Antoine MARIOTTE

 

 

 

Antoine MARIOTTE

 

compositeur français

(12 rue Annanelle, Avignon, Vaucluse, 22 décembre 1875* – Izieux [auj. Saint-Chamond], Loire, 30 novembre 1944)

 

Fils de Jean-Baptiste MARIOTTE (1835 –), boyaudier, et de Marie MURGUE (1840 –).

Epouse à Saint-Etienne, Loire, le 18 novembre 1911* Marie Louise Pierrette ROCHAT (Saint-Etienne, 15 janvier 1872* – Saint-Chamond, 21 mars 1951), professeur de musique.

 

 

D’abord officier de marine (enseigne de vaisseau), il ne vint à la musique qu’en 1896. Il rapporta de ses premiers voyages dans les mers de Chine des esquisses musicales, puis il démissionna et entra comme auditeur dans la classe de Widor, puis fut élève de Vincent d’Indy à la Schola cantorum. Organiste et chef d’orchestre à Saint-Etienne (1899), il enseigna le piano au Conservatoire de Lyon (à partir de 1902), et dirigea le Conservatoire d’Orléans (1920-1936). En tant que chef d'orchestre, il dirigea quelques représentations de Manon de Massenet et du Roi malgré lui de Chabrier à l’Opéra-Comique ; il fut administrateur de ce théâtre de  1936 à 1939. En tant que compositeur, il a principalement écrit pour le théâtre. Sa première œuvre, Salomé, composée sur la tragédie d’Oscar Wilde, fut écrite en même temps que celle de Richard Strauss (1908). Elle fut jouée avec succès en France et à l’étranger. Citons également : le Vieux Roi, tragédie lyrique (Lyon, 1913) ; Esther, princesse d’Israël, opéra (1925), œuvre puissante et d’un orientalisme barbare ; Neele Dooryn ; Gargantua, opéra-comique (1935), œuvre truculente. On lui doit en outre deux opérettes : Armande et Léontine sœurs (1924), des mélodies, et quelques œuvres de piano (dont une Sonate pour piano) et d’orchestre (musique symphonique : Kakémonos ; Impressions urbaines). Citons encore des Sonatines d’automne ; Cinquante Canons expressifs ; Poèmes de pitié. Son langage vaut surtout par sa franchise d’accent, sa rythmique ferme et vigoureuse, sa syntaxe personnelle et son pouvoir expressif très direct.

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

Armande, opérette

Salomé, tragédie lyrique en 1 acte, livret d'Oscar Wilde (Lyon, 30 octobre 1908 ; Opéra, 02 juillet 1919) => fiche technique

le Vieux roi, tragédie lyrique en 1 acte, livret de Remy de Gourmont, représentée au Grand Théâtre de Lyon, le 28 mars 1913, avec Mmes Lina Pacary, Mati, Mlle M. Miral, MM. Jean Aquistapace, Dubos, Revaldi.

Léontine sœurs, comédie musicale en 3 actes, livret d'Albert Acremant, représentée au Trianon-Lyrique le 20 mai 1924 avec Mmes Marcelle Evrard, Jeanne Francy, Odette Ertaud, Lucy Maltes, MM. Félix Galipaux, René Rudeau, Max Marrio, Léon Joubert, Alex Jouvin.

Esther, princesse d'Israël, tragédie lyrique en 3 actes, livret d'André Dumas et Sébastien-Charles Leconte (Opéra, 28 avril 1925) => fiche technique

Nele Dooryn, conte lyrique en 3 actes, livret de Camille Mauclair (Opéra-Comique, 17 octobre 1940) => fiche technique

Gargantua, scènes rabelaisiennes en 3 actes, livret d'Armory et Antoine Mariotte (Opéra-Comique, 17 février 1935) => fiche technique

 

 

 

 

 

Comme Albert Roussel, Antoine Mariotte est venu de la marine à la musique. Né en Avignon (1875), il perdit très tôt son père originaire de Lorraine, et fut élevé à Saint-Etienne, pays de sa mère. Il fut reçu à l'Ecole navale en 1891, à quinze ans et demi, et en sortit deuxième de sa promotion. Il s'ennuya cependant démesurément sur le Borda, y fit, pour se distraire, de la poésie, de l'aquarelle, de la musique, qui, de plus en plus, l'attira.

