André MESSAGER

 

 

 

André Charles Prosper dit André MESSAGER

 

compositeur et chef d'orchestre français

(rue Montpeyroux, Montluçon, Allier, 30 décembre 1853* – Paris 17e, 24 février 1929*), enterré au cimetière de Passy.

 

Fils de Paul Emile Philippe MESSAGER (Paris 10e, 21 janvier 1818 – Saint-Josse-ten-Noode, près de Bruxelles, Belgique, 10 mars 1873), percepteur des contributions directes, et de Sophie Cornélie LHOTE DE SÉLANCY (Paris 4e, 27 septembre 1825 – ap. 1883), mariés à Paris le 05 novembre 1844.

Frère de Marguerite Louise Marthe MESSAGER (Noyon, Oise, 02 octobre 1845* – Biot, Alpes-Maritimes, 17 février 1940) [épouse le 15 septembre 1875 Eugène AUGÉ-LARIBÉ (1840 –), industriel ; parents de Michel AUGÉ-LARIBÉ (Montpellier, Hérault, 11 avril 1876 – Paris, 16 août 1954)], et d'Emile François Alexis MESSAGER (Noyon, 15 mars 1848* – 28 avril 1902), chef comptable à l'Opéra-Comique en 1902.

Epouse 1. à Le Havre, Seine-Maritime, le 20 août 1883* (divorce le 08 février 1894*) Edith Caroline Ida CLOUET (Le Havre, 11 décembre 1862* Paris 16e, 17 octobre 1894*), fille de Jules César Antoine Frédéric CLOUET (Avignon, Vaucluse, 12 mai 1818 Le Havre, 20 février 1889*), fabricant de produits chimiques, et de Marie Caroline DELACRETAZ (1820 – ap. 1894) [mariés à Vaugirard [auj. Paris 15e], le 18 février 1843].

Epouse 2. à Londres, Angleterre, en 1895 (puis divorce) Alice Maude DAVIS dite Hope TEMPLE (Dublin, Irlande, 27 décembre 1859 Folkestone, Angleterre, 10 mai 1938), compositrice de mélodies.

Père de Jean André Emile Charles MESSAGER [1] (Paris 17e, 09 avril 1886* Bordeaux, Gironde, 22 octobre 1952), marié à Paris 9e le 12 novembre 1912 avec Marie-Louise ROSTAGNI (Nice, Alpes-Maritimes, 16 janvier 1891 – Paris 16e, 13 mars 1968), parents de Jacqueline MESSAGER (1913 ) [épouse en 1934 René DUMORA ; grands-parents de Jean-Baptiste DUMORA, baryton].

 

 

Il fit ses études classiques tout en travaillant le piano depuis l'âge de sept ans. A seize ans, il vint à Paris et entra à l'école de musique religieuse de Niedermeyer (1868), où il fit toutes ses études musicales, dans les classes de Clément Loret (orgue), Adam Laussel (piano) et d'Eugène Gigout (harmonie). Il s'y lia avec Saint-Saëns et Fauré. Il en sortit en 1874 pour succéder à Fauré dans les fonctions d'organiste du chœur de Saint-Sulpice. Il fut chef d'orchestre aux Folies-Bergère (1878), puis, après une année passée à Bruxelles en qualité de chef d'orchestre à l'Eden-Théâtre (1880), il revint remplir les fonctions d'organiste du grand orgue à l'église Saint‑Paul-Saint-Louis (1881), puis celle de maître de chapelle à Sainte‑Marie-des‑Batignolles (1882‑1884). Directeur de la musique à l’Opéra-Comique (1898‑1903), il associa son nom à la création de Pelléas et Mélisande (1902), comme plus tard aux représentations de la Tétralogie à l’Opéra (1909). Il assura la direction de la musique et de l'orchestre à Covent Garden de 1901 à 1907, fut nommé le 26 janvier 1907 codirecteur, avec Leimistin Broussan, de l’Opéra de Paris (01 janvier 1908 au 01 septembre 1914), et en dirigea pour la première fois l’orchestre le 23 octobre 1908. A la mort de Marty, il lui succéda au pupitre de la Société des concerts du Conservatoire (1908-1919), pris encore la baguette à l’Opéra-Comique pour deux saisons (1919-1920), devint à nouveau directeur de la musique de ce théâtre de 1919 à 1921, et dirigea l’orchestre des Ballets russes en 1924.

En tant que chef d'orchestre, il a débuté à l'Opéra-Comique le 23 mars 1898 en créant l'Ile du rêve de Reynaldo Hahn. Il y dirigea également les créations ou premières suivantes : Beaucoup de bruit pour rien, la Carmélite, Cosi fan tutte, Fervaal, la Fille de Roland, Grisélidis, Hansel et Gretel, Louise, Pelléas et Mélisande, la Reine Fiammette, la Rôtisserie de la Reine Pédauque, la Tosca, dont ses œuvres Une Aventure de la Guimard, Fortunio et Béatrice. Il y a effectué des reprises de la Basoche, Fidelio, la Traviata, Joseph et Orphée. Etant directeur de l'Opéra, il y a dirigé pour la première fois le 23 octobre 1908 à l'occasion de la première du Crépuscule des Dieux. Il y dirigea également les créations ou premières suivantes : l'Or du Rhin, Salomé, Déjanire, Fervaal, Parsifal et Scemo. Il y a assuré des reprises de la Walkyrie, Siegfried (1909), Tristan et Isolde (1910), les Maîtres chanteurs de Nuremberg, Gwendoline (1911), le Miracle (1914), la Damnation de Faust (1917), et un cycle de la Tétralogie en 1913.

