Maria MEILLET-MEYER

 

 

 

Marie Stéphanie MEYER dite Maria MEYER puis Maria MEILLET-MEYER

 

mezzo-soprano français

(Paris, 28 juillet 1828 ap. 1901)

 

Epouse à Paris 1er le 04 décembre 1851 Auguste Alphonse Edmond MEILLET, baryton ; parents de Lucien Jean Henri Auguste MEILLET (Paris 6e, 09 décembre 1855 ).

 

 

Artiste fort distinguée, qui avait été sa camarade de classe au Conservatoire, elle passa plusieurs années à l'Opéra-Comique, puis entra avec son mari au Théâtre-Lyrique, le suivit ensuite en province et à l'étranger, où elle remporta de grands succès dans l'emploi des falcons. On la revit en 1869 au Théâtre-Lyrique, où elle était rappelée pour jouer le Bal masqué de Verdi. En 1895, elle était professeur de chant à Paris.

En 1855, elle habitait avec son mari 35 boulevard du Temple à Paris 3e, et en 1871, 97 rue Blanche à Paris 9e.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y débuta en 1848 sous le nom de Maria Meyer. Elle fut affichée à partir de décembre 1851 sous le nom de Meillet-Meyer.

 

 

Sa carrière au Théâtre-Lyrique

 

Elle y débuta en créant le 18 septembre 1853 Bonsoir, voisin ! (Louisette) de Ferdinand Poise.

 

Elle y créa le 24 février 1854 la Fille invisible d’Adrien Boieldieu ; le 20 mai 1854 Maître Wolfram (Hélène) d’Ernest Reyer ; le 29 novembre 1854 le Roman de la Rose de Prosper Pascal ; le 07 mars 1855 les Charmeurs de Ferdinand Poise ; le 23 mars 1856 Mam’zelle Geneviève d’Adolphe Adam 

 

Elle y participa aux premières suivantes : le 25 avril 1854 la Reine d’un jour d’Adolphe Adam ; le 11 mai 1859 l’Enlèvement au sérail (Constance) de Mozart [version française de Prosper Pascal] ; le 15 octobre 1860 le Val d’Andorre (Rose-de-Mai) de Fromental Halévy ; le 17 novembre 1869 Un bal masqué (Amélia) de Giuseppe Verdi [version française d’Edouard Duprez].

 

Elle y chanta Obéron (Rezzia) de Carl Maria von Weber [version française de Nuitter, Beaumont et Chazot].

 

 

 

 

 

 

Mme Meillet dans Bonsoir, voisin !, dessin d'Eustache Lorsay lithographié par Alexandre-Désiré Collette

 

 

Mme Meillet du Théâtre-Lyrique

 

Un talent menacé de l'éteignoir. — Les lauriers de M. Seveste. — Le Marais. — Père­Lachaise. — Le public du Théâtre-Lyrique. — L'enfant prodigue. — Un mariage sous le régime de la communauté. — M. Panseron. — Le Conservatoire. — L'Opéra-Comique. — Un article du Code — Le Théâtre-Lyrique. — Bonsoir, voisin !La Fille invisible. — Le Fleuve de la vie.

 

« Voilà donc encore un talent qu'on avait essayé d'étouffer et qui reprend sa place et son essor. » C'est ainsi que s'exprime un judicieux critique à l'égard de madame Meillet. Je constate d'abord que, malgré sa concision, la phrase que je viens de citer est l'éloge le plus complet qu'on puisse faire de cette charmante cantatrice. Puis, si le sujet que je traite et le cadre dans lequel je dois le renfermer me le permettaient, je chercherais à deviner quel est l'homme ou le monde caché derrière ce pronom pseudonyme on. Que, si je parvenais à mes fins, je dirais tout simplement à cet homme ou à ce monde :

Vous avez donc bien mauvaise opinion de l'art et des artistes pour en faire aussi bon marché ?

Pourquoi cette mesquine jalousie, ce dépit mal dissimulé ?

Laissez donc aux trafiquants leurs petites passions et leur concurrence plus nuisible qu'utile au développement du progrès.

Les arts et les artistes ne doivent pas se combattre et chercher à s'entre-nuire, mais rivaliser de zèle et se communiquer l'éclat propre à chacun d'eux, de manière à entretenir et faire briller plus vif encore cc faisceau lumineux qui fait la gloire de notre nation et excite l'envie du monde entier.

