Jane CATULLE-MENDÈS

 

Jane Catulle-Mendès en 1909

 

Primitive Jeanne MAYER, reconnue METTE, dite Jane CATULLE-MENDÈS

 

poétesse, critique et conférencière française

(Paris 6e, 16 mars 1867* – Paris 8e, 09 juin 1955)

 

Fille de Célestin Marie METTE et Eugénie MAYER, reconnue par leur mariage à Neuilly-sur-Seine, Seine [auj. Hauts-de-Seine], le 18 novembre 1869.

Epouse 1. à Paris 3e le 18 novembre 1886* (divorce 27 juin 1895) Louis Alexandre BOUSSAC (Sancergues, Cher, 29 août 1851 1931), négociant ; parents de Marcel BOUSSAC (Châteauroux, Indre, 17 avril 1889 – château de Mivoisin, Châtillon-Coligny, Loiret, 21 mars 1980) [épouse le 27 octobre 1939 Fanny HELDY, cantatrice].

Epouse 2. à Chatou, Seine-et-Oise [auj. Yvelines], le 08 juillet 1897* Catulle MENDÈS, écrivain ; parents de Jean Primice Catulle MENDÈS (Paris 16e, 10 juillet 1896* mort pour la France, 23 avril 1917).

 

 

Elle s'est distinguée comme poète : les Charmes (1904) ; le Cœur magnifique (1909) ; le livret du ballet España (musique de Chabrier, 1911) ; les Petites confidences : chez soi (1911) ; la Ville merveilleuse : Rio de Janeiro (1913) ; les Sept filleuls de Janou (1921) ; France, ma bien-aimée (1925), œuvres chaleureuses et poignantes d'un disciple de Victor Hugo. Elle a collaboré à la Presse où elle a fait la critique dramatique, au Gaulois, à la Vie heureuse, à Fémina et à un certain nombre de périodiques et journaux.

 

 

 

 

livrets

 

España, ballet en 1 acte, musique d'Emmanuel Chabrier arrangée par Albert Wolff (Opéra, 03 mai 1911)

le Rustre imprudent, ballet en 1 acte, avec Henry Jacques, musique de Maurice Fouret (Opéra, 07 décembre 1931)

la Bataille de Moscou, poème dramatique en un acte avec chœurs (Paris, salle Pleyel, 25 février 1945)

 

mélodies

 

Invocation pour nos petits enfants, musique de Maurice Fouret (1938)

Octobre, musique de Marguerite Labori (1905)

Tu m'as refusé ton baiser, musique de Maurice Fouret (1935)

 

 

 

 

 

Jane Catulle-Mendès en 1905

 

Jane Catulle-Mendès en 1907

 

 

Jane Catulle-Mendès en 1905

 

 

 

le Jour de la Marne

 

poésie de Jane Catulle-Mendès

A M. Edouard Herriot, chargé du destin de la France.

 

On ne peut pas parler. On sanglote. On s'aborde

Sans se connaître. On tient des journaux à la main

Qu'on ne lit pas, car l'œil de pleurs bénis déborde

Et chacun sait par cœur le bonheur surhumain.

Le regard au regard s'accroche, l'on échange

Un hosanna muet qu'on voit chanter dans l'air.

Plein d'un délire pur, Paris est comme un ange

Que d'autres anges ont délivré de l'enfer.

Le palpitant essor d'un peuple se déploie,

Eperdu d'allégresse et de fraternité.

Et par le noble éclair de l'unanime joie

Tous les visages sont frappés d'éternité.

C'est l'instant immortel. On respire une cime.

N'ayant pas de parole, on se montre du doigt,

Sur le journal, ce qu'à nos grands soldats on doit,

Ce sobre bulletin du généralissime

Où deux mots brillent plus que le soleil d'été :

« Victoire incontestable... » O, Paris dilaté,

Après ces jours affreux, de ton âme étouffée ;

O France immarcescible, ô colombe d'amour

Et de digne douceur, France, tu es sauvée

Après le vol funèbre et hideux du vautour !...

Malgré l'ennemi noir qui s'agrippe et s'acharne,

Nos soldats de vingt ans ont vaincu sur la Marne ;

Ce n'était pas possible... et nos enfants héros,

Ces petits qui chantaient comme des passereaux,

Pour libérer la France ont vaincu l'impossible.

N'est-ce pas, n'est-ce pas qu'il est surnaturel

De transformer ainsi de l'amour en miracle,

De n'avoir plus de frein, de n'avoir plus d'obstacle,

De ne savoir plus rien que l'ordre essentiel,

De ne discerner plus la mort d'avec la vie

Dès qu'il faut du malheur nettoyer notre sol !

Et de nos cœurs sans voix s'épanouit le vol

D'un tel hymne d'ivresse et de reconnaissance,

De consécration et de félicité,

Que l'Histoire aura beau, dans toute l'apparence,

L'avoir connu, surpris et l'avoir écouté,

Elle n'en pourra pas transférer la puissance.

 

Puis, le soir, dans la fièvre encore de l'honneur,

Tous d'un unique élan prolongeant la veillée,

La gorge se desserre et l'âme émerveillée

Peut exprimer un peu de l'immense bonheur.

Avec respect, on parle à son tour, on détaille

Ce que chacun apprit de l'illustre bataille,

Tout le monde dit : « Eux », personne ne dit : « Moi » ;

L'héroïsme se sculpte en cette heure éperdue

Et bien souvent on a l'haleine suspendue

Et le cœur arrêté par un trop fort émoi ;

Mais, même quand on meurt, on sait qu'on ressuscite.

 

Les récits flamboyants se pressent. Quelqu'un cite,

Sûreté du devoir que somme l'idéal,

La parole de Foch au quartier général :

« Aile droite enfoncée, aile gauche enfoncée ;

« J'attaque au centre ! » Il dit aussi : « On n'a perdu

« La bataille que quand on croit la perdre. » Il dut,

Ayant dans son étoile affermi sa pensée,

Au-dessus de l'espoir tendre un excès d'effort,

Car la sublime foi sut convaincre le sort.

 

Et, tout brûlé d'amour, un autre encor raconte

Comment Gallieni, l'idée exacte et prompte,

Mettant dans des taxis des milliers de soldats

Qu'un coup de son génie envoyait aux combats,

Sur les champs ébranlés redressa notre chance...

Puis, le défi gagné, ce dévotieux cri

— Après avoir sauvé leur morceau de la France —

Des soldats délirants embrassant Maunoury

Et, rompus de travaux, exténués de gloire,

Dormant sur le sol même où le canon s'est tu,

Croisés de la justice, archanges de vertu,

Beaux enfants innocents veillés par leur victoire,

« Victoire », mot délice équitable et béni !...

Et pour celle qui vient de nous être accordée,

L'épaisseur d'un cheveu sur le terrain cédée,

Qu'un seul soldat bougeât, et tout était fini...

On frissonne en songeant à cela ; on adore,

On réfléchit, on rêve, on conte, on conte encore

Comme le ciel devient tendrement ténébreux.

Jamais on n'a senti qu'on a l'âme si grande,

Et sous les astres d'or se tisse la légende.

 

Ceux qui ne sont pas là, ce sont des malheureux !

 

 

 

 

 

Jane Catulle-Mendès, photo Boissonnas

 

 

 

 

 

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