En tant que compositeur, il obtint en 1876 au concours ouvert par la Société des compositeurs la médaille d'or pour une symphonie, qui fut exécutée le 20 janvier 1878 aux concerts du Châtelet, où elle fut accueillie favorablement ; en 1877, la Société académique de Saint-Quentin lui décerna le second prix pour sa cantate mise au concours : Don Juan et Haydée. Il donna sur diverses scènes de genre des petits ballets et remporta en 1881 le second prix de la Ville de Paris pour sa cantate : Prométhée enchaîné. Les opérettes, les opéras-comiques et les ballets de la plus séduisante facture se succédèrent avec un succès qui ouvrit bientôt à Messager les portes des grands théâtres parisiens et les scènes officielles : les Deux Pigeons (1886) ; Isoline (1888) ; la Basoche (1890) ; les P'tites Michu (1897) ; Véronique (1898) ; Fortunio (1907) ; Monsieur Beaucaire (1919) ; Coups de roulis (1928) ; etc. On lui doit également des arrangements pour le piano (España et Gwendoline de Chabrier ; Impressions d'Italie de Charpentier ; Au pays bleu d'Holmès ; Namouna de Lalo ; le Déluge, Etienne Marcel, le Requiem, la Symphonie n°2 et Phryné de Saint-Saëns dont il avait écrit l'orchestration de l'acte I). Il a publié aussi des critiques musicales dans la Grande Revue (1903-1904) et dans Musica (1902, 1907 et 1908).

Il fut nommé chevalier (12 juillet 1891), officier (05 août 1907), puis commandeur (07 septembre 1927) de la Légion d'honneur, et fut élu membre de l'Académie des Beaux-arts le 08 mai 1926, en remplacement d'Emile Paladilhe.

Artiste d’un goût et d’une culture raffinés, il a témoigné, dans le genre de l’opéra-comique et de l’opérette, d’une inspiration mélodique faite de grâce, de charme, d’élégance et de distinction. Il a remis ainsi en valeur des genres réputés, à tort, comme secondaires et inférieurs, en démontrant, par la qualité de son langage et la délicatesse de son style, la vanité des hiérarchies arbitraires entre les différents genres musicaux.

En 1883, il habitait 11 place Malesherbes à Paris 17e ; en 1886, 2 rue Gounod à Paris 17e ; en 1897, 18 rue Marbeuf à Paris 8e. Il est décédé en son domicile, 103 rue Jouffroy [auj. Jouffroy d'Abbans] à Paris 17e.

 

 

=> André Messager, articles du Musica (septembre 1908)

=> André Messager par Tristan Klingsor (1946)

=> André Messager, mon maître, mon ami, par Henry Février (1947)

=> André Messager, musicien de théâtre par Michel Augé-Laribé (1951)

=> André Messager (Société d'Emulation du Bourbonnais, 1954-1956)

 

 

 

André Messager dessiné par Gabriel Fauré

 

 

 

œuvres lyriques

 

les Païens, opérette, livret d'Henri Meilhac, musique avec Serpette, Widor, Massenet et Delibes (1876 ; partition perdue)

François les bas bleus, opéra-comique en 3 actes, livret d'Ernest Dubreuil, Eugène Humbert et Paul Burani, musique de Firmin Bernicat terminée par André Messager (Folies-Dramatiques, 08 novembre 1883) => fiche technique

Gisèle, opérette en 3 actes, livret de F. Oswald et Maxime Boucheron (1884-1885 ; partition perdue)

la Fauvette du Temple, opéra-comique en 3 actes, livret de Paul Burani et Eugène Humbert (Folies-Dramatiques, 17 novembre 1885) => fiche technique

le Petit Poucet, féerie en 4 actes et 32 tableaux d'Eugène Leterrier, Arnold Mortier et Albert Vanloo, musique de scène (Théâtre de la Gaîté, 28 octobre 1885)

la Béarnaise, opéra-comique en 3 actes, livret d'Eugène Leterrier et Albert Vanloo (Bouffes-Parisiens, 12 décembre 1885) => fiche technique

le Bourgeois de Calais, opéra-comique en 3 actes, livret d'Ernest Dubreuil et Paul Burani ; création aux Folies-Dramatiques le 06 avril 1887 avec Mmes L. Borel (Marthe), Juliette Darcourt (la Comtesse de Civrac), Fanzi (René), Clementi (Gudule), MM. Morlet (le Duc de Guise), Gobin (Lord Trefford), Dechesne (André), Guyon (le Chevalier de Champagnolles), Bellucci (Maître Aubriet), Lauret (Kerkadec), Duhamel (Mitonnet), orchestre dir. Désiré Thibault. => partition

les Premières armes de Louis XV, opéra-comique en 3 actes (d'après les Beignets du roi), livret d'Albert Carré, musique de Firmin Bernicat remaniée par André Messager (Menus-Plaisirs, 16 février 1888) => fiche technique

Isoline, conte de fées en 3 actes et 10 tableaux, livret de Catulle Mendès (Renaissance, 26 décembre 1888 ; Opéra-Comique, 21 novembre 1958) => fiche technique

le Mari de la Reine, opérette en 3 actes, livret d'Ernest Grenet-Dancourt et Octave Pradels (Bouffes-Parisiens, 18 décembre 1889) => fiche technique

le Colibri, comédie en 1 acte de Louis Legendre (Paris, 1851 14.Villers-sur-Mer, août 1908), musique de scène (Vaudeville, 12 juin 1889)

la Basoche, opéra-comique en 3 actes, livret d'Albert Carré (Opéra-Comique, 30 mai 1890) => fiche technique

Hélène, drame en 4 actes et 5 tableaux de Paul Alexandre Delair (77.Montereau-Fault-Yonne, 24 octobre 1842* – 75017.Paris, 19 janvier 1894*), musique de scène (Vaudeville, 15 septembre 1891) => texte

Madame Chrysanthème, conte lyrique en 1 prologue, 4 actes et 1 épilogue, livret de Georges Hartmann et André Alexandre (Théâtre de la Renaissance, 26 janvier 1893) => fiche technique

Miss Dollar, opérette en 3 actes, livret de Charles Clairville et Albert Vallin (Nouveau-Théâtre, 22 décembre 1893) => fiche technique