Puis, ajouterais-je, le Théâtre-Lyrique vous porte donc bien ombrage ? Il est vrai qu'avec ses propres forces, avec ses seules ressources, il a gagné plus d'une bataille. Les lauriers de M. Seveste vous empêchaient-ils de dormir ? — Quel est donc son tort ? d'avoir découvert des talents nouveaux et appelé à lui des talents méconnus, n’est-ce pas ? — Et le croiriez-vous ? Margaritas ante porcos, ai-je entendu dire par certains dilettanti de contrebande dont l'unique occupation consiste à gercer de temps à autre de leur vernis le bitume qui s'étale dans la zone comprise entre la rue de la Chaussée-d'Antin et la rue Grange-Batelière. — Ces messieurs s'imaginent sans doute que le Marais est encore cette triste solitude d'autrefois, ce Père-Lachaise où venaient s'enterrer vivants les bonnetiers retirés ou les employés retraités passés à l'état de fossiles. Demandez donc à madame Marie Cabel avec quelle sûreté de coup d'œil le public du Théâtre-Lyrique a su mesurer son talent. Sans savoir qui elle était, d'où elle venait, il l'a jugée de suite à sa juste valeur et l'a baptisée instantanément d'un nom que n'ont contesté ni la critique ni le monde artistique. — Et remarquez comme il est indulgent et peu rancunier ce public. Un de ses chanteurs favoris le quitte et revient, il lui prépare le fameux festin de la légende de l'Enfant prodigue. Exemple : Meillet. — Une cantatrice d'un autre théâtre se brouille avec son directeur, il lui tend les bras et bat des mains. — Et, pourquoi ? — C'est qu'il fait fi des rivalités et des haines, et que pour lui le talent est toujours le talent. — Aussi, voyez comme il a accueilli madame Meillet, cette étoile qui a brillé d'un si vif éclat dans la constellation de l'Opéra-Comique sous le nom de mademoiselle Meyer !

Après vous avoir prié de me pardonner cet exorde, j'aborde mon sujet.

Vous avez lu ou vous lirez peut-être dans la biographie de Meillet comment il advint que ce dernier donna son nom à mademoiselle Maria Meyer ; comment il se fit enfin que ces deux artistes s'unirent sous le régime de la plus charmante communauté : celle de l'affection la plus tendre, du talent et de la jeunesse. Ceci posé, je continue par où j'aurais dû commencer.

Madame Meillet (Maria Meyer) est née à Paris. Son père, architecte distingué, la destinait à l'enseignement. A l'âge de quinze ans, il ne lui restait plus qu'un examen à subir pour obtenir le diplôme d'inspectrice des écoles primaires. Elle suivait alors les cours de l'Athénée. Un jour, M. Panseron, qui l'entendit chanter, fut frappé de la justesse et de la pureté de sa voix et s'enquit de l'état de fortune de sa famille. Après avoir pris ses renseignements, le célèbre compositeur regretta de ne pas avoir rencontré dans mademoiselle Maria Meyer une jeune fille peu favorisée des dons de la fortune. L'excellent homme semblait désolé de ne pas avoir trouvé l'occasion d'aider au développement et à la production d'un talent inconnu. Néanmoins, sur ses conseils pressants, la jeune Maria prit des leçons de solfège et entra bientôt au Conservatoire. Le chant, la musique ne devaient être, selon les vues de sa famille, qu'un complément d'éducation. Elle resta deux ans dans les classes de solfège et de chant, et obtint deux prix au premier concours auquel elle se présenta. Ces premiers succès furent d'autant plus méritoires, que mademoiselle Maria avait à vaincre une excessive timidité : apanage et trop souvent écueil du véritable talent. Elle suivit en même temps les cours de comédie et y fit augurer avantageusement de son futur talent de comédienne. J'ajouterai que ce fut avec Meillet qu'elle partagea ces prix de chant d'opéra-comique, plus les bravos de l'auditoire, bravos qu'ils étaient destinés à recevoir plus tard ensemble sur une scène plus élevée.

