Louis LACOMBE

 

 

 

Louis TROUILLON LACOMBE dit Louis LACOMBE

 

pianiste et compositeur français

(Bourges, Cher, 26 novembre 1818* – Saint-Vaast-la-Hougue, Manche, 30 septembre 1884*), enterré au Père-Lachaise (85e division).

 

Fils de Louis TROUILLON LACOMBE (Orléans, Loiret, 1793 – Vienne, Autriche, 26 décembre 1864), instituteur, et de Félicie CHEDIN (Bourges, 1800 – Vienne, Autriche, 13 juillet 1863), mariés à Bourges le 26 janvier 1818*.

Frère de Félicie Emelie Anne TROUILLON LACOMBE (Bourges, 08 octobre 1821* –).

Epouse 1. à Paris 2e le 30 mars 1843 Magdeleine Marie Louise SIMON (Metz, Moselle, 1801 – Paris 16e, 23 août 1868*)

Epouse 2. à Paris 16e le 11 septembre 1869* Andréa FAVEL, cantatrice.

 

 

Il parut tout enfant en public, et réussit de bonne heure dans l'improvisation. Admis, en 1829, au Conservatoire, il remporta le premier prix de piano, en 1831, et alla se faire entendre en Belgique, en Allemagne et dans la midi de la France. Fixé à Paris depuis son retour, il s'est fait un nom estimé d'exécutant et de compositeur. Il fit d'abord paraître un recueil de piano : les Harmonies de la nature, un quintette et deux trios avec piano, puis bientôt des œuvres considérables : Manfred, Arva ou les Hongrois, Epopée lyrique, et une ouverture intitulée Minuit. Quelques-unes de ses mélodies, telles que l'Ondine et le Pêcheur, de ses pièces de piano, comme sa grande étude d'octaves, ont été très répandues. Parmi ses compositions, il faut signaler : Sapho, scène lyrique, couronnée à l'Exposition universelle de 1878 ; un grand nombre de romances, de chœurs, puis, pour le piano, des sonates, nocturnes et des morceaux de genre. Il écrivit la musique de scène pour un drame, l'Amour, et fit représenter, en 1861, un opéra-comique en un acte, la Madone. Après sa mort, on a donné à Genève (1892) un grand opéra en quatre actes, Winkelried, et, en Allemagne, un opéra-comique, le Tonnelier de Nuremberg. C'est après sa mort que parut Dernier amour, recueil de vers (1886), et un volume, Philosophie et musique (1896), publié par les soins de sa seconde femme.

Son père est nommé Louis Trouillon sur son acte de mariage (1818), Louis Trouillon Lacombe sur l'acte de naissance du compositeur (1818), et Louis Trouillon dit Lacombe sur l'acte de naissance de sa sœur Félicie (1821) ; cependant, le compositeur déclare lors de son mariage (1869) que sur les actes de décès de ses parents, son père est nommé à tort Louis Trouillon, son vrai nom étant Louis Trouillon Lacombe.

On doit à Louis Gallet une Conférence sur Lacombe et son œuvre (1891).

En 1869, il habitait 6 rue Guichard à Paris 16e ; en 1880, 4 rue Pierre le Grand à Paris 16e.

 

=> Philosophie et musique (1896), de Louis Lacombe, contenant le catalogue de ses œuvres.

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

Manfred, symphonie dramatique en 4 parties, livret de M. de Château-Renaud (Conservatoire, 21 mars 1847, avec Mmes Duflot-Maillard, De Rupplin, MM. Roger, Tagliafico) => livret

l'Amour, mélodrame en 5 actes de Jean-Alexandre-Paulin Niboyet, musique de scène [op. 77] (théâtre Saint-Marcel, 02 décembre 1859) => partition

     Représenté au théâtre Saint-Marcel, alors sous la direction de Bocage. Il fut mis à l'étude l'année suivante au théâtre d'Anvers. L'Hymne à Schiller, au premier acte, le chœur des Gardes de nuit et le Miserere sont les morceaux les plus caractéristiques de la partition.