Mirette, opéra-comique en 3 actes, livret de Michel Carré fils. Création, avec succès, à Londres, au Savoy Theatre, le 03 juillet 1894, dans une version anglaise de Frederic E. Weatherly et Harry Greenbank, avec Mlles Maud Ellicott, Rosina Brandram, Florence Perry, MM. Walter Passmore, Courtice Pouds, Avon Saxon, Scott Fishe, Herbert Ralland, Scott Russell, John Coates. => partition

la Fiancée en loterie, opérette en 3 actes, livret de Camille de Roddaz et Alfred Douane. Création aux Folies-Dramatiques le 13 février 1896, avec Mmes Cassive (Mercédès Zapata), Augustine Leriche (Carmen Zapata), Ginette (Lola), Minati (Rita), Dauge (Maris), Darley (Pepa), MM. Jean Périer (Angelin), Hittemans (Zapata), Vauthier (Lopez), Pierre Achard (Henri Sarteuil), Vavasseur (Directeur de la prison), Jannin (Commandant de "la Floride"), Baron fils (Commissaire du bord), Batréau (Caraco). => partition

le Chevalier d’Harmental, opéra-comique en 5 actes, livret de Paul Ferrier (Opéra-Comique, 05 mai 1896) => fiche technique

l'Ondine, drame lyrique, livret de Pierre-Barthélemy Gheusi (en préparation en 1897, inachevé)

les P'tites Michu, opérette en 3 actes, livret d'Albert Vanloo et Georges Duval (Bouffes-Parisiens, 16 novembre 1897) => fiche technique

la Montagne enchantée, pièce fantastique en 5 actes et 12 tableaux d'Emile Moreau et Albert Carré, musique de scène avec Xavier Leroux (Théâtre de la Porte-Saint-Martin, 12 avril 1897) => partition => programme

Véronique, opérette en 3 actes, livret d'Albert Vanloo et Georges Duval (Bouffes-Parisiens, 10 décembre 1898 ; Opéra-Comique, 07 février 1925) => fiche technique

les Dragons de l'Impératrice, opéra-comique en 3 actes, Albert Vanloo et Georges Duval (Variétés, 13 février 1905) => fiche technique

Fortunio, comédie musicale en 4 actes, livret de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet (Opéra-Comique, 05 juin 1907) => fiche technique

Miousic, opérette en 2 actes, livret de Paul Ferrier, musique avec Reynaldo Hahn, Charles Cuvillier, Camille Erlanger, Henri Herblay [Hirschmann], Rodolphe Berger, Charles Lecocq, Xavier Leroux, Paul Letombe, Willy Redstone, Paul Vidal (partition perdue) (Olympia, 21 mars 1914)

Béatrice, légende lyrique en 4 actes, livret de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet (Monte-Carlo, 21 mars 1914 ; Opéra-Comique, 23 novembre 1917) => fiche technique

Cyprien, ôte ta main de là !, fantaisie en 1 acte, livret de Maurice Hennequin (Concert Mayol, 01 juin 1917, avec Prince) => partition

Monsieur Beaucaire, opérette romantique en 1 prologue et 3 actes, livret de Frederick Lonsdale et Adrian Ross, version française d’André Rivoire et Pierre Veber (Londres, 07 avril 1919 ; Théâtre Marigny, 20 novembre 1925 ; Opéra-Comique, 18 novembre 1955) => fiche technique

la Petite Fonctionnaire, comédie musicale en 3 actes, livret de Xavier Roux (Théâtre Mogador, 14 mai 1921) => fiche technique

l'Amour masqué, comédie musicale en 3 actes, livret de Sacha Guitry (Théâtre Edouard VII, 15 février 1923) => fiche technique

Passionnément !, comédie musicale en 3 actes, livret de Maurice Hennequin et Albert Willemetz (Théâtre de la Michodière, 15 janvier 1926) => fiche technique

Deburau, comédie en 4 actes et 1 prologue de Sacha Guitry, musique de scène (Théâtre Sarah-Bernhardt, 07 octobre 1926) => fiche technique

Coups de roulis, opérette en 3 actes, livret d'Albert Willemetz (Théâtre Marigny, 29 septembre 1928) => fiche technique

Sacha, comédie musicale en 4 actes, livret de Maurice Donnay et André Rivoire, lyrics de Guillot de Saix, d'après Education de prince de Maurice Donnay, musique terminée par Marc Berthomieu ; création à l'Opéra de Monte-Carlo le 23 décembre 1933 avec Mme Edmée Favart (la Reine), Janine Guise (Raymonde Percy), Paulette Marinier (Chochotte), Jane Morlet (Mme Garantie), MM. Henry Defreyn (Cercleux), René Charle (Sacha), Georges Davray (Braoulitch).

 

cantates

 

Don Juan et Haydée, cantate à 3 voix, paroles de Byron (médaille d'or au concours ouvert par l'Académie de Saint-Quentin en 1877)

Prométhée enchaîné, cantate pour solistes, chœurs et orchestre, paroles de Georges Clerc (2e prix au concours musical de la Ville de Paris en 1881)

     "On nous promet, à brève échéance, l'audition de Prométhée, de M. Messager, ouvrage classé au concours après Loreley et dont les qualités ont paru assez remarquables pour en faire désirer la mise à l'étude." (Louis Gallet, la Nouvelle Revue, 01 janvier 1883)

 

ballets

 

Fleur d’oranger, ballet en 1 acte, livret de Lucien Defoursy (Folies-Bergère, 1878 ; Royan, 03 août 1893)

les Vins de France, ballet en 2 tableaux, livret de Lucien Defoursy (Folies-Bergère, 1879)

Mignons et vilains, ballet en 1 acte, livret de Lucien Defoursy (Folies-Bergère, 1879)

les Deux Pigeons, ballet en 3 actes, livret d'Henry Régnier et Louis Mérante (Opéra, 18 octobre 1886) => fiche technique

les Bleuets, ballet en 1 acte, livret de Balbiani et Frédéric d'après Victor Hugo (Paradis latin, 27 février 1889 ; partition perdue)

Scaramouche, pantomime-ballet en 2 actes, livret de Maurice Lefèvre et Henri Vuagneux, musique avec Georges Street (Nouveau-Théâtre, 17 octobre 1891) => fiche technique

Amants éternels, pantomime en 3 actes, livret de Corneau et Gerbault (Théâtre Libre, 26 décembre 1893)

le Procès des roses, pantomime en 1 acte, livret de Catulle Mendès (Théâtre Marigny, 06 juin 1896) (partition perdue)

le Chevalier aux fleurs, ballet avec chœurs en 1 acte, livret d'Armand Silvestre, musique avec Raoul Pugno (Théâtre Marigny, 25 mai 1897)

Une aventure de la Guimard, ballet en 1 acte, livret d'Henri Cain (Versailles, 1900 ; Opéra-Comique, 08 novembre 1900)
 

mélodies

 