Il fit campagne sur le Forfait, dans les mers de Chine, s'enthousiasma pour le Japon, en rapporta ses Kakémonos à l'état d'esquisses, puis il revint en Méditerranée. Sur le Marceau, puis sur le Magenta, il put avoir enfin un piano. Un congé de six mois, obtenu au retour, lui donne l'occasion de suivre comme auditeur la classe de Widor ; une prolongation lui permet d'entrer à la Schola, et le congé expiré, il démissionne, sentant que la musique décidément l'appelle.

Professeur de piano, organiste à Sainte-Marie, Antoine Mariotte trouve le temps de composer une opérette, Armande, et surtout de travailler à l'ouvrage dont il a conçu l'idée en 1896 — une Salomé sur le texte d'Oscar Wilde. Nommé professeur de piano au conservatoire de Lyon, le théâtre de cette ville monte Salomé. La pièce poursuit sa carrière à Nancy, au Havre, à Marseille, à Prague. Elle est donnée à Paris avec Lucienne Bréval, en 1910. Trois ans plus tard, à Lyon, Mariotte fait représenter son deuxième grand ouvrage, le Vieux Roi, tragédie lyrique sur un livret de Remy de Gourmont, qui tomba dès la quatrième représentation. En 1925, l'Opéra donnait la première d'Esther, princesse d'Israël, sur un livret d'André Dumas et S.-Charles Leconte, œuvre puissante, d'un orientalisme plus barbare que celui de Salomé, œuvre de sincérité et qui montre un Mariotte dont le tempérament va se révéler encore plus nettement dans Gargantua (Opéra-Comique, 1935). La riche truculence de cet ouvrage, plein d'heureuses trouvailles — telles que le motet du premier tableau, admirablement écrit pour les voix — en fit le succès. Dans une opérette, Léontine sœurs, Mariotte affirma ses dons comiques (1934). Au concert, ses Impressions urbaines (d'abord écrites pour le piano, et ensuite orchestrées) ont retrouvé l'accueil des Kakémonos, de sa Sonate pour piano, de ses Sonatines d'automne, de son trio pour instruments à vent avec accompagnement de quatuor à cordes (En montagne), de ses Cinquante Canons expressifs, de ses Poèmes de pitié.

(Norbert Dufourcq, la Musique des origines à nos jours, 1946)

 

Nul n'ignore les démêlés spectaculaires de Richard Strauss avec Mariotte à propos de Salomé, escarmouches qui ont alimenté les gazettes et fait les délices des badauds. Mariotte, qui est un fort bon musicien, avait obtenu l'autorisation de mettre en musique Salomé ; malheureusement, il y avait bien plus que l'inégalité du talent et de la gloire au crédit de Strauss : une fusion miraculeuse et providentielle entre la musique et la poésie d'un côté, et, de l'autre, un opéra honorable, comme il en paraît chaque année une dizaine dans chaque pays. Mariotte a trouvé une large publicité dans cette rivalité, mais, finalement, il en a été plutôt injustement accablé.

(Robert Bernard, Histoire de la musique, 1962)

 

Officier de marine, Mariotte ramena de ses randonnées en Extrême-Orient des souvenirs émerveillés du Japon qui s'incarnèrent dans ses Kakémonos. Sur la pièce de Remy de Gourmont, il a écrit le Vieux Roi, et il revint à l'Orient avec Esther, princesse d'Israël, dont la partition est plus colorée et plus violente que celle de Salomé. C'est un tout autre aspect de son talent qui apparaît dans Léontine sœurs, spirituelle opérette (dans ce genre, il avait déjà donné Armande). Et enfin, formant une synthèse de ses tendances antagonistes, il composa un Gargantua, truculent à souhait. Heureusement pour lui, Chabrier ne lui joua pas le même mauvais tour que Strauss : il eût été encore plus meurtrier. Son art est emporté, fougueux et âprement dramatique.

(Robert Bernard, Histoire de la musique, 1962)

 

 

 

 

 

 

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