la Madone, opéra-comique en 1 acte, livret de Pierre Carmouche (Théâtre-Lyrique [boulevard du Temple], 16 janvier 1861, avec Mlle Orwill, MM. Legrand, Vanaud)

     « Un peintre, frappé de la beauté d'une jeune paysanne, la fait venir dans son atelier, où elle pose pour une madone. Le pêcheur Matteo, amant de la jeune fille, est averti de cette circonstance. Il se croit trahi par sa maîtresse, et arrive chez le peintre. Celui-ci se fait alors reconnaître pour le célèbre Fra Angelico de Fiesole. A la vue du saint religieux, la jalousie de Matteo fait place au respect et à l'admiration. La partition abonde en idées musicales développées avec un talent de premier ordre. On a remarqué surtout l'ouverture, la sérénade et deux beaux duos. » [Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869]

« L'action se passait à Rome au XVIe siècle, et mettait en scène le peintre Fra Angelico. C'était la dernière pièce du fécond vaudevilliste Carmouche, du collaborateur de Scribe, de Mélesville, de Bayard... qui, à sa mort, arrivée en 1868, a laissé un actif de près de trois cents œuvres dramatiques. Quant à la musique, comprise seulement de quelques affiliés au wagnérisme naissant, elle était de M. Lacombe, pianiste, écrivain et conférencier. » [Albert de Lasalle, Mémorial du Théâtre-Lyrique, 1877]

Winkelried, grand opéra héroïque en 4 actes, livret de Moreau-Sainti fils et Lionel Bonnemère (Genève, 17 février 1892) => fiche technique

le Tonnelier de Nuremberg, opéra-comique en 2 actes, livret de Charles Nuitter, d'après le conte d'Hoffmann (version allemande Meister Martin und seine Gesellen, Coblence, 07 mars 1897)

     Première représentation, après le décès du compositeur, au théâtre municipal de Coblence, le 07 mars 1897, dans une version allemande de Hugo Riemann, avec Mlle Alberti et MM. Gaeszner, Bœrner, Demuth et Landauer. Le succès fut très vif.

la Reine des eaux, opéra en 3 actes, livret de Charles Nuitter (version allemande Die Korrigane, Sondershausen, 14 mars 1901)

     Représenté après la mort du compositeur dans la traduction allemande de Th. Rehbaum. C'est, avec Winkelried et le Tonnelier de Nuremberg, le troisième ouvrage de Louis Lacombe qu'on représentait à l'étranger après la mort du grand artiste, qui n'avait jamais pu parvenir à les produire en France.

le Festin de pierre, grand opéra bouffe en 1 acte, livret de Clairville (version allemande Der Kreuzritter, Sondershausen, 21 mars 1902)

 

mélodies

 

une centaine de mélodies pour chant et piano, dont :

Adieu !, dédiée à Léonce Valdec, poésie de Pierre de Ronsard (1876) => partition

Aime celui qui t’aime, dédiée à Andréa Favel, poésie de Victor Hugo (1870) => partition

Attente (l’), op. 18 (1846)

Au pied d’un crucifix, mélodie religieuse dédiée à Andréa Favel, poésie de Victor Hugo (1870) => partition

Aubade, dédiée à J. Diaz de Soria, poésie de Pierre de Ronsard (1876) => partition

Dors, mon enfant, op. 18 (1846)

Douces pensées, op. 18 (1846) => partition pour piano

O ma charmante !, dédiée à Gustave Roger, poésie de Victor Hugo (v. 1870) => partition

Vieille chanson du jeune temps, dédiée à Andréa Favel, poésie de Victor Hugo (1870) => partition

 

œuvres instrumentales

 

4 Nocturnes pour piano, op. 8 => partition

les Harmonies de la nature, op. 22 => partition

Sonate de salon, pour piano, op. 33 (v. 1850) => partition

Trio pour piano n°2, op. 41 (1853) => partition

 