À une fiancée, poésie de Victor Hugo (vers 1888) => fiche technique

Aimons-nous, poésie d'Emile Blémont (1897)

Amour d'hiver [1. Ce fut au temps du chrysanthème ; 2. Je porte sur moi ton image ; 3. Que l'heure est vite passée ; 4. Ne souffre plus ! ; 5. Quand tu passes, ma bien-aimée ; 6. l'Hiver de cet an est si doux], poésies d'Armand Silvestre (1911) => partition

Arioso, poésie de Paul Burani

Arpège, poésie d'Albert Samain

Bateau rose (le), poésie de Jean Richepin (vers 1892)

Chanson d'automne, poésie de Paul Delair (entre 1882 et 1889)

Chanson de ma mie (la), poésie de Théodore de Banville (novembre 1882) => fiche technique

Chanson des cerises (la), poésie d'Armand Silvestre (entre 1884 et 1888) => fiche technique

Chanson mélancolique, poésie de Catulle Mendès (entre 1884 et 1888) => fiche technique

Chansons populaires d'Alsace, recueillies et traduites par Arsène Alexandre, harmonisées par Messager, images de Georges Delaw (1920) => partition

Chant d'amour, poésie d'Armand Silvestre (1894) => fiche technique

Credo de la victoire (le), chant patriotique pour deux voix, paroles d'Ernest Dubreuil et de Paul Burani => partition

Curly Locks, poésie de F. E. Weatherly (entre 1882 et 1889)

Douce chanson, poésie d'Emile Blémont (1894) => fiche technique

Fleurs d'hiver, poésie d'Armand Silvestre (1889)

Gavotte, danse chantée, poésie de Théodore de Banville (vers 1887)

Mimosa, poésie d'Armand Silvestre (novembre 1882)

Neige rose, poésie d'Armand Silvestre (entre 1884 et 1888) => fiche technique

Noël alsacien, nouveau noël

Notre amour est chose légère, poésie d'Armand Silvestre (1897)

Nouveau printemps [1. Se peut-il qu'une larme vienne ; 2. Mai vient ; 3. Un réseau d'ombres emprisonne ; 4. La lune égrène en perles blondes ; 5. Dans les arbres blancs de givre], poésies de Georges Clerc d'après Heinrich Heine (1885)

Paix de blanc vêtue (la), poésie de Léon Lahovary (1922) => partition

Pour la patrie, poésie de Victor Hugo (entre 1882 et 1889)

Regret d'avril, poésie d'Armand Silvestre (août 1882)

Ritournelle, poésie d'Henry Gauthier-Villars (vers 1892)

Rosyllian, poésie traduite de l'anglais par Geoffroy Martarelli

Si j'avais vos ailes !, valse chantée, poésie d'Ernest Grenet-Dancourt et Octave Pradels (vers 1890) => fiche technique

Sur la mer, poésie de José-Maria Cantilo

Va chercher quelques fleurs, poésie de Louis Aufauvre (1922) => partition

 

musique instrumentale

 

Symphonie (1875 ; médaille d'or au concours ouvert en 1876 par la Société des Compositeurs ; Concerts Colonne, 20 janvier 1878)

Loreley, ballade pour orchestre (1880 ; le manuscrit avait été égaré, et, retrouvé, l'œuvre fut donnée aux Concerts Colonne en 1930 sous la direction de Gabriel Pierné)

Souvenirs de Bayreuth, fantaisie en forme de quadrille sur les thèmes favoris de l'Anneau du Nibelung, pour piano à quatre mains, musique avec Gabriel Fauré (entre 1880 et 1889)

Trois valses, pour piano à quatre mains, dédiées à Vincent d'Indy (juillet 1884) => partition de la 2e valse

Trois pièces, pour violon et piano : Barcarolle, Mazurka, Sérénade (1897)

Solo de concours, pour clarinette et piano (concours du Conservatoire National de Musique, 1899) => partition

Morceau de lecture à vue du concours de piano (femmes) du Conservatoire National de Musique (septembre 1903) => partition

Morceau de lecture à vue du concours de piano (femmes) du Conservatoire National de Musique (août 1911) => partition

Impromptu, op.10, pour piano (vers 1888)

Habanera, op.11, pour piano (vers 1888) => partition

Menuet, op.12, pour piano [op. 12 bis pour 4 mains] (vers 1888) => partition

Mazurka, op.13, pour piano [op. 13 bis pour 4 mains] (vers 1888) => partition

Caprice-Polka, op.14, pour piano (vers 1888)

Valse, op.15, pour piano (vers 1888)

Messe de l'Association des pêcheurs de Villerville, pour chœur de femmes et orchestre de chambre, musique avec Gabriel Fauré => 1er manuscrit de la partition ; 2e manuscrit (1906)

 

 

 

 

frontispice d'un air de la Fiancée en loterie, édité le 21 mars 1896

 

 

 

 

André Messager lors de la création de Véronique (1898), photo Nadar

 

 

 

 

André Messager, photo Benque-Bary

 

 

 

 

M. André-Charles-Prosper Messager est né à Montluçon (Allier), le 30 décembre 1853. Dans un article récent (1), M. Messager a retracé lui-même les diverses phases de sa vie d'artiste :

« Aussi loin que je puis me rappeler, raconte-t-il, je me vois penché sur un tabouret de piano et avalant avec avidité la plus exécrable musique à la mode de ce temps-là. Mes parents trouvaient cela charmant, jusqu'au jour où je leur déclarai que je désirais devenir compositeur et faire de la musique ma carrière. Mon père, spécialement, ne pouvait admettre qu'un fils de fonctionnaire (il l'était, hélas !) pût songer à exercer un pareil métier. Le sort se chargea d'arranger tout cela en enlevant, dans une tempête de Bourse, jusqu'au dernier centime de tout ce que nous possédions. C'est alors que j'entrai à l'Ecole Niedermeyer, où je fis complètement mes études musicales. M. Eugène Gigout fut mon professeur de contre-point, Adam Laussel mon professeur de piano et Clément Loret mon professeur d'orgue. Je quittai l'école en 1874 pour remplir les fonctions d'organiste du chœur à l'église Saint-Sulpice, où je restai six ans (2).

