Pierre LAURENT

 

 

 

Pierre Marie QUILLEVERÉ dit Pierre LAURENT

 

baryton français

(Brest, Finistère, 24 janvier 1821* Chatou, Seine-et-Oise [auj. Yvelines], 23 août 1854*)

 

Fils de Laurent QUILLEVE (Bohars, Finistère, 03 septembre 1792 ap. 1854), jardinier, et d’Anne Marie LE BRETON (Etables, Côtes-du-Nord [auj. Binic-Etables-sur-Mer, Côtes-d’Armor], 22 juillet 1788 ap. 1854), mariés à Brest le 13 avril 1820*.

Epouse en 1846 Marie Thérèse Désirée ALLIOUZ-LUGUET dite Marie LAURENT (Tulle, Corrèze, 22 juin 1825* – Villiers-le-Bel, Seine-et-Oise [auj. Val-d’Oise], 05 juillet 1904), actrice.

Parents de Charles Michel Clément QUILLEVE dit Charles LAURENT (La Haye, Hollande, 12 août 1849 – Fontainebleau, Seine-et-Marne, 26 juillet 1928), journaliste et homme politique.

 

 

Il est né de parents commerçants. L'enfant étant venu en âge de choisir une profession, le père voulut en faire un négociant ; mais la mère, penchant pour l'état de marin, le jeune Laurent profita de cette division, et ne se sentant aucun goût pour les idées paternelles, il entra dans les bureaux de la sous-préfecture, où il resta deux ans sans pouvoir y acquérir les qualités du bureaucrate. En revanche, sa prédilection musicale se développa rapidement. Il composait de petits airs, apprenait la musique vocale et jouait du violon avec assez d'habileté. Sa vocation artistique se révéla dans un concert où il se fit entendre par complaisance. L'air du Chalet, Arrêtons-nous ici, lui valut les félicitations de la salle entière, et à dater de ce moment, il résolut de devenir chanteur.

La famille de Laurent essaya en vain de le faire renoncer à son projet, et il entra au Conservatoire de Paris le 16 décembre 1837. MM. de Garaudé et Henri furent ses professeurs, et, trois ans après, ayant obtenu le premier prix, il fut engagé à Liège. Il y débuta avec succès, le 3 septembre 1840, par les rôles de Bertram de Robert le Diable, de Max du Chalet et d'Aston de Lucie ; c'est à cette époque qu'il prit le nom de Laurent.

Il alla ensuite à Toulouse, où il resta trois ans ; puis, en 1844, il fut engagé à la Monnaie de Bruxelles. Il y chantait encore lorsqu’il épousa en 1846 celle qui allait devenir Marie Laurent. Après d’assez beaux succès à Marseille, la même année, ses triomphes allant croissant lui permirent de se présenter à l'Opéra de Paris, le 23 février 1851, dans le rôle d'Alphonse de la Favorite. Des raisons indépendantes du mérite de Laurent rendirent son séjour passager sur notre première scène, mais il avait révélé au public un beau talent de plus. Le 04 septembre 1852 Laurent débuta au Théâtre-Lyrique par le rôle du roi de Si j'étais roi !, et son triomphe fut complet.

Un long et bel avenir paraissait destiné à Laurent, dont chaque création nouvelle était un progrès, lorsqu’il mourut du choléra, presque au début de sa carrière. Cette mort subite est venue enlever au Théâtre-Lyrique un de ses sujets les plus distingués. Pierre Laurent laissait deux enfants et une veuve, Marie Laurent, artiste remarquable, attachée à la troupe de l'Ambigu-Comique.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Il y débuta le 23 février 1851 dans la Favorite (Alphonse).

 

 

Sa carrière au Théâtre-Lyrique

 

Il y débuta le 04 septembre 1852 en créant Si j'étais roi ! (Mossoul) d'Adolphe Adam.

 

Il y créa également le 22 décembre 1852 Tabarin (Tabarin) de Georges Bousquet ; le 11 avril 1853 le Roi des Halles (Planchet) d'Adolphe Adam ; le 03 septembre 1853 la Moissonneuse (Balsamo) d'Adolphe Vogel ; le 31 décembre 1853 Elisabeth (Michoë) de Gaetano Donizetti ; le 16 mars 1854 la Promise (Petit Pierre) de Louis Clapisson ; le 20 mai 1854 Maître Wolfram (Léopold Wolfram) d'Ernest Reyer.