 

 

         

 

Mélodie pour piano de Louis Lacombe, publiée dans Musée des familles, 1853

 

 

 

Catalogue des œuvres de Louis Lacombe (édition de 1847)

 

Op. 01. — Grand caprice, pour piano — éd. H. Lemoine

Op. 02. — Les Adieux à la Patrie, caprice, pour piano — éd. H. Lemoine

Op. 03. — Valse artistique, pour piano — éd. H. Lemoine

Op. 04. — Elégie pour violon, avec accompagnement de piano — éd. H. Lemoine

Op. 05. — Une scène de Bal, fantaisie pour piano — éd. Colombier

Op. 06. — Duo à deux pianos, sur le Freyschütz — éd. Colombier

Op. 07. — Duo pour piano et violon, sur Oberon — éd. Colombier

Op. 08. — Quatre Nocturnes — éd. Colombier

Op. 09. — Duo pour piano et violon, sur Richard — éd. D’Arnaud

Op. 10. — Etudes dédiées à sa mère — éd. D’Arnaud

Op. 11. — Il faut mourir, scène pour voix de soprano — éd. Bonoldi

Op. 12. — Grand trio , pour piano , violon et violoncelle — éd. D’Arnaud

Op. 13. — Grand galop — éd. D’Arnaud

Op. 14. — Lo Retour du Guerrier, fantaisie dramatique — éd. D’Arnaud

Op. 15. — Une Chanson des champs, mélodie pour piano et violon — éd. Fleury

Op. 16. — Mélodie pour piano — éd. Al. Leduc

Op. 17. — Trois nocturnes pour piano — éd. Philippe

Op. 18. — Trois Mélodies — éd. Colombier

Op. 19. — Grandes études — éd. Colombier

Op. 20. — Hommage à Thalherg, fantaisie sur Beatrice di Tenda — éd. Heugel

Op. 21. — Polonaise — éd. Escudier

Op. 22. — Les Harmonies de la Nature — éd. Chabal

Op. 23. — Duo à quatre mains, sur la Péri — éd. Colombier

Op. 24. — Trois Nocturnes — éd. Colombier

Op. 25. — Duo pour piano et violon, sur Zampa — éd. Meissonnier

Op. 26: — Grand quintette pour piano, violon, violoncelle, hautbois et basson — éd. Richault

Op. 27. — Cora, valse — éd. Benacci

Op. 28. — Une scène de l'Inondation, air pour mezzo-soprano — éd. Benacci

Op. 29. — Valse de concert — éd. Meissonnier

Op. 30. — Mélodie pour violoncelle ou violon avec accompagnement de piano — éd. Fleury

Op. 31. — Grande fantaisie dramatique sur les Huguenots — éd. Brandus

Op. 32. — Le Chevalier et la jeune Fille, mélodie — éd. Fleury

Op. 33. — Sonate de salon — éd. Colombier

Op. 34. — Duo pour piano et violon, sur le Freyschütz — éd. Colombier

Op. 35. — Trois Nocturnes — éd. Meissonnier

Op. 36. — Ronde fantastique — éd. Richault

Op. 37. — Duo pour piano et violon, sur les Puritains — éd. Heugel

Op. 38. — Douze études de salon — éd. Colombier

Op. 40. — Etude en octaves — éd. Heugel

Op. 41. — La Bacchanale, étude de concert — éd. Heugel

 

Ouvrages inédits :

Grande Sonate pour piano.

Trio pour piano, violon et violoncelle.

Au Tombeau du héros, élégie pour violon, avec accompagnement de piano.

Duo pour piano et violon, sur Euryante.

Le Choral, grande étude.

Etude de concert.