Pendant cette période je fis mes débuts comme compositeur, d'abord avec une Symphonie en quatre parties, couronnée par la Société des Compositeurs et exécutée aux Concerts Colonne, et quelque temps après, avec un ballet joué aux Folies-Bergère (rares étaient les débouchés en ce temps-là !) et intitulé naïvement Fleur d'Oranger. Le succès de ce ballet, joué à peu près 200 fois, m'encouragea dans cette voie et les Vins de France et Mignons et Vilains suivirent d'assez près ma première tentative. En 1880, je trouvai l'occasion, tout à fait par hasard, de faire mes débuts comme chef d'orchestre, en acceptant un engagement pour inaugurer l'Eden-Théâtre de Bruxelles, où je restai un an, composant encore deux nouveaux ballets. De retour à Paris, encore une fois le hasard (qui a joué un rôle prépondérant dans mon existence) me mit à même d'aborder le théâtre lyrique. Cette fois-ci, c'était un triste hasard, la mort de Firmin Bernicat, qui laissait inachevée la partition de François les Bas-bleus. L'éditeur de Bernicat, qui était aussi le mien, M. W. Enoch, voulut bien me confier cet ouvrage à terminer, et le succès répondit à sa confiance. Puis vinrent la Fauvette du Temple (1884), début de M. H. Micheau (depuis, directeur des Nouveautés) dans la direction théâtrale, la Béarnaise (également en 1884) aux Bouffes, et, enfin, le Bourgeois de Calais (1885), aux Folies-Dramatiques, dont l'insuccès termina la première série de mes productions dramatiques.

Un jour de cette année 1885, je reçus la lettre suivante : « Mon cher ami, j'ai profité de l'effusion qui suit une bonne première, pour demander à Vaucorbeil de vous commander un ballet. Allez donc le trouver ; il vous attend demain chez lui rue de Miromesnil. » Cette lettre était signée Saint-Saëns. Il avait eu la bonté de me donner quelques leçons de piano et de fugue à ma sortie de l'Ecole Niedermeyer, s'était intéressé à moi et me donnait, de la manière la plus délicate, une preuve de la générosité de son cœur et de la sollicitude qu'il a su toujours, et en toute occasion, montrer pour les jeunes. Je ne saurais trop lui en exprimer ma reconnaissance. Cette visite, c'étaient les portes de l'Opéra qui s'ouvraient devant moi. Vaucorbeil me commanda en effet le ballet des Deux Pigeons, qui ne fut cependant représenté que sous la direction Ritt et Gailhard, le 18 octobre 1886, Vaucorbeil étant mort quelques mois auparavant.

A la suite des Deux Pigeons et malgré le succès de cet ouvrage, je fus presque deux ans sans pouvoir trouver un librettiste qui voulût me confier un livret. Je ne perdis rien pour attendre, car Catulle Mendès voulut bien écrire pour moi ce bijou de poésie qui s'appelle Isoline, représenté le 26 décembre 1888 à la Renaissance. Puis vint le Mari de la Reine (1890), qui passa très inaperçu aux Bouffes, puis, quelques mois plus tard, la même année, la Basoche à l'Opéra-Comique. Ensuite, Scaramouche, ballet-pantomime représenté pour l'inauguration du Nouveau-Théâtre, Miss Dollar (1893) au même théâtre, la Fiancée en Loterie aux Folies-Dramatiques (1897) et, presque en même temps, le Chevalier d'Harmental à l'Opéra-Comique. Ce dernier ouvrage tomba lamentablement. J'étais tellement découragé par cet insuccès que je ne voulais plus écrire du tout et tentai de me retirer en Angleterre, où j'avais fait représenter, en 1894, Mirette, opéra-comique écrit pour le Savoy-Théâtre de Londres, en collaboration avec ma femme, alors au sommet de sa réputation comme compositeur de lieder. C'est là que je reçus, un beau jour, un rouleau flairant le manuscrit et que je mis de côté sans vouloir l'ouvrir tout d'abord, C'était le livret des P'tites Michu. La gaieté du sujet me séduisit et, renonçant à mes idées noires, je me mis à écrire avec un tel entrain qu'en trois mois l'ouvrage était terminé et joué la même année (1898) aux Bouffes avec un énorme succès. J'ai su depuis que ce livret avait été refusé par deux ou trois compositeurs ! Véronique (1899) lui succéda au même théâtre, puis les Dragons de l'Impératrice aux Variétés (1905) et, enfin, Fortunio à l'Opéra-Comique (1907). Quand j'aurai noté en passant le Chevalier aux Fleurs, grand ballet écrit en collaboration avec Raoul Pugno pour l'inauguration du Théâtre-Marigny et la musique de scène et ballet en collaboration avec Xavier Leroux pour la Montagne enchantée, féerie jouée à la Porte-Saint-Martin, je crois que j'aurai épuisé le catalogue de mes ouvrages. Lorsque M. Albert Carré fut nommé directeur de l'Opéra-Comique, il me demanda d'y remplir les fonctions de directeur de la musique (1898 à 1903), fonctions que j'alternai avec celles de directeur de l'Opéra de Covent-Garden de Londres, 1901 à 1907. Enfin j'étais nommé directeur de l'Opéra le 26 janvier 1907 avec M. Broussan (3). »

(1) Musica, septembre 1908.

(2) M. Messager a été, en outre, organiste du grand orgue de l'église Saint-Paul-Saint-Louis (1881) et maître de chapelle à l'église Sainte-Marie des Batignolles de 1882 à 1884.

(3) Entrés en fonctions le 1er janvier 1908.