A peine sortie du Conservatoire, M. Perrin, directeur du théâtre de l'Opéra-Comique, vint droit à elle et lui proposa un début. Mademoiselle Meyer, je l'ai dit, ne se destinait pas au théâtre ; aussi fut-elle toute surprise de cette offre inattendue. Elle hésitait à entrer dans le monde dramatique, sur la plage duquel elle n'avait qu'abordé. Et puis, ceci peint son cœur en deux mots : la pauvre enfant craignait d'être obligée de quitter sa mère. — Enfin M. Perrin, qui connaissait tout le prix de l'acquisition qu'il voulait faire, mit tant d'instance dans ses propositions, qu’il parvint à dissiper les craintes et à vaincre les scrupules de sa future pensionnaire. Quelque temps après, mademoiselle Meyer faisait, malgré sa timidité, un éclatant début sur la scène du théâtre de l'Opéra-Comique dans le rôle de Fiamma du Diable à l'école. Citer tous les rôles qu'elle créa ou reprit, c'est signaler autant de succès : Clara, d’Adolphe et Clara ; Mariette, du Moulin des tilleuls ; Zerline, de Fra Diavolo ; Cadige, de la Fée aux roses. Les rôles qui contribuèrent le plus à sa réputation furent ceux d'Anna, de la Dame blanche ; de madame de Ligneul, de la Fête de village ; et d'Angélique, du Fidèle berger. Je n'en finirais pas si je voulais compléter cette nomenclature ; néanmoins, je ne puis passer sous silence le succès qu'elle obtint dans une bouffonnerie délicieuse qui fut donnée au bénéfice de Mocker, les Rendez-vous bourgeois travestis. Chargée du rôle de Sainte-Foy, elle révéla, au public surpris et charmé, son talent de gracieuse et spirituelle comédienne. — Je ne puis, en outre, m'expliquer mieux et plus fidèlement au sujet de son succès dans le Fidèle berger qu'en empruntant à deux critiques bien connus les appréciations suivantes : « La voix de mademoiselle Maria Meyer, dit M. Alexandre Basset, est bien timbrée, sa méthode excellente. Quant à son jeu, il est fin, distingué et gracieux comme son visage... Bref, elle est aujourd'hui la petite lionne de l'Opéra-Comique, et je lui prédis un brillant avenir. » — Voici maintenant l'opinion de M. Fiorentino : « Mademoiselle Meyer a révélé un talent si fin de comédienne, tant de grâce, de gentillesse et d'esprit dans le rôle écrit pour la pauvre Jenny Colon, que les auteurs ne pourront plus se dispenser de prendre en sérieuse considération les progrès de cette jeune artiste. Elle a la voix fraiche et pure ; elle chante avec beaucoup de sentiment, de justesse et d’agilité. »

Enfin, en 1853, c'est-à-dire après cinq années de succès toujours soutenus, madame Meillet quitta le théâtre de l'Opéra-Comique. Sans chercher à approfondir le motif de cette désertion, cause d'un vide qui n'est pas encore rempli, je serais porté à croire que Meillet, en sa qualité d'ancien étudiant en droit, se sera rappelé l'article du Code civil, qui enjoint à l'épouse de suivre son mari partout. Ce qu'il y a de certain, c'est que jamais conjoint n'obéit de meilleure grâce à la loi. Aussi quel accueil chaleureux on leur fit à tous les deux dans Bonsoir, voisin ! titre qui semblait de circonstance et qu'une susceptibilité de mauvais goût aurait pu taxer de narquois. — Comme on a su apprécier le talent de madame Meillet dans le rôle d'Hermance de la Fille invisible ! — Comme elle a su prouver que, bien que vouée depuis longtemps aux rôles comiques ou de demi-caractère, elle pouvait atteindre à la hauteur des créations dramatiques et du chant sérieux et passionné ! — Comme elle a tiré un heureux parti de la voix de mezzo-soprano étendue, sonore et d'une égalité si parfaite qu'elle possède ! — C'est qu'en effet, et ceci est le sentiment général, madame Meillet a été, dans le rôle d'Hermance, non seulement une comédienne accomplie, mais encore une excellente cantatrice.

Heureux couple que le couple Meillet ! — Puisse-t-il descendre sans naufrage le fleuve de la vie dramatique ! C'est mon souhait bien sincère, et j'ose l'affirmer, celui de tous ceux qui le connaissent intimement. — Oui, j'en suis convaincu, forts de vos heureuses qualités de cœur et de votre jeune et vaillant talent, vous arriverez tous deux à bon port avec une riche cargaison de bravos et de bouquets, et, ce qui vaut mieux encore, accompagnés de l'estime générale et de l'affection de tous ceux qui vous sont attachés par les liens du cœur ou du sang.

(Émile Dufour, les Théâtres de Paris, Galerie illustrée des célébrités contemporaines, 1854)

 

 

 

 

 

 

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