Ouverture du Jeune Henri, arrangée pour piano seul.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il reçut de sa mère les premières leçons de piano, entra, en 1830, au Conservatoire de Paris, et  remporta le premier prix de piano au concours de 1831. Il entreprit alors une excursion artistique dans le nord de la France, la Belgique, l'Allemagne et l'Autriche, et s'arrêta, en 1834, à Vienne, où le jeune virtuose perfectionna son talent de pianiste sous la direction de Charles Czerny, en même temps qu'il étudiait la composition musicale avec Sechter et avec Seyfried. En 1837, Lacombe recommença ses voyages et revint, en 1839, se fixer à Paris comme professeur de piano. Depuis cette époque, il s'est fait connaître par de nombreuses compositions, qui révèlent un talent sérieux et élevé. Parmi ses œuvres, nous citerons : les Adieux à la patrie ; les Harmonies de la nature ; Manfred, symphonie dramatique ; l’Ondine et le pêcheur ; Arva ou les Hongrois (1849), symphonie d'un grand caractère ; le Retour des guerriers ; la Ronde fantastique ; la Polonaise ; la musique des intermèdes d'un drame intitulé : l'Amour, par M. Niboyet ; la Madone, opéra en un acte, joué au Théâtre-Lyrique en 1861, et qui eut peu de succès. On lui doit aussi : quinze Lieder, pour voix seule, avec accompagnement de piano, tous écrits sur des poésies de Victor Hugo, de Musset et de Gautier ; un grand chœur : Cimbres et Teutons, chanté avec un succès triomphal, par 5.000 orphéonistes, au Palais de l'industrie ; un trio en la mineur, une Marche turque, Larmes et Sourires, Simples mélodies, et, enfin, sa plus récente publication : Romances sans paroles, autant de poèmes musicaux dans lesquels l'artiste a mis tout son cœur.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866)

 

Voici le jugement que porte de lui M. Victorin Joncières : « Ce fut un grand artiste, inconnu de la foule, mais dont la haute valeur est justement appréciée des vrais connaisseurs. La postérité le vengera sans doute de l'injuste indifférence de ses contemporains. On se souvient encore du succès des fragments de Sapho, aux concerts de l'Exposition de 1878. Trop courte fut, hélas ! cette lueur de gloire à peine entrevue ! » Il a laissé un grand opéra : Winkelried, et deux opéras-comiques : le Tonnelier de Nuremberg et la Reine des eaux. On peut consulter sur ce compositeur une étude de M. Henri Boyer, intitulée : Louis Lacombe et son œuvre (1888).

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 2e supplément, 1888)

 

 

 

 

 

Il reçut de sa mère les premières leçons de musique. A peine âgé de sept ans, il joua du piano dans un concert donné au Théâtre pour les incendiée de Salins. En 1828, son père alla s'établir à Paris, afin que son fils pût y développer son talent naissant. Admis au Conservatoire de Paris, le 10 avril 1829, le jeune Lacombe y fut élève de Zimmermann pour le piano, et obtint le premier prix au concours de 1831, avant d'avoir accompli sa treizième année. Il sortit de cette école le premier octobre 1832, et bientôt après il entreprit avec son père, sa mère, et sa sœur (Félicie Lacombe), devenue son élève, un voyage en France, en Allemagne, recueillant partout des applaudissements accordés à son talent précoce. Arrivé à Vienne, Lacombe développa ce talent sous le rapport du mécanisme par les leçons de Charles Czerny, et apprit, sous la direction de Fischoff, à interpréter les œuvres classiques de Haydn, de Mozart, de Hændel, de Bach et de Beethoven. L'instruction du jeune artiste se compléta dans l'harmonie et le contrepoint, dont il fit un cours chez Simon Sechter ; le maître de chapelle Seyfried lui enseigna la facture de la fugue et l'instrumentation. Ce fut à Vienne que le jeune Lacombe écrivit ses premières compositions, lesquelles consistaient en quelques morceaux pour le piano, et deux ouvertures pour l'orchestre. Après plusieurs années de séjour dans cette ville, il reprit le cours de ses pérégrinations avec sa mère et sa sœur, en 1840, visita Dresde, la Saxe, les villes du Rhin, et rentra à Paris à la fin de cette même année. Depuis cette époque jusqu'en 1842, il publia quelques œuvres brillants et gracieux pour le piano qui furent bien accueillis, un quintette en fa dièse mineur, un trio en mineur pour piano, violon et violoncelle, et des études. Jugeant toutefois que ses études de composition n'avaient pas été complètes, il prit des leçons de M. Barbereau pour l'harmonie, lut et médita les traités de contrepoint de Cherubini et de l'auteur de cette notice, et acheva avec courage cette nouvelle excursion dans le domaine de la science.