Analysant cet œuvre musical qui comprend une symphonie à côté de menus ouvrages chorégraphiques, et des opéras-comiques voisinant avec des opéras-bouffes, M. Gabriel Fauré s'exprimait ainsi : « ... Ne pensez pas que dans les P'tites Michu ou Véronique, ou encore dans maints ballets qui ont fait fortune, sa plume ait eu moins de distinction que dans des ouvrages de premier plan comme les Deux Pigeons, Madame Chrysanthème ou la Basoche. Sa veine mélodique est également généreuse dans ces diverses productions ; elle va d'un rythme alerte, aisé, renouvelé de formes, de lignes très pures et toujours distinguée, sans ambigüité comme sans banalité, et sans cesse une écriture fine, serrée, mais simple, la rehausse de ses plus délicats ornements. Son orchestre est clair, sonore, riche d'inventions heureuses, abondant en sonorités piquantes ; vous n'y trouverez jamais ce laisser-aller, ces négligences qui ont si souvent compromis la dignité des œuvres de poésie légère... Il n'y a pas beaucoup d'exemples, dans l'histoire de la musique, d'un artiste d'une culture aussi complète, d'une science aussi approfondie, qui consente à appliquer ses qualités à des formes réputées, on ne sait pourquoi, secondaires. De combien de chefs-d'œuvre ce préjugé ne nous a-t-il pas privés ? Et c'est encore là que se révèle la délicatesse de pensée de M. Messager ; c'est là que son éclectisme nous apparaît une enviable direction d'art. Avoir osé n'être que tendre, exquis, spirituel, n'exprimer que la galanterie des passions, avoir osé sourire alors que chacun s'applique à bien pleurer, c'est là une audace bien curieuse pour ce temps. Et c'est surtout l'affirmation d'une conscience d'artiste. »

M. Robert Brussel ajoute « ... Il voulut être et il fut l'un des derniers, peut-être le dernier des compositeurs français « galants ». Par là il trouve sa place, et l'une des meilleures, dans l'évolution de la musique contemporaine. »

M. André Messager s'est aussi acquis une réputation de chef d'orchestre qui ne le cède en rien au renom du compositeur. Il a dirigé maintes fois et un peu partout en France et à l'étranger, et il est depuis novembre 1908 chef d'orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire. A l'Opéra, le directeur a souvent fait place au cappelmeister et M. Messager est monté au pupitre pour y diriger des exécutions sensationnelles, le Crépuscule des Dieux de Wagner ou la reprise de Gwendoline d'Emmanuel Chabrier. « ... Il est le plus français des chefs d'orchestre ; je veux dire qu'il incarne, dans cet art, la netteté, a écrit M. Reynaldo Hahn... Ses mouvements sont ceux d'un connaisseur qui, avec délices, fait observer l'une après l'autre toutes les beautés d'une œuvre, les désignant, les appréciant, les analysant avec une éloquence méthodique et délicate... On peut appliquer à M. Messager considéré comme chef d'orchestre ce mot de Mallarmé à quelqu'un qui lui chantait de beaux vers avec une diction qu'il aimait : « Ce poème, vous m'en faites sentir jusqu'à la page qu'on tourne ! » (4)

(4) Ces diverses citations sont extraites d'articles parus dans le n° 72 de Musica, septembre 1908.

Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1891, M. André Messager a été promu en 1907 au grade d'officier. Il est, en outre, décoré des ordres suivants : Commandeur de Sainte-Anne de Russie, de l'Etoile Polaire de Suède, de Léopold II de Belgique, de Saint-Alexandre de Bulgarie.

(Octave Séré, Musiciens français d'aujourd'hui, 1912)

 

 

 

 

 

le compositeur André Messager dont le chef-d'œuvre : la Basoche, vient d'être repris à l'Opéra-Comique (Musica, juin 1906)

 

 

 

lettre d'André Messager du 21 novembre 1907

 

 

 

André Messager dessiné par Leonetto Cappiello dans le Rire du 23 février 1907

 

 

 

lettre d'André Messager, directeur de l'Opéra de Paris, du 13 juillet 1909, à propos d'un ballet de Schwartz et Francmesnil [coll. ALF]

 

 

 

 

André Messager au piano (photo Harlingue-Roger Viollet)

 

 

 

 

André Messager, photo Manuel

 

 

 

 

André Messager, compositeur français, né à Montluçon le 30 décembre 1853, élu membre de l'Académie des beaux-arts en remplacement de Paladilhe.

Il n'est personne qui n'ait applaudi sans arrière-pensée à l'élection d'André Messager à l'Académie des beaux-arts. Cette unanimité dans la louange est trop rare pour n'être pas soulignée. André Messager, compositeur, chef d'orchestre, critique ou directeur de théâtre, ne compte que des sympathies, et l'hommage qui vient de lui être rendu s'adresse autant au caractère qu'au talent de l'auteur des Deux Pigeons.

C'est plaisir délicat que de feuilleter les souvenirs, déjà anciens, où il raconte, avec la grâce même qui caractérise sa musique, ses débuts dans la carrière :

 

Aussi loin que je puis me rappeler, je me vois perché sur un tabouret de piano et avalant avec avidité la plus exécrable musique à la mode de ce temps-là. Mes parents trouvaient cela charmant, jusqu'au jour où je leur déclarai que je désirais devenir compositeur, et faire de la Musique ma carrière. Mon père, spécialement, ne pouvait admettre qu'un fils de fonctionnaire (il l'était, hélas !) pût songer à exercer un pareil métier. Le sort se chargea d'arranger tout cela en enlevant, dans une tempête de Bourse, jusqu'au dernier centime de tout ce que nous possédions. C'est alors que j'entrai à l'École Niedermeyer, où je fis complètement mes études musicales. M. Eugène Gigout fut mon professeur de contrepoint, Adam Laussel mon professeur de piano, et Clément Loret mon professeur d'orgue.

 

Dans la célèbre École, il fut condisciple de Gabriel Fauré qui a tracé de lui, à son tour, ce joli portrait :

 

Tel que je vis alors Messager, tel je l'ai revu à chaque tournant de la vie : connaissant tout, sachant tout, se passionnant pour tout ce qui était nouveau, pourvu que l'ouvrage fût digne de son examen. Il avait été à Bayreuth des premiers pèlerins et jouait Wagner par cœur, alors qu'on l'ignorait encore à Paris. Il était curieux de la symphonie, du lied, des quatuors les plus récents, comme du dernier opéra. Je l'ai connu organiste à Saint-Sulpice et maître de chapelle à Sainte-Marie ; je l'ai connu pianiste, répétiteur, chef d'orchestre (et avec quelle autorité !), directeur de la musique à l'Opéra-Comique, directeur de théâtre en Angleterre, enfin à Paris à la tête de l'Opéra.

