orchestre de l'Opéra de Paris en représentation, le 26 juin 1909 pour la première du Vieil aigle de Raoul Gunsbourg (dont il avait écrit l'instrumentation) et en 1912 dans Rigoletto.

En 1908, il habitait l’hiver : villa Blanche à Monte-Carlo, l’été : Grand Cercle à Aix-les-Bains (Savoie).

 

 

 

 

Un jeune. — Des yeux de myope, protégés par un lorgnon. Les cheveux châtain foncé se portent bien ; mais il ne serait pas impossible qu'ils dessinassent, un jour, une toute petite tonsure — très élégante. Jehin le prévoit ; il a commencé déjà à ramener, d'un peu loin, sur le crâne, une mèche légèrement folâtre, qu'il a le soin de ne pas déranger trop lorsqu'au pupitre il s'éponge le front, les soirs... où le souffleur a demandé un congé. La moustache est mince et presque irrégulière ; la barbe du menton, mal plantée ; elle n'a pas eu le temps de pousser, ou bien il a arraché la moitié des poils dans la fièvre du travail.

 

Car Jehin est un travailleur, un convaincu. Il conduit les répétitions du théâtre, la plupart des représentations, et dans le temps que lui laissent le Conservatoire, les concerts, l'administration du Vaux-Hall, les leçons, il remonte rapidement dans son donjon de la rue d'Arenberg, vient s'isoler dans ce petit cabinet encombré de musique, de paperasses, de livres de toutes sortes, véritable capharnaüm, très au-dessus du sol, pour élever davantage la pensée, et l'abriter mieux du bruit de la rue. C'est là qu'il « œuvre ».

 

Au théâtre, — galant avec les dames, familier avec les artistes qui sont ses camarades, sincère, ne dissimulant pas son appréciation artistique, mais l’émettant sous une forme cordiale qui ne blesse pas la susceptibilité connue des chanteurs.

 

Au pupitre — toujours en éveil, — il soutient l'artiste, l'encourage, ne s'effarouche guère d'une tonalité douteuse, d’un départ anticipé ou d'un retard dans la mesure, rassure tout le monde d'un sourire sympathique qui dit : « Ne vous inquiétez pas, je suis là », — il tient sous son bâton les exécutants de la scène aussi bien que ceux de l’orchestre, — prenant part à l'action scénique, — riant volontiers aux passages comiques, — échangeant un regard d'intelligence avec l’acteur, s'il se trompe, si un accessoire indispensable vient à manquer ou à l'un des mille incidents qui peuvent marquer une représentation, — mais réprimant vite tout cela pour se donner un air de gravité, qu’il n'a pas — heureusement.

 

(Jacques Isnardon, le Théâtre de la Monnaie, septembre 1888)

 

 

C'est un grand chef d'orchestre, un remarquable musicien qui vient de disparaître. Né à Spa en 1853, Léon Jéhin fit au Conservatoire de Bruxelles de sérieuses et complètes études, tant de violon que d'harmonie, puis, sous la direction de Gevaert, de contrepoint, de fugue, de composition.

 

Chef d'orchestre à Anvers, à Rouen, il ne tarda pas à être appelé à la Monnaie où on lui confia le premier poste. En 1886, un congé lui fut accordé pour aller diriger la saison théâtrale à Monte-Carlo. Sa réussite y fut telle qu'il y demeura et en devint, jusqu'à sa mort, le directeur de la musique.

 

Il y fonda les Concerts classiques hebdomadaires qui rayonnèrent d'un éclat tel qu'on y vint de toute la région, même de Marseille. Ce qu'il y joua de musique est prodigieux. Sa profonde culture lui permettait d'interpréter magistralement, avec une rare probité de style, les classiques, Bach et Beethoven particulièrement. Berlioz, Franck, Saint-Saëns n'ont jamais été mieux rendus que par lui. Quant à Wagner, il en était foncièrement imprégné : on peut affirmer qu'il était l'un des plus grands chefs wagnériens. Toutes les écoles — tant françaises qu'étrangères — ont figuré à ses programmes ; et quelle dette de reconnaissance ont contracté envers lui la presque totalité de nos compositeurs, envers cet homme consciencieux, dévoué, accueillant qui ouvrait largement sa porte à tous les jeunes, pour peu qu'ils eussent quelque valeur, les encourageait, produisait leurs premiers essais.

 

Au théâtre, il a tout conduit ; classiques, répertoire, modernes, a monté l'œuvre entière de Wagner — et avec quelle perfection — assuré la création des nombreux ouvrages dont la scène monégasque a donné la primeur : œuvres de Saint-Saëns, de Massenet, de Leroux, le Pénélope, de Fauré, la version théâtrale de la Damnation de Faust. Il a, en grande partie, contribué à la renommée musicale de Monte-Carlo.

 

Longtemps aussi il fut directeur de la musique du Grand Cercle d'Aix-les-Bains, servant avec la même foi, le même art, la musique l'été en Savoie que l'hiver sur la Côte d'Azur.

 

Il avait épousé la réputée cantatrice, décédée il y a quelques années, Blanche Deschamps ; la créatrice du Roi d'Ys, de Louise, de Cendrillon, à l'Opéra-Comique, de Samson, de Messidor, à l'Opéra.

 

Chef de grande envergure, il s'imposait à tous par son noble et probe talent, sa haute valeur. Affable, accueillant, toujours prêt à rendre service, foncièrement bon, il inspirait à tous, compositeurs et virtuoses, musiciens d'orchestre et chanteurs, une réelle amitié. C’était un excellent homme, un beau caractère, un musicien uniquement épris de son art dont tous ceux qui l'ont connu garderont le souvenir affectueux et ému.

 

(Raymond Balliman, Lyrica, février 1928)

 

 

 

 

 

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