Marié à vingt-quatre ans à une femme qui possédait une modeste aisance, Lacombe put se livrer avec plus de liberté à la composition : c'est alors que parurent les Harmonies de la nature, pour piano, la grande étude en octaves, le second trio pour piano, violon et violoncelle (en la mineur), supérieur au premier sous le rapport du développement des motifs et de la facture, ainsi que quelques pièces de moindre importance. Le 21 mars 1847 il donna dans la salle du Conservatoire un concert où l'on exécuta une ouverture de sa composition, plusieurs morceaux de chant, dont un (l'Ondine et le Pêcheur) a obtenu un succès de vogue, et une symphonie dramatique intitulée Manfred, qui appartient au genre descriptif et scénique par lequel Berlioz, Félicien David, M. Douay et quelques autres compositeurs ont entrepris de donner une direction nouvelle à l'art. Déjà M. Lacombe avait fait entrevoir son penchant pour ce genre dans une ouverture qui avait pour titre Mitternacht (Minuit), et qui fut exécutée à Dresde en 1840, dans un concert qu'il y donna. Le 26 mars 1859, une autre symphonie dramatique de Lacombe, intitulée Arva, ou les Hongrois, fut exécutée dans un second concert donné par lui. La marche des Racoleurs, tirée de cet ouvrage, et arrangée pour piano, à deux et à quatre mains, a été publiée chez Heugel à Paris. A l'exception de quelques fragments d'une Épopée lyrique, qui ont été exécutés aux concerts de la Société de Sainte-Cécile, sous la direction de M. Seghers, et de la Société des jeunes artistes, dirigée par M. Pasdeloup, aucun grand ouvrage du genre de Manfred et d'Arva, composé par Louis Lacombe, n'a été entendu après ceux-ci, quoiqu'il ait beaucoup écrit. Ce n'est qu'au prix de grands sacrifices qu'un compositeur peut se donner la satisfaction d’entendre ses productions lorsqu'elles ont des proportions gigantesques d'orchestre et de chœurs ; car elles occasionnent des dépenses considérables pour les répétitions et l'exécution. L'exagéré est la maladie des artistes de l'époque actuelle : ils ne peuvent se décider à rester dans des limites plus modestes, parce qu'ils se persuadent que l'effort est le génie. M. Louis Lacombe a fait représenter au Théâtre-Lyrique, le 16 janvier 1861, un opéra-comique en un acte, intitulé la Madone, où les proportions de la musique étaient en désaccord avec la simplicité du sujet, bien qu'il y eût du mérite dans la manière dont la partition était écrite. On y remarquait l’erreur qui vient d'être signalée : la haine du simple ! Parmi le grand nombre de morceaux de piano publiés par cet artiste estimable, on a distingué particulièrement les œuvres qui ont pour titre Deux nocturnes (op. 50) ; Marche turque ; Simples mélodies ; Larmes et sourires ; douze Lieder pour voix seule, avec accompagnement de piano.