 

En effet, l'activité d'André Messager a été, est encore, débordante. Il quitta l'École Niedermeyer en 1874, pour remplir les fonctions d’organiste du chœur à l'église Saint-Sulpice, où il resta six ans. En 1881 est organiste du grand orgue de l'église Saint-Paul-Saint-Louis, et, de 1882 à 1884, maître de chapelle à l'église Sainte-Marie-des-Batignolles. Mais dès 1880 il avait fait ses débuts comme chef d'orchestre en inaugurant l'Éden-Théâtre de Bruxelles. En 1898, Albert Carré, nommé directeur de l'Opéra-Comique, lui demanda de remplir les délicates fonctions de directeur de la musique, fonctions dont il s'acquitta jusqu'en 1903 tout en assumant celle de directeur de l'Opéra de Covent-Garden, à Londres (1901-1907). Le 26 janvier 1907 il était nommé directeur de l'Opéra avec Broussan, et entrait en fonction le 1er janvier de l'année suivante. En novembre 1908 il devenait en outre chef d'orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, poste qu'il conserva jusqu'en 1919. Pendant tout le temps de sa direction à l'Opéra il tint à honneur de monter lui-même au pupitre pour diriger des exécutions de choix, comme le Crépuscule des Dieux de Wagner ou la reprise de Gwendoline de Chabrier. Mais le plus beau fleuron de sa couronne, ce furent les études et l'exécution, à l'Opéra-Comique, en 1902, de Pelléas et Mélisande, qu'il dirigeait encore tout récemment lors de l'admirable reprise qui en fut faite il y a quelques semaines. Ici encore, il faut lui laisser la parole (d'après les souvenirs qu'il a donnés à la Revue musicale [1er mai 1926] sur les premières représentations de Pelléas) :

 

Ayant reçu sans la moindre hésitation Pelléas, Albert Carré, très séduit par le sujet et fortement impressionné par le caractère si particulier, si nouveau de la musique, se préoccupait beaucoup de la façon dont il pourrait présenter au public cette œuvre exceptionnelle. Nous avions de fréquentes discussions à ce sujet ; lui, pensant qu'il faudrait réserver Pelléas pour des représentations hors série ou des matinées spécialement destinées aux habitués des concerts dominicaux ; moi, estimant qu'il valait mieux aborder les difficultés de front et s'adresser tout de suite au public ordinaire, sans insister sur le côté exceptionnel de l'ouvrage. C'est mon avis qui prévalut, et nous nous occupâmes de la distribution sans plus tarder..... La lecture aux artistes eut lieu chez moi, tout à fait dans l'intimité. Debussy, au piano, fit entendre sa partition, chantant tous les rôles de cette voix caverneuse et profonde qui l'obligeait souvent à transposer à l'octave inférieur, mais dont les accents devenaient peu à peu irrésistibles. L'impression produite par cette musique ce jour-là fut, je crois, unique. Alors, pendant des semaines, les répétitions se déroulèrent dans une ardeur et un enthousiasme grandissants ; chaque scène recommencée vingt fois sans que jamais aucun interprète manifestât la moindre humeur devant les exigences du compositeur souvent très difficile à satisfaire...

 

L'animateur de ces répétitions, ce fut Messager. Debussy n'ayant prévu, dans son œuvre, que des changements presque à vue entre les tableaux, avait relié ceux-ci par des morceaux de durée insuffisante. Il lui fallut composer d'arrache-pied des interludes, et Messager allait chaque jour lui arracher les feuillets que Debussy avait remplis entre deux répétitions. On peut affirmer aujourd'hui que si l'œuvre nouvelle put résister dès le début à l'hostilité et aux sarcasmes, c'est parce que Debussy eut le rare bonheur de rencontrer, comme l'a très bien dit Maurice Emmanuel dans sa monographie sur Pelléas, « un chef d'orchestre capable d'entrer profondément dans sa pensée et de s'accommoder, dans les moindres détails, aux exigences de sa sensibilité ». Aussi, quiconque possède la partition originale de Pelléas ne s'étonnera pas de la voir dédiée, en même temps qu'à la mémoire de Georges Hartmann, à André Messager « en témoignage de profonde affection ».

C'est que ce grand serviteur de la Musique est aussi un créateur ; et son rôle dans l'histoire de la musique française est de premier plan. S'il a choisi pour s'exprimer de préférence le domaine du léger opéra-comique, il a contribué, en même temps que Fauré et Debussy sur d'autres voies, à préserver la musique française des lourdes séductions wagnériennes ou franckistes. Dès le temps où il remplissait les fonctions d'organiste du chœur à Saint-Sulpice, vers 1875, il abordait l'orchestre avec une symphonie en quatre parties qui fut couronnée par la Société des compositeurs, et jouée chez Colonne. Puis il abordait le ballet avec une Fleur d'oranger (1878) dont les Folies-Bergère cueillirent l'innocence. Ce ballet fut joué deux cents fois. Le succès encouragea le jeune musicien, dont les Vins de France (un acte, 1879, Folies-Bergère) et Mignons et Vilains (un acte, 1879, même scène) suivirent aussitôt la première tentative. Dans ce genre du ballet, Messager a connu la célébrité avec les Deux Pigeons, trois actes exquis représentés pour la première fois à l'Opéra le 18 octobre 1886. Et ce furent ensuite : Scaramouche (deux actes, 1891 ; Casino de Paris), Amants éternels (trois actes, 1893 ; Théâtre-Libre), le Chevalier aux fleurs, en collaboration avec Pugno (trois actes, 1897 ; Marigny), le Procès des roses (un acte, 1896 ; inédit), Une aventure de la Guimard (un acte, 1900 ; Versailles et Opéra-Comique).