 

 

 

 

 

Il est né de parents commerçants. Son père voulait en faire un marin, et sa mère un négociant. Ni l'un ni l'autre de ces professions n'était du goût du jeune Quilleveré qui se décida à entrer dans les bureaux de la sous-préfecture pendant que l'on discutait encore en famille de son avenir. Deux ans se passèrent ainsi sans qu'il put prendre les habitudes et les allures d'un bureaucrate, car, tandis que ses collègues s'acquittaient consciencieusement de leurs devoirs, lui fredonnait des couplets, et si on n'a pas encore blanchi les murailles de son ancien bureau, on pourra y retrouver quelques petits airs notés de la main du jeune Armoricain.

Quilleveré suivait en même temps un cours de musique vocale et apprenait à jouer du violon sans se douter le moins du monde de la carrière qu'il était appelé à parcourir dans la suite. Il n'en eut la révélation que le soir même d'un concert où il chanta par complaisance le grand air du Chalet, et dans lequel il étonna tout le monde par sa belle voix de basse. C'est alors que les idées de théâtre commencèrent à chatouiller son esprit, qu'il fit de la musique la principale affaire de sa vie et qu'un jour en dépit des conseils de sa famille, des prières de sa mère, il partit pour Paris dans le but d'entrer au Conservatoire de musique, où il fut admis le 16 décembre 1837. Après avoir suivi pendant moins de trois ans les leçons de MM. de Garaudé et Henry, le jeune Quilleveré sortit lauréat pour aller tenir à Liège l'emploi de première basse. Il y débuta le 3 septembre 1840 par les rôles de Bertrand de Robert le Diable, de Max du Chalet et d'Asthon de Lucie de Lammermoor. Dès ce moment il prit le nom de Laurent qu'il n'a pas quitté depuis. De retour en France pour satisfaire à la loi de la conscription, il reçut des propositions d'engagements de plusieurs grands théâtres de la province, de Bordeaux, Rouen, Nantes et Toulouse. Il opta pour cette dernière ville qui jouit dans le monde artistique d'une réputation aussi ancienne que méritée, et il hésita d'autant moins dans cette circonstance qu'il savait d'avance avoir pour camarades MM. Albert, Renault, Mmes Casimir et Rifaut. D'après les conseils de Serda et Levasseur, il avait renoncé aux basses pour prendre les barytons. Il partit donc pour Toulouse avec l'enthousiasme et la confiance du jeune homme, ne sachant de son nouvel emploi que le rôle d'Asthon de Lucie. Le zèle, le travail, l'émulation firent beaucoup, et les créations d'Alphonse de la Favorite, de Lusignan de la Reine de Chypre, de Charles VI dans l'opéra de ce nom, établirent la réputation du jeune chanteur sur des bases solides. D'ailleurs, près de trois années passées dans la ville des Capitouls et des Jeux Floraux témoignent assez de l'estime dont il a joui auprès des dilettanti toulousains. C'est sur le bruit de sa renommée que les administrateurs des théâtres royaux de Bruxelles le firent venir de Toulouse, et bien en a pris à ces messieurs, pour eux et pour le public, car Laurent, malgré la gaucherie de sa mimique et l'exigüité de sa taille, obtint la vogue du premier coup. Ses débuts eurent lieu en mai 1814 dans la Favorite, Lucie et Guillaume Tell.

Laurent chante avec goût et avec âme. Sans être fort étendue, sa voix est d'un timbre sonore ; elle a du mordant dans le haut et de la plénitude dans le bas, mais c'est surtout dans le medium, qu'elle captive et qu'elle charme. Musicien d'instinct et d'éducation, il dessine bien la phrase vocale et termine ses périodes avec élégance. Son jeu sera tout-à-fait satisfaisant lorsqu'il parviendra à remplacer par une aisance de bon goût l'exagération que l'on remarque dans ses allures.

(Annuaire dramatique de la Belgique, 1845)

 

 

 

 

 

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