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, 1866)

 

Parmi les œuvres nombreuses publiées pour le piano par cet artiste distingué, il faut surtout signaler les suivantes : 1° Grande sonate de salon, op. 33, Paris, Colombier ; 2° Grandes études, op. 19, id., id. ; 3° Études de salon, op. 38, id., id. ; 4° 6 Études de style et de mécanisme, Paris, Heugel ; 5° les Harmonies de la nature, 9 morceaux caractéristiques, Paris, Choudens ; 6° Grand Caprice, op. 1, Paris, Lemoine ; 7° Bacchanale, étude de concert, Paris, Heugel ; 8° 4 Nocturnes brillants, op. 8, Paris, Colombier ; 9° 3 Nocturnes, op. 24, id., id, ; 10° 3 Mélodies, op. 18, id., id. ; 11° Simples Mélodies (6 morceaux) Paris, Choudens ; 12° 3 Nocturnes, op. 35, id., Gérard ; 13° Valse de concert, op. 29, id., id. ; 14° Suite de valses, op. 76 ; Paris, Gregh. M. Louis Lacombe a publié aussi des chœurs orphéoniques : Extase, Hymne, le Matin (Colombier), et, pour voix seule : 6 Fables de la Fontaine (le Renard et le Bouc, le Lion devenu vieux, le Renard et la Cigogne, le Lièvre et les Grenouilles, l'Âne chargé de reliques, la Laitière et le Pot au lait), op. 72 (Gregh) ; 2 Sonnets de François Barrillot, en quatre livres (Gregh) ; 2 Sonnets de Zacharie Astruc (Gregh), etc. M. Lacombe a écrit la musique de l'Amour, drame lyrique de M. Paulin Niboyet, qui fut représenté au théâtre Saint-Marcel, alors que cette petite scène populaire était dirigée par le grand comédien Bocage. Cet artiste s'est occupé aussi de littérature musicale, et a donné quelques articles au journal la Chronique musicale.

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, supplément d’Arthur Pougin, 1881)

 

 

 

 

 

La ville de Bourges a célébré, le samedi 23 mai, la mémoire d'un de ses plus laborieux enfants : le compositeur Louis Lacombe. On a donné au théâtre un festival composé entièrement d'une sélection de ses œuvres symphoniques et mélodiques. J'ai assisté à cette soirée et je m'en applaudis. Il m'a été ainsi permis d'apprécier la valeur musicale d'un compositeur dont jusqu'ici je connaissais mieux le caractère que les œuvres. Louis Lacombe, qui fut un pianiste célèbre et qu'on s'était tellement habitué à ne considérer que comme un pianiste que lorsqu'il cessa ses tournées de virtuose à travers l'Europe, beaucoup le crurent mort, Louis Lacombe aurait voulu rompre avec son passé pourtant glorieux et ne se consacrer désormais qu'à la composition.

 

Il le fit ; il avait une valeur considérable, mais une modestie, ou tout au moins une réserve égale à sa valeur. Il produisit beaucoup ; il ne fit rien pour mettre en avant ce qu'il produisait. Les musiciens l'ont connu et admiré ; le public l'a presque ignoré. Quand son nom revient dans quelque causerie, c'est toujours le grand pianiste qu'il a été qu'on évoque, ce n'est jamais le remarquable compositeur que réellement il était.

 

Les Parisiens ont pourtant exceptionnellement applaudi de lui, au Conservatoire et au Palais de l'Industrie, des œuvres de premier ordre, et cela depuis l'année 1847 : Manfred, symphonie dramatique ; Arva, autre symphonie sur des scènes hongroises ; Sapho, ouvrage de haute valeur ; Cimbres et Teutons, vaste scène chorale qui eut cinq mille exécutants et quarante mille auditeurs.

 

Il avait rêvé la gloire du théâtre, la seule qui soit vraiment retentissante, il ne l'eût point ; il ne devait pas l'avoir, de son vivant du moins, car il a laissé deux ouvrages, dont l'un, Winkelried, doit être exécuté, à l'automne, sur la scène du théâtre de Genève et dont l'autre, la Reine des eaux, ne demande qu'une très légère mise au point pour prétendre à une place sur un théâtre parisien.

 

La municipalité de Bourges, le comité organisé pour la vulgarisation des œuvres des compositeurs berruyers, trouveront dans l'accueil fait aux œuvres de Louis Lacombe, en ce festival du 23 mai, de péremptoires raisons de persévérer dans la tâche qu'ils se sont donnée de replacer le compositeur à la place qui lui est équitablement due dans l'estime du public français.