En même temps les grâces de l'opéra-comique français retrouvaient sous sa main tout l'éclat du XVIIIe siècle. Les citer, c'est rappeler une série de succès, inégaux certes, mais toujours parés de spirituelle tendresse. Après avoir terminé l'œuvre inachevée de Bernicat François les Bas-Bleus (trois actes, 1883 ; Folies-Dramatiques), il donne coup sur coup la Fauvette du Temple (trois actes, 1885 ; Folies-Dramatiques) et la Béarnaise (trois actes, 1885 ; Bouffes-Parisiens). Puis viennent : le Bourgeois de Calais (trois actes, 1887 ; Folies-Dramatiques), Isoline (trois actes, 1888 ; Renaissance), le Mari de la reine (trois actes, 1889 ; Bouffes-Parisiens), et l'exquise Basoche (trois actes, 1890 ; Opéra-Comique) qui retrouve aujourd'hui le même accueil qu'autrefois sur le théâtre où elle fut créée. Les cinq années qui suivent sont un peu moins heureuses avec Madame Chrysanthème (quatre actes, 1893 ; Renaissance), Miss Dollar (trois actes, 1893 ; Casino de Paris), Mirette (trois actes, 1894 ; Savoy-Théâtre de Londres), la Fiancée en loterie (trois actes, 1896 ; Folies-Dramatiques), le Chevalier d'Harmental (cinq actes, six tableaux, 1896 ; Opéra-Comique). « Ce dernier ouvrage, dit Messager dans ses Souvenirs, tomba lamentablement. J'étais tellement découragé par cet insuccès, que je ne voulais plus écrire du tout, et tentai de me retirer en Angleterre. » C'est là qu'il reçut, en 1897, le manuscrit des P'tites Michu. En trois mois, l'ouvrage était terminé ; son succès aux Bouffes fut triomphal ; et plus triomphal encore, au même théâtre l'année suivante, celui de Véronique. C'est dans ces deux ouvrages que Messager a exprimé avec le plus constant bonheur la délicatesse de sa sensibilité, avec une finesse incomparable d'écriture et d'orchestre. Mais la liste n'est pas close, et voici encore les Dragons de l'Impératrice (trois actes, 1905 ; Variétés), Fortunio (trois actes, 1907 ; Opéra-Comique), Béatrice (quatre actes, 1914 ; Monte-Carlo), la Petite Fonctionnaire (trois actes, 1921 ; Mogador), l'Amour masqué (trois actes, 1923 ; Edouard VII), Monsieur Beaucaire (trois actes, 1925 ; Marigny), Passionnément (trois actes, 1926 ; Michodière).

Pour mesurer toute l'activité créatrice d'André Messager, il faudrait dénombrer toutes ses autres œuvres, qui s'inscrivent dans les domaines les plus divers. A la musique de scène appartiennent Hélène (1891 ; Vaudeville) et la Montagne enchantée (en collaboration avec Xavier Leroux, 1897 ; Porte-Saint-Martin). Don Juan et Haydée (1876) et Prométhée enchaîné sont des scènes dramatiques. Pour piano à deux mains ont été publiées six œuvres délicates (Op. 10 à 16) et pour piano à quatre mains Trois valses originales. Une vingtaine de mélodies (Mimosa, Chanson mélancolique, Amours d'hiver, etc.) s'échelonnent de 1884 à 1910. La musique de chambre s'est enrichie de trois pièces pour violon et piano (1897), et tout en créant ses œuvres l'animateur de Pelléas n'a pas ménagé sa peine pour rendre accessible au grand public, par des réductions pour piano et chant ou la transcription d'œuvres d'orchestre, la Gwendoline de Chabrier, Namouna de Lalo, plusieurs ouvrages de Saint-Saëns (notamment Etienne Marcel et Phryné), les Impressions d'Italie de Charpentier, ou la suite symphonique d'Augusta Holmès Au pays bleu. Et dans le Gaulois, depuis 1919, il défend encore par la plume les droits de la musique.

Jusque dans ses œuvres les plus légères, André Messager la défend aussi par l'exemple. « Opérettes », disent les dictionnaires. Mais ce ne sont pas des opérettes ; ce sont des comédies musicales où la comédie, avec son esprit, sa tendre délicatesse et ses subtilités, est tout entière dans la musique. Elles vivront, comme vivent encore les opéras-comiques de Gluck. Elles vivront, parce qu'elles auront gardé la jeunesse. C'est le secret de l'Art, c'est le secret du caractère d'André Messager. Bien rares sont les musiciens qui, comme lui, ont toujours su renouveler leur sensibilité avec chaque génération montante. On a vu, avec ce qu'il fit pour Pelléas, tout ce que peut révéler de flamme une âme qui vibre à toute forme de beauté neuve ou rénovée. N'est-ce point lui qui, septuagénaire, tint à honneur, il y a deux ans, de diriger les nouveaux ballets des nouveaux jeunes, les Biches de Poulenc et les Fâcheux d'Auric ? N'est-ce point lui qui, cette année, fut le parrain, auprès de Diaghilev et des Ballets russes, du jeune Anglais Constant Lambert, dont Romeo and Juliet fut créé, il y a quelque semaines, par cette compagnie ? Ce musicien est un homme. Ce vétéran est un jeune homme. C'est comme lui que nous devrions tous vieillir.

(André Cœuroy, Larousse mensuel, novembre 1926)

 

Nous avons donné la biographie de ce musicien, à l'occasion de son élection à l'Académie des beaux-arts, en remplacement de Paladilhe. A la suite de Passionnément donné en 1926, l'auteur avait encore écrit Coups de Roulis (trois actes ; 1928, Marigny). Organiste, directeur de l'Opéra, chef d'orchestre, Messager était une des personnalités les plus marquantes du monde musical, un des types les plus parfaits de notre race. Musicien grand seigneur, à l'esprit caustique, à la verve brillante, jusqu'au bout serviteur de l'art, — ne dirigeait-il pas dernièrement les Biches de Poulenc, et les Fâcheux d'Auric aux Ballets russes ? — cet artiste laissera le souvenir d'un homme toujours jeune, aimable, et qui savait allier la science la plus profonde de la voix, de l'orchestre, à la finesse, à la distinction de la pensée. On ne saurait résister à l'élégance, à la sobriété, à la netteté de ce style ; sans insister lourdement comme tant d'autres, Messager vous convainc, il vous transporte...

La mort de Messager est une grande perte pour la musique française ; mais nous entendrons toujours Fortunio, la Basoche, Véronique ou Isoline... Et puis nous n'oublierons pas que c'est à ce grand chef d'orchestre que nous devons la révélation de Pelléas !

(N. Dufourcq, Larousse mensuel, juin 1929)

 

 

 

 

 

 

André Messager chez lui, 103 rue Jouffroy (Paris 17e), vers 1925

 

 

 

 

 

                                                                               

 

 

brochure éditée lors de la commémoration du centenaire de la naissance d'André Messager à Montluçon en juillet 1953 [don de la mairie de Montluçon]

 

 

 

 

 

 

André Messager, photo Henri Manuel

 

 

 

 

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