 

Ce festival comportait diverses pages dont, sans diminuer la valeur et le charme des autres, je ne retiendrai que les deux plus importantes, comme dignes de la plus sincère admiration :

 

Une superbe composition sur les vers d'Hugo : Au pied d'un crucifix, solo, chœur mixte et orchestre ; l'impression en est d'une intensité poignante. C'est incontestablement une des plus belles œuvres de foi et de sentiment que notre école nationale nous ait données.

 

Ensuite cette scène chorale : Cimbres et Teutons, dont je viens de rappeler le titre ; elle est d'une originale ordonnance et de la plus rare vigueur.

 

L'homme qui a écrit ces deux pages magistrales était prédestiné à de grands succès dans la composition dramatique. Les œuvres sont nées ; le succès n'est pas venu, faute d'une occasion favorable ; il viendra peut-être, il viendra, sans doute, si la mort, qui est la grande justicière, fait pour Louis Lacombe ce qui est dû à la sincérité et à la grandeur de ses conceptions.

 

(Louis Gallet, la Nouvelle Revue, 01 juin 1891)

 

 

Tout récemment encore, un musicien, trop vite disparu, y était fêté, à l'occasion d'un ouvrage inédit en deux actes, inspiré des contes d'Hoffmann : le Tonnelier de Nuremberg, mis en œuvre par M. Charles Nuitter, conte naïf et charmant, dont, en France, on « blaguerait » la conception et la tenue et qui, là bas, ravit un auditoire sans scepticisme et sans exclusivisme. Ce musicien, c'est Louis Lacombe, l'auteur du Winkelried, joué sur cette même scène de Coblence, après l'avoir été, d'origine, à Genève.

 

Qui se souvient chez nous de Louis Lacombe ? Qui aujourd'hui l'accueillerait vivant, parmi ceux qui parlent déjà de Gounod avec quelque pitié ?

 

Et pourtant ce fut un maître artiste, plus encore, un maître homme. Et dans un petit cercle de fidèles on prononce toujours son nom avec respect et on s'incline devant son œuvre, qui peut porter les traces de l'âge, mais n'en est pas moins digne d'admiration.

 

J'ai raconté naguères, ailleurs, l'épisode que voici :

 

En sa prime jeunesse Louis Lacombe avait été un pianiste célèbre. Catalogué comme tel, on n'admettait pas qu'il pli être, en même temps, un compositeur; et comme pianiste, on le tenait pour mort depuis longtemps, lorsqu'un jour, en 1878, le jury d'un concours institué pour une symphonie trouva son nom sur une partition portant le titre de Sapho.

 

Louis Lacombe ? — Plusieurs jurés demandèrent quel était ce Lacombe.

 

— Eh quoi ! s'écria Saint-Saëns, vous ne connaissez pas Lacombe ? Je vais vous le faire connaître.

 

Alors, se mettant au piano, et réduisant à première vue la partition d'orchestre, il joua et chanta cette Sapho, dont l'effet fut irrésistible et valut à l'ouvrage d'être classé en première ligne.

 

C'est ce triomphateur d'antan que le public de Coblence vient d'honorer ; c'est de lui que les gazettes allemandes, dont je viens de recevoir les extraits, disent :

 

« Si l'opéra Winkelried a eu un succès phénoménal, nous pouvons enregistrer aujourd'hui le même résultat pour Maître Martin. — Nul n'est prophète dans son pays, on l'a de nouveau vu hier ! — Si les directeurs parisiens avaient pu apprécier les perles musicales de cette partition, jamais ils ne lui auraient laissé passer la frontière. Coblence n'a qu'à s'en réjouir. L'action est simple, mais arrangée avec beaucoup d'art. La partition de maître Lacombe peut se placer fièrement à côté des meilleures œuvres de nos plus grands compositeurs..... On ne peut dire nulle part qu'il ait, en sa musique, imité quelqu'un des nôtres, quoi qu'on ne puisse nier qu'il ait de leur tempérament ; mais l'auditeur a ce sentiment "bienfaisant" de se trouver, devant chaque numéro, en présence d'une œuvre de grand génie personnel ».

 

C'est avec joie que j'enregistre cette petite victoire française remportée à l'étranger, par l'un des nôtres. Et ce succès, je n'en doute pas, aura ici son écho. Il y a longtemps que je cherchais l'occasion de reparler aux lecteurs de la Nouvelle Revue d'un compositeur pour le talent et le caractère duquel j'ai, dès notre première rencontre, professé une grande et respectueuse estime.

 

Il ne fut pas seulement, je l'ai dit, un musicien, il fut un penseur et un poète. Comme tous les grands esprits il se gardait bien de se confiner dans l'égoïsme de son art ; il aimait tous les arts et la philosophie le charmait à l'égal de la musique, en laquelle d'ailleurs il se flattait de mettre parfois quelque philosophie.

 

Un beau livre, édité, l'an dernier chez Firshbacher, par les soins pieux de Mme Andrée Lacombe, grâce à la coopération généreuse de quelques amis, perpétuera la noble pensée du maitre disparu, resté ainsi toujours présent à ceux qui l'ont admiré et aimé. Il y a, dans ce livre, de fières et nobles pages, des jugements et des critiques d'un sens très fin, des sentences d'un tour vif et d'une justesse frappante, empreintes, presque toujours, de cette mélancolie, parfois résignée parfois amère, que revêtait volontiers la parole du compositeur de Winkelried.

 

Chez nos voisins, le voilà en passe d'être illustre ; chez nous, il demeurera ignoré de beaucoup ; il mériterait d'avoir une place plus haute.

 

(Louis Gallet, la Nouvelle Revue, 15 mai 1897)

 

 

 

 

 

Il devint, en 1829 déjà, élève de Zimmermann, au Conservatoire de Paris, et obtint deux ans plus tard le premier prix de piano. Il quitta le Conservatoire en 1832, puis entreprit avec sa sœur, Félicie Lacombe, un voyage artistique à travers la France, la Belgique et l'Allemagne ; il arriva à Vienne en 1834 et s'y arrêta pendant huit mois, pour travailler encore, sous la direction de Czerny, de Sechter et de Seyfried. Rentré à Paris en 1839, Lacombe se voua de plus en plus à la composition. Il publia d'abord, en fait d'œuvres importantes, un quintette pour piano, violon, hautbois, violoncelle et basson (op. 26), un trio ( mineur) et des pièces pour piano seul ; puis vinrent des symphonies dramatiques (avec soli et chœurs) : Manfred (1847) et Arva ou les Hongrois (1850), un second trio (la mineur), une grande étude d'octaves pour le piano (très connue), diverses pièces de piano, une quantité de mélodies, des chœurs a cappella et avec orgue (Agnus et Kyrie, pour 3 voix égales), une Epopée lyrique de dimensions gigantesques, un opéra-comique en un acte : la Madone (Théâtre-Lyrique, 1860), un grand opéra en 4 actes : Winkelried (Genève, 1892), un autre opéra-comique en 2 actes : le Tonnelier (représenté à Coblence, en 1897, sous le titre de Meister Martin und seine Gesellen), un opéra en 3 actes : Korrigane (Sondershausen, 1901), la musique de l'Amour de Niboyet, etc. Mais l'ouvrage le plus connu de Lacombe est une sorte de mélodrame avec chœurs, Sapho, couronné à l'Exposition universelle de 1878 et exécuté, à plusieurs reprises, aux concerts du Châtelet et du Conservatoire. Lacombe atteint parfois une certaine grandeur (Winkelried) ou se risque dans d'audacieuses recherches de caractéristique (Manfred), mais son talent est plutôt lyrique et gracieux.

(Hugo Riemann, Dictionnaire de musique, traduction de Georges Humbert, 1913)

 

 

 

 

 

 

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